lundi 13 juillet 2026
[PRIX DES INCORRUPTIBLES] La sélection CM2/6ème 2026 - 2027
samedi 20 décembre 2025
[HAUT LES COEURS, BORDEL !] La sélection CM2 - 6ème du Prix des Incorruptibles 2025 - 2026
{ARTICLE EN CONSTRUCTION}
Après le franc succès de l'année passée, tant pour les écoliers que pour les collégiens, nous allons reconduire notre participation au Prix des Incorruptibles. L'avantage de la sélection CM2/6ème, c'est qu'on peut s'en servir pour organiser un projet de lecture dans le cadre de la liaison école - collège. Encore faut-il que les équipes ne bougent pas trop de part et d'autre, que les collègues arrivent à se mettre d'accord entre eux et qu'il n'y ait pas de principale adjointe qui approuve toutes les demandes de participation avant de commander un nombre largement insuffisant d'exemplaires... dans le dos de la gestionnaire...
Nous voilà donc repartis -ou presque... à la découverte de six oeuvres de littérature jeunesse aux univers éclectiques ; cette année, nos élèves auront à faire à deux albums et six romans. Attention, l'heure n'est pas à la rigolade : on va parler deuil, histoires de famille, Shoah, handicap... Seul l'un des six titres, estampillé humour, viendra alléger l'atmosphère.
On ne dit pas sayonara (2023)
Antonio Carmona
Lorsque la mère d'Elise est morte, son père a mis en place tout un tas de règles visant à ne laisser aucune place au souvenir de la défunte : ne pas poser de questions sur elle, éradiquer du quotidien tout ce qui est lié de près ou de loin au Japon _son pays d'origine, et surtout ne pas entrer dans "la chambre au piano". Voilà quatre ans que ça dure : Elise n'a jamais osé enfreindre ces règles, craignant de voir son père en proie à la colère, comme à chaque fois que la tristesse le submerge. Mais aujourd'hui, elle a douze ans et elle perçoit qu'il lui faut sortir de ce carcan ; son ras-le-bol sourd et son sentiment d'incomplétude vont se téléscoper à deux temps forts de sa vie : la rencontre de Stella, une amie aussi fiable qu'excentrique, et la visite imprévue de Sonoka, la grand-mère maternelle d'Elise.
Plus qu'un roman "sur le deuil" _ce qu'on pourrait croire au premier abord, On ne dit pas Sayonara est une quête d'identité sur fond de puzzles aux pièces manquantes, une ode à l'amitié entre deux épisodes de Naruto, une histoire d'émancipation _sans crise et sans fracas, tout en douceur.
Une collègue prof de français m'avait gentiment proposé de me prêter ce livre, mais j'avais décliné, de peur de m'y plonger vu le résumé... Maintenant, je comprends mieux pourquoi elle me l'a conseillé ! Il est vraiment chouette, et pas dénué de passages drôles. Le choix de la narration à la première personne et d'un enchainement de chapitres courts donnent à ce roman un côté "journal" très crédible.
Vis ma vie de chien
Lenia Major
Poulpe Fictions, 2023
King Kardachien est un jeune bull-terrier choyé par ses maîtres, les riches et célèbres Bigmoney. Il a tout pour être heureux : une grande maison, un jardin et une piscine pour terrains de jeux, un staff d'humains dévoués à son bien-être, un cuisinier personnel... Mais la solitude et le besoin de liberté lui pèsent : saura-t-il un jour à quoi ressemble la "vraie vie", là-bas, derrière la clôture sécurisée et des caméras de vidéosurveillance ? Rien n'est moins sûr, car il est quasi impossible de s'échapper de chez les Bigmoney.
Heureusement, son amie la perruche Gigi a plus d'un tour dans son sac. Elle sait que dans le quartier, King a un sosie : le bull-terrier de combat Tyson. Il suffirait d'intervertir les deux chiens le temps d'une journée pour que l'un puisse satisfaire sa curiosité pendant que l'autre fait illusion _et passe un peu de bon temps, par la même occasion.
