mercredi 1 mars 2023

Trashed - Derf Backderf (2015)

Tout juste revenu d'un stage catastrophique où il avait poussé tout le monde à bout, aussi rapidement et sûrement qu'au collège, Julien s'était exclamé : "Je m'en fous, je vais faire éboueur. Personne ne veut l'être, et pourtant c'est une bonne place. Ok, tu pues, mais tu es fonctionnaire et tu gagnes une brique par mois. Et pas besoin des maths et de la chimie !

_ Tu sais qu'il faut être pistonné par la mairie pour avoir sa place ! Donc ne te fais pas trop remarquer d'ici tes dix-huit ans..!", avait répliqué le prof de physique-chimie plus ou moins blasé. "Eh non, tu n'es pas le seul à connaître la combine !" 

Les deux étaient dans leur rôle, puisque l'un provoquait en espérant que l'autre lui clouerait le bec, et les deux avaient tort. Éboueur est un métier indispensable mais usant et ingrat à bien des niveaux ; il n'a jamais été une "planque" que pour les cons qui estiment que ceux qui n'ont jamais pu s'insérer dans système scolaire ne devraient pas être autorisés à avoir une vie professionnelle décente. 


Derf Backderf est un journaliste et dessinateur de presse américain qui consacre maintenant son activité à l'écriture de bandes dessinées ; il est notamment connu pour avoir publié Mon ami Dahmer, un album primé au FIBD d'Angoulème en 2014, dans lequel il parlait de la jeunesse du tristement célèbre Jeffrey Dahmer, qu'il a eu l'occasion de croiser lorsqu'ils étaient au lycée. 

Un peu plus tard, en 2015, Trashed fait son apparition en librairie. Encore une fois, l'auteur s'inspire d'une expérience personnelle pour nous raconter le quotidien d'un jeune éboueur intérimaire dans le service d'entretien d'une petite ville des États-Unis, depuis son recrutement en automne jusqu'à la refonte de l'équipe à l'été suivant.

L'album s'ouvre sur une introduction de l'auteur, dans laquelle il explique que cet album est une version actualisée, enrichie et plus fictive d'une précédente publication datée de 2002 : Trashed, true tales from the back of the garbage. Puis les premières planches abordent rapidement l'histoire du traitement des déchets, de l'Antiquité à nos jours, avant de nous faire entrer dans le vif du sujet : les tribulations cocasses ou cruelles de J.B, le personnage principal, structurées en quatre grands chapitres représentant chacun une saison. 

J.B a laissé tomber la fac et ne semble pas pressé de trouver un travail. Un jour, sa mère lui met sous le nez une annonce de la mairie : on cherche un employé pour compléter l'équipe d'entretien. J.B tente sa chance, pensant qu'il va s'occuper des espaces verts de la ville ; le lendemain, il se retrouve à sa grande surprise à l'arrière d'un camion-poubelle et fait l'expérience des aspects les moins ragoûtants du métier. 




Il retrouve bientôt son pote Mike ; tous deux vont former un binôme à la fois drôle et critique sur cette ville qu'ils connaissent depuis toujours. Ils comprennent que le contenu des poubelles et la façon dont elles sont mises à disposition disent bien des choses sur les habitants et sur la considération qu'ils ont pour les éboueurs. 


On devine que le jeune Derf Backderf a pris conscience des rouages du monde professionnel à travers ce boulot temporaire : l'importance de la ponctualité _pour certains plus que pour d'autres_, le flicage du chefaillon qui n'a pas le bras aussi long qu'il le voudrait, les collègues bizarres mais sympas, les imprévus humains ou techniques...  



Au-delà d'un retour en BD sur une expérience de vie _dont il dit avoir voulu se détacher, l'auteur fait ici la lumière sur un secteur d'activité méconnu et assez rarement abordé en dessin : le traitement des ordures ménagères, de la poubelle à la décharge.    


