samedi 1 mai 2021

Se droguer, c'est risqué : Dans la tête de Sherlock Holmes - 1 - "L'affaire du ticket scandaleux" - Cyril Lieron ; Benoît Dahan (2019)

Je crois vous avoir parlé de ma profonde aversion pour Sherlock Holmes, héros par excellence de la littérature policière, suite à notre lecture suivie du Chien des Baskerville en classe de 4ème. Le détective m'avait paru prétentieux, faussement vif, plus chanceux que talentueux _un peu comme ma prof de français que je n'aimais guère, en fait... Ce que j'ai retenu de l'intrigue ? Pas grand chose, si ce n'est un enchaînement de situations gores plus ou moins gratuites avec un clébard affamé à la clé. Je suis sans doute passée à côté de quelque chose, mais c'est la vie ! Au moins, ça m'aura permis de découvrir l'existence de la maison d'éditions Librio, "le livre à 10 francs" : on peut décidément tirer du positif de n'importe quelle situation. 

Depuis le temps, mon avis a eu le temps de changer ; d'abord par la découverte de la série Sherlock, _d'ailleurs l'épisode sur le chien des Baskerville transposé au XXI°siècle est quand même hautement plus emballant que la version originale !, puis par la lecture de cette curieuse bande dessinée :  

Dans la tête de Sherlock Holmes- 1 -
L'affaire du ticket scandaleux
 

Merci à Marilyn de m'avoir prêté cet album !

L'histoire 

Au matin du 8 novembre 1890, Sherlock Holmes et le docteur Watson vaquent tranquillement à leurs occupations _respectivement : se shooter à la cocaïne et lire le Times, lorsqu'un policier fait irruption dans leur légendaire antre londonien du 221B Baker Street. Il emmène avec lui un homme blessé à l'épaule, et visiblement sonné après une nuit mouvementée. Le pauvre hère dit être un collègue du docteur Watson, ce que ce dernier confirme, bien qu'il soit difficilement reconnaissable, vêtu qu'il est d'une simple chemise de nuit et d'une pantoufle solitaire. 

Qu'a-t-il bien pu lui arriver entre la veille au soir, où il a quitté son domicile, et le petit matin où le policier l'a trouvé quelque peu hébété à l'autre bout de la ville ? Le docteur Herbert _car c'est son nom_ n'en a aucun souvenir... Alors, même s'il vient consulter Watson plus pour se faire soigner que pour retrouver la mémoire, Sherlock Holmes s'immisce dans l'histoire et décide de mener l'enquête.    

Tempête dans un cerveau 

A partir des quelques éléments dont il dispose, le détective va remonter le cours de la soirée de son client. Pour représenter cette démarche d'investigation, l'auteur a eu une idée géniale : le parcours de son héros est matérialisé par un fil rouge (le fameux !) qui chemine entre les rues de Londres et qui marque les grandes étapes de l'enquête. 



Amdoullah y avait pas de chaton dans les parages !


"Ouais, remontez le fil ! mais remontez pas trop loin quand même, baahh !"  

Aussi surprenant que cela puisse paraître, des indices, il en a déjà plein : il lui a suffi de jeter un coup d'oeil faussement indifférent à l'accoutrement du pauvre Dr Herbert pour les collecter et les trier ; là aussi, Cyril Lieron arrive à traduire l'abstrait en images en faisant du cerveau de Sherlock Holmes une petite usine de traitement de l'information. Le terme de "carte mentale" prend ici tout son sens... 

Les photos sont pétées et ne rendent vraiment pas justice à l'œuvre. 
Je ne peux que vous conseillez d'aller en librairie pour feuilleter cet album,
qui est vraiment un bel objet.

A l'heure des escape game, du règne des écrans et de la 3D, Cyril Lieron et Benoît Dahan nous rappellent que le papier peut aussi "happer" le regard, être interactif, s'animer... N'est-ce pas presque la boîte crânienne ouverte d'un justicier de l'ombre que nous tenons lorsque nous tournons les pages ? Personnellement, je n'ai pas le souvenir d'avoir vu ailleurs qu'ici d'images aussi parlantes du raisonnement mental, de tout ce qui se met en branle dans notre tête, dans notre "petite mansarde", lorsqu'elle est sollicitée.   