Une fois le transfert effectué, Gigi et sa comparse Fabiola _une autre perruche_ vont rapidement perdre le contrôle de la situation, King et Tyson n'ayant en commun que leur apparence physique ! King n'a aucun code et aucune conscience du danger ; par un malheureux concours de circonstances, il va découvrir l'univers impitoyable de la fourrière et des combats de chiens.
Avis :
De ce que j'en ai vu jusqu'à présent Vis ma vie de chien est LE roman détente / humoristique de la sélection CM2-6° du Prix des Incorruptibles _qui est de grande qualité cette année encore, mais qui n'est pas très rigolote, on va pas se mentir.
Je ne peux dire que du bien d'un livre où les volailles tiennent les ficelles ! Les deux bull-terriers sont attachants à leur manière et font tous deux réfléchir aux différentes formes de maltraitance animale _ou au contraire, aux attitudes qui peuvent influer positivement sur le comportement d'une bête. Les illustrations d'Olivier Pelletier collent parfaitement au texte et seront des points d'appui importants pour les jeunes lecteurs de ce roman.
Assez facile d'accès (dès 8-9 ans, je dirais), l'histoire qui donnera envie aux plus anciens de relire Le Prince et le Pauvre,ou de voir le film !
La tête dans le guidon
Pascal Ruter - Illustrations de Sébastien Pelon
(2024)
Didier Jeunesse, "Mon marque-page +" (tiens c'est marrant comme nom de collection !)
C'est le début de l'été et des vacances pour Lino, 10 ans ; ses parents ne savent pas quoi en faire, trop occupés par leur travail à la mercerie. Comme la perspective des habituels deux mois au centre aéré semble particulièrement lui déplaire, la décision est prise de l'envoyer séjourner quelques temps chez Ulysse, son grand-père.
Bien sûr, Ulysse est ravi d'accueillir Lino, qu'il n'a pas vu depuis des années ; mais le vieux passionné de cyclisme est bien surpris d'apprendre que son petit fils ne sait pas encore faire de vélo. Il décide de lui apprendre les bases. Les débuts sont difficiles pour l'enfant, maladroit et pas très sportif. Mais il s'accroche et se prend au jeu. D'autant qu'Ulysse est bien entouré de ses amis, Fatou et M. Mouakassa.
Ces vacances vont être déterminantes pour Lino, qui va enfin pouvoir se libérer de ses craintes et des questions qu'il se pose sur sa famille, mais aussi pour Ulysse, qui aimerait parfois remonter le temps.
Avis
Un roman jeunesse facile à lire et plein de bons sentiments ; l'idée d'avoir mis en scène des personnages au parcours personnel compliqué (ce sont des migrants, en l'occurrence) permet de relativiser les problèmes du héros, de le sensibiliser à la dure réalité, et le pousse à se dépasser. Il est aussi question de communication intra-familiale : c'est toujours bon à prendre.
Petit bémol : passer de "j'apprends à tenir sur un vélo sans tomber" à "je grimpe le Mont Ventoux à l'aise grâce à mon énorme détermination, tandis que les cyclistes chevronnés tombent comme des mouches" en l'espace de quelques jours, c'est quand même très capillotracté _ même les jeunes lecteurs ne s'y tromperont pas.
Mais en vrai, c'est un livre très sympa ; et qui parle de vélo, ce qui est plutôt rare. Au CDI, on n'en a pas d'autres, à part Un sprint pour Marie qui a un peu vieilli...
jeudi 26 décembre 2024
Le Prix des Incorruptibles Surprise !! Sélection CM2 - 6ème
La principale adjointe de notre bahut nous a sorti du chapeau une inscription toute chaude au Prix des Incorruptibles pour l'une de nos classes de 6ème, ainsi que pour une classe de CM2 d'une école primaire du secteur, au nom de la liaison école-collège ! On ne va pas s'en plaindre... même si la façon de procéder lui aurait attiré les foudres de la plupart de mes collègues, ahah ! Enfin, tant que c'est profitable aux élèves, moi ça me va.
Du coup, on va essayer de faire un petit focus sur chacun des titres de la sélection CM2 - 6ème de cette année, histoire d'être prêts à bosser en janvier !