C'est aussi l'occasion pour lui de parler de la société de son temps : en effet, à travers les poubelles des uns et des autres, parfois de ceux qu'il a toujours connus, J.B tire plein de déductions sur le civisme en général, sur la façon de consommer et de jeter. Même si les tournées ne dépassent pas les frontières de cette petite ville de l'Ohio, ses observations parleront à beaucoup d'habitants des pays développés.     

Trashed ne propose pas une intrigue, avec son début, son milieu et sa fin ; c'est une œuvre fictive mais qui a quand même vocation à informer _l'auteur n'est pas dessinateur de presse pour rien. L'idée d'avoir créé des personnages tous plus étranges les uns que les autres, et de les avoir mis en scène dans des situations déjantées est bonne car elle donne un rythme à l'ensemble ; un reportage dessiné sur le quotidien des éboueurs aurait bien sûr permis de faire passer le message, mais ç'aurait été ennuyeux. L'aspect documentaire se ressent déjà assez dans les répliques, et casse un peu le naturel des dialogues.  Mais ce n'est pas trop lourdingue non plus ; on peut aussi saluer le travail du traducteur Philippe Touboul, qui n'y est pas pour rien. 

Les amateurs de Derf Backderf, reconnaitront le style bien particulier de ses bonhommes et bonnes femmes aux grosses têtes expressives, tellement éloignés des canons de beauté habituels. Comme dans Mon ami Dahmer, ses décors ont des airs de gravure, mais cette fois-ci, l'artiste a opté pour une couleur en nuances de bleu-vert sûrement mieux appropriée au petit monde des poubelles. 



Si vous vous intéressez aux comics, et pas seulement à ceux qui parlent de super-héros, voici un titre à connaître : Trashed est cru, marrant et surtout très instructif _ même 10 ans après sa sortie ! J'ai particulièrement aimé l'ambiance du "trou perdu" où tout le monde se connaît, pour le meilleur et pour le pire : il me parle bien !    

Public : adultes - accessible 16 ans et plus, à cause des gros mots et des blagues de cul. Sinon ça passe dès la fin du collège. 

Est-ce utile que j'ai eu connaissance de ce titre grâce aux Mystérieux Étonnants (épisode 522)
   
Derf Backderf. TRASHED. Ca et là, 2015. Trad Philippe Touboul. 238 p. ISBN 978-2-36990-216-4









 



dimanche 1 janvier 2023

[ROUX COOLS] Louise Banks dans le film Premier Contact (Denis Villeneuve, 2016)

Un roux peut en cacher un autre ! 

Après avoir parlé de French Kiss 1986, restons encore un peu en Amérique du Nord avec le film Premier Contact réalisé par Denis Villeneuve et sorti en 2016. 



L'histoire

Douze vaisseaux extraterrestres en forme de coque viennent d'atterrir un peu partout dans le monde. L'état d'urgence est déclenché, les zones concernées sont bouclées de partout et chacun se prépare à buter les aliens. Sauf qu'il ne se passe rien... Quelque part, c'est encore plus angoissant car les forces militaires ont acquis la certitude que les capsules étaient bien habitées. Leurs enregistrements sonores évoquant plus des chants de baleines asthmatiques qu'autre chose permettent en tous cas de le supposer.  

Comme elle a déjà fait des traductions pour l'armée américaine et qu'elle est habilitée à effectuer des missions secret-défense, la linguiste Louise Banks (Amy Adams) est sollicitée par le colonel Weber pour communiquer avec les habitants de la "coque" située dans le Montana. Il espère ainsi découvrir leurs intentions. 

Louise se rend sur les lieux et découvre son coéquipier Ian (Jeremy Renner), un physicien qui a une vision du monde bien différente de la sienne. Un rapide briefing, quelques injections vite fait, une belle combinaison aseptisée orange et en route pour l'oeuf de Pâques ! 


Soyons un peu civilisés ! 

Le binôme va rapidement devenir complémentaire et soudé ; Louise et Ian ont tous deux persuadés que les visiteurs de l'espace ne comptent ni détruire ni envahir la Terre, bien que le motif de leur venue reste énigmatique.  

