mardi 2 novembre 2021

[LITTÉRATURE JEUNESSE ET ANTIQUITÉ] Astérix - la Serpe d'or. René Goscinny ; Albert Uderzo (1962)

Cette année, une collègue prof de français et de latin a eu l'idée de lancer un Club Antique destinés aux collégiens. Nous allons essayer de leur présenter régulièrement des BD et des romans dont l'action se situe aux temps des Grecs et des Romains. Après une première réunion au cours de laquelle nous avons parlé de Ulysse, l'adaptation de L'Odyssée dessinée par Sébastien Ferran, les élèves ont demandé à ce qu'on leur parle d'Astérix au retour des vacances. Super idée ! Sauf que je n'en ai jamais lu sérieusement... 

Bien sûr, je connais les personnages, je suis tombée sur les dessins animés à Noël, comme tout le monde, et j'ai vu Mission Cléopâtre parce qu'on était au lycée quand le film est sorti et qu'il fallait bien être dans le coup. 

Mais surtout, j'en ai énormément voulu à mon cousin d'avoir chapardé la petite caméra en jouet gagnée dans un Kinder Surprise, dans laquelle on pouvait voir Astérix et Obélix défiler, lorsqu'on collait son œil à l'objectif tout en tournant la manivelle. Il me l'avait arrachée des mains pour la foutre dans le soutif de ma tante, qui était en train de verser du lait dans son café en parlant avec ma mère, et qui n'avait guère réagi. Ce connard savait très bien que je n'aurais pas osé aller la récupérer là-dedans. D'ailleurs, là en l'écrivant, je me rends compte que c'est cette dernière déconvenue qui m'a plus ou moins brouillée avec les irréductibles Gaulois. 

Mais au boulot, pas (trop) d'états d'âme ; comme le premier tome de la série des Astérix était emprunté, nous allons nous intéresser aujourd'hui au deuxième : La Serpe d'or. Paru pour la première fois en 1960 dans le magazine Pilote, 



L'histoire 

Panique au village : le druide Panoramix a cassé sa serpe d'or, le seul outil qui lui permette de donner au gui son pouvoir magique. Pour en acheter une nouvelle, il lui faut se rendre chez le forgeron Amérix, à Lutèce... mais c'est un voyage long et dangereux pour le vieil homme. Il choisit d'y envoyer Astérix et à Obélix, deux Gaulois qui n'ont pas froid aux yeux.

Une fois arrivés devant la boutique de l'artisan, et alors qu'ils pensaient avoir fait le plus dur, les voilà bien embêtés : Amérix est introuvable, et personne ne semble disposé à les renseigner sur les raisons de son absence. Hors de question pour eux de rentrer bredouille ! D'une part, parce qu'ils ont une mission d'importance à remplir : sans la serpe d'or, Panoramix ne peut plus fabriquer la légendaire potion qui donne une force surhumaine à qui en boit. D'autre part, parce qu'Amérix est le cousin d'Obélix. Alors, ils décident de mener l'enquête. Comme ils n'hésitent pas à user de la force pour faire parler les Lutéciens susceptibles de les faire avancer, ils se font rapidement remarquer par le préfet romain : Gracchus Pleindastus. 

Le choc des cultures

La Serpe d'or se déroule en 50 av. JC. La date est clairement indiquée au tout début de l'album. A Lutèce, qui deviendra Paris, Astérix et Obélix ne sont plus dans leur élément : ils ont quitté leur petit village d'Armorique encore indépendant pour une grande ville bourdonnante d'activité et entièrement contrôlée par les Romains. En plus de devoir retrouver Amérix afin de lui acheter une serpe, le guerrier et le tailleur de menhirs vont devoir s'acclimater et s'approprier une ribambelle de codes. Le décalage entre les deux "pays" va être à l'origine d'un grand nombre de situations comiques.


Entre Romains et Gaulois, on se jauge et on se juge dans craindre de tomber dans les généralités : au célèbre "Ils sont fous, ces Romains" _qui n'apparaît pas dans ce tome_ s'oppose un portrait caricatural du Gaulois, dressé en filigrane par les quelques personnages romains qu'on rencontre dans La Serpe d'or. En gros, un type bruyant et conflictuel qui boit trop de cervoise, et qu'il n'est pas nécessaire de prendre au sérieux. Cependant, lorsqu'il s'agit de fomenter les mauvais coups, les cousins ennemis sont tout à fait capables de trouver un terrain d'entente ! 

Ici, le lecteur peut reconstituer (en même temps qu'Astérix et Obélix) l'organisation politique et militaire romaine, qu'ils perçoivent par bribes ; 

- En bas de l'échelle, les légionnaires sont des soldats présents à chaque coin de rue, mais pas très puissants.


- Au-dessus d'eux, les décurions veillent ; ce sont des sortes de sous-officiers commandés par les centurions. 


- Les centurions sont des officiers à la tête d'une centurie, c'est à dire d'un groupe de cent soldats, à peu près. On va les chercher quand un problème prend de l'ampleur. 


- Le préfet, dont on a parlé plus haut vite fait, gouverne Lutèce, mais ne semble pas crouler sous la charge de travail, puisqu'il se plaint beaucoup de s'ennuyer. 


On découvre par le biais des jurons et exclamations proférés par les personnages, quelques divinités de la religion gauloise, qui me paraît relativement méconnue _vous me direz si je me trompe : 

  • Toutatis, aussi appelé Totatus ou Teutatès, est un dieu celte de la mythologie gauloise ; il est considéré comme un dieu protecteur et on peut le comparer au Mars des Romains. Son nom signifie "père de la nation". Sources : Wikipedia et Mythologica.  

  • Toujours dans la mythologie celte, Belenos est le dieu du soleil, de la santé, de l'harmonie ; il est associé à l'Apollon des Romains et parfois à Grannus, leur dieu guérisseur. Son pendant féminin, Belisama, sort de la bouche du tenancier de l'auberge "Au soleil de Massalia", qui apparaît à la fin de l'album. Dans son exclamation "Oh, bonne Belisama", on reconnaît aisément le "Oh, bonne mère" des Marseillais. 
En cas de coup de stress, les Romains, invoquent quant à eux le dieu grec Apollon, et bien sûr Jupiter.  

