samedi 26 décembre 2020
Passer à côté
mercredi 23 décembre 2020
Les p'tites histoires - Tome 1 : Jour de neige - Eric Coudert (2020)
L'histoire
Il neige. Qu'à cela ne tienne, Tutu et Booster comptent bien braver les flocons pour rendre visite à leurs grands parents, qui habitent dans la forêt. Équipés de leur luge, les enfants vont de découverte en découverte, émerveillés, jusqu'à qu'un obstacle se dresse sur leur chemin : brisée par le poids de la neige, une énorme branche d'arbre est tombée au sol, barrant le passage. Voilà qui risque de compromettre les retrouvailles avec "Opa" et "Nonna"... Comment les enfants vont-ils se sortir de cette galère ?
Sous la houlette des grands-parents
Voilà une intrigue qui a ses limites, me direz-vous ! Attention à ne pas oublier que les ouvrages des la Collection Taille Crayon sont destinés aux enfants âgés de 3 à 6 ans. Donc oui, on voit clairement la maison des grands parents se dresser derrière la branche cassée, et oui, il suffirait de la contourner de quelques mètres pour résoudre le problème. Mais cela ne doit pas nous empêcher de ménager le suspense auprès des plus jeunes lecteurs. Jour de neige est avant tout une histoire qui traite du lien privilégié que des enfants entretiennent avec leurs grands-parents (du moins quand l'atmosphère familiale est apaisée...) et par les temps qui courent, elle est forcément la bienvenue.
Le livre laisse la part belle à l'illustration, épurée et colorée, à mi-chemin entre le collage et le spectacle de marionnettes : on a parfois l'impression que les personnages et les éléments du décor ont été fixés sur des doubles pages qui sont autant de "tableaux", et qu'ils se déplacent et se superposent, en fonction de leur ordre d'importance dans la scène qui se joue. La figure du grand-père est très représentative de ce procédé _dont je ne suis pas extrêmement fan, mais qui est original et qui mérite vraiment qu'on s'y intéresse. En effet, vous remarquerez, à l'issue de votre lecture, que ce cher Opa fait toujours la même tête :
Opa dans la forêt
- La neige c'est froid.
- Quand une branche tombe sur la route, on ne peut plus passer. Cf. la Dordogne juste après la tempête, en décembre 1999.
Là, OK, on peut vraiment dire que la branche bloque le passage !
(Photo France Bleu)
- On est bien contents que les vioques répondent présents lorsqu'il s'agit d'occuper des gosses survoltés durant les longs week-ends d'hiver. On découvre les parents de Tutu et Booster à la toute dernière page, soit après la bataille. Cet item est temporairement désactié, pour cause de pandémie.
- J'ai bien vu que la reproduction partielle ou totale de l'oeuvre était interdite ; je ne pense pas entraver la diffusion du livre en postant ces quelques photos, bien au contraire, mais si cela vous gêne, n'hésitez pas à me demander de les retirer.
- Une poule sur un mur est un blog qui a le rire facile ; certaines remarques se veulent humoristiques mais ne vous amuseront pas forcément. Créer un livre pour enfants est un travail à plein temps, qu'il peut être douloureux de voir tourner en dérision. Vous pouvez également me faire savoir en commentaire ce qui vous semble dérangeant.
Eric COUDERT, Claire HASSENFORDER. Les p'tites histoires. Tome 1 : Jour de neige. Editions LC, 2020. Collection Taille Crayon. ISBN 9782376961239
mercredi 9 décembre 2020
"Active ton micro !"
L'article s'inspire de situations vécues, mais la plupart des propos sont volontairement exagérés pour vous faire rigoler. Ou pas.
Les conseils de classe du premier trimestre de 6ème ont lieu en visioconférence, cette année ; contrairement à ce que je pensais, cette nouvelle formule n'enlève rien à la saveur de ces moments uniques.
PRINCIPAL _ Bonsoir à tous, est-ce que tout le monde m'entend ?
