mercredi 23 juillet 2025

Etat d'urgences - Le quotidien d'une médecin en lutte pour l'hôpital public. Caroline Brémaud (2025) / Anatomy - Love story. Dana Schwarz (2021)

J'essaie de lire un maximum de livres qui parlent de santé ou de médecine, qu'ils rendent compte de faits réels, comme c'est le cas avec Etats d'urgences, ou qu'ils racontent des histoires complètement inventées _ encore que..., comme dans Anatomy - Love story. 

A défaut de me prendre des vents lorsque je vais au devant des professionnels de santé qui ont suivi ma sœur tout au long de son (bref) parcours, dans le but de m'informer et non d'incriminer, je précise, ces œuvres m'offrent une possibilité d'essayer de comprendre, d'imaginer ce qui a pu se passer, ce qui a pu dysfonctionner. 


Etat d'urgences - Le quotidien d'une médecin en lutte pour l'hôpital public 

Caroline Brémaud 

Seuil, 2025 


Ex-cheffe de service aux Urgences de Laval, Caroline Brémaud a été mise à l'écart par une hiérarchie qui estimait qu'elle ouvrait un peu trop sa bouche. 

Dans Etat d'Urgences, elle nous livre son quotidien de médecin urgentiste, à travers des situations vécues, dresse un tableau à la fois touchant et inquiétant d'un milieu médical qui part en charpie.

Touchant parce qu'il tourne grâce à des gens qui ont à cœur de mettre le patient au centre de leurs préoccupations.

Inquiétant parce que le système de santé français tend à faire passer ce même patient au second plan, loin derrière l'équilibre de budgets sans cesse restreints. 


Ma soeur est morte dans un hôpital, après en avoir fréquenté plusieurs services durant cinq mois. Lorsque ses problèmes de santé se sont déclarés, nous sommes devenus plus attentifs à ce qui relevait du milieu médical en général, et de son suivi en particulier. Nous avons alors constaté des choses qui nous ont... surpris, on va dire. 

Attention, pas question de dénigrer ceux qui ont tenté de la soigner ! Je sais que chacun a fait de son mieux, avec les moyens qu'il avait. Mais cela n'a pas suffi : leur compétence et leur conscience professionnelle ne pouvaient ni réduire les délais d'attente pour une IRM ou une biopsie, ni remplacer un spécialiste parti en congé maternité, ni rendre disponible un médecin traitant débordé, ni faire rivaliser la lenteur de l'administration avec la rapidité d'un cancer.


Un livre utile, accessible à tous, non seulement parce qu'il est bien écrit, mais aussi parce que l'autrice prend soin de partager ses émotions positives comme négatives. De cette immersion aux urgences, à la régulation ou dans des ambulances, se dégage une grande humanité. 



Anatomy - Love story 

Dana Schwarz 

2021 

Photo : édition Le Livre de Poche 

Hazel est passionnée de médecine ; à seulement 17 ans, elle a déjà de solides connaissances et n'hésite pas à gruger pour assister à des "démonstrations d'anatomie". Autant dire que plonger les mains dans le sang et les viscères ne lui fait pas peur, bien au contraire : elle rêve de devenir chirurgienne. 

Sauf que : Hazel est une jeune aristocrate qui vit à Edimbourg, au début du XIX° ; d'une part, elle est déjà promise à son cousin Bernard, futur vicomte. Son mariage approche, son avenir d'organisatrice d'insipides salons mondains aussi. D'autre part, même si l'indifférence de sa mère _ trop focalisée sur la santé de son fils pour se soucier d'elle_ lui laisse pas mal de liberté, les portes des cours de médecine se ferment devant elle, simplement parce qu'elle est une fille. 


Parallèlement, on suit les aventures de Jack, un beau-parleur sans le sou qui survit en déterrant des cadavres dans les cimetières afin de les revendre à des médecins.

On s'en doute, les deux vont se rencontrer. 

Cela dit, le côté "romance" ne prend pas trop de place : il y a bien une histoire de cœur à la Titanic, mais pas assez pour causer la gênance. Anatomy Love Story est plus un roman gothique un poil gore, avec pas mal d'action, au final. L'air de rien, on y parle d'inégalités sociales face aux soins, de l'évolution de la médecine, de gestion d'épidémie, de trafic d'organes, des conditions de vie des femmes, de deuil aussi... 



Autant de sujets encore très actuels. 