Mais ils sont bien seuls à défendre le pacifisme de ces êtres qui communiquent avec un langage bien à eux, en projetant avec leur mains tentaculaires de petits nuages d'encre pour former des symboles circulaires alambiqués. 

Ces extraterrestres me rappellent quelque chose, mais quoi donc ?

Ah ça y est, ça me revient !

Mis en confiance, ils fournissent bientôt à Louise un lexique qu'elle s'efforce de décrypter. Mais on se souvient de la blague de Dieu pendant la construction de la Tour de Babel : la diversité des langues et de leurs subtilités amènent parfois des incompréhensions, et un mot interprété dans un sens qui ne correspond pas au contexte peut générer le conflit. Tout au long du film, de nombreux parallèles sont faits entre les mystérieuses coques de l'espace et des peuples colonisés victimes de la barrière de la langue. Celui qui ne comprend pas ce que dit son oppresseur ne peut s'en défendre correctement.   

Aussi, lorsque les extra-terrestres envoient à Louise et à Ian le message "offrir arme", beaucoup y lisent la déclaration de guerre qu'ils attendaient depuis longtemps. Les deux intermédiaires vont essayer de gérer la crise en fonction de leurs compétences. Surtout Louise, d'ailleurs, qui en bonne rousse cool, monte en puissance du début à la fin de l'histoire et finit par tenir sa place dans les prises de décisions. Il lui faudra du temps pour faire comprendre aux soldats qui l'entourent qu'elle a sans doute autant d'influence qu'eux sur le cours des événements, si ce n'est plus ! 

Arrêtez-vous là, si vous souhaitez voir le film ! 

(Il est sur Netflix)


Je vais essayer de ne pas spoiler, mais c'est quand même assez difficile de parler de certains thèmes sans dévoiler certaines clefs de l'histoire.

Un autre rapport au temps 

Or, au milieu de l'émoi civil et militaire, une nouvelle donnée entre en jeu : celle d'un temps, justement, qui ne serait pas linéaire. Plus rare, me semble-t-il, dans les fictions mettant en scène des extraterrestres, ce changement de paradigme est assez présent dans les livres, les BD, et même au cinéma. Premier Contact, c'est un peu le film l'Armée des douze singes ou le comics Paper Girls en faisant de chemin inverse : jusqu'alors, on avait affaire à un héros qui va dans le passé pour trouver une solution à un problème qui pollue son présent, ou à des personnages catapultées dans un futur où elles vont jouer avec la chaîne du destin. Là, les personnages principaux ne bougent pas d'époque, ils accueillent simplement les extraterrestres venus "du futur" pour mettre en sûreté ce qui leur est précieux. Mais c'est plus compliqué que cela, puisque le paradigme du temps organisé en passé / présent / futur n'a pas de sens pour les visiteurs.    


Voilà, fin du spoil !

A voir, et à regarder jusqu'au bout 

J'ai commencé à regarder ce film parce que j'avais entendu parler de Denis Villeneuve lors de la sortie du film Dune en 2021. Elle avait fait pas mal de bruit, bizarrement, à tel point que nous en avions parlé un dimanche midi avec mon pote Xavier. On avait même prévu d'aller le voir au cinéma le mercredi suivant, mais quelques minutes avant qu'on se quitte, il s'était rétracté en m'encourageant poliment à "ne pas l'attendre" pour profiter du spectacle. Avec le recul, je me demande si l'"opération Dune en salle" n'était pas une métaphore de notre amitié, car depuis ce jour-là, je n'ai plus jamais eu de nouvelles de lui ! Bref, tout ça pour dire qu'au final, je n'ai vu ni Dune, ni aucun autre film de ce réalisateur : il fallait bien conjurer le mauvais sort. 


Quelques idées reçues quant aux films de SF estampillés "extra-terrestres" ne me quittent jamais totalement, et c'est sans doute un tort. C'est sans doute à cause d'elles que les premières séquences de Premier contact m'ont un peu refroidie : on ne reconnaît que trop bien les archétypes du genre : le rude militaire qui veut casser du bonhomme vert, le scientifique lunaire un poil chochotte, l'héroïne professionnelle, forte et humaniste, trop rarement prise au sérieux, la viscosité des extra-terrestres, les chaînes télé en délire, les mouvements de foule... Le tout dans une ambiance plombante dès le début_mais cela se justifie, vous verrez, et assez contemplative.  