Double lecture 

Comme chacun sait, les auteurs se sont beaucoup amusés à intégrer au contexte antique des personnages qui leur étaient contemporains, ainsi que des allusions à leur actualité. L'histoire ayant été écrite au début des années 1960, il faut aujourd'hui s'y reprendre à deux fois pour bien repérer et saisir les clins d'oeil. Voire s'aider de certains sites Internet, tel que le très complet Asterix.com, comme j'ai pu le faire, sinon je n'aurais rien vu du tout. 

Dans La Serpe d'or, par exemple, le lecteur averti reconnaîtra l'acteur Raimu dans le personnage de l'aubergiste marseillais dont nous parlions plus haut.


                   

  • Avant de se rendre dans la forêt Touffue, qui correspond géographiquement au bois de Boulogne, Astérix et Obélix vont emprunter la Voie Romaine VII, fort encombrée et encore en travaux. J'y ai vu une Nationale 7 version gauloise ; là encore, dites-moi si je me plante.   

Si vous voulez découvrir La Serpe d'or : 

  • René GOSCINNY ; Albert UDERZO. Astérix - La Serpe d'or. Hachette, édition de 1999. 48 p. ISBN 978-2-01-210134-0.
  • Une version audio intitulée Astérix et La Serpe d'or. le disque d'Aventure, enregistrée en disque 33 tours, est disponible sur Youtube. Elle a été adaptée et réalisée par Jacques Garnier et Gérard Barbier ; pour l'instant, je n'ai pas réussi à trouver l'année de sortie du vinyle. Aussi étonnant que ça puisse paraître pour une BD, l'histoire est tout à fait compréhensible sans l'image, grâce au talent des acteurs et au travail fait autour des onomatopées. En même temps, je venais de lire l'album lorsque je me suis lancée dans l'écoute : ça a peut-être faussé mon jugement.  
 

 

Ah ! J'en étais sûre !

vendredi 29 octobre 2021

[EN FIN DE COURSE] Masques et soleil : la Course de la Rentrée - Le Perreux-sur-Marne / le Trail du Soldat de la Marne - Pays de Meaux / Entre Dhuis et Marne - Pomponne

Courir, écrire des conneries (ici-même) et boire de l'alcool sont mes trois anti-stress ; voilà plusieurs années maintenant que j'essaie de me focaliser sur les deux premiers afin de pouvoir éliminer définitivement le troisième. Hormis quelques dérapages, ça fonctionne plutôt bien !

C'est donc avec joie qu'après des mois de restrictions sanitaires, j'ai pu participer à trois courses organisées en Île-de-France, cet automne : la Course de la Rentrée du Perreux-sur-Marne (15km), le Trail du Soldat de la Marne, près de Meaux (30km) et le trail Entre Dhuis et Marne à Thorigny-sur-Marne (22km). 

La Course de la rentrée - Le Perreux sur Marne : la première après bien longtemps ! 

L'événement a eu lieu le 5 septembre dernier, comme son nom pouvait vous le faire deviner. Il était organisé par le comité des fêtes du Perreux sur Marne et par le club Asphalte 94, avec Yoann Kowal pour parrain. L'AFM Téléthon était de la partie : deux enfants, si je ne me trompe pas, ont pu faire le parcours avec nous en joëlette.

Le circuit formait une belle boucle à travers la ville, avec notamment une partie en bord de Marne fort agréable et une belle côte dès le début _vers la mairie, qui nous a bien rappelé que partir trop vite n'est pas toujours la meilleur option. Deux distances étaient proposées aux sportifs : 7,5 km et 15km, avec un parcours commun (mais deux tours à faire pour les 15km) et des départs en décalé. Il faisait beau et chaud ; les coureurs étaient détendus, même les performants : c'était notre premier rendez-vous depuis tellement longtemps, ça se sentait. Tout le monde (ou presque) se sentait d'attaque pour faire un effort et pour garder son masque jusqu'au départ, comme c'est maintenant de rigueur.   

Les 15km de course sur route essentiellement ne m'inquiétaient pas trop, étant assez habituée à cette distance. Le chronomètre était le dernier de mes soucis, comme d'habitude. J'étais plus soucieuse de réussir à m'organiser pour arriver tôt au point de départ, afin de ne pas m'angoisser inutilement sur les aspects pratiques dont j'avais perdu l'habitude. Heureusement, aucun problème de transport, ce jour-là : je suis arrivée à la gare de Neuilly Plaisance assez tôt pour avoir le temps de me repérer. 

Le Perreux vers 7h45...

Un peu avant de départ... 
Les embarcations du club d'aviron étaient de sortie.

Finalement, j'ai bien sué dans les derniers kilomètres : quoi qu'on en dise, dans une course officielle, on essaie toujours de se magner un peu plus que lors de son jogging du week-end. Ou peut-être simplement pensais-je que ce serait plus facile. En tous cas, ça valait le coup de se lever tôt pour venir jusque-là : la ville a l'air bien sympa. On remercie au passage les bénévoles et toutes les personnes chargées de guider les coureurs, de les encourager, de distribuer les t-shirts à la fin ainsi que les barres de céréales... et le masque, bien sûr ! 

Le Trail du Soldat de la Marne - Crégy-lès-Meaux : 30 kilomètres ambiancés

Quinze jours avant l'échéance, je me suis inscrite pour ce trail déjà mythique de 30 km qui me faisait rêver depuis un moment. Il y a deux ans, on m'avait proposé un dossard mais je l'avais refusé, ne me sentant pas prête. Cette fois-ci, j'ai hésité, avant de me dire que quand on a 35 ans et qu'on a la chance de ne pas être blessé, il faut faire gaffe à ne pas trop reporter les défis à l'année suivante. Qui sait où on sera, d'ici là, et dans quel état ? De toute façon, avec un marathon en ligne de mire, autant tenter les longues distances. Oui, même si certains "concurrents" piaffaient sur la ligne de départ, impatients de démarrer ce "petit 30" pour "se remettre en selle", ce trail s'annonçait comme une grande aventure pour d'autres. 

A une semaine du fameux rendez-vous, j'ai commencé à baliser comme avant un examen, et ça, c'était pas bon du tout : la course à pied est par excellence l'activité pour laquelle je ne me mets jamais de pression, d'habitude. Le coup de stress n'a pas eu de conséquences au final, mais il ne faut pas qu'il se reproduise, note pour le marathon de juin prochain. 