(Douze bonsoirs simultanés en réponse. Qui tentera un "Bonsoir Paris" avant la fin des conseils ?)
PRINCIPAL _ Tout le monde voit bien l'écran partagé ?
TOUS _ Oui !!!
On le voit tellement bien, que, très bientôt, Monsieur B va interrompre un cas par cas pourtant lancé sur des chapeaux de roues, juste pour signaler une faute dans une appréciation rédigée par un de ses collègues. Le concept de visiogênance collective va naître, mais au moment des salutations, personne ne s'en doute encore.
PRINCIPAL _ Pensez bien à activer votre micro ! Madame A, votre micro est barré sur mon écran, pouvez-vous l'activer s'il vous plaît ?
(Bruits de canalisations)
MADAME A _ Aaah, c'est là ?! Bonsoir à tous !
PRINCIPAL _ On attend le professeur principal, qui est parti chercher un ordi portable car le lien ne fonctionne pas sur ton téléphone ! Alors, je reprends la liste des personnes déjà connectées... Qui se cache derrière le SAMSUNG T58D58 ?
M. B _ C'est Monsieur B !
PRINCIPAL _ Ah, d'accord ! Madame C vient de se connecter également, merci d'être avec nous !
MME D _ Non, moi c'est Madame D., j'ai récupéré le PC de ma collègue !
PRINCIPAL _Oh, je vois la photo d'une personne en tenue de cyclisme. J'imagine que c'est vous, Monsieur E, représentant des parents d'élèves ?
PARENT D’ÉLÈVE (visiblement fier d'avoir créé son petit effet) _ Oui oui, c'est bien moi !
PRINCIPAL _ Allez, on commence ! Je vous rappelle que vous pouvez utiliser le bouton "lever la main" quand vous voulez, si vous avez quelque chose à dire. Alors, cette classe de 6°Z ?
MADAME A : énonce la formule passe-partout que tout enseignant débutant un tour de table au conseil de classe doit connaître par coeur, car tel ton horoscope elle colle à presque toutes les situations et montre que tu as prêté une réelle attention au climat de la classe sans pour autant de mettre à dos les collègues _ C'est une classe sympathique, qui participe bien ! Le niveau est hétérogène, avec une bonne tête de classe et quelques élèves en difficulté. Il y a eu un peu de relâchement au niveau des bavardages en fin de trimestre, rien de grave, mais restons vigilants !
MONSIEUR B : _ Pareil !
MADAME D : _ Je rejoins mes collègues, surtout sur les bavardages !!
MOI en train de me dire que j'ai pas du tout la même impression sur la classe, mais qu'en même temps j'ai pas du tout envie de polémiquer car j'aimerais bien qu'on finisse pas trop tard : _ Pareil !
MONSIEUR F, PROFESSEUR PRINCIPAL : _ Pareil ! C'est une classe sympathique, très investie à l'oral ! Le niveau est hétérogène, avec une bonne tête de classe et quelques élèves en difficulté. Il y a eu un peu de relâchement au niveau des bavardages en fin de trimestre, il faut absolument que cela cesse !
PRINICPAL _ Ah, je vois que Madame la CPE lève la main ?
CPE _ Non, en fait, c'est un délégué qui veut parler !
DÉLÉGUÉ 1 _ Oui, c'est pour dire que Monsieur B. met trop de mauvaises notes !
PRINICPAL _ Donc là, c'est le conseil de classe de Monsieur B ?
DELEGUE 1 _ Ben non, mais...
MONSIEUR B (lève la main) _ Eh oh !
PRINCIPAL _ Ok, on commence le tour de table...
PROF PRINCIPAL _ Bla bla bla... Félicitations... Bla bla bla... On met rien, c'est trop juste. Bla bla bla... Je propose les encouragements pour cet élève !
PRINCIPAL : _ Tout le monde est d'accord ? Il a tout juste 7, quand même...
PROF PRINCIPAL : _ Oui, mais à l'école, il avait une AESH...