Le rythme change vers le milieu ou 2/3 du film, où on la révélation d'un paramètre que je ne spoilerai point, et qui retourne toute notre vision de l'histoire. C'est à partir de ce moment que j'ai pris conscience de la profondeur de ce film qui n'a pas grand chose à voir avec Independance Day ou Mars Attacks.  

Premier contact permet de réaliser que nous sommes bridés par une représentation bien particulière de notre environnement, et qu'il faut se faire violence pour sortir du carcan. Lorsqu'on arrive à le faire, le champ des possibles est tellement vertigineux qu'on n'a qu'une envie : revenir vers ce qu'on connaît pour ne pas de perdre dans les limbes. Après l'avoir regardé, on continue de se poser plein de questions : prendrait-on les mêmes décisions si on pouvait savoir de quoi seront faites nos prochaines années ? Où commence et s'arrête l'égoïsme ? Jusqu'où peut aller le pouvoir des mots ? Les diplômés en Sciences du Langage sont-ils les vrais maîtres du Monde ?         

Les Mystérieux Étonnants en parlent dans l'émission n°480, datée du 6 décembre 2016 !  

Premier Contact / Arrival 

1h56

Denis Villeneuve - 2016

vendredi 23 décembre 2022

[ROUX COOLS] Marie La Rousse dans French Kiss 1986 (2012)

Tiens, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas parlé de Roux Cools par ici ! 

French Kiss 1986

BD One Shot parue en 2012 chez Glénat


L'histoire

A l'issue d'un dîner en famille animé, Etienne commence à raconter à ses enfants comment il a rencontré leur mère. Il lui faut remonter le temps jusqu'à l'été 1986 ; autant le dire, une toute autre époque, où flottaient pêle-mêle des airs de Tchernobyl, de Michael Jackson et de navette spatiale explosée.  

Mais pour Etienne, qui avait neuf ans à ce moment-là, les vacances d'été furent surtout marquées par une grandiose et terrible "guerre de pirates" dont il fut l'instigateur et qui opposa deux bandes d'enfants dans la petite ville du Québec qu'ils habitaient alors, lui et sa future femme. 

French Kiss 1986 est le récit intense à tous points de vue des aventures mémorables vécues par le Clan de l'Oeil Noir d'Etienne et par celui des Rouges-Gorges de sa rivale "La Rousse", entre la rue Beaulieu et la rue Perron. C'est pas spoiler que de dire que Leïa et Lucas ne vont pas être déçus par les frasques de leurs parents !   

Marie La Rousse 

Si, en tant que narrateur, Etienne semble s'imposer à nous comme "héros de l'histoire", il partage en fait le leadership avec une jeune fille rousse, plus grande, plus âgée et plus costaud que lui, mais surtout dotée d'un fort caractère. Marie la Rousse intrigue et fait peur ; ses origines sont floues, perdues dans un nuage de rumeurs et de mystère : on dit que sa mère est une sorcière. D'où vient la légende ? De la couleur de ses cheveux ?  De sa tendance à faire bande à part et à ne faire confiance à personne, même à son propre clan ? De sa maison qu'on situe mais qu'on n'approche pas ? On n'en saura pas beaucoup plus, mais pour les gosses des alentours, on a pile ce qu'il faut pour en faire une bonne pestiférée. 

Forcément, la présence de cette voisine imposante et consciente de son pouvoir agace Etienne et sa horde de copains majoritairement masculine : la Rousse a beau être une sorcière, elle n'en est pas moins une fille, et il est hors de question de perdre la face devant elle. 