Attirée par la couverture représentant un cœur formé par l'opulente robe grenat d'une jeune femme, j'ai découvert cette "romance gothique" dans la section livres jeunesse d'une boutique Relay, à la gare de Bordeaux. Honnêtement, je m'attendais à quelque chose d'inconsistant, avec des ados borderline portés sur le cul. Mais pas du tout.  

Un très bonne surprise, donc ! 

Et il y a un tome 2 !





lundi 21 juillet 2025

[JEU SWITCH] Lines XL - Hook Games (2020)



Lines XL

Konstructors Entertainment

Hook Games 

2020

Testé sur Nintendo Switch 

1,99 € 




Jeu de casse-tête où il faut relier des pastilles de même couleur en se frayant des chemins dans une grille.  


Au début, il n’y a que deux pastilles à assembler, mais petit à petit leur nombre augmente, rendant la tâche plus compliquée. A cela s’ajoutent deux contraintes :   


  • Le casse tête n’est résolu que si tous les points de la grille sont exploités pour l’un des tracés 


  • Les tracés ne peuvent se croiser ou se chevaucher :  un même point ne peut pas être utilisé pour deux “chemins”. 






500 grilles différentes sont proposées au total ; elles sont classées par niveau de difficulté. En dessous de celles déjà réalisées, le temps de résolution s’affiche. Il est possible de refaire les différents casse-têtes, pour ceux qui voudraient améliorer leur chrono.  




J’ai lu des critiques plutôt négatives de ce jeu (jugé trop simple, trop cher pour 2€), mais bizarrement je l’aime bien : il est assez distrayant, pas aussi simple que ça, chacun ses capacités ! sans être prise de tête pour autant. Seul point noir : les musiques de fond, décrites comme “relaxantes”, mais qui dépriment plus qu’autre chose.  




Puisque des gens du coin semblent passer par là...

... Sachez que : 

Le Guen = pédophile. Eh non, il n'y a pas que les hommes qui tripotent les enfants.  

Boucher = harceleur. Il ne faisait pas bon être stagiaire chez lui, il y a quelques années... 

Labattu = misogyne (et incompétent, mais ça, à la rigueur...) 

Rotenberg = type violent envers les femmes.

Ce sont ces informations-là qui devraient vous intéresser ! 

Pourtant, cela fait des années que vous croisez ces personnes, et que vous détournez vos regards pour ne pas vous retrouver mêlés à leurs saloperies. 

 

 



dimanche 11 mai 2025

La chambre 337

L'infirmière m'interpelle de loin en sortant de la chambre où elle vient d'installer Marine : "C'est bon, vous pouvez aller la voir !". Elle disparaît aussitôt, déjà occupée à autre chose. Je quitte le siège laissé au bout du couloir du service, à moitié caché derrière une sorte de paravent, où on m'avait demandé d'attendre.  

Marine est allongée sur son lit d'hôpital ; on lui a passé une blouse blanche à pois noirs. 

"Ah, t'as réussi à me trouver !

_ Oui, aux urgences on m'a dit que tu avais été transférée en pneumologie. T'as pas froid ? 

_ Non, je suis bien. J'ai une infection pulmonaire, c'est fou ! J'aurais jamais cru que c'était ça. Ils vont me mettre sous antibio.

Sur quoi elle se met à tousser, éjectant par la même occasion le masque qui lui envoie de l'oxygène. Je me dis que, mince, je n'aurais pas cru qu'elle serait orientée ici, car quelques heures plus tôt, elle ne semblait pas aussi prise des bronches. Malgré tout, elle semble avoir un peu meilleure mine. 

_ Il faudrait que je fasse recharger mon portable... 

Je pars en quête d'une prise. Il y en a derrière le lit, mais le câble et trop court et le téléphone pendouille dans le vide. Il lui est visiblement difficile de bouger, elle se fatigue vite. Normal quand on n'a pas de souffle. 

La table à roulettes sur laquelle est posée une carafe remplie d'eau est ridiculement loin. Je la rapproche du lit : on s'en servira pour que le portable reste à portée de main. 

_ Il faut que j'appelle mes trois hommes. 

Elle fait allusion à son mec et à ses deux petits.  

_ Prends mon portable. 

S'ensuit une conversation tout à fait lunaire, que j'entends malgré moi. Pas une once d'inquiétude dans la voix du bonhomme, qui semble surtout embarrassé de devoir gérer les gosses le lendemain matin _et donc de prendre sa journée ; ça ne l'arrange pas du tout, mais bon.. Ma sœur se confond en excuses, comme trop souvent ces derniers temps. Il lui répond mollement que non, ce n'est pas sa faute, avant de lui demander de checker ses mails : il en attend un bien précis. 