Jeu de piste

Saurez-vous résoudre l'enquête plus vite que Sherlock Holmes ? C'est peu probable, mais l'auteur vous engage à essayer ! Dans la tête de Sherlock Holmes a de quoi vous faire travailler votre sens de l'observation ; Lisez plusieurs fois les différentes planches, et vous verrez qu'à chaque nouvelle lecture, vous découvrirez de nouveaux clins d'oeil, des petites touches humoristiques, toujours bienvenues étant donné que le ton devient de plus en plus grave et sombre au fur et à mesure que les recherches avancent. Il n'est pas impossible que des indices traînent aussi ça et là... Qui sait ? Ouvrez l'oeil ! Parce que des libertés ont également été prises dans la forme et dans la disposition des vignettes, parfois aussi dans la répartition des séquences sur des doubles pages avec un élément central imposant complété par des scènes ou des propos qui se tiennent en arrière plan ou en parallèle, le lecteur ne sait plus trop où donner de la tête et doit bien se motiver pour s'approprier ce jeu de piste !   

 Le point addictologie 

La drogue, c'est mal MAIS en l'occurrence c'est bougrement efficace ! Et autant dire que dans L'affaire du ticket scandaleux, la drogue, il y en a. Je vais essayer de spoiler le moins possible... 

Les amateurs de Sherlock ne seront guère surpris de voir le génie du crime se piquer sous le regard réprobateur mais impuissant de Watson, car c'est aussi le cas dans la série ; d'ailleurs, les deux personnages partagent pas mal de points communs au niveau de leur personnalité, si ce n'est que le Sherlock Holmes de la BD est beaucoup moins antipathique que celui joué par Benedict Cumberbatch. Tous deux ont recours aux substances illicites pour lutter contres leurs démons intérieurs, pour se canaliser... sans que cela nuise à leur discernement lorsqu'ils doivent partir flairer une piste au pied levé. 

Ils retirent aussi de leur expérience une expertise non négligeable en toxicologie. Aussi, lorsque le détective se rend chez Herbert, apprend qu'il s'est rendu à un spectacle la veille avec un ticket d'invitation des plus suspects, et qu'il n'est sans doute pas le seul à avoir connu des mésaventures dans la foulée, il détecte les restes d'une drôle de poudre sur le manteau du docteur.   


Ce qu'un inspecteur clean n'aurait sans doute jamais remarqué, un fin limier sous l'emprise de stupéfiants le voit tout de suite et l'étiquette comme élément important de l'enquête ! Le gain de temps est indéniable. 

Suite à cette visite chez son client, Sherlock et Watson se rendront au théâtre pour en savoir plus sur le fameux spectacle, se renseigneront sur la liste des invités et prêteront une grande attention aux tickets d'invitation _les tickets scandaleux !, tous presque identiques, à un détail près... Il se pourrait que le docteur Herbert ait eu un sort finalement préférable à celui d'autres spectateurs beaucoup moins chanceux... 

Passé le blocage lié à "l'ambiance coupe-gorge" de Londres au XIXème siècle telle qu'elle est présentée par Conan Doyle, je suis entrée dans cette BD facilement pour ne plus la lâcher. N'hésitez pas à l'acheter, c'est un bon investissement (notez que c'est rare que je dise ça) dans le sens où pour bien l'apprécier, il est vraiment nécessaire de la parcourir plusieurs fois. Visuellement, cette bande dessinée me semble très réussie, tant au niveau du dessin que de la couleur, qui donne un ton suranné et doux à des péripéties qui ne manquent pas de violence et de froideur. Enfin, et c'est assez rare pour être souligné : les bulles et le texte sont bien écrits et agréables à lire ! 

Au passage, voilà un titre qui peut tout à fait avoir sa place dans le bac à BD d'un CDI (collège ou lycée).  

Maintenant, on espère la suite !   

Sur ce, bon week-end et allez-y doucement sur la drogue ! 

Cyril LIERON ; Benoît DAHAN. Dans la tête de Sherlock Holmes - 1 - "L'affaire du ticket scandaleux". Ankama Editions, 2019. 48p. EAN 9791033509721

vendredi 23 avril 2021

[MASSE CRITIQUE - BABELIO] La part des chiens - Marcus Malte (2003)

Merci à Babelio et aux Editions Zulma pour l'envoi de La part des chiens, dans le cadre de l'opération Masse Critique. Ce roman écrit par Marcus Malte a d'abord été publié en 2003 avant d'être réédité en format poche cette année. 

L'histoire 

Zodiak et Roman dit "le polac" cherchent Sonia inlassablement, depuis de longs mois. 

