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jeudi 11 août 2016

Histoires de canassons : Les enfants d'Athéna - Evelyne Brisou-Pellen (2002)


Victime d'une bouffée de nostalgie après ma lecture de Liam et la carte d'éternité, premier tome de sa série à succès Le Manoir, j'ai poursuivi une (re)découverte non exhaustive de l'oeuvre d'Evelyne Brisou-Pellen. Ce fut l'occasion de tomber sur un petit roman historique publié en 2002 : Les enfants d'Athéna. 

Vous seriez pas un peu stressés, les loulous ?
L'histoire 


A Athènes au V°siècle avant J.-C, tout le monde n'a pas la chance d'être un fils de citoyen et de vivre dans une belle maison entretenue par des esclaves. Néèra, Daméas et Stéphanos en font l'expérience lorsqu'ils doivent prendre la fuite, suite à l'assassinat de leurs parents. Jusque là, les trois enfants coulaient une existence paisible auprès de leur jeune mère et de leur père, Alexos le maître potier ; même si les aînés de la fratrie sentaient planer une sourde menace. "Si vous apprenez ma mort, partez vite pour Eleusis, chez Gorgias, le fabriquant de lyres", leur avait dit le digne citoyen du dème de Céramique. L'artiste ne parlait pas dans le vent : c'est la tête retournée par la tristesse, par la peur et par de nombreuses questions sans réponses que Daméas prend la tête de l'expédition. Pourquoi leurs parents ont-ils été tués ? Quel est ce secret qu'il devrait connaître mais que son père n'a pas eu le temps de lui transmettre ? Qui va honorer les rites funéraires en son absence ?
Les voilà partis à la recherche de ce fameux Gorgias.


Bienvenue chez les Grecs (de l'Antiquité) !  

Toujours munie de la plume didactique qui lui est chère lorsqu'elle mêle la petite histoire à la grande, Evelyne Brisou-Pellen nous plonge dans l'univers de la Grèce antique. Elle utilise pour ce faire le regard de ces trois enfants tellement bien protégés jusqu'au drame familial, qu'ils n'en savent pas beaucoup plus que nous, lecteurs du XXI° siècle, sur leur propre société. Le procédé de l'auteur est efficace : on comprend vite que la vie quotidienne des Athéniens et de leurs voisins ne se résumait pas à boire du vin, chanter, ou courir à poil dans des stades. Aussi, même à l'apogée d'Athènes, où la notion de démocratie s'épanouit, d'importantes franges de la population ont intérêt à ne pas trop se faire remarquer ; parmi elles, les femmes, les esclaves, les étrangers et les paysans.

"Ah ben on est pas près de dormir sous cette tente, hein !"
Récolte des olives représentée sur une amphore grecque. Vulci. Vers 520 av. J.-C. 

Dans ce livre, Néèra est la première à faire des frais du patriarcat local : Daméos considère ouvertement sa soeur comme une bonne à rien et refuse de la solliciter quand une décision importante doit être prise. Elle-même n'ose pas s'imposer de peur de marcher sur les plates bandes de ceux qui ont le droit d'ouvrir leur gueule... Dommage qu'elle ne cherche pas tant que cela à s'extirper de son rôle de future pondeuse et qu'elle accepte son sort avec tant de conformisme. Mais n'est-ce pas le lot d'un grand nombre de filles conditionnées par leur éducation, encore aujourd'hui et partout dans le monde ? Voilà un aspect des Enfants d'Athéna qui gagnerait à être relu et approfondi en classe. D'ailleurs, sa rencontre avec Talos, l'ennemi spartiate, l'étranger, bouh! lui ouvrira les yeux : chez lui les femmes peuvent aussi être des guerrières et leur parole est écoutée. A la fin du roman, le jeune homme lui permettra peut-être d'échapper à cette existence de mère au foyer qui ne l'attire guère... après l'avoir monnayée..