Pas de doute, c'est une Rousse Cool

Etienne la hait sans trop savoir pourquoi, mais adore l'affronter, et avoir la possibilité de se mesurer à elle ; c'est autant pour cette raison que pour son désir d'aventures qu'il se lance dans une bataille de pirates à grande échelle, avec repaire, drapeau et trésor. Un vrai trésor, parce qu'à neuf ans, on n'est plus des bébés. Ses copains sont dans le même état d'esprit et ne demandent qu'à le suivre. 

Dans cette guerre, tous les coups sont permis, y compris les remarques désobligeantes sur le physique de La Rousse, sa supposée mauvaise odeur et son ascendance douteuse. Même s'il en faut plus que ça pour museler une adversaire qu'on sent déjà prête à passer dans la cour des grands, on comprendra au fil des chapitres que les attaques les plus basses auront atteint leur cible. 

En attendant, la chef des Rouges Gorges (pas les mignons petits oiseaux, hein !) fait partie des personnages féminins inspirants qui commencent à poindre un peu partout en BD mais qui étaient encore rares il y a dix ans. Surtout dans celles mettant en scène des grappes de drôles. 


"Ce qu'il y a de bon en nous" 

En effet, si vous lisez French Kiss 1986, beaucoup d'histoires risquent de vous revenir en tête, en fonction de vos références. Bien sûr, le modèle des Goonies est évident, et même revendiqué par Etienne, qui ne demande rien de plus que "revivre" ce film tout juste sorti, à l'époque. D'autres le suivent de près : l'énergie de Tom Sawyer flotte dans l'air, la cruauté prétextée par la stratégie militaire de La guerre des boutons est là aussi (vite fait), la solidité du Club des Râtés de Ca n'est pas loin non plus (en moins angoissant tout de même). Toutes ces œuvres ont pour dénominateur commun l'ambivalence de nos premières années de vie, dont on a plus ou moins vite la nostalgie, dont on occulte plus ou moins facilement les déboires. 

J'ai eu l'impression qu'Axelle Lenoir essayait de nous dire, au fil de sa BD, qu'il vaut mieux rester sur les bons souvenirs des jeux d'enfants et éviter de trop gratter la dernière couche de peinture. A trop creuser, on risque de réactiver tous ces états d'âme moins cool directement liés à la condition d'enfant, et qu'on avait réussi à mettre en veille prolongée. Si ça se trouve, j'interprète mal et c'est pas ça du tout.

Toujours est-il que les premiers chapitres laissent entrevoir une joyeuse épopée ponctuée de coups d'épée en bois et de trésors à base de bonbons, jusqu'à ce que les événements prennent une tournure plus dark et mélancolique, où trahisons, sauvagerie, virilité exacerbée, amours secrètes et/ou déçues viennent renverser le plateau de jeu. 

Non, être un enfant dans les années 1980, c'était peut-être fun, mais ce n'était pas le monde des Bisounours non plus. Comme aujourd'hui en fait ; les figures en miroir des enfants d'Etienne, le montrent bien : Lucas doit avoir à peu près l'âge de son père durant l'été 86 et n'a pas trop la pêche. Visiblement préoccupé, il tente de s'ouvrir mais l'explosivité heureuse de sa petite soeur Leïa, encore préservée des soucis des plus grands, l'écrase perceptiblement. 

A neuf ou dix ans, tout le monde n'en est pas au même point ; certains ont déjà conscience que "les mots peuvent faire plus mal que les coups", d'autres trouvent l'idée improbable. S'il convient de se comporter en rustre avec ceux de l'autre genre, le code de l'honneur et la notion des limites à ne pas dépasser est encore trouble. Etienne en fera les frais. Moins épris de pouvoir que de la petite fille du camp ennemi qu'il veut impressionner, il va perdre le contrôle de ses troupes. Le jeu ira trop loin, et son objectif de montrer "ce qu'il y a de bon" en lui à travers la piraterie s'éloignera d'autant.     