PRINCIPAL : _ Et plus maintenant ?
PROF PRINCIPAL : _ Ben non, suite au confinement, son dossier MDPH n'a pas pu être traité dans les temps et.. pouf, plus d'AESH !
PRINCIPAL : _ Ah, en effet. Quelqu'un s'oppose aux encouragements ?
Silence.
Un ange passe.
Suivi d'un ragondin.
PRINCIPAL : _ Je pense que ça veut dire non. Allez, encouragements. On poursuit !
PROF PRINCIPAL : blabla ... compliments ... blabla avertissement conduite, ... blabla rien...
PRINCIPAL : _ Euh, je suis surpris que cet élève ait déjà 78 demi-journées d'absences ! C'est pas mal pour un premier trimestre de sixième... Quelle raison donne-t-il à cela, Madame la CPE ?
Sonnerie du collège dans tous les micros, avec un léger différé parfois. Oui, on est tous en visio, mais on est aussi tous dans le collège car personne n'a eu le temps de rentrer chez lui avant le début du conseil de classe.
CPE _ J'attends la fin de la sonnerie... Oui, donc, c'est tout à fait normal car il est arrivé après la rentrée, il était confiné à (complète avec le bled de ton choix). Il est là depuis trois jours en fait, donc sa moyenne de 4 n'est pas tout à fait représentative !
PRINCIPAL : _ Ok, donc pas de quoi s'inquiéter. Bon, nous allons terminer par le point de vue des délégués sur la classe. Les enfants, quelle est votre impression sur ce premier trimestre ?
DELEGUE 2 _ Ben ça va. Mais je voudrais juste dire que Kyliyann, y jette des bouts de gommes sur les filles pendant les intercours !
DELEGUE 1 _ Oui c'est vrai, et même que des fois Yasmynaa elle DANSE en attendant que le prof arrive.
TOUS : _ ...
On n'était pas prêts.
PRINCIPAL : _ Euh, merci pour votre prise de parole, les enfants. C'est courageux. Mais il n'est peut-être pas nécessaire de donner des noms à ce stade du conseil, on va peut-être plus rester sur la classe "dans son ensemble", ok ?
DELEGUE 1 _ Ah d'accord. Bah. C'est une classe sympa.
DELEGUE 2 _ Pareil, ça va on s'entend bien.
PRINCIPAL _ Les représentants des parents d'élèves souhaitent ajouter un mot pour conclure ?
PARENT 1 _ Non, c'est bon !
PARENT 2 _ Vous savez, moi je ne crois pas qu'il y ait de bonne ou de mauvaise situation. Moi, si je devais résumer ma vie aujourd'hui avec vous, je dirais que c'est d'abord des rencontres. Des gens qui m'ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j'étais seul chez moi. Et c'est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée... *
* C'est le monologue d'Otis dans Astérix : Mission Cléopâtre, mais vous aviez reconnu sans que je vous le dise !
samedi 7 novembre 2020
[UNE VIE DE CHIEN] L'extraordinaire voyage de Marona - Anca Damian (2019) / Chien Pourri - Colas Gutman ; Marc Boutavant (2013)
Les chiens sont de vraies énigmes pour moi : il me semble que je n'arrive jamais à bien les comprendre, à me mettre à leur place, à anticiper leurs réactions. Je ne peux pas faire autrement qu'associer le meilleur ami de l'homme au Cerbère et de voir en lui quelque chose de malveillant : ils mangent mes poules et enterrent le cadavre à moitié bouffé devant la maison, ils mordent ma mère _au point qu'elle en ait développé une phobie ; c'est hallucinant : dès qu'un chien passe près d'elle, il ne calcule plus rien et fonce sur elle pour la gnaquer !, et il se trouve que j'y suis terriblement allergique. Enfin, pour couronner le tout, ma classe a été forcée de lire Le chien des Baskerville quand nous étions en 4ème, et comme j'avais vraiment pas envie de découvrir les rouages roman policier, j'en ai gardé le souvenir d'une histoire aussi dégueulasse que pétée. Enfin, peu importe. Le fait est que les chiens sont partout dans la culture, alors ce n'est pas perdre son temps que de s'y intéresser aujourd'hui à travers le film d'animation L'extraordinaire voyage de Marona et le premier tome d'une série de livres pour enfants : Chien pourri
L'extraordinaire voyage de Marona : au début, elle meurt...