Pourquoi pas, puisque donner de l'argent contre un être humain ne choque personne à Athènes : ça s'appelle tout bonnement l'esclavage. Au temps où les affaires tournaient bien, Alexos avait lui-même un paquet de serviteurs à la maison et à l'atelier _oh, très bien traités, selon les enfants. Les jeunes lecteurs réaliseront quelle importante part de la société représentaient ces femmes et ces hommes venus de loin ou simplement mal nés. Là encore, le parallèle pourra être fait avec bien d'autres civilisations, à des époques plus proches de leur présent.

Étaient susceptibles, entre autres, de devenir esclaves : les enfants "exposés", c'est à dire abandonnés par leurs parents biologiques pour des raisons diverses. Bien sûr, ils pouvaient aussi être adoptés par une famille, comme ce fut le cas de Stéphanos : tout n'était que question de chance et signes des dieux ! 
WTF ?
C'est le nom d'une équipe d'airsoft, apparemment...

Où est le canasson ? 


Eh oui vous l'attendez tous, la vieille carnasse qui justifie le titre de ce billet ! Elle arrive, ne vous en faites pas ! Au tout début de leur escapade, les trois enfants se rendent chez Gorgias ; malheureusement, ils arrivent trop tard : l'homme a été assassiné avant de pouvoir les prendre en charge. Sa femme les encourage à continuer leur route vers Corinthe où un certain Samion pourra les protéger de leurs poursuivants. A la nuit, ils sont hébergés par un couple de paysans mal intentionnés et heureux propriétaires d'une ânesse qu'ils maltraitent. Le petit Stéphanos est outré par leur méchanceté à l'égard de la bête ; heureusement, grâce à son don de communication avec les animaux, il va savoir que l'ânesse "Chrysilla" _ puisque c'est ainsi qu'ils l'ont nommée_ compte bien les accompagner dans leur aventure. 


Photo piquée ici : http://www.caradisiac.com/Dans-le-91-une-anesse-vient-remplacer-le-camion-poubelle-91268.htm

Les aînés sont d'abords très réticents à s'encombrer d'un animal, avant de revoir leur jugement : un âne est un attribut du marchand ou du paysan, non du citoyen. Il représente donc pour eux un excellent camouflage. De plus, Chrysilla annonce les changements de temps en marchant de travers à l'approche de l'orage, par exemple : ça peut servir, au cours d'un voyage initiatique tel que celui des trois enfants d'Alexos et de leur copain le Spartiate. Plus intéressant encore, elle se montre décisive en expédiant en enfer un ennemi des enfants, d'une simple ruade : pratique aussi ! Enfin, Talos la soustraira à ses nouveaux propriétaires... pour avoir un prétexte de reprendre contact avec eux en la restituant. Ici, l'ânesse est vraiment le catalyseur de l'action, même si elle nous est présentée comme un personnage secondaire, rarement placé au premier plan. En temps que fidèle protectrice des gentils enfants et parce qu'elle est dotée d'un coup de sabot meurtrier, Chrysilla gagne la carte Hearthstone "Chevalier de guerre cuirassé". Parce qu'elle le vaut bien !


Edition utilisée :

BRISOU-PELLEN, Evelyne. Les enfants d'Athéna. Le Livre de Poche Jeunesse, 2007. Coll. "Roman historique". 224 p. ISBN 978-2-01-321973-0


jeudi 21 juillet 2016

Larme de rasoir, suivie d'une pause vampire ! Le Manoir - 1 - Liam et la carte d'éternité - Evelyne Brisou-Pellen (2013)


Fin 2014, je me moquais gentiment de la sélection 5°/4° du Prix des Incorruptibles en disant qu'on ne pouvait guère proposer aux enfants de romans aux thématiques plus déprimantes (maladie, mort, fantômes en souffrance, dépérissement irréversible de la Terre...). Parmi les titres en question figurait Le Manoir 1, Liam et la carte d'éternité, premier tome d'une série écrite par Evelyne Brisou-Pellen.

Alors forcément, en lisant le nom de l'auteure, la nostalgie a pris le dessus sur le cynisme et j'ai eu un peu moins envie de grincer des dents : Evelyne Brisou-Pellen, a également écrit Un si terrible secret, une histoire dans laquelle, si je me souviens bien, une petite fille enquêtait sur la mort douteuse de ses grands parents. Il avait fallu qu'elle passe au crible les journaux intimes de sa grand-mère et qu'elle remonte dans la noirceur du début des années 1940 pour trouver des réponses à ses questions. Ce livre lu il y a presque vingt ans ! dans le cadre des "Parcours Diversifiés" programmés en 5° était passé comme une lettre à la poste et il est resté un de mes très bon souvenir de lecture en tant qu'élève.
 