1 - La Maison des mots perdus
Kochka
Flammarion Jeunesse, 2024
C'est l'anniversaire de Ravi, il a dix ans. En ce jour de fête, et malgré l'énorme gâteau que son père a fait livrer à l'école pour qu'il puisse le célébrer avec tous ses camarades, il n'a pas la pêche. Trop de questions se bousculent en lui depuis quelques temps : pourquoi sa mère, pourtant aimante, ne franchit-elle jamais la porte de la maison familiale ? pourquoi reste-t-elle mutique, sauf quand elle chante en bengali _une langue qu'il ne connaît pas ? pourquoi son père, un médecin réputé, est-il toujours aux abonnés absents ? On lui cache tout, on ne lui dit rien ! Mais à qui parler de tout cela, et comment ? Ses copains sont sympas, mais ils n'ont de toute évidence pas les mêmes préoccupations que lui.
Heureusement, la petite école des Vosges où est scolarisé Ravi est chapeautée par un directeur attentif et bienveillant qui repère tout de suite un coup de mou de son élève : il est bien décidé à le débarrasser de la chape de plomb qu'il porte sur ses épaules ; il va mettre à contribution M. Akimasa, le jardinier de l'école.
Alors, je dois dire que les premières pages m'ont filé quelques sueurs : un père alsacien en déplacement qui semble régler les problèmes avec des biftons, une mère indienne qui l'a eu à 18 ans, qui ne parle pas français, qui ne parle pas tout court, cloîtrée chez elle... Comment interpréter cette situation de départ ?
Au fil du roman, le malaise s'estompe, laissant place à la poésie et à la douceur. Les mystères se dénouent petit à petit, les réponses arrivent, douloureuses mais nécessaires. Les adultes de son entourage proposent à Ravi d'extraire le positif de toute situation pour mieux faire face à la dure réalité, et j'avoue que j'ai un peu de mal avec ça... mais ça se défend.
Cette lecture m'a fait penser au Garçon au pyjama rayé de Boyne, dans le sens où Kochka parvient à rendre compte de faits sordides en conservant un ton et un vocabulaire adaptés à la jeunesse. On se doute que l'exercice n'a pas dû être facile.
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| Passage à Bordeaux... |
2 - La Bête et Bethany - Tome 1
Jack Meggitt-Phillips, illustrations d'Isabelle Follath
Bayard, 2022
Couverture : édition Livre de Poche Jeunesse
La relève de Roald Dahl est assurée ! J'ai eu un vrai coup de cœur pour le premier tome de La Bête et Bethany, un roman jeunesse qui figure dans la sélection CM2-6ème du #Prixdesincos _et qui, ma foi, pourrait bien remporter la #bourriche !
Ebenezer est un gentilhomme anglais respectable et solitaire, aussi riche qu'égoïste. Il a 511 ans, mais il a le physique d'un jeune premier. Comment parvient-il à traverser les siècles sans prendre une ride ?
Tout simplement grâce à la Bête, une créature horrible et cruelle qu'il cache et nourrit dans son grenier, en échange de cadeaux et d'un élixir magique qui lui permet de garder la jeunesse éternelle.
La Bête est gourmande, difficile, avide de mets toujours plus originaux ; souvent, Ebenezer doit de plier en quatre pour lui rapporter sa pitance, mais il y parvient toujours : c'est aussi dans son intérêt. Or, lorsqu'elle lui fait part de son envie de gober un enfant, les choses se compliquent ! Non pas que sacrifier un gosse pose un problème particulier à Ebenezer, mais bon, il voit bien qu'autour de lui, les gens ne cèdent pas si facilement les leurs...
C'est à ce moment-là qu'il croise le chemin de Bethany, une petite terreur qui passe sont temps à retourner l'orphelinat qui l'a recueillie, à coups de mauvaises blagues et d'insolences. Il la ramène chez lui, pressé de s'en débarrasser, mais la Bête refuse de bouffer Bethany car elle est trop maigre : il n'a qu'à la faire grossir et la lui présenter dans quelques jours. En attendant, pas de potion, bien sûr.
Ebenezer est bien embêté : lui qui aime le calme et le confort, il va devoir cohabiter avec cette peste qui défonce tout ce qui passe dans son champ de vision...
Entre la Bête, Bethany et Ebenezer, trois êtres détestables à leur échelle, lequel est le plus monstrueux ?