Marine commence à scroller, avant de se souvenir qu'elle téléphone de mon portable. Son esprit est décidément embrumé... On récupère le sien, partiellement chargé ; elle fait deux ou trois manip pour finalement constater que le mail destiné à son mec n'est pas arrivé. Ce dernier coupe court en lui disant qu'il doit la laisser, "parce qu'il a du taf, là, avec les bains à donner, le repas à faire, tout ça", et lui souhaite bon courage. 

Un silence. Elle sait que j'ai envie de pester mais que je n'en ferai rien, et je sais à quel point elle est déçue de voir que pour son bonhomme, elle n'est plus rien d'autre que la mère de ses enfants. On se voilait tous la face à ce sujet, mais l'arrivée de la maladie a fait tomber les masques. 

On passe à autre chose. 

_ On met la télé ? Ou tu préfères rester au calme ? 

_ Je veux bien, mais je vois pas la télécommande !

_ Ah, moi non plus... 

On cherche la télécommande, elle avec son oeil vif, moi avec mes mains. Au moins ça nous occupe, on balaye la gêne et l'inquiétude. 

_ Dans l'armoire, peut-être ? Ou sous mes affaires... 

La télécommande restera introuvable. Tandis que je me remets du gel sur mes mains (elle est déjà assez attaquée, inutile de lui rajouter plus de saloperies), j'entends ronfler péniblement. Marine s'est assoupie. Elle n'a pas dû beaucoup dormir cette nuit. 

Je m'assois sur sa droite, dos à la fenêtre, face à la porte. Les bruits extérieurs nous parviennent ; le passage des chariots et les voix des soignants essentiellement. 

Elle ouvre les yeux, me regarde, replace son masque.

Je sors de mon sac le livre Terrienne de Jean-Claude Mourlevat, décidée à lui faire un peu de lecture. L'histoire d'une jeune fille qui part à la recherche de sa sœur disparue, pourquoi pas...

Elle se rendort avant que j'aie fini la première page, et je me pose mille questions en écoutant sa respiration poussive : est-ce qu'elle a chopé le Covid ? est-ce que le sevrage de cortisone s'est fait trop rapidement ? a-t-elle des effets secondaires de son traitement ? 

L'infirmière entre, dynamique, positive, pour faire le point sur l'état de santé et sur les examens prévus dans les jours qui viennent. Rien d'alarmant a priori, il faut surveiller et traiter. Elle remplace même le masque à oxygène par des lunettes.  

Avant de partir, je déblatère à ma sœur plein de phrases creuses dont j'essaie de me convaincre : ça va aller, elle est forte, une infection, ça se soigne. Si elle dort beaucoup, c'est normal, ça veut dire qu'elle récupère. 

"Mais oui, ça va aller ! renchérit l'infirmière, toujours aussi enjouée, avant de passer la porte. 

Marine ne répond pas. Depuis son lit, elle me regarde de son oeil bleu et vif, un bras passé sous la tête ; sur le moment, ça me serre le cœur de repartir "libre" sachant qu'elle est bloquée ici, impuissante et malade... En proie à ces faux impératifs auxquels on accorde trop d'importance, je tourne les talons, de peur de "manquer de temps". 

Le temps, j'en ai, maintenant. J'ai même toute une vie pour essayer de comprendre ce que voulait dire ce regard. Est-ce qu'elle avait compris qu'on se voyait pour la dernière fois ? Je ne pense pas, ses derniers SMS n'allaient pas dans ce sens... Etait-elle déjà "ailleurs" ? Ou juste dépitée de réaliser que son copain ne bougerait sans doute pas son cul pour venir la voir avant plusieurs jours ?  

Nos chemins se séparent donc brutalement dans une chambre d'hôpital. Marine la dure, Marine la forte s'arrête ; Adeline la fragile, va continuer : tous ceux qui nous connaissent un minimum savent à quel point cette configuration est improbable. 

Il est vraiment difficile d'accepter que cette visite à l'hôpital, qui n'aurait dû être qu'une simple étape, doit maintenant être considérée comme un souvenir précieux.

vendredi 25 avril 2025

Le démon de Mehdi - Jean-Hugues Oppel (2016)


Le démon de Mehdi
Jean-Hugues Oppel 
Syros, 2016 



A l'approche de Noël, Sandra et Simon passent un petit dimanche après-midi tranquille : leurs enfants sont sortis. La petite Leïla est avec ses grands-parents et Mehdi, le plus grand, est au cinéma avec ses copains. 