Sonia, c'est la femme du premier et la sœur du second ; cette jeune funambule de talent s'est comme évaporée du camp de forains dans lequel ils vivaient tous les trois, et depuis ce jour, ils tentent de retrouver sa trace. Mais la tâche est ardue ; on comprend vite que Zodiak et Roman n'ont en leur faveur que leur solide amitié et leur amour pour la disparue. 

La part des chiens débute par leur arrivée nocturne dans une ville portuaire dont on ne connaîtra jamais le nom : ils semblent y avoir flairé une piste et s'immergent dans les ruelles les plus glauques, parce qu'ils savent bien que les clefs des lieux compromettants finissent toujours dans les bas-fonds. Les deux hommes ne paient pas de mine sous leurs allures de marginaux, mais gare à ceux qui tenteraient de les prendre de haut ! Leur détermination ne connaît ni les limites de la morale, ni les travers de la fierté, ni les codes de l'honneur. Si, pour arriver à leurs fins, ils doivent frayer avec la frange la plus malsaine de la population locale, en découdre avec des gros bras, secouer des prostituées ou encore supporter une projection de films pédopornographiques crânement présentée par le propriétaire d'un cinéma miteux sans tout de suite le dégommer... ils le feront. 


Saint Germain du Salembre
Sortie à vélo du 18 avril.
Non, ça n'a rien à voir avec le livre, et alors ? C'est mon blog !


Ambiance sombre et sublime 

Ne connaissant pas du tout l'auteur, j'ai lu quelques critiques en parcourant Internet. Il semblerait que Marcus Malte soit connu depuis longtemps pour sa capacité à mêler efficacement le glauque à la poésie dans ses textes ; c'est effectivement le cas dans La part des chiens, où les différents chapitres alternent en douche écossaise : le lecteur suit Zodiak et Roman dans leur enquête, avec toute la violence qu'elle sous-entend, puis remonte le temps au gré d'un narrateur omniscient peut-être soucieux de nous faire faire des pauses régénératives ? On vit alors le coup de foudre qui a touché Zodiak lors de sa première rencontre avec Sonia, aussi onirique que chelou _ il avait douze ans, elle huit ET elle était à poil..., on découvre le sage astrologue Aghara qui prendra le héros sous son aile, l'univers pourri de ce camp de roulottes dans lequel les protagonistes surnagent ou tirent leur épingle du jeu avec beaucoup de mérite. Toujours est-il que ces petits flashbacks nous aident à mieux comprendre l'histoire qui se déroule sous nos yeux, et notamment le contexte de la disparition de la funambule. 

Ils apportent aussi la dimension d'enquête du roman ; en effet, la quatrième de couverture qualifie l'histoire de "roman noir", et j'ai d'abord eu un peu de mal à l'identifier comme tel : oui, les personnages sont des cas sociaux et évoluent dans un univers sombre, laissant peu de place à l'espoir. Mais pas d'inspecteur à l'horizon, pas d'indices, pas le moindre élément concret susceptible de rappeler un roman policier. Au fil des pages, on comprend que Zodiak est dans une démarche d'investigation : de bouges crasseux en locaux désaffectés, il sonde, menace, dialogue pour retrouver la piste de son âme sœur. Il tire des déductions de ce qu'il arrive à faire cracher à ses interlocuteurs. Ok, va pour le roman noir... De toute façon j'y connais rien, et puis on s'en moque. La complexité des personnages me semble être un point plus important à observer.  



La brochette n'était pas végan !   

En chien fidèle, Roman se contente d'obéir aveuglément aux ordres d'un binôme qu'il adule autant qu'il le craint. Du moins lorsqu'il n'est pas en train d'essayer de calmer son appétit gargantuesque. Pourtant, les dernières phrases qu'ils prononcera dans l'un des derniers chapitres seront peut-être celles de la vérité... Le polac n'est pas plus Watson que son beau-frère est Sherlock Holmes : au fond, sous un vernis de raisonnement rationnel, Zodiak n'est jamais guidé que par ce que lui dicte son coeur, et par sa capacité à lire l'avenir dans les constellations. A chaque rencontre, il est catalogué comme le "cerveau", quand Roman se voit systématiquement coller une étiquette de brute épaisse sur le front. Certes, leur équipe est aussi complémentaire que le laissent présager les apparences, mais pas pour les raisons que l'on croit : ils se connaissent depuis l'enfance, les deux hommes se respectent mutuellement _ Zodiak ne s'énerve jamais contre les boulettes de Roman, Roman prend soin d'épargner à Zodiak son point de vue sur leur quête_, et ils aiment Sonia plus que leur propre personne. De la fameuse Sonia, on ne saura pas grand chose que ce que nous laissent entrevoir les "chapitres flash-back" : prometteuse depuis ses jeunes années, elle excelle comme funambule et semble rendre à Zodiak l'intérêt qu'il lui porte. Quelques figures secondaires ne manqueront pas de s'imprimer dans la mémoire du lecteur : Igor Pécou, l'homme haut d'un mètre quarante et délesté de l'une de ses jambes suite à une mésaventure, propriétaire d'un cinéma porno et acteur dans certains des films projetés. ou "Monsieur Victor", dit "le Prince", un fils de maçon devenu gangster, qui n'a tellement pas la tête de l'emploi qu'on se demande bien comment ça a pu marcher pour lui.      