Heureusement, toutes les conditions étaient réunies pour que la course se passe bien : quelques jours de temps sec m'ont permis de garder mes chaussures de route habituelles, plus légères que mes pompes de trail. Le voyage très matinal d'Aulnay-sous-Bois s'est passé idéalement, du T4 à la ligne P, en passant par le RER E. Arrivée à Meaux, ç'a été finalement facile de regagner à pieds l'imposant Musée de la Grande Guerre, point de départ du trail. 

La dernière montée à pieds m'a d'ailleurs donné un aperçu de ce à quoi allait ressembler la fin du parcours... si j'y arrivais. Spoiler : oui. 

Retenez que les participants avaient la chance de passer la ligne d'arrivée sur tapis rouge, et sous les applaudissements des bénévoles habillés comme on pouvait l'être au début du XX°siècle. Ici, on n'a pas lésiné sur le spectacle, du début à la fin : majorettes près du sas de départ, cornemuse à mi-parcours, pancartes d'encouragement tout le long du chemin, bénévoles à fond à toutes les intersections... Tous ces à-côtés ce que je considère d'habitude comme des fioritures tape à l'oeil dispensables et agaçantes m'ont beaucoup aidée ce jour-là.  

#jaicouruchezcopé

On dirait un coq, vous ne trouvez pas ?

#parcourspoulet

A Crégy-lès-Meaux, ce 10 octobre à 9h00, il faisait beaucoup plus froid qu'à Aulnay deux heures plus tôt ; sur les premiers mètres, je ne sentais pas mes pieds. La dernière fois que je m'étais autant pelée, c'était en janvier 2020. à la Sagittaire de Sucy-en-Brie. Mais le temps était magnifique, et, une fois lancés, on était tous bien contents qu'il ne fasse pas trop chaud. Mon premier regret est de n'avoir pas pu prendre de photos du cadre champêtre superbe (pour qui aime la campagne), ni du musée. Par chance, un coureur youtubeur a eu la bonne idée d'immortaliser la course avec sa GoPro, nous lui en sommes fort reconnaissants : 

Mon second regret est de n'avoir pas assez profité du moment, de m'être peut-être "trop ménagée" par peur de ne pas finir le parcours, et de n'avoir pas osé doublé certains concurrents parfois. Oui, je sais bien que c'est le principe d'une course que d'essayer de passer devant les gens, mais sur le moment ce n'est pas si simple.  

Au niveau du premier ravitaillement, situé assez tôt dans course, un coureur habitué m'a dit que le parcours sur lequel nous nous étions lancés n'était pas trop difficile _a priori, le circuit de 20 km au départ de Barcy était plus accidenté, donc plus intéressant pour les amateurs de trail. Voilà qui était encourageant. J'avais choisi de ne pas du tout regarder Strava pendant la course, histoire de ne pas me démonter en cas de coup de pompe à mi-parcours, et de faire sans écouteurs pour rester vigilante pendant les passages en forêt et sur les chemins caillouteux. J'ai particulièrement apprécié de retrouver sur quelques mètres ce cher canal de l'Ourcq, qui est devenu un terrain familier. 

Le dernier ravitaillement était placé au 25ème kilomètre, après une traversée du désert, comme le laisse entendre Monsieur What The Run dans sa vidéo, ci-dessus. Mais on était quand même prévenus qu'il était conseillé de faire des réserves jusqu'à notre passage à Barcy (8ème kilomètre). Une fois arrivés là, on savait tous que le plus gros était fait, et qu'on allait atteindre l'objectif. Maintenant que nous étions mêlés aux marcheurs et aux coureurs du 20km, l'ambiance devenait vraiment festive : les rapides ont loupé ça. Je reconnais que j'étais un peu trop fatiguée pour apprécier.

Bravo aux deux coureurs en rouge et vert (Thomas et ... ?) à qui j'ai collé aux basques pendant une bonne partie de la course, et ce jusqu'à la fin ! C'était pas spécialement voulu, j'espère que vous ne vous êtes pas sentis suivis ! 


Mon neveu âgé de cinq ans, qui est actuellement dans sa phase "petits soldats" va certainement apprécier la médaille du finisher.   

La course était organisée par la Communauté d'Agglomération du Pays de Meaux, merci à eux. Les mises à jour régulières du site Internet, avec le détail des tracés, et la page Facebook très active du Trail du Soldat de la Marne nous ont permis de bien nous préparer et d'avoir un aperçu de ce qui allait nous attendre le jour J. 

Entre Dhuis et Marne : le plus beau parcours 

Quinze jours plus tard, rebelotte pour un nouveau trail, au départ de Thorigny-sur-Marne, cette fois-ci. L'événement regroupait moins de monde. Peut-être était-ce une conséquence du marathon de Paris qui avait eu lieu une semaine plus tôt ? Le matin du jour J, il m'a semblé que j'étais tombée dans une course moins "grand public" : visiblement, les gens n'étaient pas tous là pour rigoler. 

Effectivement, beaucoup des 200 coureurs alignés sur le parcours de 22 km étaient partis assez vite _ il y avait le choix entre deux distances : 17 et 22 km. J'ai laissé passer la foule : mon objectif était avant tout de faire mes 22 kilomètres, en marchant le moins possible et en essayant de bien négocier les descentes. En effet, si monter les belles côtes bien visibles sur le tracé ne me faisait pas trop peur, les descendre me filait d'avance le vertige. Finalement je m'en suis tirée sans chute _ mais avec les cuisses qui brûlent, quand même ! Ce qui reste le but du jeu...  

De la poignée de courses que j'ai pu faire depuis deux ans maintenant, Entre Dhuis et Marne a été à la fois la plus exigeante et la plus plaisante. Elle est sans doute moins médiatisée que le Trail du Soldat de la Marne auquel j'étais tentée de la comparer forcément, peut-être plus sobre dans son déroulement mais l'accueil des bénévoles y est tout aussi sympa. Un peu de simplicité ne fait pas de mal, parfois ! Là encore, on apprécie la qualité de la communication, tant sur le site du club organisateur Courir Avec Pomponne que sur la page Facebook de l'événement.

Ce tour de cou fort seyant nous a été offert à l'arrivée.