... et c'est pas spoiler que d'ajouter qu'elle se fait caler par une voiture, avant d'expirer aux côtés de sa jeune maîtresse. Ainsi vous avez tout de suite une idée d'atmosphère du film. De rien.
Au moment de l'accident, Marona refait le film de sa vie, nous faisant partager ses premiers jours heureux au coeur d'une portée de neuf chiots, puis son parcours chaotique ponctué d'abandons, de départs forcés, mais aussi de bonnes rencontres. Sur toute sa courte vie de chienne, Marona aura trois maîtres dignes de ce nom : l'acrobate Manole, Istvan et la petite Solange qui grandira au rythme de sa nostalgie. Trois humains aussi différents les uns des autres, avec leurs qualités, leurs défauts, leurs modes de vie auxquels l'héroïne à quatre pattes s'efforcera de s'accommoder, vaille que vaille.
Pourtant, tout avait bien commencé pour elle : en effet, "Neuf" étant le fruit de l'union improbable d'un mâle raciste et d'une femelle au pelage bien différent dont elle dit "avoir hérité" de l'ouverture d'esprit, elle incarne le métissage, la victoire de l'amour sur l'imbécilité. Mais comme animaux et humains ne parlent pas le même langage, personne ne le saura jamais, tout le monde la qualifiera simplement de "bâtarde" et chaque rencontre durable sonnera comme un nouveau baptême.!
Neuf va d'abord être séparée de ses frères et soeurs, puis recueillie par Manole, un brave acrobate qui va lui apporter un bonheur aussi profond qu'éphémère, et à qui elle va beaucoup s'attacher. C'est elle qui prendra la décision de quitter ce premier maître, non pas parce que la vie de bohême lui déplaît, mais parce qu'elle comprend qu'elle est une entrave à l'épanouissement professionnel du jeune homme.
Cachée dans une poubelle, elle va tomber sur Istvan, un grand bonhomme aux allures de nounours protecteur qui semble travailler sur un chantier. Leur complicité sera mise à mal par la mère sénile et violente de ce deuxième maître, puis par sa sorcière de femme, aussi sadique qu'une enfant gâtée, derrière ses airs enjôleurs. Evidemment, comme tout gentil qui se respecte, Istvan ne saura pas s'imposer.
Enfin, Marona va intégrer clandestinement son dernier foyer, puisque c'est Solange, une petite fille décalée, qui va l'adopter dans le dos de sa mère overbookée et de son grand-père acariâtre. A la candeur de l'enfance va succéder l'adolescence je-m'en-foutiste et hyperconnectée : entre promener un chien et aller retrouver ses copines à l'autre bout de la ville, le choix est parfois bien vite fait.
A travers ses yeux près du sol, et sa voix de jeune chienne posée mais dynamique joliment doublée par Lizzie Brocheré, le spectateur contemple l'humanité à tous les âges de la vie : Solange représente l'enfance innocente et encore empathique, puis l'adolescence plus ingrate. Manole est un jeune homme encore plein de rêves d'avenir et encore libre comme l'air. Istvan, Sarah et la mère de Solange sont les adultes dans toute leur splendeur : incapables de reconnaître le bonheur quand il se présente à eux, esclaves de leurs choix de vie et empêtrés dans leur lâcheté. Enfin, la vieillesse en prend pour son grade : la mère d'Istvan perd la boule et devient ingérable à la tombée du jour, tandis que le grand-père est un croulant gueulard et aigri, capable du meilleur comme du pire. Ce tableau est à la fois émouvant, audacieux _il faut oser aborder le sujet de l'évolution compliquée des personnes âgées..., mais un peu réducteur, aussi.