Un cocktail bien traître avec un poil de BGG, de Mortelle Adèle, une pincée de Dorian Gray, un peu de #fantastique et deux litres de #thé. Sans oublier quelques gouttes d'amertume : les échanges entre Bethany et Ebenezer amènent subtilement des thèmes sérieux, comme la mort, le #vieillissement, l'#empathie, le bonheur.
Pour finir, voici une interview très instructive dans laquelle Jack Meggitt-Phillips fait un lien entre son livre et le #boxingday justement, ahah. (Cette vidéo a été trouvée sur la chaîne de la Librairie Mollat).
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| La lampe pierre de sel est un cadeau offert par ma sœur. Cela me touche qu'elle ait pris le temps de m'en faire un, car elle a un gros problème de santé à gérer actuellement. |
samedi 4 janvier 2020
Le Petit Prince de Calais - Pascal Teulade (2016)
Bonne année à tous !
On commence 2020 par un roman pour la jeunesse qui ne vous laissera certainement pas insensibles, et dont vous avez dû entendre parler : Le Petit Prince de Calais, écrit par Pascal Teulade et publié en 2016.
Ce titre a fait partie de la sélection du Prix des Incorruptibles 2018 - 2019, sélection 5ème/4ème.
Heureusement, il a eu le temps d'offrir à sa soeur un petit calendrier de l'Avent en guise de cadeau de départ : tous les jours, du 1er au 24 décembre, elle devra ouvrir une fenêtre du calendrier et manger le chocolat qui se cache derrière. Cela lui permettra de ne pas l'oublier.
Le prince est devenu un migrant parmi tant d'autres.
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| Comme dirait Shrek : "Vaut mieux que ce soit dehors que dedans" |
En effet, Jonas se retrouve bloqué en France, à Calais plus précisément, alors qu'il est relativement près du but, en comparaison au chemin parcouru depuis l'Erythrée. Il se rend compte qu'il n'est pas facile de passer une frontière lorsqu'on n'a pas de papiers.
A travers son regard, on découvre le quotidien d'un camp de migrants, et, même nous adultes, on prend conscience de dizaines d'obstacles auxquels on ne pense pas lorsqu'on a un toit et qu'on n'est pas dans le besoin : la difficulté d'avoir les pieds protégés et au sec, l'impossibilité de se laver, d'accéder aux soins, de pouvoir protéger ses effets personnels, son intégrité physique, de franchir la barrière de la langue... L'auteur Pascal Teulade arrive à nous rendre compte efficacement de cette réalité, et il sait de quoi il cause, puisqu'il a passé plusieurs semaines dans la Jungle de Calais aux côtés de l'association Médecins du Monde. Je vous renvoie vers l'interview livrée à la Radio Télévision Suisse. en mars 2017.
Petit à petit, les forces du petit Érythréen s'amenuisent, le lien qui le rattache à sa famille s'élime de jour en jour. Les atteintes à son corps causées par une blessure à la main, au pied... finissent de lui saper le moral.
Un seul rayon de soleil l'empêche de sombrer au milieu des dunes et du bidonville : la compagnie d'une bande d'adolescents calaisiens plus ou moins en maraude dans la Jungle, ou en tous cas soucieux d'aider les personnes en situation précaire. La plus motivée d'entre eux est Anémone, une jeune fille avec qui Jonas sympathise malgré ses difficultés à communiquer avec elle. Leurs bonnes intentions suffiront-elles à changer le cours du destin ? On aimerait y croire, mais un ravin de misère et de paperasse les sépare. J'en profite pour glisser que ce groupe de jeunes est, à mon avis, le seul élément du roman qui ne soit pas réussi : je les trouve un peu tartes et pas du tout raccord avec les adolescents des années 2010. Mais ce n'est qu'un avis personnel.
