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| J'avais le Motorola V220 ; il a tenu sept ans, le bougre ! |
vendredi 24 septembre 2021
[MANWHA] La Bicyclette Rouge - 1 - "Yahwari". Kim Dong Hwa (2005)
dimanche 22 août 2021
[MANGA] Amanchu ! - 1 - Kozue Amano (2011)
A moins que je ne me trompe, c'est en écoutant le podcast Mangadiscovery _le cousin de ComicsDiscovery qui ne dépareille pas la famille_ que j'ai entendu parler d'Amanchu !. J'avais alors noté le titre sur une feuille volante sans plus d'indications, en vue d'un prochain passage à la bibliothèque. Du coup, mercredi dernier, en faisant le tour des structures nécessitant le pass sanitaire afin de rentabiliser au max mon dernier viol de nez, j'ai emprunté ce manga alors disponible dans la section jeunesse de la médiathèque, sans plus trop savoir de quoi il était question.
Je crois que je cherchais surtout une lecture légère après pas mal de découvertes superbes mais plus tristes les unes que les autres.
L'histoire
Hikari a 15 ans, elle vit avec sa grand-mère qui tient une boutique de matériel de plage au bord de la mer. Nous sommes au début du printemps, ce qui veut dire qu'au Japon c'est la fin des vacances et le début d'une nouvelle année scolaire. Afin de ne pas trop stresser pour sa rentrée au lycée Yumegaoka qui a lieu le lendemain, Hikari veut passer son dernier jour de tranquillité à faire de la plongée, car c'est sa passion ultime.
Alors qu'elle arpente des fonds marins qu'elle semble déjà connaître par cœur, une jeune fille de son âge nommée Futaba stoppe son scooter devant la boutique de la grand-mère, avec qui elle échange quelques mots. On y apprend qu'elle vient d'arriver dans la région et qu'elle va aller dans le même lycée que Hikari (heureuse coïncidence).
Les deux filles vont seulement se croiser ce jour-là, mais elles auront l'occasion de se parler dès le lendemain puisqu'elles seront, contre toute attente ! dans la même classe.
Le feu et la glace
Allez, si on commençait l'année par une intrusion dans la piscine du lycée ? C'est sans doute ce qu'a pensé Kozue Amano lorsqu'elle a voulu dessiner la naissance de l'amitié unissant "Pikari", surnom issu de "Hikari" et de "Pika", qui veut dire "lumineux" _ ahah, je viens de faire le lien avec Pikatchu, et "Teko", rebaptisée ainsi car elle a un front haut.
J'étais sûr que Futaba allait mal prendre ce blase trouvé en trente secondes par la petite Hikari, souvent dessinée sous des traits d'enfant de 8 ans, pour souligner sa candeur et son explosivité ? mais pas du tout ! Elle semble l'accepter aussitôt... comme un peu tout ce que lui proposera la pro de plongée dans les pages suivantes.
Voilà ce qui est à la fois étonnant et assez juste dans la composition des personnages et de leur relation : à première vue, les deux élèves de seconde ont tout pour se détester. Alors que Hikari nous apparaît comme enjouée, dynamique et excessivement bavarde, Futaba semble préférer le calme et la discrétion. Visiblement, elle se soucie beaucoup de l'image qu'elle renvoie. On sent que le côté pile électrique de sa comparse la laisse partagée entre admiration et agacement, mais au final, c'est la curiosité qui l'emporte.
Elles vont très bien s'entendre et se reconnaître comme complémentaires. Hikari, qui dissimule son malaise en jouant les moulins à paroles et en soufflant frénétiquement dans son sifflet de plongée _même en classe... va trouver en Futaba l'oreille attentive dont elle a besoin. "Teko" arrive à se lancer dans des aventures (plus ou moins bien inspirées...) qu'elle n'aurait pas songé à entreprendre seule.
Comme entrer par effraction dans la piscine du club de plongée du lycée, par exemple, histoire de jeter un oeil au bassin et d'essayer quelques combinaisons... Après deux ou trois longueurs, leur amitié est scellée, et Teko n'est pas loin de se laisser tenter par la discipline de prédilection de sa pote. Un cours théorique des rudiments de la plongée dispensé par leur prof principale, qui est aussi l'adulte en charge du club, va finir de la convaincre.