Soudain, Sandra a un flash : sur le sapin, il manque les traditionnelles pommes de pin au chocolat. Elle décide de sortir en acheter. Mais dans le porte-monnaie, il manque un billet de dix. Qui a bien pu le dérober ? Ses soupçons se portent aussitôt sur Mehdi. 

Sandra se rend donc au cinéma pour l'intercepter après le film et régler ses comptes avec lui : elle n'est pas au bout de ses surprises. 

Une belle histoire découverte à la librairie Marbot de Périgueux, où, à l'occasion du mois du polar, une sélection de romans policiers pour la jeunesse a été mise en place (avec bien d'autres livres sur fonds d'enquêtes et d'énigmes). 

Cette collection Mini Syros Polar est très appropriée au cycle 3, mais certains titres comme Le démon de Mehdi aborde des thématiques qui parleront aux plus grands. 36 pages, donc parfait pour des petits lecteurs, rallyes lecture, actions de lecture à voix haute, etc.. 




Je savais que ce moment viendrait, mais pas si tôt, pas comme ça. 

Ma sœur est partie le 4 avril dernier, au petit matin, bien seule dans une chambre d'hôpital où on l'avait installée la veille en raison d'une infection pulmonaire. 

Elle n'avait que 34 ans, et elle était bien décidée à occuper le temps qui lui restait à vivre, en dépit du cancer du sein qu'on venait juste de lui détecter. Elle voulait se battre, elle se battait. Douze heures avant son départ, elle était diminuée mais pressée de se rétablir pour rentrer chez elle au plus vite et retrouver ses enfants. 

Je l'ai quittée à 17h30, inquiète bien sûr, mais sans plus. La fièvre était tombée, son état paraissait stabilisé.  "Mais oui, ça va aller" m'avait dit l'infirmière alors que je m'apprêtais à quitter le service de pneumologie. Ca irait... Le soir, nous avons échangé quelques SMS anodins sur la télé, le bruit de l'oxygène qui l'empêchait de dormir.

Six heures plus tard, une embolie sortie de nulle part la terrassait. Personne n'a pu expliquer cela... 

Depuis, le monde est bien le même, cruellement fidèle à ce qu'il est ; seulement tout semble repeint d'une autre couleur. 

Nous nous en relèverons, mais nous ne savons pas quand, ni comment. 

La vie est tellement injuste. Je veillerai à ce qu'on ne songe même pas à essayer de l'oublier. Ceux qui doivent payer paieront _je ne parle pas des médecins, des hôpitaux, mais de tout ce qui a pu se passer bien avant la maladie ! 

dimanche 16 mars 2025

[LITTERATURE JEUNESSE] Le petit peintre de Florence - Pilar Molina Llorente (1989) / Victoria rêve - Timothée de Fombelle (2012)

Pourquoi elle ?

Pourquoi elle, qui ne fume pas, qui ne boit pas, qui n'a aucune conduite à risque, qui n'a jamais emmerdé personne ? 

Est-ce qu'elle a toujours eu cette saloperie en elle ? Est-ce que ça vient du stress au travail, des produits qu'elle inhale dans l'entreprise de nettoyage où elle bosse...? Après tout, deux autres de ses collègues ont aussi un cancer ? 

Est-ce qu'il y a eu des signes qu'on n'a pas su voir plus tôt ? On s'est tellement concentrés sur les petits qu'on l'a oubliée, elle, une fois de plus. On n'a jamais trop prêté attention à ma sœur, dans la famille : elle n'a jamais été que "la deuxième"... Il a fallu qu'elle soit gravement malade pour qu'on se soucie de son sort. 

Est-ce que je suis trop stressante ? Je m'impose aux rendez-vous d'oncologie, parce que je sais que personne ne l'accompagnera, sinon ; à chaque fois, on nous annonce une nouvelle complication. Ca me paraît mieux qu'elle ne soit pas seule dans ces moments-là, mais est-ce que ma présence ne l'oppresse pas, est-ce qu'elle ne le vit pas comme une entrave à sa liberté ? Elle ne dit rien de tel quand je le lui demande, mais je sais que ma façon de pester contre les médecins, contre les délais de résultats de biopsies, d'IRM, contre toute cette cortisone pour rien !! l'agace : souvent, elle me coupe sèchement en me disant qu'elle n'est pas la seule dans ce cas, il faut que je fasse confiance au corps médical, et à elle aussi. Je ne sais plus si son énervement est réellement le sien, ou si c'est un effet secondaire du traitement.. ?