Il faut savoir que la semaine précédent la compétition, une brutasse de tempête a soufflé sur la Seine-et-Marne, risquant de compromettre les réjouissances. Heureusement, les arbres tombés en travers des chemins ont été ciblés et déblayés hyper rapidement, de façon à ce que la course puisse bien avoir lieu. Merci encore aux organisateurs : si j'étais contente d'avoir, cette fois-ci, opté pour les baskets propres à la gambade en zone fagneuse, à aucun moment je n'ai eu le sentiment d'avoir été en danger, ni même en difficulté, spécifiquement à cause des récentes intempéries. Bien sûr, il fallait être vigilant... comme n'importe quelle personne amenée à se déplacer rapidement en forêt. 

Sur le dernier kilomètre, on a un peu discuté avec un membre (je crois ?) du club organisateur Courir Avec Pomponne, qui m'a dit que tous parmi eux s'efforçaient de préserver le cadre naturel de la superbe forêt des Vallières, dont beaucoup d'entre nous sont devenus définitivement fans à l'issue du trail. 

Entre Dhuis et Marne était aussi et surtout l'occasion de soutenir l'association Enfants Cancers Santé.    


Chapeau à tous ceux qui ont donné de leur temps
 pour concrétiser ces premières courses d'après COVID !  

N'hésitez pas à m'indiquer en commentaire d'éventuelles erreurs, sur les noms des clubs, des associations, des lieux... J'suis pas du coin ! 

mercredi 27 octobre 2021

[MASSE CRITIQUE] Zones d'admiration - Jean Esponde (2021)

Merci à l'Atelier de l'agneau et à Babelio pour l'envoi de Zones d'admiration dans le cadre de l'opération Masse Critique. 

Encore une fois, j'ai attendu le dernier moment pour publier une critique de ce nouvel ouvrage poétique de l'écrivain Jean Esponde. Non que la lecture ait été fastidieuse ou déplaisante ; mais il m'a toujours semblé difficile de me prononcer sur de la poésie, qu'elle soit écrite en vers ou en prose. L'exercice est encore plus ardu lorsqu'on ne connaît pas du tout l'auteur, comme c'était le cas en l'occurrence, jusqu'à ces derniers jours. Je vais donc faire ce que je peux. 



Zones d'admiration ne se présente pas comme le recueil de poèmes auquel on pourrait s'attendre mais plutôt comme un petit livre protéiforme organisé en plusieurs grandes parties de tailles variables. Si la première s'intitule "Peintures", c'est bien Jean Esponde qui tire un portrait parfois documenté et parfois rêvé d'anonymes _tels que les premiers artistes de Lascaux, ou de génies qui ont fait date : Picasso, Frida Kahlo, Shitao... Pour mieux leur rendre hommage, il se plonge dans leur époque, dans leur espace, et imagine ce qu'ils ont pu penser, se dire. La deuxième grande étape du voyage se focalise sur "Quatre poètes", autour desquels l'auteur brode des textes qui auraient pu être des biographies, mais qui manifestement n'en sont pas. Il s'agit de Rimbaud, de Segalen _omniprésents dans l'oeuvre, du trop souvent oublié Héraclite, du sulfureux Genet.  "Enseignement sans parole" apporte une touche philosophique à l'ensemble, et nous fait part de belles réflexions croisées sur les différents modes d'expression. Jean Esponde s'amuse à mettre en scène successivement Lao Tseu, Lu Ji et Héraclite. Guerres, Le Devenir et La Civière, plus courtes, forment un ensemble où, à mon avis, la condition humaine est traitée sous ses angles les plus sombres.


En une centaine de pages, Jean Esponde parvient à réunir des millénaires de culture, en nous amenant aux quatre coins du Monde. Aucune des figures qu'il admire et qui l'inspirent ne semble avoir été oubliée. Si, à première vue, l'ouvrage a l'air d'une boîte pleine de pièces de puzzle mélangées, une deuxième lecture évoquera plutôt une page web pourvue de nombreux liens hypertexte : Lascaux, Laas Geel, Lao Tseu, Rimbaud, Héraclite : tout se tient, tous se tiennent par la main, pour une raison ou une autre. Ce panorama éclectique des arts et cette fracture pure et simple des barrières spatio-temporelles sont déroutants ; mais ils ont l'avantage de nous libérer de nos carcans, de nous permettre des regards croisés sur des artistes, des courants artistiques et philosophiques qu'on ne songerait jamais à comparer, habitués que nous sommes à tout cloisonner. D'ailleurs, le poète ne se contente pas de poser des sages et des artistes inspirants les uns à côté des autres, puisqu'il s'essaie _avec succès_ à les incarner ou à les faire dialoguer. Qu'il possède ou non le bagage culturel lui permettant de saisir toutes les références auxquelles Jean Esponde fait allusion, le lecteur sortira grandi et/ou troublé de cette expérience littéraire unique en son genre.       

Jean ESPONDE. Zones d'admiration. Atelier de l'agneau, 2021. 125 p. ISBN 978-2-37428-047-9


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samedi 23 octobre 2021

[COMICS] Pulp - Ed Brubaker ; Sean Phillips (2020)

Le temps n'a pas daigné s'arrêter, la vie a repris son cours avec une facilité surprenante. Les vivants se remettent à s'écharper pour des motifs plus futiles les uns que les autres, d'abord à petites touches teintées de décence, puis à grands coups de trique. Je ne sais pas si j'envie ou si je méprise leur capacité à rebondir aussi vite. 


La sortie récente de Pulp, album créé par Ed Brubaker et Sean Phillips, a fait beaucoup de bruit dans les podcasts où il est question de comics à plus ou moins forte dose. Comme à chaque fois on en parlait plutôt en bien, ce titre a fini par attirer mon attention. 

L'histoire 

New-York, 1939. Sale temps pour les Juifs et pour les vieux. Max Winter en fait l'expérience tous les jours. Sous ses cheveux blancs et sa silhouette malingre, le "grand-père" bouillonne comme dans sa jeunesse lorsqu'il est face à une injustice... et finit par faire des attaques qui lui rappellent que s'il veut changer le cours de sa vie, c'est maintenant ou jamais. 