A noter que ce chapitre explicatif, qui clôture ce premier tome d'Amanchu! est intéressant puisqu'on s'y familiarise avec quelques unes des préoccupations quotidiennes des plongeurs. Il est question du lien entre la pression et la profondeur, des techniques à connaître pour se déboucher les oreilles et pour remonter efficacement à la surface sans faire exploser ses poumons (en gros)...
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| Gné. |
Hormis le coup de la piscine, il ne se passe rien de bien trépidant dans ce volet d'exposition du décor et des personnages, et cela peut se comprendre car l'autrice avait pas mal de choses à nous dire. Il faudra lire les chapitres suivants pour juger de la qualité des péripéties, mais je ne m'inquiète pas à ce sujet.
Pas besoin d'aller plus loin cependant pour affirmer que ce manga a le mérite d'exister, au moins pour deux raisons :
- Le sujet principal est la plongée sous-marine, sport rarement abordé en BD, me semble-t-il. Ca change du foot et du basket...
- Amanchu! est classé en "shônen" (=manga aventure ou sport) et il est porté par des filles ; ce qui était bien rare en 2011, année de sa sortie en France.
Bizarrement, Amanchu! m'a rendue assez nostalgique. Il m'a beaucoup rappelé mes premières heures au lycée, et ma rencontre avec Mélanie, une copine dont j'ai déjà parlé ici, ici, ici et même là. Je me souviens que cette mini météorite était venue s'écraser à côté de moi sans me connaître, le jour de la rentrée, et qu'elle avait tout de suite engagé la conversation alors que je n'avais pas du tout envie d'avoir d'interactions avec qui que ce soit. Je connaissais déjà tout son CV depuis la maternelle avant que le prof d'italien M. Roger ait fini de copier l'emploi du temps au tableau. Son débit de paroles m'avait à la fois bluffée et exaspérée. Comme Futaba, j'ai compris un peu plus tard que cette apparente aisance n'était pas forcément naturelle et servait surtout à gérer des situations angoissantes.
Kozue AMANO - Amanchu ! 1 - Ki-oon, 2011. 176 p. ISBN 978-2-35592-245-9.
- Pour les Parisiens, la suite de la série est disponible à la médiathèque Marguerite Duras (Porte de Bagnolet)
- Une version anime est disponible ; vous pouvez aussi découvrir la suite en VOSTF sur la chaine Youtube Manga Total (je crois qu'il n'y a pas tous les épisodes...).
jeudi 12 août 2021
Ces victimes dont il faut se méfier : Carrie - Stephen King (1976)
Comme chaque année, j'ai emporté quelques livres jeunesse (ou pas) en Dordogne, afin d'avoir quelques titres à proposer aux élèves en septembre. Ce sera toujours du temps de gagné, et puis ça reste un des côtés les plus sympas du boulot. Il faut croire que mon inconscient avait des trucs à me dire, car ma main s'est très souvent portée sur des romans aux ambiances plutôt sombres. Sur le coup, je me suis dit que c'était un drôle de hasard, mais à vrai dire c'était couru d'avance vu les auteurs : Guéraud, Abier, Stephen King...
Cela dit, cette sélection valait largement le coup, et je ne la regrette pas. A retenir notamment : Carrie de Stephen King, un classique ou pas loin.
Carrie - Stephen King
dimanche 1 août 2021
[MASSE CRITIQUE] Oser s'impliquer pour transformer la démocratie - Guide pratique - tome 2 - Christian Proust (2021)
Merci à Babelio et aux éditions Rue de l'Echiquier pour l'envoi du tout récend "guide pratique" Oser s'impliquer pour transformer la démocratie (tome 2), écrit par Christian Proust, fin connaisseur du monde de la politique locale.
Qu'on aille voter ou pas, on est nombreux à penser que les questions de politique ne nous concernent pas directement. Au fond, est-ce qu'on a vraiment notre mot à dire ? Ce sont les élus qui prennent les décisions dans une société où le vote n'est plus rien d'autre qu'un simulacre de démocratie. "Ils" sont formés et payés pour ça, après tout. On les regarde faire de loin, en se gardant bien de mettre les mains dans la roue : si on s'en mêlait, notre absence de légitimité se verrait au premier coup d'œil.
Peut-être qu'on se trompe. La lecture de ce nouveau livre de Christian Proust nous permet d'élargir un peu notre champ de vision en nous décrivant plusieurs exemples de collectifs qui se montrent tous capables de faire évoluer leur municipalité, à leur échelle. Tous sont composés de citoyens lambda qui n'ont pas le "profil de l'emploi", sur le papier, et minoritaires sont ceux rattachés à un parti politique.