     

Il faut que je trouve un moment pour parler de cette BD.
Il y aurait pas mal de parallèles à faire avec La part des chiens, en plus !

Etre un malfrat s'apprend, même s'il faut des prérequis. De même, décrire la violence sous toutes ses formes n'est pas donné à tout le monde. Marcus Malte sait le faire. D'un bout à l'autre de l'oeuvre, les scènes trash, cruelles ou simplement très réalistes s'enchaînent sans que ce soit de trop. La scène de la "projection forcée" du film (j'en dirai pas plus pour pas spoiler) a notamment été très difficile à lire tant les images données m'étaient dures à encaisser. Je crois que je n'avais pas ressenti un tel malaise depuis la lecture de Ca de Stephen King, qui reste ma référence en la matière, traitez-moi de fragile si le cœur vous en dit. L'auteur réveille tellement bien nos instincts qu'on en vient à distinguer complètement l'acte répréhensible, destructeur, criminel..  de "ce qui est mal". Je ne serai sans doute pas la seule à avoir trouvé ce drôle de duo de forains de plus en plus attachant au fur et à mesure qu'ils commettent des horreurs... 

La part des chiens est une étrange expérience de lecture que tout le monde devrait vivre au moins une fois ! 

Marcus MALTE. La part des chiens. Editions Zulma, 2021. 270 p. ISBN 9791038700031


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vendredi 9 avril 2021

[Téma la bibliothèque] Le CDI est un champ de bataille comme un autre : Un sprint pour Marie - Philippe Barbeau (1994)/ Gamer - Pierre-Yves Villeneuve (2016) / Par les chemins noirs - 1 - Les Prologues - David B. (2007)

La lecture récente de deux romans et d'une bande dessinée ont fait écho à des situations, rares mais tout à fait plausibles, où le silence sacré d'une bibliothèque se voit profané par une bagarre aussi ravageuse qu'imprévisible ! 

  • Le premier des deux romans est le tome 1 de Gamer, une série de livres pour ados et jeunes adultes écrite par Pierre-Yves Villeneuve, dont j'ai entendu parler en écoutant une émission des Mystérieux étonnants* _ ceux-là même qui m'ont fait découvrir Elmer. 
  • Le second, plus ancien, s'intitule Un sprint pour Marie et a été écrit par Philippe Barbeau. Ce petit livre était dans les rayons bien avant que j'arrive dans l'établissement ; malgré sa couverture vieillotte qui sent bon les années 1990, je n'ai plus du tout envie de désherber. 
  • Enfin, Les prologues est le premier volume de la série Par les chemins noirs, de David B., un auteur de BD dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à mon dernier passage à la bibliothèque. 

Leur point commun ? Le CDI _ ou son équivalent québécois_ et la bibliothèque sont des lieux importants de l'histoire, dans le sens où ils deviennent bien malgré eux un terrain miné sur lequel un conflit latent éclate au grand jour. 


Gamer - 1 - Nouveau port. Pierre-Yves Villeneuve (2016)

Au Canada, 2015 ou dans ces eaux-là... Une nouvelle vie commence pour Laurianne et son père : les projets professionnels de ce dernier les obligent à quitter leur maison à la campagne pour s'installer dans une ville plus grande. Laurie aurait bien des raisons de s'en réjouir : voir du monde, frayer avec les citadins, avoir à portée de main tous les services nécessaires à l'épanouissement de la lycéenne qu'elle est... C'est un univers étrange et excitant qui s'ouvre à elle. Mais l'idée de ce déménagement ne soulève en elle qu'une vague mélancolie ; son microcosme lui convenait plutôt bien, puisqu'il réunissait ses copains d'enfance, son meilleur ami Sam qu'elle abandonne à regret, son skatepark, son PC gamer et du champ libre pour la course à pied. 