Oh, j'aurais sûrement adoré Le Manoir aussi, même si l'intrigue se situe à des lieues du roman sus-cité. Liam, 15 ans, se remet tranquillement d'une longue maladie. A sa sortie de l'hôpital, il se retrouve en convalescence dans un établissement qui tient plus du manoir hanté un peu glauque que de la maison de repos. Pourquoi pas ! Mais, comprenant qu'il n'est ni autorisé à sortir, ni à avoir de visiteurs, et que ses voisins de chambre sont tous aussi illuminés les uns que les autres, il prend peur et cherche à s'enfuir à tout prix. Or, nul n'arrive au Manoir par hasard, et nul n'en sort sans s'être posé les bonnes questions...  




En bon maître des lieux, le Dr Roy fait mine de ne pas comprendre les inquiétudes de son patient et ne lui fournit que des renseignements évasifs sur la durée de son séjour et sur les activités qui lui sont autorisées. Il n'empêche que Liam n'a pas envie de se montrer conciliant face à un homme plutôt agressif qui se prend pour un guerrier grec, une couturière d'autrefois qui cherche vainement sa fille ou à des gamins complètement mythos. Sans compter les conditions de vie qui lui sont imposées. Oh, il ne manque de rien : la nourriture est bonne et il a de l'eau chaude pour prendre son bain. Mais comment se passer de télé, d'ordi et de téléphone portable lorsqu'on vit avec son temps ? N'importe quel ado taperait sa crise !

Puisque personne ne veut l'aider à quitter ces lieux sinistres, puisque tout le monde semble ligué pour lui faire des cachotteries, il se débrouillera seul ! Sauf que, passer le portail du Manoir n'est pas une chose aisée... surtout lorsque celui-ci s'amuse à disparaître quand on le cherche. Bientôt, Liam n'aura d'autre choix que celui de tourner en rond ; et si la clé de la vérité se trouvait tout simplement dans le bureau du Dr Roy... ou juste à côté ? Faute d'une meilleure alternative, il décide de mener l'enquête entre les murs du château... et tombe sur la Carte d'éternité.


Euh, c'est un vrai enfant ? 



Reconnaissons-le, même l'auteure sait capter notre attention par son écriture légère et agréable, notre exploration du manoir à travers les yeux du héros nous a paru un peu fastidieuse dans un premier temps. Bien sûr, il est nécessaire que les lecteurs aient connaissance du contexte ; on a besoin de s'étonner de l'absence d'électricité dans les différentes pièces de cette curieuse "maison de convalescence" surannée ; on comprend que Liam soit désarçonné par l'excentricité de ses voisins de chambre, et que toutes ses observations soient des plus détaillées. Mais, comme ce petit malade en quête de confort et de tranquillité ne nous est pas spécialement sympathique, les remarques dont il nous fait part nous agacent rapidement. On le trouvera râleur, un poil intolérant ?, et drôlement scolaire pour un ado de quinze ans ! Le voilà qui nous parle histoire, SVT, latin et... encore histoire. Encore heureux qu'il ait été largué dans le Manoir ! S'il avait atterri dans un collège REP, c'eût été une toute autre affaire ! Il aurait eu accès à Internet, mais il se serait aussi fait traiter de gros bouffon en moins de deux.

Or, il s'agit-là d'un avis purement personnel ; le côté "historien" de Mme Brisou-Pellen est passé par là, et s'il me plaisait beaucoup lorsque j'avais 12 ans, le charme ne fait plus vraiment effet, ce qui est somme toute logique. Les amateurs de vieilles bâtisses hantées et truffées de pièces secrètes telles qu'on peut en rencontrer dans les Harry Potter ou dans L'île du crâne d'Anthony Horowitz prendront plaisir à errer avec Liam dans le Manoir.

A lire aussi ! 