L'ouvrage s'organise en trois grandes parties. La première retrace la campagne des élections municipales 2020 de plusieurs collectifs citoyens, basés un peu partout en France, notamment en Martinique, à Poitiers, à La Crèche, à Annecy, à Saint-Médard en Jalles... L'auteur est allé à leur rencontre et il a su amener certains de leur membres à s'exprimer sur leurs aspirations et leur façon de s'organiser. Très souvent, ces groupes veulent rompre avec le mode de fonctionnement "traditionnel" d'une campagne telle qu'elle est menée par les partis politiques, qui implique beaucoup de rapports de force dans les équipes et une prise en compte moindre de l'électorat.
Dans sa deuxième partie, Christian Proust revient sur les lieux déjà arpentés dans les premiers chapitres, mais plus tard, à la suite des résultats du premier tour des élections. C'est l'occasion de prendre le pouls : qui a réussi à convaincre ? quel premier bilan peut-on tirer de cette campagne, en positif et en négatif ? comment gérer l'épineuse période de l'entre-deux tours ? comment les collectifs imaginent-ils l'avenir, la concrétisation de leurs idées au conseil municipal, qu'ils aient été élus ou pas ? Beaucoup d'entretiens ont été réalisés et retranscrits dans ce livre ; il y est beaucoup question de citoyenneté, de parité, de l'affirmation des femmes dans les collectifs citoyens, de l'importance de la proximité avec la population, de l'environnement.
En troisième et dernier temps, l'auteur nous annexe des outils, des exemples de contrats et de chartes nécessaires au bon fonctionnement d'un groupe, et d'autres documents auxquels il est fait référence dans les parties 1 et 2. Ils peuvent être utilisés dans d'autres cadres que celui d'une municipalité. Je me souviens d'avoir eu une séance de mise en situation des chapeaux de Bono _ou quelque chose d'assez similaire_ à l'IUFM, il y a de cela quelques années. Ca fait longtemps que ça s'appelle plus l'IUFM.
Christian Proust s'appuie sur des cas concrets ; il a pris le parti d'interviewer des membres de collectifs citoyens qui s'expriment simplement, sans ambages, sans masquer leurs difficultés. Certains n'hésitent pas à dire qu'ils se sont engagés pour être sûr d'avoir un impact sur la vie locale, mais sans vraiment croire à une "victoire".
Oser s'impliquer pour transformer la démocratie - 2 bénéficie d'une belle présentation dans la mise en page ; il contient beaucoup de fiches imprimées en couleur qui facilitent la lecture en lui donnant ce côté "guide pratique" qui apparaît dans le sous-titre. Si les parties 1 et 2 se suivent chronologiquement, rien ne nous oblige à les lire en suivant l'ordre des pages. Chacune des trois, et a fortiori la dernière, peuvent être parcourues indépendamment les unes de autres.
Accessible à tous, même pour quelqu'un qui n'est pas forcément impliqué dans la vie politique, ce "guide" nous ouvre les yeux : en effet, il nous montre que la vision sclérosée du monde politique _ laquelle les plus de 30 ans qui ont vécu une époque "gauche / droite" avec ses candidats "phares" n'échappent pas_ n'a plus lieu d'être.
Bien sûr, ce qui me connaissent ne seront guère surpris d'apprendre que je n'ai pas lu le tome 1 ; pas d'inquiétude, ça ne gêne pas la compréhension du 2.
Si vous voulez un résumé plus clair et plus juste de ce livre, voici une interview de l'auteur sur Radio Gâtine, disponible en podcast ici.
Ce livre ne défend aucun parti politique _à moins qu'il l'ait fait avec une subtilité qui me dépasse ?.. Il décrit et analyse de nouvelles manières de mettre en pratique la démocratie, et en ce sens, il me paraît intéressant pour des futurs électeurs et citoyens en herbe.
Christian PROUST. Oser s'impliquer pour transformer la démocratie - Tome 2 - Guide pratique. Rue de l'Échiquier, 2021. 294 p. ISBN 978-2-37425-270-4
La minute hors-sujet !