Quant à la cruelle Marie, elle n'est bien entendu pas le monstre dont elle se donne l'apparence ; on s'en rend compte lorsque Bébé Lafleur, le cadet rigolo du clan de l'Oeil Noir, se rend chez elle avec l'insouciance de son jeune âge sous le regard catastrophé des plus grands. Elle se contentera de lui proposer de regarder les Cités d'Or avec elle, tranquillement. D'ailleurs, les vignettes qui retracent l'épisode en question sont super marrantes.  

Diffusez-moi tout ça ! 

Cela vient peut-être juste du fait que je n'aie pas été au bon endroit au bon moment ces dernières années, mais j'ai l'impression qu'on connaît extrêmement peu French Kiss 1986 en France, bien que la BD ait été publiée chez Glénat et que le titre en question soit devenu le Coup de Coeur du Jury à Angoulême en 2013 (en plus, j'y étais, cette année-là...). Pourtant, ce one shot d'environ 140 pages, pas forcément axé jeunesse mais accessible dès le collège, je pense, en vaut d'autres de sa génération. 

Le français québécois peut gêner, direz-vous, et je vous répondrai que les expressions locales ne nuisent pas la compréhension. Au contraire, ça ne nous fait pas de mal de les connaître, car elles sont souvent poétiques. 

Ok pas toutes ! 

Ou alors, les nombreuses références aux années 1980 (les Goonies, Star Wars, Alf, les Cités d'Or, les premières consoles de jeux et bien d'autres que je n'ai pas perçues vu que bah moi 1986 c'est tout juste mon année de naissance ahah) pourraient faire croire que la BD se destine exclusivement à ceux qui ont vécu cette douce période, mais même pas. Y a qu'à voir le succès de Stranger Things. Les questionnements existentiels (et relationnels) des enfants ne changent pas tant que ça d'une décennie à l'autre. Comme dans Le domaine Grisloire et dans Luck, la façon dont ils sont traités tape juste. Par contre, les dessins sont très différents des oeuvres sus-citées, peut-être parce que French Kiss est en noir et blanc ? Il me semble que les traits des personnages, les bulles des petits pirates lorsqu'ils crient, et même les décors sont plus enfantins, comme tirés d'un cahier d'écolier. Cela m'a surprise mais j'ai bien aimé. D'autant qu'on retrouve quand même les yeux hyper-expressifs des protagonistes.

Est-ce bien la peine de le préciser ? J'ai entendu parler pour la première fois de cette bande dessinée dans l'épisode 298 des Mystérieux étonnants ; vous pourrez entendre l'analyse dans les 20 dernières minutes de l'émission. 

Axelle Lenoir. French Kiss 1986. Glénat Québec, 2012. 144 p. EAN 9782923621333 

samedi 19 novembre 2022

Lectures du mois de novembre (Chimichanga - 1 / Mon mari dort dans le congélateur - 1) suivi d'une pause vampire (Vampire Diaries S1E03)


On tient de beaux discours, on fait des actions, des marches plus ou moins silencieuses, des projets autour du harcèlement et des violences. L'institution nous abreuve de ressources, tant pour les enfants que pour les adultes. Des collègues se motivent pour nous rappeler nos droits régulièrement. Mais lorsque ça nous tombe dessus, il est bien difficile de s'organiser. On arrive encore à ne pas être d'accord à propos de faits cruellement simples. Courriers et signalements se perdent dans la nature. On entend, on comprend, mais il ne se passe rien. Faut-il en arriver à se faire justice soi-même ?


Voici la critique rapide de deux BD, un comic et un manga, découvertes au cours des dernières semaines. 

Chimichanga - 1 - Eric Powell
Delcourt, 2013

Après avoir échangé quelques-uns de ses poils de barbe magiques contre un œuf bizarre, la petite Lula regagne le cirque en perdition du père La Ridule, où elle travaille.


Mais l'œuf éclot en chemin, donnant vie à un monstre aussi moche que gentil. Lula l'adopte aussitôt, le baptise Chimichanga et entreprend de le dresser pour en faire une nouvelle attraction .

Très protecteur, il tient à distance tous ceux qui en veulent à la barbe de la petite fille. Il faut dire que les vertus "anti-flatulences" de sa pilosité intéresse beaucoup de monde, et en particulier un laboratoire pharmaceutique véreux.