En effet, Max est dessinateur pour un "pulp magazine" ; il aimerait publier des histoires profondes dans lesquelles son héros, Red River Kid, ferait autre chose que se battre en duel et taper des gens, mais son jeune patron dénature complètement ses œuvres : le but, c'est de vendre. Les gens veulent de la baston. Frustré par le manque de reconnaissance pour son boulot, désespéré d'être si mal payé, il trouve un peu de réconfort auprès de Rosa, sa copine, à qui il aimerait offrir autre chose que trois pièces pour survivre jusqu'au loyer suivant. Derrière leurs murs, le nazisme monte, discrètement mais sûrement. 

Alors, sentant sa fin proche, il décide de forcer le destin. S'il faisait un gros coup, comme dans le temps, en braquant une banque ? Car Max n'a pas toujours été artiste ; sa jeunesse, il l'a passée auprès de son pote Spike à faire les quatre cent coups pour aller chercher les fonds que leur modeste condition de fermier ne pouvait leur apporter. Il a souvent fait du mal, il est souvent sorti du droit chemin, il s'est souvent battu... Son héros de BD, Red River Kid, c'est un peu son alter ego. 

Une fois devant la banque, un particulier l'empêche de partir à l'assaut : il s'agit de Jeremiah Goldman, un de ses adversaires d'antan. S'il l'avait perdu de vue depuis des années, l'autre a toujours suivi sa trace et aujourd'hui, il a besoin de lui pour piller un repaire de nazis. Comme quoi, on peut être ennemi avec quelqu'un et le respecter assez pour faire appel à lui dans la difficulté... Sens de l'honneur ou besoin d'argent ? Un peu des deux sans doute. Max accepte. Les meilleurs ennemis deviennent associés. 


   


Bain de jouvence

Ed Brubaker et Sean Phillips ont choisi de mettre en scène des héros vieillissants et pourtant bien dynamiques : voilà qui fait du bien, dans une époque où les superhéros jeunes et musclés quadrillent le cinéma et la BD. Mieux encore, ils traduisent le quotidien impitoyable de celui qui se sent encore jeune dans sa tête, mais qui a bien conscience que son corps "ne suit plus", et qu'il faut le ménager. Un passage qu'on connaîtra tous, si on a la chance d'arriver jusque-là. Pas de miracles, pas de pouvoirs magiques dans Pulp : lorsque Max vient au secours d'un jeune juif pris à partie par un groupe de jeunes fachos... il se fait méthodiquement casser la gueule, sous les yeux de la foule indifférente. 

Si les années 1930 nous paraissent bien lointaines, elles représentent pour le héros une ère nouvelle, moderne, dans laquelle il ne se reconnaît plus. Sa nostalgie de la fin du XIX° siècle, où le code de l'honneur parlait même aux brigands de sa trempe, s'exprime sur ses planches de BD dédiées à des cow-boys parcourant le far-west à cheval. On comprend qu'il lui soit insupportable de voir son patron taillader ses histoires, qui sont ni plus ni moins des pans de sa vie.

Système pourri à la moelle

Max travaille pour un magazine de "pulps", format de BD très à la mode dans ces années-là, où on n'avait pas encore la télé, où l'accès à la radio et au cinéma n'étaient pas évidents. Imprimés à la chaîne sur du mauvais papier, pas chers, les pulps étaient faits pour êtres vendus en grand nombre et il importait de les remplir en fonction de ce que les gens voulaient y lire. On comprend ici que les auteurs étaient assez mal payés, que leur salaire pouvait varier du jour au lendemain et que leurs créations n'étaient pas protégées. Souvent, leur situation ne leur permettait pas de claquer la porte en cas de désaccord, et les boss faisaient jouer la concurrence entre les dessinateurs. Voilà qui fait un peu penser au système d'édition des mangas, de nos jours.   

Le nazisme en toile de fond 

Pulp est un album court _environ 65 pages_ mais très riche : vous n'y trouverez pas ni préface, ni dossier visant à contextualiser l'histoire. Il n'y en a pas besoin ; c'est l'une des grandes forces de cette histoire. Les sombres rues de New-York de février 1939, annonciatrices des prochaines années noires, contrastent avec les scènes de western chaudes et colorées de fin du XIX° siècle que Max propose à son patron ; quelque chose se passe, la ville change, on ne sait pas vraiment pourquoi, mais les tensions deviennent palpables. Au cinéma avec Rosa, il s'étonne de sentir un courant d'air nazi passer dans le public _décomplexé par l'obscurité. Les fachos ont leur QG, personne ne semble y voir d'inconvénient. On ne sait plus qui pense quoi, qui est de quel côté. D'ailleurs, Sean Phillips dessine ses personnages de façon à ce que leur face soit toujours à moitié occultée par l'ombre, comme s'il ne voulait pas qu'on voit "leur vrai visage". Nous sommes plongés dans cette période vicelarde où chacun attend de voir de quel côté le vent va tourner pour prendre position.     

N'étant pas connaisseuse du fameux "binôme Brubaker - Phillips", je ne saurais comparer avec leurs œuvres précédemment publiées. Mais Pulp est une belle découverte, émouvante et efficace dans sa façon de traiter le temps qui passe, le vieillissement, la nostalgie... en si peu de pages. Le couple formé par Max et Rosa est d'une charmante simplicité. 

A lire, donc... si vous arrivez à mettre la main dessus en bibliothèque ! Ce n'est pas simple, il a beaucoup de succès. D'ailleurs, je vais de ce pas le ranger, il faut que je le rapporte demain à la médiathèque de la Canopée car un amateur l'a réservé.  

Comme ça fait du bien d'avoir enfin réussi à pondre un billet ; j'étais à deux doigts d'imploser après ce mois de silence bloguesque et ces derniers jours difficiles. 

Ed BRUBAKER ; Sean PHILLIPS. Pulp. Delcourt, 2021. 65 p. ISBN 978-2-413-03951-8        

Vous pouvez écouter une chronique de Pulp dans le Comics Discovery S05E48 (calez-vous sur 1h18 à peu près !)

vendredi 24 septembre 2021

[MANWHA] La Bicyclette Rouge - 1 - "Yahwari". Kim Dong Hwa (2005)

Le vent me soufflait dans la figure, mais ce n'était pas désagréable en soi. On était au mois de mai, la route était sèche. Tout allait bien, mais j'étais tétanisée de peur en descendant le boulevard à vélo, les mains tellement serrées sur le guidon et sur les freins que c'était un coup à se faire des cloques. Serrée sur la file de droite, je sentais les voitures me frôler jusqu'à remettre en cause mon équilibre, et j'appréhendais le rond point que j'allais devoir prendre cent mètres plus bas. David était un habitué, et, bien que parti plus tard du collège, il m'avait rattrapée car il avait l'art de se glisser entre les voitures avec assurance. 