Pourquoi est-ce qu'elle vit sa meilleure vie, elle, cette truie qui l'a cassée en huit ? "On ne la voit plus trop, elle est peut-être bien partie", me dit ma mère, sans doute pour que j'arrête de la torturer avec "cette histoire". Elle devrait se détendre. Si j'avais les couilles de flinguer une vieille criminelle, ça se saurait... et ce serait déjà fait.

Trop de questions nous parasitent jour et nuit. On sait très bien qu'on n'aura pas la réponse pour la plupart d'entre elles.. quelle peut bien être l'origine d'un cancer du sein ?.. mais on ne peut jamais s'en débarrasser complètement. Sans doute servent-elles aussi à nous détacher de l'écrasante réalité : nous ne vieillirons pas ensemble. 

Pour l'instant, on est perdus au milieu d'un tunnel dont on ne voit pas le bout. Je dois bien reconnaître que ces temps-ci, les livres me sont d'un grand secours. Je n'y avais jamais vraiment cru, et pourtant, ils peuvent faire brillamment figure d'échappatoire !

Voici deux petits romans qui me semblent parfaits pour des collégiens petits lecteurs : 


Le petit peintre de Florence 

Pilar Molina Llorente

1989. 

Photo : édition Livre de Poche, 2002



On pourrait se dire que le petit Arduino a bien de la chance de grandir à Florence au XVème siècle, alors que la ville est considérée un peu partout dans le monde comme la capitale des arts et du raffinement. Pourtant, sa vie n'est pas si simple : né dans une famille de tailleurs et habitué depuis toujours à jongler entre les étoffes, il n'a aucune appétence pour la couture et n'aspire qu'à devenir peintre. 

Son père accepte à contrecœur de le confier comme apprenti à Maître Cosimo, un artiste reconnu ; ainsi, il pourra voir si ses chances dans ce métier son réelles. D'abord fou de joie, Arduino est rapidement déçu : Cosimo est peut-être un grand peintre, mais il n'est pas très pédagogue (et pas très aimable non plus). Les autres apprentis ne sont guère accueillants, et avoir pour seule mission de balayer l'atelier, ça va bien deux minutes.

Mais contrairement à ses petits camarades, Arduino est curieux et observateur : il a compris qu'il se tramait quelque chose d'étrange, dans le grenier du Maître. Un nuit, il prend son courage à deux mains et va voir ce qui se passe là-haut. Il découvre Donato, un ancien apprenti emprisonné sous les combes depuis des années. Son crime ? Etre trop talentueux pour Cosimo, qui a toujours craint que le jeune homme ne lui fasse de l'ombre...

Un roman jeunesse très court, idéal pour des élèves de cycle 3 ou des collégiens petits lecteurs ; il se lit vite et facilement, mais fait réfléchir sur des sujets importants : la liberté, le dilemme entre intérêt général et intérêts personnels, la condition des femmes pendant la Renaissance, les rivalités..




Victoria rêve 

Timothée de Fombelle 

Gallimard Jeunesse "Folio Junior" 

Avant de sortir tout récemment en format poche, ce roman court de Timothée de Fombelle a d'abord été publié dans le numéro 339 de Je Bouquine (2012).

Victoria mène une existence ordinaire, à son grand désespoir, entre des parents gentils mais sérieux, et une soeur aînée qui joue les grandes. Leur petite maison n'est ni mieux ni moins bien que toutes celles qui peuplent la ville (beaucoup trop) calme de Chaise-sur-le-Pont. Pour combler son manque de fantaisie, Victoria lit beaucoup et s'invente des aventures, dans lesquelles ses camarades de classe se gardent bien de s'embarquer.

Pourtant, depuis quelques jours, il se passe des choses étranges autour d'elle, et pour une fois, elle ne rêve pas : ses livres disparaissent petit à petit, la grande horloge de la maison s'est volatilisée dans d'indifférence générale ; elle vient de surprendre son père habillé en cow-boy _ce qu'il ne fait jamais, et, pour couronner le tout, son pote le petit Jo est persuadé qu'elle seule sait où sont cachés "les trois Cheyennes" (alors que non, elle n'en sait rien). 