Dans tous les cas, Marona ne juge aucun de ses maîtres et leur manifeste une fidélité à toute épreuve : si elle est lucide sur leurs vices, elle sait aussi qu'ils resteront toujours à ses yeux "ceux qui lui ont fait le moins de mal". La rancoeur lui passe au-dessus ; seul son instinct la pousse à prendre le large au moment opportun... Pour le jeune public, le personnage de Marona peut amener à réfléchir sur le statut de l'animal dans la société, sur l'importance de prendre soin de ces êtres vivants qui jalonnent notre existence et sur le cataclysme qui se produit dans leur têtes lorsqu'ils sont abandonnés sur le bord du chemin.
Puisqu'on en parle : le petit spectateur risque d'être un peu impressionné par les dessins hypnotiques et ultra colorés de Gina Thorstensen, Sarah Mazzetti et Brecht Envens. Les artistes se sont éloignés de la 3D pour faire le choix d'un décor qui évoque le pop-up, avec des effets "crayon de couleur". Les contours flous des dessins font-ils écho à l'incertitude de la petite bête au grand coeur, qui contemple le monde des humains et ne le comprend que partiellement ? Peut-être. En tous cas, la tentative est originale, onirique, et valait vraiment le coup de voir le jour, même si le style peut évidemment ne pas plaire. Le doublage et la bande son participent à l'ambiance à la fois bien vivante et mélancolique du film ; ils collent bien à l'esprit de l'histoire : on va tous vers une issue fatale, mais on y va gaiement car on est dans la peau d'un animal qui, par définition, ne connaît pas la marche arrière.
Certes, L'extraordinaire voyage de Marona n'est pas une oeuvre des plus réconfortantes : les humains y sont dépeints de façon extrêmement sombre et finissent pas se laisser happer par leurs imperfections et par leurs démons. Elle donne des pistes de réflexion sur le bonheur, sur le destin, sur les souvenirs et les visages du passés, qui reviennent toujours au moment où on s'y attend le moins. Aussi se consolera-t-on de retrouver l'élastique Manole furtivement, à plusieurs reprises, lui qu'on déplore de ne voir que le temps de quelques séquences... Même s'il ne fait pas l'unanimité chez les cinéphiles, ce récent long métrage d'Anca Damian est un OVNI de l'animation à découvrir, ne serait-ce que par curiosité.
L'extraordinaire voyage de Marona -Anca Damian.
France / Roumanie / Belgique
1h32 - Sorti en 2019
Pour en savoir plus :
- L'interview de Pablo Pico, auteur de la BO, sur le podcast de Cinezik Radio.
- L'interview d'Anca Damian dans l'émission d'Aligre FM Ecoute, il y a un éléphant dans le jardin du 8 janvier 2020. (Actualités culturelles destinées aux enfants)
Chien Pourri : un poil plus optimiste...
... mais guère, en fait !
Chien Pourri n'est pas vraiment le clebs qu'on a envie d'adopter : il ressemble à s'y méprendre à un paillasson et il sent mauvais. Pourtant, il garde le moral ! Bien sûr, c'est un peu la loose, pour un chien, de ne pas avoir de maître humain, mais après tout, il n'est pas à plaindre : il partage l'amitié de Chaplapla, un félin presque plus mal en point que lui. Mais surtout, il est d'une telle bonté naïve, et d'une telle inconscience de son état délabré, qu'il ne réalise pas la gravité de la situation. C'est sans doute mieux ainsi...
Un jour, il se lance en quête d'un humain qui voudra bien prendre soin de lui ; forcément, il est plein d'espoir et ne tarde pas à faire des rencontres douteuses, pour ne pas dire dangereuses... Le vaste monde est plein de pièges qui peuvent parfois prendre les traits d'une petite fille apparemment inoffensive...