"J'ai trop peur, je comprends rien à ce qui se passe ! C'est rare que je vienne à vélo." C'est tout ce que j'avais trouvé à lui dire mais bon, c'était mieux que rien. 

"C'est simple ! Si le feu est rouge tu t'arrêtes, et si c'est vert, tu avances !" Avait-il dit en rigolant, et il m'avait proposé qu'on prenne le même chemin pour rentrer, vu qu'on habitait dans le même secteur. Il suffisait qu'il sorte une connerie de ce style pour qu'on soit aussitôt convaincus que tout allait bien se passer. 

J'avais quand même décliné la proposition, par peur de me casser la gueule à côté de lui. La fierté m'avait poussée sur l'itinéraire bis, comme toujours. Il ne s'en était pas offusqué car il était du genre à prendre les gens comme ils étaient et les choses comme elles venaient. Son vélo rouge et argenté s'était faufilé dans les embouteillages avant de disparaître. 



C'est la première fois que je lis un manwha, un "manga coréen" ; à vrai dire, je n'avais pas spécialement l'intention de commencer, mais en passant en revue le rayon manga de la bibliothèque Marguerite Duras, je suis tombée sur le tome 1 de La Bicyclette Rouge, de Kim Dong-Hwa. Sa couverture blanc cassé, sur laquelle est seulement dessiné un jeune cycliste au visage serein levé vers le ciel était fort parlante. Quelques jours plus tôt, je ne l'aurais peut-être même pas remarqué. Mais là, je l'ai emprunté et j'ai commencé à le lire dans le RER. 

L'histoire,... 

... ou plutôt les nombreuses petites histoires qui composent cette BD racontent la tournée quotidienne d'un facteur sillonnant le village coréen de Yahwari avec son vélo rouge. Au fil de son parcours somme toute routinier, le jeune homme ne s'ennuie jamais : il fait parfois des rencontres insolites, aime discuter avec les habitants _qui sont souvent des personnes âgées isolées, s'accorde quelques pauses sur le chemin du retour pour s'extasier devant la beauté du paysage rural. 

Ses pérégrinations nous donnent un aperçu de ce à quoi peut ressembler la vie à la campagne, en Corée, j'imagine, mais je n'ai pas suffisamment de connaissances sur ce pays pour l'assurer. De toute façon, les frontières s'effacent devant les micro-drames qui ponctuent la vie de Yahwari : d'où qu'on vienne, on reconnaîtra bien une vieille voisine ou un copain derrière certains villageois.   



Avec son enchaînement de portraits qui tiennent sur deux planches, parfois un peu plus, cette BD ressemble à un recueil de poèmes organisé en grands chapitres thématiques dont le titre commence presque toujours par "histoires de" _ "histoires de mères", "histoires de fleurs", "histoires des gens de là-haut". Mais la poésie ne se ressent pas que dans la forme du livre : elle est présente partout : dans les boîtes aux lettres des plus créatifs, dans les paysages doux et colorés, autour des bancs des habitants les plus âgés, sur le visage (presque) toujours souriant du facteur qui sert de fil rouge à l'ensemble... 

Jeunes, vieux, riches, pauvres, munis d'un téléphone portable (la BD est sortie en 2005 en France, remember les premiers portables à clapet !) ou complètement déconnectés... Tous attendent le messager, tiraillés entre l'impatience de le voir venir et la crainte de ne rien avoir. La lettre qui arrive rappelle qu'on existe pour quelqu'un et fait immanquablement chaud au coeur ; au contraire, la boîte aux lettres vide nous renvoie cruellement notre solitude en pleine tête.  

J'avais le Motorola V220 ; il a tenu sept ans, le bougre ! 

L'énigme sous la casquette 

Que sait-on de l'homme au vélo à l'issue des 140 premières pages de la série ? Pas grand chose. Où vit-il exactement ? Comment s'appelle-t-il ? Ce n'est pas dans ce premier opus qu'on aura la réponse, en tous cas. Il est ici résumé à sa fonction ; d'ailleurs, le titre-même de la série _ La Bicyclette rouge_ ne lui laisse aucune place. Pourtant, il n'est pas non plus complètement transparent : il s'adresse au lecteur, aux habitants, il n'a aucun mal à exprimer ses émotions, ses goûts, à parler de ses centres d'intérêt et à faire preuve d'empathie. Il semble avoir une vie solitaire et sans souci, comme hors du temps ; mais en fait, on n'en sait rien. On en apprend beaucoup plus sur la vie des gens qu'il visite que sur lui-même. 

  

 
Peut-être faut-il voir dans ce jeune facteur à couette une incarnation du temps présent ; il est là, on le regarde passer sans s'en rendre compte, car on est trop préoccupé par ce qu'il va vous apporter pour en profiter. D'ailleurs, seuls les vieux, les philosophes et les poètes parviennent à l'apprécier pour lui-même. 

Vous l'aurez compris, on n'est pas du tout dans Bienvenue chez les Ch'tis, mais plutôt dans "bienvenue au pays des gens qui soufflent sur les fleurs de pissenlits et qui trouvent leur envol fascinant". Vive la quiétude, les tons pastels, les couchers de soleil à la campagne, la nostalgie des vieilles mères qui attendent en vain des nouvelles de leur descendance overbookée, les frères et sœurs qui sollicitent le facteur pour s'envoyer des citrouilles parce que "c'est sur son chemin". 



Un peu de douceur ne fait pas de mal, et j'ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture ; elle est tombée à point nommé, et je compte bien poursuivre la série. C'est du bonbon pour les yeux et pour l'esprit. Mais tout le monde n'aimera pas, c'est certain.  