D'autres fillettes se seraient inquiétées de tant de phénomènes incongrus et inexplicables, mais au contraire Victoria s'en réjouit : voilà enfin la vie d'aventures dont elle rêvait. 

J'ai gobé les 80 pages d'une traite, dans le bus ! Voilà une lecture très accessible et pas trop enfantine qui présente la lecture et les mondes imaginaires comme des façons de survivre à la dure réalité. 

Difficile de dire pourquoi, mais l'héroïne m'a fait un peu penser à celle de I kill giants, un comics dont on a parlé ici (même si les deux histoires n'ont rien de comparable !!) 

samedi 1 mars 2025

[BD] Maudit Victor - Benoît Preteseille (2011) / Sherlock Holmes n'a peur de rien - 1 - Baker Street - Pierre Veys, Nicolas Barral (2004)

Voici le compte-rendu de lecture de deux albums de BD (européenne, cette fois-ci), découverts grâce au podcast le One Eye Club. Je suis en train de me taper tous les épisodes mis en ligne depuis une dizaine d'années, ça donne quelque chose d'assez marrant d'écouter l'actu de la bande dessinée avec une décennie de recul !

Maudit Victor
Benoît Preteseille
Editions Cornelius, 2011



Tout commence par une lettre ancienne, trouvée dans un tiroir par quelqu'un qui fait du tri : elle nous raconte, bribes par bribes, le parcours étrange et tragicomique de Victor G., un jeune homme qui aurait été artiste peintre au XIX° siècle. 

Fasciné par l'oeil de verre prétendument magique de son oncle, le petit Victor se rend volontairement borgne, lui aussi. De cet acte irréfléchi vont découler des rencontres improbables et un destin complètement WTF. D'aventure en aventure, il va devenir peintre malgré son handicap, conforté dans ses aspirations par une artiste qui a elle-même un trou dans le ventre, avant qu'une nouvelle malédiction ne l'empêche de dessiner autre chose que des chevaux, ce qui est pas mal réducteur. Il arrivera tout de même à se faire une place parmi le gratin parisien cultivé, soutenu par une gentille comtesse... qui n'a peut-être pas misé sur le bon cheval. 

Maudit Victor est BD en petit format marrante, avec de belles planches... mais tellement expéditive (150 p.) que je reste sur ma faim. Le côté décousu de l'histoire, qu'on sent pleinement assumé, aurait pu avoir son charme si l'histoire de Victor s'était développée sur deux ou trois volumes, le temps qu'on en sache un peu plus sur le héros, et sur tous ces personnages secondaires intrigants qu'on croise une fois et qu'on ne revoit plus jamais ! 


Un OVNI a regarder passer, même s'il va beaucoup trop vite !

Sherlock Holmes n'a peur de rien - 1 - Baker Street 

Pierre Veys, Nicolas Barral

Delcourt, 2004



Tant pis si je l'ai déjà exprimé un tas de fois : Sherlock Holmes et son univers m'ont toujours laissée de marbre. Bizarrement je me dis encore que, peut-être, un jour, ça va changer, et je continue de m'accrocher à ses réécritures sans trop savoir pourquoi. Bien sûr, j'ai su admirer Dans la tête de Sherlock Holmes, l'incroyable diptyque en BD, et me laisser prendre par l'adaptation en série (celle avec Benedict Cumberbatch), mais ça ne va pas plus loin : l'atmosphère est trop sombre, trop glauque, trop sérieuse à mon goût. 

Du coup, je me suis quand même laissée tenter par le premier tome de la série BD Sherlock Holmes n'a peur de rien parce qu'à la différence des autres versions déjà rencontrées, elle est humoristique _et ne se prend pas au sérieux. 

On retrouve bien notre binôme traditionnel (Holmes la star de l'enquête, Watson l'éternel second), les lieux-clefs (Baker Street, les clubs..) et autres têtes emblématiques du folklore comme l'inspecteur Lestrade et Mre Hudson.. mais agrémentés d'un grain de folie fort appréciable. 

Qui a poussé Lord Beverege par dessus bord alors qu'il naviguait tranquillement sur la Tamise ? Pourquoi le colonel Norton est-il mort subitement ? Watson piqué par une méduse est-il toujours Watson ? L'album propose plusieurs histoires farfelues dans lesquels le célèbre Holmes a réponse à tout, se distinguant autant par son imagination débordante que par son sens de la déduction. 

Le mythe est bien revisité ! Avis plus que positif, il n'est pas exclu que je me m'attarde sur la suite !  

Même au CDI, ça passe !