Thèmes : immigration / famille / amitié /
Bien que ce roman mérite son petit Prozac d'Or larmoyant d'après les fêtes, il est à mettre entre toutes les mains de la tranche 10-15 ans, je dirais, encore que, comme l'indique l'éditeur, "chaque lecteur est unique". Toute prise de conscience est un point de départ vers une amélioration dans l'accueil des migrants. On n'a pas énormément de livres, qu'il s'agisse de fictions ou de documentaires, qui parlent de ce sujet d'actualité : quand quelqu'un se bouge pour parler de questions qui dérangent et devant lesquelles on a pris l'habitude de fermer les yeux, il faut en parler et diffuser son travail. D'autant plus quand l'oeuvre est réussie.
Les droits du livre sont reversés à Médecins du Monde.
Pascal TEULADE. Le Petit Prince de Calais. La Joie de Lire, 2016. Coll. Hibouk. 167 p. ISBN 978-2-7511-0669-9
jeudi 21 juillet 2016
Larme de rasoir, suivie d'une pause vampire ! Le Manoir - 1 - Liam et la carte d'éternité - Evelyne Brisou-Pellen (2013)
Fin 2014, je me moquais gentiment de la sélection 5°/4° du Prix des Incorruptibles en disant qu'on ne pouvait guère proposer aux enfants de romans aux thématiques plus déprimantes (maladie, mort, fantômes en souffrance, dépérissement irréversible de la Terre...). Parmi les titres en question figurait Le Manoir 1, Liam et la carte d'éternité, premier tome d'une série écrite par Evelyne Brisou-Pellen.
Alors forcément, en lisant le nom de l'auteure, la nostalgie a pris le dessus sur le cynisme et j'ai eu un peu moins envie de grincer des dents : Evelyne Brisou-Pellen, a également écrit Un si terrible secret, une histoire dans laquelle, si je me souviens bien, une petite fille enquêtait sur la mort douteuse de ses grands parents. Il avait fallu qu'elle passe au crible les journaux intimes de sa grand-mère et qu'elle remonte dans la noirceur du début des années 1940 pour trouver des réponses à ses questions. Ce livre lu il y a presque vingt ans ! dans le cadre des "Parcours Diversifiés" programmés en 5° était passé comme une lettre à la poste et il est resté un de mes très bon souvenir de lecture en tant qu'élève.
Oh, j'aurais sûrement adoré Le Manoir aussi, même si l'intrigue se situe à des lieues du roman sus-cité. Liam, 15 ans, se remet tranquillement d'une longue maladie. A sa sortie de l'hôpital, il se retrouve en convalescence dans un établissement qui tient plus du manoir hanté un peu glauque que de la maison de repos. Pourquoi pas ! Mais, comprenant qu'il n'est ni autorisé à sortir, ni à avoir de visiteurs, et que ses voisins de chambre sont tous aussi illuminés les uns que les autres, il prend peur et cherche à s'enfuir à tout prix. Or, nul n'arrive au Manoir par hasard, et nul n'en sort sans s'être posé les bonnes questions...
En bon maître des lieux, le Dr Roy fait mine de ne pas comprendre les inquiétudes de son patient et ne lui fournit que des renseignements évasifs sur la durée de son séjour et sur les activités qui lui sont autorisées. Il n'empêche que Liam n'a pas envie de se montrer conciliant face à un homme plutôt agressif qui se prend pour un guerrier grec, une couturière d'autrefois qui cherche vainement sa fille ou à des gamins complètement mythos. Sans compter les conditions de vie qui lui sont imposées. Oh, il ne manque de rien : la nourriture est bonne et il a de l'eau chaude pour prendre son bain. Mais comment se passer de télé, d'ordi et de téléphone portable lorsqu'on vit avec son temps ? N'importe quel ado taperait sa crise !
Puisque personne ne veut l'aider à quitter ces lieux sinistres, puisque tout le monde semble ligué pour lui faire des cachotteries, il se débrouillera seul ! Sauf que, passer le portail du Manoir n'est pas une chose aisée... surtout lorsque celui-ci s'amuse à disparaître quand on le cherche. Bientôt, Liam n'aura d'autre choix que celui de tourner en rond ; et si la clé de la vérité se trouvait tout simplement dans le bureau du Dr Roy... ou juste à côté ? Faute d'une meilleure alternative, il décide de mener l'enquête entre les murs du château... et tombe sur la Carte d'éternité.
Euh, c'est un vrai enfant ?