Kim Dong Hwa. La Bicyclette Rouge - 1 - "Yahwari". Paquet, 2005. 140 p. ISBN 2-88890-022-X


dimanche 22 août 2021

[MANGA] Amanchu ! - 1 - Kozue Amano (2011)

A moins que je ne me trompe, c'est en écoutant le podcast Mangadiscovery _le cousin de ComicsDiscovery qui ne dépareille pas la famille_ que j'ai entendu parler d'Amanchu !. J'avais alors noté le titre sur une feuille volante sans plus d'indications, en vue d'un prochain passage à la bibliothèque. Du coup, mercredi dernier, en faisant le tour des structures nécessitant le pass sanitaire afin de rentabiliser au max mon dernier viol de nez, j'ai emprunté ce manga alors disponible dans la section jeunesse de la médiathèque, sans plus trop savoir de quoi il était question.  

Je crois que je cherchais surtout une lecture légère après pas mal de découvertes superbes mais plus tristes les unes que les autres.  


L'histoire 

Hikari a 15 ans, elle vit avec sa grand-mère qui tient une boutique de matériel de plage au bord de la mer. Nous sommes au début du printemps, ce qui veut dire qu'au Japon c'est la fin des vacances et le début d'une nouvelle année scolaire. Afin de ne pas trop stresser pour sa rentrée au lycée Yumegaoka qui a lieu le lendemain, Hikari veut passer son dernier jour de tranquillité à faire de la plongée, car c'est sa passion ultime. 

Alors qu'elle arpente des fonds marins qu'elle semble déjà connaître par cœur, une jeune fille de son âge nommée Futaba stoppe son scooter devant la boutique de la grand-mère, avec qui elle échange quelques mots. On y apprend qu'elle vient d'arriver dans la région et qu'elle va aller dans le même lycée que Hikari (heureuse coïncidence). 

Les deux filles vont seulement se croiser ce jour-là, mais elles auront l'occasion de se parler dès le lendemain puisqu'elles seront, contre toute attente ! dans la même classe. 


Le feu et la glace 

Allez, si on commençait l'année par une intrusion dans la piscine du lycée ? C'est sans doute ce qu'a pensé Kozue Amano lorsqu'elle a voulu dessiner la naissance de l'amitié unissant "Pikari", surnom issu de "Hikari" et de "Pika", qui veut dire "lumineux" _ ahah, je viens de faire le lien avec Pikatchu, et "Teko", rebaptisée ainsi car elle a un front haut. 

J'étais sûr que Futaba allait mal prendre ce blase trouvé en trente secondes par la petite Hikari, souvent dessinée sous des traits d'enfant de 8 ans, pour souligner sa candeur et son explosivité ? mais pas du tout ! Elle semble l'accepter aussitôt... comme un peu tout ce que lui proposera la pro de plongée dans les pages suivantes.

Voilà ce qui est à la fois étonnant et assez juste dans la composition des personnages et de leur relation : à première vue, les deux élèves de seconde ont tout pour se détester. Alors que Hikari nous apparaît comme enjouée, dynamique et excessivement bavarde, Futaba semble préférer le calme et la discrétion. Visiblement, elle se soucie beaucoup de l'image qu'elle renvoie. On sent que le côté pile électrique de sa comparse la laisse partagée entre admiration et agacement, mais au final, c'est la curiosité qui l'emporte.


Elles vont très bien s'entendre et se reconnaître comme complémentaires. Hikari, qui dissimule son malaise en jouant les moulins à paroles et en soufflant frénétiquement dans son sifflet de plongée _même en classe... va trouver en Futaba l'oreille attentive dont elle a besoin. "Teko" arrive à se lancer dans des aventures (plus ou moins bien inspirées...) qu'elle n'aurait pas songé à entreprendre seule. 

Comme entrer par effraction dans la piscine du club de plongée du lycée, par exemple, histoire de jeter un oeil au bassin et d'essayer quelques combinaisons... Après deux ou trois longueurs, leur amitié est scellée, et Teko n'est pas loin de se laisser tenter par la discipline de prédilection de sa pote. Un cours théorique des rudiments de la plongée dispensé par leur prof principale, qui est aussi l'adulte en charge du club, va finir de la convaincre. 

A noter que ce chapitre explicatif, qui clôture ce premier tome d'Amanchu! est intéressant puisqu'on s'y familiarise avec quelques unes des préoccupations quotidiennes des plongeurs. Il est question du lien entre la pression et la profondeur, des techniques à connaître pour se déboucher les oreilles et pour remonter efficacement à la surface sans faire exploser ses poumons (en gros)...  

Gné. 

Hormis le coup de la piscine, il ne se passe rien de bien trépidant dans ce volet d'exposition du décor et des personnages, et cela peut se comprendre car l'autrice avait pas mal de choses à nous dire. Il faudra lire les chapitres suivants pour juger de la qualité des péripéties, mais je ne m'inquiète pas à ce sujet.  

Pas besoin d'aller plus loin cependant pour affirmer que ce manga a le mérite d'exister, au moins pour deux raisons : 

  • Le sujet principal est la plongée sous-marine, sport rarement abordé en BD, me semble-t-il. Ca change du foot et du basket... 
  • Amanchu! est classé en "shônen" (=manga aventure ou sport) et il est porté par des filles ; ce qui était bien rare en 2011, année de sa sortie en France.  

Bizarrement, Amanchu! m'a rendue assez nostalgique. Il m'a beaucoup rappelé mes premières heures au lycée, et ma rencontre avec Mélanie, une copine dont j'ai déjà parlé ici, ici, ici et même . Je me souviens que cette mini météorite était venue s'écraser à côté de moi sans me connaître, le jour de la rentrée, et qu'elle avait tout de suite engagé la conversation alors que je n'avais pas du tout envie d'avoir d'interactions avec qui que ce soit. Je connaissais déjà tout son CV depuis la maternelle avant que le prof d'italien M. Roger ait fini de copier l'emploi du temps au tableau. Son débit de paroles m'avait à la fois bluffée et exaspérée. Comme Futaba, j'ai compris un peu plus tard que cette apparente aisance n'était pas forcément naturelle et servait surtout à gérer des situations angoissantes.     

Kozue AMANO - Amanchu ! 1 - Ki-oon, 2011. 176 p. ISBN 978-2-35592-245-9. 