De son côté, la future femme à barbe déploie toute sa force de caractère pour faire accepter Chimichanga dans le cirque, car beaucoup craignent que son apparence extraordinaire ne leur fasse de l'ombre !

Des personnages attendrissants aux faces rondes, un décor décalé et un peu glauque, des couleurs vives.. Cette bd vient saupoudrer d'insouciance la dure réalité, et ça ne fait pas de mal !



#Touspublics
#CDICollège : pas mal de gros mots mais ça passe. Intéressant pour aborder la figure du monstre.
#CDILycée OK mais l'abondance de blagues #wtf ou scato fait que beaucoup n'assumeront jamais qu'ils ont aimé !

#comics #monstre #bookstagram #bd #médiathèquemargueriteduras #ericpowell #mieuxquunpokemon #femmeàbarbe #cirque #sorcière #oeuf #chimichanga


Mon mari dort dans le congélateur - 1
Misaki Yazuki (scénario) / Hyaku Takara (dessin)
Éditions Akata, 2022


Après cinq ans de violences physiques et psychologiques subies quotidiennement, Nana a enfin réussi à se débarrasser de Ryô, son mari, en l'assassinant. Faute de mieux, elle a caché son cadavre dans son congélateur.

La voilà prête à redécouvrir les joies d'une vie libre et sans pression !



Pourtant, le lendemain matin, Ryô débarque dans la cuisine comme à son habitude et réclame son petit déjeuner. Comment est-ce possible ? Nana a bien du mal à dissimuler son trouble et se pose un tas de questions : qui a-t-elle tué ? est-elle en train d'halluciner ? a-t-elle raté son coup ? Apparemment non, puisqu'après vérification, elle constate que le corps est toujours à sa place, bien au frais...

Pas le temps de se poser de cogiter, Nana ne veut plus revivre son calvaire : alors elle tuera son mari deux fois, si une ne suffit pas ! Mais un paramètre rend la tâche plus compliquée : le "nouveau" Ryô est un mari exemplaire, attentionné et plus du tout violent.

J'ai hâte de connaître la suite (et la fin) de cette BD publiée en deux tomes et présentée comme un "polar psychologique" _je n'ai pas encore vu en quoi c'est un polar mais c'est pas grave car l'histoire est captivante. Sans que ce soit voyeuriste, on pousse la porte d'une maison parmi tant d'autres et on assiste à la naissance d'une de ces relations délétères dont beaucoup ne s'extirpent jamais.



A ce stade de l'histoire, impossible de savoir si on a basculé dans le fantastique, si Nana est folle et si l'arrivée de Kamata _ un gentil gars avec qui elle n'avait pas voulu sortir_ n'est qu'une hallucination de plus...

En bref, je suis agréablement surprise par ce manga dont le titre me semblait trop racoleur pour être sérieux !
A savoir : il s'agit d'une adaptation d'une nouvelle du même nom.

Pas avant 16 ans (car je suis un peu #chochotte) : scènes de violence, de sexe, et un soupçon de cannibalisme ! 💯🎉

#bookstagram #violencesconjugales #manga #couteauélectrique #congélateur #perversnarcissique #akata #monmaridortdanslecongelateur

Après cet indécent copier-coller des publications de mon compte Instagram, voici une authentique Pause Vampire.

... ce qui ne nous empêche pas de continuer à regarder ! 

Ah, Vampire Diaries ! Quel bonheur de retomber dessus au matin d'un radieux 11 novembre, après avoir zappé jusqu'à NRJ 12 ! Cela m'a rappelé l'époque où je m'étais lancée dans un projet d'articles "Pause vampire" qui n'était jamais allée plus loin que l'épisode 2 de la série. Je vous propose donc de m'y remettre et de reprendre là où on s'était arrêtés : le début de l'épisode 3. 
 