 
Lorsqu'elle voulait changer d'horizon, la jeune geek n'avait qu'à se connecter à un serveur de La ligue des mercenaires, l'un de ses jeux en réseau préférés, pour faire vivre la redoutable Stargrrl derrière l'écran. Grâce à la magie d'Internet, elle pourra encore le faire, à la condition que les talents de bricoleur du dimanche de son cher père ne mettent pas en péril son installation informatique ! En effet, un malheureux accident d'étagère va précipiter ses démarches de socialisation en l'obligeant à partir en quête d'un clavier neuf. Elle met alors les pieds un cybercafé qui n'est autre que le QG des gamers du coin, avec qui elle a déjà sympathisé au lycée : comme quoi, le monde est petit. La voilà tout de suite intégrée dans ce petit groupe de jeunes qui ne se prennent pas la tête et avec qui elle semble avoir quelques passions communes. Pour autant, personne ne peut remplacer Sam, ce gars sûr avec qui elle continue de Skyper régulièrement. 

Au lycée, Laurie n'a qu'un objectif : ne pas faire de vagues. Mais bien qu'elle soit discrète, elle ne manque pas de caractère et ne supporte pas de se laisser marcher sur les pieds. Elle se heurte assez vite à Sarah-Jade, une fille populaire relativement désagréable avec qui ne lui mange pas dans la main. 

C'est marrant : autant Sarah et Jade sont des prénoms qui passent bien, autant Sarah-Jade, ça fait vraiment pétasse.

Les insinuations et les coups en douce fleurissent, mais très vite, la guerre est déclarée sur fond de rivalité amoureuse : jusqu'où peut aller la star de l'école pour éradiquer la petite nouvelle en baggy qui ose lui tenir tête (et lui faire de l'ombre)

La sauce va monter jusqu'à l'"incident de la bibliothèque" qui nous intéresse particulièrement aujourd'hui. Il faut d'abord savoir que, dans le lycée où évoluent les personnages de Gamer, la première mention du centre de documentation survient au chapitre 17 : on y apprend qu'il est situé au "dernier étage de l'école", et qu'il dispose de "cubicules"_ c'est à dire de petites salles de travail vitrées_ qu'il faut réserver auprès de la documentaliste Madame Claude lorsqu'on a un exposé à préparer.

"La pièce est petite. Il y a tout juste assez de place pour nous quatre. L'air est surchauffé et sent le renfermé."  

Mettez quatre adolescents dans un bocal de ce type, et vous verrez qu'il peut se passer à peu près tout sauf du travail : vas-y que ça parte en fou rire, que ça fasse coucou aux copains après avoir mollement griffonné trois mots sur une feuille quadrillée ! 

Occupés à vouloir arranger le coup entre la sage Margot et le beau Simon, Laurie, Elliot et Charlotte ne voient pas leurs ennemis potentiels jeter discrètement un fumigène puant dans le box avant d'en bloquer la porte avec une chaise pour les empêcher de fuir. Cette scène m'a fait flipper car elle représente parfaitement ma hantise, en tant que documentaliste, de voir des élèves perdre le contrôle d'une mauvaise blague de ce type... et de ne pouvoir éviter le drame. Car il faut bien le reconnaître : sur le coup, Madame Claude était un peu aux fraises : elle ne tente de débloquer la porte qu'au moment où les quatre prisonniers lancent un ultime assaut avant une mort certaine par étouffement, explosant la serrure et la tronche de la dame par la même occasion. On a quand même un particulier qui a eu le temps de cramer un fumigène dans la bibliothèque, de le balancer, de choper une chaise pour entraver des gus restés à l'intérieur... au nez et à la barbe du personnel encadrant... Tout va tellement vite dans ce genre de situations.  