Comme dans L'extraordinaire voyage de Marona, l'anti-héros canin de ce premier tome de Chien pourri est bien mal récompensé de sa bonne volonté... mais ici, les retournements de situation rebondissent toujours sur une issue drolatique.
Publié dans la collection Mouche de l'Ecole des Loisirs, Chien pourri peut être lu par les enfants dès 6-7 ans je pense, qu'ils soient seuls ou accompagnés : à travers un personnage principal aussi moche à l'extérieur que beau intérieurement, ils feront l'expérience des limites des apparences chez l'homme comme chez l'animal. De quoi leur apporter une longueur d'avance sur bien des adultes de leur entourage...
GUTMAN, Colas ; BOUTAVANT, Marc. Chien pourri ! L'Ecole des loisirs, 2013. Coll. Mouche. ISBN 9782211211970
lundi 26 octobre 2020
La fourmi rouge - Émilie Chazerand (2017)
dimanche 25 octobre 2020
Le voyage d'Alice Sandair - Jacqueline Merville (2020)
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Lundi matin, au parc de la Villette. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai couru dans l'idée qu'un jour, il y aurait peut-être quelqu'un au bout du chemin. |
Famille, amis, villes et campagnes, attrait pour l'écriture... Alice Sandair a tout plaqué pour aller en Inde et s'installer sur le plateau du Deccan. Jusqu'à tirer un trait sur son identité civile, jusqu'à accepter d'être considérée comme morte pour l'administration française. Pourquoi a-t-elle décidé de prendre un aller sans retour avec pour tout objectif une forêt de bambous plantée à l'autre bout du monde ? On l'apprendra, ou pas, en lisant les bribes de son cheminement intérieur raconté chapitre après chapitre, au fil des pensées de l'héroïne.
En effet, Alice, qu'on appellerait bien volontiers par son nouveau nom indien si on le connaissait, est un électron libre. En Europe comme en Inde, elle ne suivra jamais le mouvement, préférant observer, ressentir et se laisser porter ; si sa quête de soi l'amène à consulter des guides tels qu'un maître spirituel qu'elle nomme "le philosophe" ou à se laisser aller à la méditation, on sent qu'elle ne s'y abandonne jamais totalement. Elle construit sa propre route, et cela lui convient ; ainsi, elle fera la rencontre de James, en qui elle trouvera un compagnon de route qu'on devine aussi épris de liberté qu'elle. On partagera quelques lointains souvenirs de son autre vie avec sa mère, dernier filament du cordon qui la relie à la France, et avec Pierre, cet ami malade incurable qui a su l'encourager à prendre son envol.
Le voyage d'Alice Sandair n'est pas Caroline aux Indes : Jacqueline Merville ne nous écrit pas le roman initiatique plein d'aventures que le titre laisse imaginer, mais elle nous fait part d'un récit étrange, insaisissable, et peut-être en partie autobiographique ? d'un périple intérieur. C'est pourquoi j'ai bien du mal à résumer les 230 pages d'un livre que j'ai pourtant trouvé facile et agréable à lire. Disons que les pages ont filé comme de l'eau entre mes doigts, un peu comme les journées, les mois et les années de la nouvelle vie indienne d'Alice... sans violence, sans laisser de traces.
Il faut dire qu'au bout d'un moment, les balises du temps s'estompent tellement qu'on a du mal à définir un semblant de calendrier dans l'évolution géographique et intérieure d'Alice... peut-être parce qu'il ne faut tout simplement pas chercher à le faire.
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Cet album (daté de 1962) sent un peu fort le temps des colonies... Mais quand même, je l'aime tellement ! |
Je reconnais que j'ai eu du mal à me raccrocher aux wagons de ce voyage intérieur*. Pour y parvenir réellement, il aurait fallu que je puisse m'identifier au moins un peu au personnage principal ; mais Alice a déjà tellement d'identités qu'il n'y avait plus vraiment de place pour moi ! Alors je me suis contentée de contempler l'histoire de l'extérieur, passant à côté de plein d'éléments trop personnels ou trop poétiques pour moi....