Voici la balade du dimanche matin ; petit rythme mais j'ai bien sué ma race quand même !
vendredi 23 juillet 2021
[LECTURES DE VACANCES] L'Anguille - Valentine Goby (2020)
Cette année, nous avons eu l'honneur d'accueillir trois jeunes effectuant leur "Service Civique". Ils étaient en mission avec Unis-Cité ; autant dire que quand j'ai eu vent de leur arrivée, de vieilles rancœurs me sont revenues en pleine tête. Mais cela n'a pas duré : l'eau a passé sous le pont depuis que je me suis fait refouler à l'issue de cette parodie d'opération de recrutement sur fond de décor en carton pâte dans un local miteux du quartier St Christoly.
Les deux premiers membres du trinôme se sont présentés un mercredi matin, avec leurs polos orange vif caractéristiques de l'association, enthousiastes, dynamiques, des idées plein la tête. Franchement, ça faisait plaisir ; comme leur action devait être axée sur la thématique "Sport et handicap", on a fait une réunion avec la collègue instit de la classe ULIS, en attendant qu'ils puissent rencontrer les profs d'EPS.
"_ Il vaudrait mieux qu'on réfléchisse en terme de "différences" plus que de "handicap", a posé la référente de la classe, à juste titre.
_ On aimerait aussi faire en sorte que les élèves de la classe ULIS ne soient pas les seuls à porter les actions. L'idée est de sensibiliser tout le monde."
Plusieurs pistes de travail ont été proposées : atelier avec des élèves volontaires, réalisation d'un abécédaire, action avec une classe de 6ème, partenariat avec un autre collège... Ma seule crainte, à l'issue de leur première journée, était de ne pas être capable de suivre leur rythme effréné et de devoir canaliser leur fougue. La semaine suivante, ils sont revenus et se sont intégrés à une classe, toujours à deux. Le troisième mousquetaire ne viendrait jamais, finalement. Puis ils se sont isolés pour faire une brainstorming et sont rentrés chez eux sans qu'on n'ait pu discuter des actions à mettre en place.
Huit jours plus tard, les revoilà, enjoués mais les traits tirés, en quête d'un Velleda pour poser leurs projets sur tableau blanc. Je ne sais pas ce qu'ils font à Unis-Cité pendant leurs jours de "débrief", mais ça a l'air usant. "Les jeunes, vous aurez deux minutes pour qu'on voie à propos du groupe de volontaires entre midi et deux ? _ Oui oui, il faut juste qu'on finisse de rédiger notre projet !" m'a répondu l'un deux avant de disparaître définitivement.
Le jeudi suivant, alors que tout le monde les avait presque oubliés, ils sont réapparus pour m'informer que l'annonce du confinement leur avait mis un "coup derrière la tête", et qu'ils se voyaient obligés de mettre notre collaboration en stand-by.
Au mois de mai, on a appris que l'un des deux avait plus ou moins mis fin à sa mission. Sa collègue rongeait son frein, en attendant que son "nouveau" binôme soit recruté. La jeune fille était manifestement dégoûtée de ne pas pouvoir passer à l'action, et on redoutait que sa motivation s'émousse ; ce qui n'a pas manqué de se produire. Après avoir erré de service en service, prenant des notes, posant beaucoup de questions, attendant en vain sa collaboratrice, elle a fini par sortir du circuit à son tour.
Encore et toujours du gâchis. Année après année, le schéma se répète dans les écoles : on a les idées, la volonté, la bienveillance, mais une avalanche d'obstacles administratifs, humains, parfois financiers, sans parler des imprévus, du manque de temps.. viennent souvent retarder, empêcher la concrétisation des projets, ou tout simplement pomper une énergie qu'on pourrait mettre ailleurs. Pas étonnant que certains d'entre nous se découragent, à la longue.
L'Anguille de Valentine Goby m'a rappelé ce début de réflexion que nous avons eu avec les volontaires d'Unis-Cité ; en effet, ce roman destiné aux collégiens _ voire aux élèves de fin de primaire traite des différences, du handicap, de ce qui fait ou non notre identité, et de comment on peut faire pour interagir sereinement en fonction de nos particularités, sans blesser et sans mettre mal à l'aise.
L'histoireDe nos jours, a priori à Paris, ou pas loin. Camille vient de déménager en plein milieu de l'année scolaire. Comme si tout n'était déjà pas assez compliqué comme ça pour elle, bientôt il faudra qu'elle intègre sa nouvelle classe de sixième, dans un collège où personne ne la connaît, où personne ne sait qu'elle est née sans bras.