Puis l'action s'accélère et prend une dimension fascinante avec la découverte par Liam d'une incroyable Carte d'éternité, une sorte d'écran qui lui permet de voyager dans l'espace et dans le temps. Il peut aussi bien visualiser un endroit _à la Google Street View_ en indiquant les coordonnées temporelles et géographiques adéquates, que s'y rendre pour de bon. En apprenant à utiliser ce véritable miroir du passé, il va trouver une réponse à toutes les questions qu'il se pose depuis le début de son séjour : qui sont les pensionnaires du Manoir ? qu'est-ce qui les a amenés en ces lieux ? quel rôle est-il censé jouer auprès d'eux ? sont-ils des psychopathes ou... des fantômes ? Mais attention ! comme n'importe quel autre outil, la carte présente des dangers si l'on ne s'en sert pas avec prudence... Lui qui a toujours rêvé d'être détective a du pain sur la planche.

Dans les ultimes chapitres, le voile se lève sur bien des mystères, et le lecteur pourra s'amuser à reprendre les premières pages à la lumière des informations dont il dispose à la fin. Il comprendra à quel point il s'est bien fait avoir !



Ce beau roman riche en éléments historiques n'est pas si triste que ça, finalement ; par le ressort humoristique même, il amènera les jeunes lecteurs à réfléchir sur la maladie, la différence et l'acceptation de la mort. Les amateurs de fantômes et d'âmes tourmentées y trouveront aussi leur compte ; d'ailleurs, pour la petite histoire, Le Manoir 1 a remporté le prix des Incorruptibles 2014/2015 pour la sélection 5°/4°... Sachez que derrière ce premier volet, cinq ou six volumes vous attendent, alors ne perdez pas de temps ! A vos bésicles et au boulot !


Evelyne BRISOU-PELLEN. Le Manoir 1 - Liam et la carte d'éternité. Bayard Jeunesse, 2013. 368 p. ISBN 978-2-7511-0514-2


Allez, puisqu'on y est, restons du côté des morts avec Vampire Diaries !!!  Voici un petit résumé de l'épisode 2 de la première saison, dont la dernière diffusion doit dater d'une éternité ! Ahah.



Episode 2 - "La nuit de la comète"

"Fallait bien qu'elle sache, pour ta syphilis..."

Les habitants de Mystic Falls avaient presque réussi à oublier les phénomènes paranormaux qui caractérisaient leur petite bourgade. Mais l'attaque récente de plusieurs personnes, vraisemblablement due à "une bête sauvage" pourrait bien réveiller les vieilles croyances populaires. Stephen craint que les choses tournent mal pour lui, et peste contre son frère : n'est-ce pas lui qui s'en est pris à Vicky, la soeur de Matt ? Pour ne pas ébruiter l'événement, le vampire repenti s'introduit dans la chambre d'hôpital de la jeune serveuse et l'hypnotise afin qu'elle ne puisse répondre autre chose que "c'est une bête sauvage qui m'a attaquée" quand on lui posera la question. Qu'à cela ne tienne, personne ne l'empêchera de se reconstruire et de sortir avec Elena. Mais ses pouvoirs sont trop faibles _la faute au manque de sang humain_ et le sortilège n'aura pas l'efficacité espérée.

"Ok ok, c'est un bête sauvage. Tu me fous la paix maintenant ? Et puis d'abord t'es qui ?"

De son côté, Damon semble bien décidé à faire capoter ses projets : en bon vampire charmeur et sadique, il séduit Caroline et s'empresse de parler à Elena du passé sentimental de Stephen. Celle-ci fait un peu la gueule, forcément. Et hop, Damon vous apprend à casser le coup de votre frère en moins de deux avec les ingrédients suivants : un corbeau, du brouillard, quelques bons mots et trois minutes d'avance sur l'autre mouligas blafard, avec sa banane, là. Prenez-en de la graine. En parallèle, vous pouvez assister à un combat de coq entre le petit Jeremy, dingue de Vicki, et Tyler, deux têtes et deux ans de plus que lui, qui veut juste la baiser mais qui n'est pas partageur pour autant.

Ahah, et ce n'est que le début !! :-D :-D