Cela dit, j'ai bien aimé partager les découvertes de l'héroïne, qui arrive en Inde avec une "image" d'une culture, et qui, une fois sur place, réalise qu'elle n'en connaissait que quelques facettes. Il est certain que le lecteur en quête d'action risque fort de rester sur sa faim... On est nombreux à vivre à cent à l'heure, parfois malgré nous, parfois parce qu'on le veut bien aussi, obnubilés qu'on est par l'efficacité, la productivité : forcément, l'attitude contemplative d'Alice peut nous déconcerter, voire nous impatienter... et c'est très bien comme ça : rien de mieux qu'un livre-OVNI pour casser ses petites habitudes !
Jacqueline MERVILLE. Le voyage d'Alice Sandair. Editions des Femmes, 2020. ISBN 9782721007186
*Je ne suis pas peu fière de ma métaphore ! #cartegrandvoyageurSNCF
dimanche 18 octobre 2020
Exposition "Les 25 ans de DreamWorks Animation"
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Le Prince d'Égypte, surtout connu pour sa bande originale. |
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Bien sûr, les "25 ans de DreamWorks Animation" est aussi l'occasion d'attirer notre attention sur la sortie prochaine des films Trolls 2 et The Croods 2. |
... l'espace rue Montalembert, sympa, avec son entrée retirée au fond d'une petite cour et ses petites pièces au plafond bas. L'accueil est sympa et facilite l'attente _puisqu'on ne peut pas être trop nombreux en même temps à faire la visite, COVID oblige.
... la grande chronologie des oeuvres produites par Dreamworks qui marque le début de l'expo : sobre et efficace ! Personne n'est oublié, pas même Joseph, le Roi des rêves et sa rainbow tunique !
... le fait que l'entrée soit gratuite : ma foi ce n'est pas négligeable !
... la grande diversité des tableaux exposés, allant du croquis au numérique, en passant par le collage.
... le décor des salles, qui recréent au mieux les différents univers.
On a moins aimé...
... la difficulté de trouver le nom des artistes, et les infos sur les oeuvres, les cartels étant parfois assez éloignés et pas facile d'accès _ ben oui, c'est beau alors on veut tous voir les dessins de très près, on veut tous prendre en photo le Chat Potté parce qu'il est trop classe.
... qu'il n'y ait rien sur Chicken Run, mais rien de rien ! pas le moindre petit croquis... J'imagine qu'il y a sans doute une bonne raison d'ordre juridique ou financier à cela, vu que la production était partagée avec Aarman Animations, me semble-t-il. Enfin c'est pas bien grave en soi.
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Prenez soin de vous. Veillons les uns sur les autres. |
dimanche 23 août 2020
Histoires de porcelaine - Que cent fleurs s'épanouissent - Feng Ji Cai (1990) / Tour de France du poulet : étape à Chantilly
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Tuiles... Usine de céramique... Ahah Bref. |
- Si vous souhaitez visiter le Domaine de Chantilly et que vous vous y rendez en TER, vous pouvez vous faire faire un billet spécial qui comprend le transport et la visite pour un tarif intéressant, me semble-t-il. Conditions à vérifier sur le site du Domaine et sur celui de la SNCF.
- Le billet Domaine donne accès au Château (et au Musée, aux expos), aux Grandes Ecuries, au parc _qui est vraiment très agréable, MAIS PAS au Potager des Princes, comme j'ai pu le lire quelque part. Cela ne vous empêche pas d'y aller faire un tour quand même, car il y a un méga trombinoscope des différences races de poules à l'entrée, et un jardin qui vous filera plein d'idées et vous remettra de vieux proverbes en tête. Sinon, la dame de la billetterie est un peu sèche, mais grâce au système de parcours fléché anti-COVID, hamdoullah vous ne la verrez pas à la sortie.
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"Arrêtez de me chier dessus, bordel !" |