                                                           "Dehors, il y a mes fleurs !" 
                                                          

Pierre-Yves Villeneuve permet quand même à la bibliothécaire de garder la face en procédant à l'évacuation des lieux suite au déclenchement logique de l'alarme incendie, et en témoignant en faveur des victimes de l'attentat. Au final, plus de peur que de mal, même si Margot s'en tire avec un bon d'entrée à l'infirmerie pour avoir respiré trop d'effluves toxiques. Mais ce début d'apocalypse au CDI permet de mettre en évidence les mécanismes qui entrent en jeu dans la tête de victimes de harcèlement à l'école. Laurie, Charlotte, Elliot et Margot ont l'intuition que Sarah-Jade est à l'initiative de ce qu'on appellera "l'incident du cubicule", mais face au directeur de l'école, qui flaire le coup fumant et qui fait pourtant tout pour les mettre en confiance, ils n'osent pas l'accuser, pris entre de faux doutes, un regain de fierté et une peur sourde des représailles. Une peur bien justifiée : confortés par leur petit succès, quelques sales gosses vont tenter de nuire à la réputation de Margot via Facebook. Pourquoi elle en particulier, alors qu'elle rase déjà les murs en temps normal ? Justement parce qu'elle semble plus fragile et donc plus facile à atteindre. 


Même si à première vue, ce premier tome de Gamer ne se distingue pas trop d'autres récits d'adolescents issus de familles monoparentales prenant un nouveau départ après un déménagement subi, il a l'avantage d'aborder de manière juste et efficace un cas de cyberharcèlement et d'atteinte à l'identité numérique d'une personne. Mieux encore, il traire d'une thématique plus rarement évoquée : la place (pas toujours facile à tenir) des filles dans les jeux vidéos. En effet, d'un chapitre à l'autre, on suit tantôt les aventures de Laurianne, tantôt celles de Stargrrl arpentant les mondes fantastiques de la Ligue des mercenaires. On peut le souligner : Pierre-Yves Villeneuve relève le défi difficile de "raconter" l'évolution d'un avatar dans un jeu en réseau, décrivant précisément le décor, l'équipement des personnages, les subtilités du jeu _et ce n'est même pas ennuyeux ! Il fallait oser. Toujours est-il que Laurianne déplore à plusieurs reprise les propos sexistes dont elle fait l'objet, et remarque que les "gamers" ont parfois du mal à faire équipe avec les rares "gameuses". Là encore, l'avatar de Sam peut avoir son rôle à jouer. 


                                                          Interview sympa de l'auteur ! 

                                                            Chaîne Le Blog de Sean 

L'évolution de l'amitié à distance de Laurie et Sam ne manque pas de faire écho à des situations malheureusement actuelles, où les casques et les webcams nous permettent de faire fi des kilomètres. Si Laurianne m'a d'abord beaucoup fait penser à La fourmi rouge que j'avais lu quelques semaines plus tôt, dans le sens où l'héroïne vit avec son père déluré et avec l'absence d'une mère rarement évoquée, et parce qu'elle vit une amitié forte et sans tabou avec un gars sympathique et aussi peu populaire qu'elle, le traitement des personnages est un poil plus subtil. Ce n'est pas étonnant : on a affaire à une série d'au moins six volumes (sept ? à vérifier). Mais je reconnais avoir été surprise, fermement convaincue que j'étais que les contacts virtuels entre Sam et Laurie s'étioleraient jusqu'à disparaître, au fur et à mesure de leurs nouvelles rencontres : or il n'en est rien, et c'est un bon message d'espoir qui fera rêver tous les gens convaincus que "loin des yeux loin du coeur" _souvent à juste titre, malheureusement.   

Si vous êtes amateur de comics, de jeux vidéos, de cinéma, vous vous éclaterez à relever toutes les références semées çà et là _jamais gratuitement. A l'inverse de La fourmi rouge, qui démarre en trombe et finit par "retomber" jusqu'à devenir assez prévisible, Gamer sent d'abord le réchauffé puis arrive à être vraiment original. Je suis assez motivée pour lire la suite, peut-être le serez-vous aussi !  

Gamer - 1 - Nouveau port a tout à fait sa place en CDI de collège et lycée ; les tournures québécoises ne gêneront pas la compréhension, d'autant plus qu'un lexique en donnent l'explication en fin d'ouvrage.   

* Non non, ils ne me payent pas pour placer leur site : c'est juste que j'apprécie sincèrement leurs émissions.  