L'année scolaire est lancée, à Mystic Falls, et la saison de foot est sur le point de reprendre. Les Timberwolves _ l'équipe de foot du lycée, entraînée par ce prof d'histoire qui adore afficher les élèves pour rien_ et sa horde de pom-pom girls reprennent du service ; on comprend qu'il y a encore du boulot de part et d'autre. 

Allez voir cette captation d'anthologie à 5'38 !

Tyler et Matt sont assez agacés de voir Elena se balader au bras du mystérieux Stefan. Mais elle s'en fout, trop contente d'avoir retrouvé un semblant de gaieté depuis l'accident tragique de ses parents. Quant au vampire, il se lamente d'être détesté par l'ex de sa copine ET par Bonnie, la meilleure amie de cette dernière. Face au problème, Elena fait preuve de tout le génie dont elle est capable, puisqu'elle propose à Stefan d'une part, d'organiser une bouffe à trois avec Bonnie (gênance assurée) et d'autre part, d'intégrer l'équipe de foot pour se faire des copains. Elle n'imagine pas une seconde que Matt, qu'elle se targue de connaître depuis l'enfance, pourrait bien réagir ainsi : 

C'était pourtant assez prévisible.

Heureusement, Stefan a des centaines d'années d'expérience des humains et parvient à tirer son épingle du jeu en se faisant bien voir de Tanner, le prof d'histoire-foot qu'il a humilié pendant un battle de dates, juste avant l'entraînement. 

Bonnie est de plus en plus convaincue d'avoir des dons de voyance, mais comme elle prédit à chaque fois des trucs pétés, du genre "les cuillères sont dont le tiroir de gauche", personne ne la prend au sérieux. Seul Stefan semble disposé à l'écouter et à la questionner lorsqu'Elena pose sur la table son ascendance mystique, avant de lui dire que les sorcières de Salem étaient des femmes fortes, des vraies. Il ne lui en faudra pas plus pour se mettre la meilleure pote dans la poche. 

Ambiance folle

Pendant ce temps, Damon séduit Caroline afin qu'elle devienne son distributeur de sang personnel. La jeune fille blonde que tout le monde prend pour une cruche intrigue bientôt par son comportement ; mais comme personne ne se soucie d'elle au-delà de quatre secondes, ça passe. 

L'air de rien, la vampire maléfique se rapproche d'Elena car il a toujours l'idée de casser le coup de son frère. On a appris dans l'épisode précédent que la petite orpheline ressemble comme deux gouttes d'eau à Catherine, leur ex commune décédée tragiquement "dans un incendie" (on verra plus tard que c'est vraiment très vite résumé). Ses sombres desseins l'amènent à s'incruster sans prévenir au dîner à trois chez Elena, comme si l'événement n'était pas suffisamment malaisant en lui-même... 


Les Nuls (Nous Quatre, le roman photo)

Ce troisième épisode marque l'entrée en scène d'un acteur-clef de la série : la verveine ! Si on connaît surtout cette plante pour ses propriétés médicinales (et circulatoires), on en sait beaucoup moins sur ses vertus de répulsif anti-vampires. Damon en fait les frais lorsqu'il essaie d'embrouiller les esprits d'Elena pour la goûter, sans savoir qu'elle est protégée par le bijou - planque à verveine que lui a offert Stefan (après trois jours de relation). 


Euh... SI !!

Dommage que Jeremy, le petit frère d'Elena, n'en n'ai pas de similaire pour cacher son shit ! Tout le monde l'a grillé, même Jenna, sa tante un peu débordée qui pense pouvoir le gérer en lui disant qu'elle aussi, elle a fumé dans sa jeunesse. 

Quand on a vu la première saison en entier, on sait que ce chapitre est l'un des derniers à refléter l'ambiance typique des films et séries pour les jeunes, entre cours ennuyeux, matchs de foot et soirées alcoolisées interminables. Alors on profite du semblant de légèreté que le décor dégage, parce que ça ne va pas durer ! 



Sur ce, faisons-nous une tisane en attendant la suite !
Pour les amateurs, Vampire Diaries est disponible sur la plateforme Prime Vidéo. 
Tirez-en les conclusions que vous voulez !