Reconnaissons-le, même l'auteure sait capter notre attention par son écriture légère et agréable, notre exploration du manoir à travers les yeux du héros nous a paru un peu fastidieuse dans un premier temps. Bien sûr, il est nécessaire que les lecteurs aient connaissance du contexte ; on a besoin de s'étonner de l'absence d'électricité dans les différentes pièces de cette curieuse "maison de convalescence" surannée ; on comprend que Liam soit désarçonné par l'excentricité de ses voisins de chambre, et que toutes ses observations soient des plus détaillées. Mais, comme ce petit malade en quête de confort et de tranquillité ne nous est pas spécialement sympathique, les remarques dont il nous fait part nous agacent rapidement. On le trouvera râleur, un poil intolérant ?, et drôlement scolaire pour un ado de quinze ans ! Le voilà qui nous parle histoire, SVT, latin et... encore histoire. Encore heureux qu'il ait été largué dans le Manoir ! S'il avait atterri dans un collège REP, c'eût été une toute autre affaire ! Il aurait eu accès à Internet, mais il se serait aussi fait traiter de gros bouffon en moins de deux.
Or, il s'agit-là d'un avis purement personnel ; le côté "historien" de Mme Brisou-Pellen est passé par là, et s'il me plaisait beaucoup lorsque j'avais 12 ans, le charme ne fait plus vraiment effet, ce qui est somme toute logique. Les amateurs de vieilles bâtisses hantées et truffées de pièces secrètes telles qu'on peut en rencontrer dans les Harry Potter ou dans L'île du crâne d'Anthony Horowitz prendront plaisir à errer avec Liam dans le Manoir.
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Puis l'action s'accélère et prend une dimension fascinante avec la découverte par Liam d'une incroyable Carte d'éternité, une sorte d'écran qui lui permet de voyager dans l'espace et dans le temps. Il peut aussi bien visualiser un endroit _à la Google Street View_ en indiquant les coordonnées temporelles et géographiques adéquates, que s'y rendre pour de bon. En apprenant à utiliser ce véritable miroir du passé, il va trouver une réponse à toutes les questions qu'il se pose depuis le début de son séjour : qui sont les pensionnaires du Manoir ? qu'est-ce qui les a amenés en ces lieux ? quel rôle est-il censé jouer auprès d'eux ? sont-ils des psychopathes ou... des fantômes ? Mais attention ! comme n'importe quel autre outil, la carte présente des dangers si l'on ne s'en sert pas avec prudence... Lui qui a toujours rêvé d'être détective a du pain sur la planche.
Dans les ultimes chapitres, le voile se lève sur bien des mystères, et le lecteur pourra s'amuser à reprendre les premières pages à la lumière des informations dont il dispose à la fin. Il comprendra à quel point il s'est bien fait avoir !
Ce beau roman riche en éléments historiques n'est pas si triste que ça, finalement ; par le ressort humoristique même, il amènera les jeunes lecteurs à réfléchir sur la maladie, la différence et l'acceptation de la mort. Les amateurs de fantômes et d'âmes tourmentées y trouveront aussi leur compte ; d'ailleurs, pour la petite histoire, Le Manoir 1 a remporté le prix des Incorruptibles 2014/2015 pour la sélection 5°/4°... Sachez que derrière ce premier volet, cinq ou six volumes vous attendent, alors ne perdez pas de temps ! A vos bésicles et au boulot !
Evelyne BRISOU-PELLEN. Le Manoir 1 - Liam et la carte d'éternité. Bayard Jeunesse, 2013. 368 p. ISBN 978-2-7511-0514-2
Allez, puisqu'on y est, restons du côté des morts avec Vampire Diaries !!! Voici un petit résumé de l'épisode 2 de la première saison, dont la dernière diffusion doit dater d'une éternité ! Ahah.