Halis s'est tellement fait tellement traiter de gros que lui-même ne voit plus en lui que son obésité ; enfin non, ce n'est pas tout à fait ça. Il sait qui il est "à l'intérieur" de son "corps moche", mais il s'est résigné à l'idée que personne n'essaiera jamais d'aller voir au-delà de son enveloppe imposante. Pour lui, c'est devenu normal _et presque justifié_ de se faire harceler par Zac, l'antipathique rebelle de la classe.
Aussi, il ressent un vrai soulagement à l'arrivée de Camille dans l'espace collectif, où chacun porte une étiquette plus ou moins flatteuse : la particularité de la nouvelle élève va sans doute attirer tous les regards, ce qui veut dire qu'il va enfin avoir la paix.
Mais tout ne se passe pas comme prévu : déjà, Camille est sympa et pas moche. Il se prend aussitôt d'empathie pour elle, et, oubliant ses intérêts personnels, il n'aspire désormais qu'à faciliter son quotidien. Un tel dévouement n'est d'ailleurs pas toujours nécessaire, car elle se débrouille très bien toute seule pour plein de choses : sa capacité à se servir de ses pieds à la place de ses mains surprend ou fascine, en fonction des situations.
Comme elle-même craint beaucoup les "grappes d'yeux" des collégiens qui la suivent constamment, elle comprend mieux que personne la situation de Halis. Rapidement, ils vont devenir amis et s'allier pour mieux affronter les vacheries de leurs camarades.
- être handicapé veut forcément dire qu'on est en fauteuil roulant. Ce n'est pas spoiler, je pense, que de dire que Camille est une fille sans bras, puisque l'information apparaît clairement sur la quatrième de couverture du livre (Editions Thierry Magnier). Mais le jeune lecteur gagnerait à lire le premier chapitre sans avoir plus de renseignements sur l'histoire, car l'autrice prend soin de présenter son personnage sans jamais faire allusion à la nature de sa "différence" ; en effet, la première image qu'il se fera de l'héroïne sera celle d'une jeune fille lambda, complètement libérée de tout ce qu'il associe au mot "handicap"... et qui se résume souvent, en effet, à la représentation d'une personne en fauteuil. La stupeur des enfants qui, lors de la visite du musée du Louvre, remarquent que leur nouvelle camarade se déplace sur ses deux jambes est criante ; leur réaction en réalisant que le "problème" se situe au niveau du haut du corps l'est aussi.
- On est gros parce qu'on mange trop. Qui s'est dit "ah ben voilà, aussi !" lorsqu'il a vu Halis ouvrir une poche de Haribo pendant le cours de sport, afin de partager quelques bonbons avec Camille, ou même lorsqu'ils se préparent des tartines beurrées recouvertes de chocolat en poudre ? Je suis sûre qu'il y en a. Pourtant, si vous y regardez de plus près, vous verrez que les deux enfants bouffent exactement la même chose, et que seul Halis est en surpoids, a priori. Donc inutile de culpabiliser ou de faire culpabiliser : l'obésité, c'est plus compliqué que ça.
- La couture est une activité de filles. La mise en scène de l'écriture de la lettre au correspondant marseillais est un procédé particulièrement intéressant : elle nous permet de voir tout ce que Halis censure. Durant cet exercice noté auquel toute la classe est soumise, le héros va prendre soin d'omettre certains détails de son apparence et de ne pas trop en dire sur ses goûts, afin de "sauver" l'image de lui qu'il envoie à son camarade inconnu. Or, Halis a des parents couturiers, un accès illimité à la machine à coudre et aux tissus en tous genre, et il adore ça. Il est même plutôt doué, mais en tant que garçon, il est bien obligé de cacher cette passion : la question ne se pose même pas. On remarquera, plutôt vers la fin du livre, que son père non plus ne semble pas chaud pour qu'il prenne la relève. Bien sûr, son talent sera reconnu au final, mais non sans générer un certain malaise. Valentine Goby ne nous présente pas le monde des Bisounours : l'acceptation des différences prend du temps, quand elle se fait, ce qui n'est pas toujours le cas. Une belle histoire ne suffit pas à faire disparaître toutes les frictions.
- Les personnes en surpoids ne font pas de sport. Halis semble être tout à fait content que le prof d'EPS le "laisse tranquille" en ne le forçant pas à participer aux cours, notamment aux séances d'escalade. Pourtant, les parties de ping-pong dans lesquelles il va se lancer avec sa pote d'infortune montrent qu'il est capable de se mouvoir, et qu'il a le droit de le faire. De là à plonger dans la piscine, il n'y a plus que quelques pas.