  • Pour les Parisiens, la suite de la série est disponible à la médiathèque Marguerite Duras (Porte de Bagnolet)
  • Une version anime est disponible ; vous pouvez aussi découvrir la suite en VOSTF sur la chaine Youtube Manga Total (je crois qu'il n'y a pas tous les épisodes...).

jeudi 12 août 2021

Ces victimes dont il faut se méfier : Carrie - Stephen King (1976)

Comme chaque année, j'ai emporté quelques livres jeunesse (ou pas) en Dordogne, afin d'avoir quelques titres à proposer aux élèves en septembre. Ce sera toujours du temps de gagné, et puis ça reste un des côtés les plus sympas du boulot. Il faut croire que mon inconscient avait des trucs à me dire, car ma main s'est très souvent portée sur des romans aux ambiances plutôt sombres. Sur le coup, je me suis dit que c'était un drôle de hasard, mais à vrai dire c'était couru d'avance vu les auteurs : Guéraud, Abier, Stephen King... 

Cela dit, cette sélection valait largement le coup, et je ne la regrette pas. A retenir notamment : Carrie de Stephen King, un classique ou pas loin. 

Carrie - Stephen King


L'histoire se déroule aux États-Unis, dans une petite ville du Maine nommée Chamberlain : les fans reconnaîtront-là l'un des décors de prédilection de l'auteur. 

Au lycée, l'année scolaire touche à sa fin. Les jeunes commencent à s'organiser pour le traditionnel bal de printemps qui clôture le mois de mai, entre nervosité et excitation : pour eux, c'est vraiment "l'événement" à ne pas rater. Mais si certains y voient une occasion de crever l'écran, comme la belle et populaire Chris, ou comme le couple parfait que forment Sue et Tommy, d'autres ont franchement peu de chances de participer aux festivités. 

Carrie, 16 ans, fait partie de ceux qui resteront sur la touche. Aussi à son aise au milieu de ses mijaurées de camarades de classe qu'un crapaud tombé dans l'auge des dindons, elle a bien des raisons de raser les murs. D'une part, elle vit sous la coupe d'une mère bigote à l'extrême qui lui a inculqué la crainte des autres humains, notamment des hommes qui sont autant de "pécheurs" à éviter, et d'autre part, Chris et Sue lui mènent la vie dure par leurs brimades et leurs mauvaises blagues. Les adultes ferment à demi les yeux : avec son physique ingrat et ses manières rustres sorties d'une autre époque, cette pauvre fille ne peut rien espérer d'autre que le traitement qu'on réserverait à un extraterrestre un peu dégueu. 

Pour ceux qui ont la flemme de tout lire : voici les copies de la story Instagram consacrée à Carrie. 


Si Carrie donne l'impression d'accepter son sort, intérieurement elle sent que la coupe est presque pleine : le temps d'utiliser son pouvoir de télékinésie, qu'elle contrôle de mieux en mieux, est bientôt là. En effet, lorsqu'elle est contrariée ou sous le coup d'une émotion forte, elle peut déplacer des objets, mais aussi les casser ou les projeter sur l'"agresseur". Personne ne le sait, par chance ! Lorsque de curieux événements se produisent, les gens sont trop occupés à se mettre à l'abri pour chercher leur origine.             

Un jour, Chris, Sue et leurs suiveuses vont un peu loin dans le foutage de gueule et se font griller par une prof qui n'a pas du tout l'intention de détourner le regard, elle, et qui va demander à ce qu'elles soient sanctionnées. Les deux petites bourgeoises _oui, en plus ce sont d'insupportables richouzes_ vont se retrouver interdites de bal de fin d'année. 










On pourrait croire qu'elles s'en tirent bien, ces biatchs, mais sachez que pour elles, c'est une vraie catastrophe. Sue, qui est plus le caniche de Chris qu'autre chose, prend conscience de sa connerie et décide de se racheter en "prêtant" à Carrie son cavalier désormais seul (Tommy, donc) : ainsi, la pauvre ahurie pourra profiter des festivités comme tout le monde. Bon, le garçon trouve ça étrange sur le principe, mais il accepte et invite sa nouvelle reine de soirée en bonne et due forme. Bien sûr, Carrie ne sait rien de ce petit arrangement et finit par croire que Tommy s'intéresse réellement à elle, ce dont elle a d'abord douté fortement _à juste titre. 


Chris, quant à elle, se considère toujours comme étant la victime d'une paumée qui, selon elle, n'a jamais eu que ce qu'elle méritait. Ce n'est pas une fille d'avocat pour rien. Lorsqu'elle apprend que Carrie ira au bal au bras de Tommy, elle voit là l'occasion de lui faire une ultime blague bien puante. Pour ce faire, elle va mettre à contribution son copain du moment, le peu recommandable Billy. La fête s'annonce animée. 


Daté de la fin des années 1970, Carrie n'a bizarrement pas grand chose d'une histoire vieillotte. On reconnaît dans ce livre court mais protéiforme (le récit est souvent interrompu par l'insertion d'articles de presse, de rapports d'interrogatoires) le souhait de donner un côté "vrai" à l'histoire. De plus, ce procédé nous permet de reconstituer par nous-même le déroulement de la fameuse soirée. 

Bien sûr, il s'agit du premier roman de Stephen King : les connaisseurs trouveront sûrement des petits défauts à commenter. Ils discerneront le germe d'une tendance de l'auteur à faire de la psychanalyse avec deux bouts de bois, et un goût naissant pour les fins cataclysmiques qui s'étirent en longueur. Cela n'empêche pas Carrie d'être original sur un point en particulier : la mise en scène de la victime qui devient bourreau, petit à petit. Dans cette histoire présentée comme "roman d'horreur", il est hors de question que les différents protagonistes fassent la paix à la fin. Tout aussi impensable que la situation reste telle quelle, que l'enfant harcelé soit assez entouré d'amis fiables pour se sentir blindé contre les attaques des uns et des autres. Chefs de file et suiveurs, tout le monde paye, au-delà du budget prévu _et certains, sans doute plus qu'ils auraient dû.

                 

Même si Carrie demeure un peu trop violent pour un CDI de collège, il a sa place au lycée ; pour un élève qui se fait bolosser (ou pas, d'ailleurs), c'est une lecture qui peut faire du bien car on y aborde la question de la confiance en soi qui se construit petit à petit, qui tient parfois à pas grand chose, et qui peut changer le cours d'une vie.

Je l'ajoute quand même à la liste des romans pour aborder le harcèlement scolaire au collège

Stephen KING. Carrie. Le Livre de Poche, 2010. 288 p. ISBN 978-2253096764
Première parution en 1974 ; sorti en France en 1976.