Pierre-Yves VILLENEUVE. Gamer - 1 - Nouveau Port. (2016). 320 p. ISBN 2875803093


Un sprint pour Marie - Philippe Barbeau (1994)


Tiens ! Encore l'histoire d'un nouveau qui vient de déménager ! Fabien est un jeune tourangeau fraîchement installé dans un village de Sologne suite à la mutation de son père. Il a un peu de mal à s'acclimater au monde rural, mais Arnaud, un camarade de classe féru de cyclisme, l'entraîne sans sa passion. Cette rencontre va réveiller l'âme de compétiteur du héros, d'abord admiratif de ce copain sûr de lui, aussi talentueux à vélo qu'en cours de français. Après quelques tours de pédales, Fabien se prend à rêver de mettre son modèle dans le vent, sans vraiment se l'avouer : il sent bien que leur amitié naissante est déjà solide et sincère ! Il sait aussi qu'il n'a pas le charisme de son pote et on devine que le complexe d'infériorité le guette. Le club journal organisé au CDI par "Monsieur Millefeuille", paye ton surnom de documentaliste, maintient une sorte d'équilibre où chacun trouve sa place puisque tous les rédacteurs sont complémentaires, jusqu'au jour où.. Bah Marie ! Quoi, vous l'aviez pas vue venir ? On va pas se mentir, il suffit de lire le titre et le prologue retraçant le départ d'une course cycliste pour comprendre les grandes lignes de l'histoire. Dommage, un en-tête plus énigmatique aurait pu nous laisser parier d'abord sur une romance gay entre les deux protagonistes masculins jusqu'à ce que la belle Marie tombe là comme un gros Kinder Surprise au pied de ton bonzaï ! Joyeuses Pâques ! Bref tant pis, les voies de l'auteur son impénétrables. 

En bonus, la couverture de l'édition Flammarion
 sur laquelle l'héroïne est en train de se moquer des asiatiques, eh beh c'est du propre !
(Blague 18e degré, j'espère quelle passera) 

Un jour de club journal, donc, alors qu'une épidémie de grippe décime les élèves _ahah, ça vous rappelle rien ? Tout était donc écrit ! Fabien se voit "obligé" de collaborer journalistiquement avec Marie. Il avait le choix entre une meuf et des sixièmes, donc bon. On apprend d'ailleurs que le droit d'aînesse régit le comité de rédaction, puisque ce sont les troisième qui choisissent les rubriques, qui traitent les "sujets sérieux" et qui hiérarchisent les infos, tandis que les "petits" ne sont que de vagues pigistes chargés de démêler les ragots de la cour de récréation. C'est tellement injuste et cruel... que ça me donne bien envie d'essayer ce mode de fonctionnement, tiens !  

Arnaud et Fabien dragouillent Marie comme ils peuvent, mais ils sont tellement occupés à essayer de faire ça discrètement, que d'une, ils ne se calculent pas l'un l'autre, et de deux, ils ne voient pas qu'elle va relativement mal. L'ambiance se plombe vraiment quand les garçons comprennent qu'ils se sont branchés sur la même fille : en dépit de quelques courbettes, leur rivalité de mâles en rut a tôt fait de piétiner leur amitié tel un troupeau de bisons. D'ailleurs, c'est sûrement pour cela que Fabien s'adresse aux vaches de son voisinage lorsqu'il a besoin de parler. Cela pourrait aussi s'expliquer par le fait qu'il n'a pas d'amis. 

C'est dans cette atmosphère pesante qu'on en arrive au climax de l'histoire, le moment que vous attendez tous : la baston dans le CDI. Les journalistes du collège se sont répartis en groupes, et comme d'habitude le triangle amoureux est au complet ; Arnaud est en train de défoncer gratuitement l'article proposé par Fabien, qui voit rouge, l'insulte et lui colle son poing sur la gueule. S'ensuit une bagarre spectaculaire au cours le laquelle bien des livres vont faire leur baptême de l'air. 

"Fabien n'en pouvait plus. Arnaud l'exaspérait à un point ! 
Alors, soudain, il hurla un "arrête connard" (cet enfant est d'une vulgarité !) qui rompit le silence de la bibliothèque (dans les années 1990, on ne parle pas encore trop de CDI). Puis il bondit, le regard planté dans celui d'Arnaud, et balança la table pour mieux le faire tomber de sa chaise

Ce à quoi je pense toujours lorsqu'on me parle de tables renversées
Titanic (1999) mais vous le saviez déjà.

Crayons et papier volèrent. Marie cria. 
Fabien était déjà en position défensive et ce fut une chance. Arnaud lui décocha un coup de poing qu'il bloqua tant bien que mal. Fabien reprit l'initiative, l'agrippa par le col et lui assena un coup de boule qui fit aussi mal à l'un qu'à l'autre. Arnaud roula au sol, se releva aussitôt pour foncer tête baissée dans le ventre de Fabien qui s'effondra les fesses dans un bac de bandes dessinées (Mon coeur de cédéière saigne). 
[...] 
Des livres devinrent projectiles. 
Arnaud s'apprêtait à jeter une encyclopédie à la tête de Fabien lorsque Millefeuille s'interposa." La chute du mâle alpha est évitée de peu par le documentaliste, on ne peut que saluer son intervention. 