Episode 2 - "La nuit de la comète"
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| "Fallait bien qu'elle sache, pour ta syphilis..." |
Les habitants de Mystic Falls avaient presque réussi à oublier les phénomènes paranormaux qui caractérisaient leur petite bourgade. Mais l'attaque récente de plusieurs personnes, vraisemblablement due à "une bête sauvage" pourrait bien réveiller les vieilles croyances populaires. Stephen craint que les choses tournent mal pour lui, et peste contre son frère : n'est-ce pas lui qui s'en est pris à Vicky, la soeur de Matt ? Pour ne pas ébruiter l'événement, le vampire repenti s'introduit dans la chambre d'hôpital de la jeune serveuse et l'hypnotise afin qu'elle ne puisse répondre autre chose que "c'est une bête sauvage qui m'a attaquée" quand on lui posera la question. Qu'à cela ne tienne, personne ne l'empêchera de se reconstruire et de sortir avec Elena. Mais ses pouvoirs sont trop faibles _la faute au manque de sang humain_ et le sortilège n'aura pas l'efficacité espérée.
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| "Ok ok, c'est un bête sauvage. Tu me fous la paix maintenant ? Et puis d'abord t'es qui ?" |
De son côté, Damon semble bien décidé à faire capoter ses projets : en bon vampire charmeur et sadique, il séduit Caroline et s'empresse de parler à Elena du passé sentimental de Stephen. Celle-ci fait un peu la gueule, forcément. Et hop, Damon vous apprend à casser le coup de votre frère en moins de deux avec les ingrédients suivants : un corbeau, du brouillard, quelques bons mots et trois minutes d'avance sur l'autre mouligas blafard, avec sa banane, là. Prenez-en de la graine. En parallèle, vous pouvez assister à un combat de coq entre le petit Jeremy, dingue de Vicki, et Tyler, deux têtes et deux ans de plus que lui, qui veut juste la baiser mais qui n'est pas partageur pour autant.
Ahah, et ce n'est que le début !! :-D :-D
dimanche 28 décembre 2014
HAUT LES COEURS (,bordel) ! Les Incorruptibles 5°/4° 2014-2015 : Reborn, le nouveau monde - Thierry Robberecht (2014)
Imaginons la Terre dans une cinquantaine d'années. Elle pourrait bien être devenue une planète ravagée par les ouragans, portant des continents noyés sous l'eau des océans et des populations aux abois. C'est ainsi, du moins, que Thierry Robberecht nous la présente dans son roman. Chuong et ses parents sont à la fois témoins et victimes du déclin de cet environnement qui leur est familier ; et comme bien d'autres, ils n'ont qu'une seule solution pour ne pas être engloutis par les eaux montantes : fuir la Terre et rejoindre Reborn, une planète habitable récemment découverte. On est alors en 2064.
Mais sur Reborn comme sur Terre, tout a un prix, y compris l'accès à une vie meilleure. Une fois bien installés, les "Reborniens" se sont empressés de limiter les entrées des Terriens dans leur nouvel espace vital, et ont distingué l'"élite" assez riche pour se payer le voyage des autres, à qui ont dit qu'il n'y a "plus assez de place" pour les accueillir. Evidemment, personne n'est assez con ni pour croire cette aberration, ni pour se laisser mourir de son plein gré sur une planète qui part en lambeaux. Les habitants de Reborn se scindent rapidement en deux catégories : d'une part les "identifiables", pourvus d'une puce au nombril, et d'autre part les "invasifs", arrivés clandestinement sur la nouvelle planète.
La famille de Chuong fait partie de cette seconde catégorie d'arrivants ; ses parents auraient accepté l'idée de terminer leur vie sur Terre s'ils n'avaient pas eu ce fils de 15 ans qui méritait bien tout autant qu'un autre d'avoir une existence digne de ce nom. Mais leur atterrissage sur Reborn à l'aide d'un passeur ne se se déroule pas comme prévu ; tous trois sont enfermés dans un camp d'invasifs. Ils y végèteront pendant un an. Par la suite, leur tentative d'évasion n'aura qu'un succès partiel puisque les parents seront rattrapés et renvoyés sur Terre. Livré à lui-même, Chuong va devoir assurer sa survie tout en se cachant de la milice locale.