- Pas de bras, pas de piscine. Allez, vous non plus vous ne l'aviez pas vu venir ! Vous ne pensiez pas que la jeune Camille allait participer au cours de natation, et encore moins qu'elle allait y briller. Et pourtant !
- Tout pied pue des pieds. C'est en cours, notamment, puis à la cantine, que les enfants réalisent que Camille a appris à compenser la plupart des gestes quotidiens nécessitant les mais avec ses pieds, devenus exceptionnellement adroits. Si beaucoup restent scotchés d'admiration, quelques autres froncent le nez : généralement, un pied n'est pas visible. C'est une partie du corps qui reste au sol, couverte, et qu'on associe souvent à la saleté et à la puanteur. On voit bien qu'un pied posé à proximité des assiettes en incommode plus d'un, au début. Même une chaussette.
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| La Vénus de Milo |
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| Du coup j'en ai fait sur des biscottes car on n'avait presque plus de pain. |
samedi 5 juin 2021
[MASSE CRITIQUE] The Ride-on King - Yasushi Baba (2019)
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| Eh, ça vous rappelle pas quelqu'un ? |
samedi 1 mai 2021
Se droguer, c'est risqué : Dans la tête de Sherlock Holmes - 1 - "L'affaire du ticket scandaleux" - Cyril Lieron ; Benoît Dahan (2019)
Je crois vous avoir parlé de ma profonde aversion pour Sherlock Holmes, héros par excellence de la littérature policière, suite à notre lecture suivie du Chien des Baskerville en classe de 4ème. Le détective m'avait paru prétentieux, faussement vif, plus chanceux que talentueux _un peu comme ma prof de français que je n'aimais guère, en fait... Ce que j'ai retenu de l'intrigue ? Pas grand chose, si ce n'est un enchaînement de situations gores plus ou moins gratuites avec un clébard affamé à la clé. Je suis sans doute passée à côté de quelque chose, mais c'est la vie ! Au moins, ça m'aura permis de découvrir l'existence de la maison d'éditions Librio, "le livre à 10 francs" : on peut décidément tirer du positif de n'importe quelle situation.
Depuis le temps, mon avis a eu le temps de changer ; d'abord par la découverte de la série Sherlock, _d'ailleurs l'épisode sur le chien des Baskerville transposé au XXI°siècle est quand même hautement plus emballant que la version originale !, puis par la lecture de cette curieuse bande dessinée :
Merci à Marilyn de m'avoir prêté cet album !
L'histoire
Au matin du 8 novembre 1890, Sherlock Holmes et le docteur Watson vaquent tranquillement à leurs occupations _respectivement : se shooter à la cocaïne et lire le Times, lorsqu'un policier fait irruption dans leur légendaire antre londonien du 221B Baker Street. Il emmène avec lui un homme blessé à l'épaule, et visiblement sonné après une nuit mouvementée. Le pauvre hère dit être un collègue du docteur Watson, ce que ce dernier confirme, bien qu'il soit difficilement reconnaissable, vêtu qu'il est d'une simple chemise de nuit et d'une pantoufle solitaire.
Qu'a-t-il bien pu lui arriver entre la veille au soir, où il a quitté son domicile, et le petit matin où le policier l'a trouvé quelque peu hébété à l'autre bout de la ville ? Le docteur Herbert _car c'est son nom_ n'en a aucun souvenir... Alors, même s'il vient consulter Watson plus pour se faire soigner que pour retrouver la mémoire, Sherlock Holmes s'immisce dans l'histoire et décide de mener l'enquête.
Tempête dans un cerveau
A partir des quelques éléments dont il dispose, le détective va remonter le cours de la soirée de son client. Pour représenter cette démarche d'investigation, l'auteur a eu une idée géniale : le parcours de son héros est matérialisé par un fil rouge (le fameux !) qui chemine entre les rues de Londres et qui marque les grandes étapes de l'enquête.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, des indices, il en a déjà plein : il lui a suffi de jeter un coup d'oeil faussement indifférent à l'accoutrement du pauvre Dr Herbert pour les collecter et les trier ; là aussi, Cyril Lieron arrive à traduire l'abstrait en images en faisant du cerveau de Sherlock Holmes une petite usine de traitement de l'information. Le terme de "carte mentale" prend ici tout son sens...