Environnement saccagé, liberté carottée, connerie humaine et autres réjouissances
Comment un adolescent lambda peut-il successivement endosser un statut d'immigré clandestin, comprendre que sa vie n'a plus d'importance que pour lui-même et que, par conséquent, il n'a pas le loisir de refuser le pire des boulots et le mépris des autres ? Il est évident que, par le biais de l'univers qu'il crée et des personnages qu'il articule, Thierry Robberecht critique la société actuelle et son devenir. Les jeunes lecteurs ne manqueront pas d'entendre l'écho :
- La Terre part en vrille à cause du réchauffement climatique : les tsunamis et ouragans qui ont marqué nos esprits au cours des dernières années sont devenus quotidiens. La fonte des glaciers a fait des Atlantides partout. Certains pays ne sont plus viables pour les humains. La question à se poser est celle-ci : n'est-ce pas ce qui nous attend d'ici quelques décennies ?
- Les inégalités entre l'"élite" forcément construite de toutes pièces (et de billets) et les "invasifs", coupables d'être venus alors qu'on était si bien entre riches ! Quelles formes prennent les inégalités en Europe, par exemple ? Qui lutte contre, et comment ? A noter que Chuong doit son salut à des femmes et à des hommes capables d'aller à l'encontre des lois définies sur Reborn. Car il y en a !
- La difficile condition du Rebornien clandestin est, bizarrement, proche de celle du sans-papiers dans nos sociétés : condamné à se cacher, à accepter le travail dont personne ne veut, le salaire dérisoire, et à remercier ; et parfois-même à passer les frontières de l'honnêteté pour survivre. Le vol est-il acceptable quand on a faim ?
As-tu bien compris le message subliminal ??
L'écriture de Thierry Robberecht est aussi simple et efficace que l'intrigue, que beaucoup trouveront sans doute très intéressante mais pas très bien exploitée, car trop peu approfondie. En disant cela, je pense à une collègue venue au CDI en quête d'un livre susceptible de lui éviter de se faire chier dans les transports, et à qui j'ai prêté Les Sentinelles du futur, déjà cité plus haut.
Forcément, j'ai cru comprendre qu'elle avait trouvé l'oeuvre quelque peu neuneu, elle qui est une grande lectrice de SF. Mais EVIDEMMENT meuf ! T'es drôle, toi ! D'autant plus que tu m'avais demandé si je n'avais pas Des Fleurs pour Algernon "dans mon CDI" juste avant ! Je conçois le choc thermique entre tes attentes et ce que tu as reçu ! Or, on est au collège, et tous les enfants n'accrochent pas forcément aux grands classiques dès le début ; il n'y a d'ailleurs aucune obligation à cela. Alors, pour ceux qui n'ont pas cette chance, il faut bien être en mesure de proposer des intermédiaires, afin d'éviter qu'ils ne soient dégoûtés des livres avant-même d'avoir commencé. La littérature de jeunesse peut être une passerelle parmi d'autres vers des horizons culturels inconnus _bien qu'elle puisse aussi se suffire à elle-même.
Bon, cela dit, je ne l'ai pas remballée aussi vertement : elle a bien le droit d'avoir son avis et de l'exprimer, après tout !
Alors parfois, oui, les personnages sont simplets ; l'intrigue aussi, et la manière de l'amener encore plus ! Un peu de simplicité ne tue pas, du moment qu'on se s'y limite pas. Dans Reborn, c'est un peu le cas. Liberté, immigration, développement, usages contestables des nouvelles technologies, relations parents - enfants : tous les thèmes soulevés génèrent immanquablement le débat et la réflexion. Mais pour nous, qui sommes dans sa tête, Chuong est trop direct et trop clairvoyant : le moindre sous-entendu est tout de suite interprété et éclairci. L'auteur ne nous laisse pas tâtonner pour tirer nos propres déductions de l'attitude des personnages et de leurs actes. Dommage, il nous mâche un peu trop le travail et ne laisse plus beaucoup de place à la réflexion du lecteur. Du coup, ce dernier sera moins durablement marqué par Reborn, le nouveau monde, un roman de science-fiction pourtant très agréable à lire.
Enfin, c'est facile de critiquer, hein ! N'oublions pas qu'il s'agit, comme je l'ai déjà dit plus haut, de la sélection 5°/4° des Incorruptibles pour l'année scolaire 2014-2015 : sont visés en priorité des élèves d'une tranche d'âge comprise entre 12 et 14 ans.
Analyse documentaire _et pour tout le reste, il y a Moccam !





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