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| Les photos sont pétées et ne rendent vraiment pas justice à l'œuvre. Je ne peux que vous conseillez d'aller en librairie pour feuilleter cet album, qui est vraiment un bel objet. |
A l'heure des escape game, du règne des écrans et de la 3D, Cyril Lieron et Benoît Dahan nous rappellent que le papier peut aussi "happer" le regard, être interactif, s'animer... N'est-ce pas presque la boîte crânienne ouverte d'un justicier de l'ombre que nous tenons lorsque nous tournons les pages ? Personnellement, je n'ai pas le souvenir d'avoir vu ailleurs qu'ici d'images aussi parlantes du raisonnement mental, de tout ce qui se met en branle dans notre tête, dans notre "petite mansarde", lorsqu'elle est sollicitée.
Jeu de piste
Saurez-vous résoudre l'enquête plus vite que Sherlock Holmes ? C'est peu probable, mais l'auteur vous engage à essayer ! Dans la tête de Sherlock Holmes a de quoi vous faire travailler votre sens de l'observation ; Lisez plusieurs fois les différentes planches, et vous verrez qu'à chaque nouvelle lecture, vous découvrirez de nouveaux clins d'oeil, des petites touches humoristiques, toujours bienvenues étant donné que le ton devient de plus en plus grave et sombre au fur et à mesure que les recherches avancent. Il n'est pas impossible que des indices traînent aussi ça et là... Qui sait ? Ouvrez l'oeil ! Parce que des libertés ont également été prises dans la forme et dans la disposition des vignettes, parfois aussi dans la répartition des séquences sur des doubles pages avec un élément central imposant complété par des scènes ou des propos qui se tiennent en arrière plan ou en parallèle, le lecteur ne sait plus trop où donner de la tête et doit bien se motiver pour s'approprier ce jeu de piste !
Le point addictologie
La drogue, c'est mal MAIS en l'occurrence c'est bougrement efficace ! Et autant dire que dans L'affaire du ticket scandaleux, la drogue, il y en a. Je vais essayer de spoiler le moins possible...
Les amateurs de Sherlock ne seront guère surpris de voir le génie du crime se piquer sous le regard réprobateur mais impuissant de Watson, car c'est aussi le cas dans la série ; d'ailleurs, les deux personnages partagent pas mal de points communs au niveau de leur personnalité, si ce n'est que le Sherlock Holmes de la BD est beaucoup moins antipathique que celui joué par Benedict Cumberbatch. Tous deux ont recours aux substances illicites pour lutter contres leurs démons intérieurs, pour se canaliser... sans que cela nuise à leur discernement lorsqu'ils doivent partir flairer une piste au pied levé.
Ils retirent aussi de leur expérience une expertise non négligeable en toxicologie. Aussi, lorsque le détective se rend chez Herbert, apprend qu'il s'est rendu à un spectacle la veille avec un ticket d'invitation des plus suspects, et qu'il n'est sans doute pas le seul à avoir connu des mésaventures dans la foulée, il détecte les restes d'une drôle de poudre sur le manteau du docteur.
Passé le blocage lié à "l'ambiance coupe-gorge" de Londres au XIXème siècle telle qu'elle est présentée par Conan Doyle, je suis entrée dans cette BD facilement pour ne plus la lâcher. N'hésitez pas à l'acheter, c'est un bon investissement (notez que c'est rare que je dise ça) dans le sens où pour bien l'apprécier, il est vraiment nécessaire de la parcourir plusieurs fois. Visuellement, cette bande dessinée me semble très réussie, tant au niveau du dessin que de la couleur, qui donne un ton suranné et doux à des péripéties qui ne manquent pas de violence et de froideur. Enfin, et c'est assez rare pour être souligné : les bulles et le texte sont bien écrits et agréables à lire !
Au passage, voilà un titre qui peut tout à fait avoir sa place dans le bac à BD d'un CDI (collège ou lycée).
Maintenant, on espère la suite !
Sur ce, bon week-end et allez-y doucement sur la drogue !
Cyril LIERON ; Benoît DAHAN. Dans la tête de Sherlock Holmes - 1 - "L'affaire du ticket scandaleux". Ankama Editions, 2019. 48p. EAN 9791033509721










