Pour l'histoire, les nerveux reviendront au CDI afin de tout ranger, cheh. Mais là n'est pas l'essentiel ; puisqu'ils ont explosé l'abcès en foutant du pus partout, y compris sur la tête de Marie, ils sont bien obligés de verbaliser leurs rancœurs respectives... et de constater leur connerie. Il faut croire que cette phase bestiale était nécessaire au bon équilibre de leur amitié. 
                                                                                                                       => CDI lieu de médiation ! 


Je me moque, mais Philippe Barbeau parle plutôt bien des relations amicales entre les collégiens. Bien sûr, Un sprint pour Marie a un peu vieilli : ça se ressent vraiment beaucoup à la lecture des dialogues entre ces adolescents décidément bien sages. Quant au vocabulaire technique propre au cyclisme, utilisé en abondance dans les chapitres qui racontent le "duel" final, je ne suis pas certaine qu'il soit toujours d'actualité presque trente ans plus tard. Il est certain qu'Arnaud n'aurait rien d'un thug dans les romans d'aujourd'hui. Pourtant, la morale de l'histoire, s'il y en avait une, pourrait être d'engager le jeune lecteur à s'exprimer, quelle que soit la situation. Le message est toujours bon à prendre : Fabien, le blanc-bec, n'arrive par à dire à Arnaud qu'il l'admire et le jalouse en même temps ; Arnaud ne parle de son amour pour Marie à personne, car il a peur de passer pour un con. Marie a grillé tout le monde, mais elle ne veut pas mettre les pieds dans le plat, d'autant qu'elle a sa propre histoire à régler et ne souhaite pas la partager avec ses potes. Elle choisit finalement l'écrit pour faire prendre conscience à ses copains qu'ils la mettent en porte à faux et que c'est chiant pour elle. Ce sont tous ces non-dits qui vont créer un effet cocotte-minute et rendre l'échange de coups inévitable : voilà un cas de figure qui sera toujours d'actualité ! C'est difficile de mettre ce court roman entre les mains d'un jeune d'aujourd'hui sans qu'il ne vous le jette à la gueule au bout de trois phrases, mais celui qui voudra bien s'y accrocher en aura pour son prix. A lire, donc !  

Philippe BARBEAU. Un sprint pour Marie. Flammarion, 1994. Castor Poche Sénior. 102 p. ISBN 2-08-164103-08

Par les chemins noirs - 1 - Les prologues. David B. (2007)

La fille en rouge qui pousse comme un champignon au milieu d'une foule de types en train de se battre a précipité l'emprunt de cette bande dessinée. Je ne sais pas si ça vient du ton éclatant de sa robe ou de son oeil en amande, mais je me suis dit que ce personnage devait en avoir assez sous la pédale pour rendre l'histoire entraînante.    

Fiume, 1920. La ville porte encore les stigmates de la Première guerre mondiale et ses habitants vivent mal leur récente annexion à la Yougoslavie plutôt qu'à l'Italie. Le commandant Gabriele d'Annunzio, soldat et poète, s'y installe dans l'idée d'en faire une république indépendante et rameute pas mal d'anciens militaires et de déserteurs à sa cause. 

Parmi eux figure le calme et ténébreux Lauriano. Il est membre d'un groupe d'énergumènes mi-bandits mi-justiciers, farouchement opposés aux autres bandes du secteur. 

Le temps de quelques planches, le héros m'a fait penser à quelqu'un sans que j'arrive à savoir qui...
 Le flegme, les cernes...
Puis soudain, tout est devenu évident !!

Toby dans The Office !!! (version US)

C'est à l'occasion d'une descente dans un appartement squatté par le gang des "Milanais", leurs ennemis, qu'il rencontre Mina, une jeune femme retenue prisonnière. Il décide de la prendre sous son aile, au grand dam de ses compères déjà méfiants vis-à-vis de lui : il semblerait que son côté "intellectuel ami des livres" les effraie. Ils ne pourront rien faire contre le coup de foudre qui électrise l'ancien soldat attaché à sa part d'ombre et la chanteuse de cabaret en quête de célébrité. 

Le lecteur aura tout le loisir de suivre les tourtereaux dans leurs déambulations à travers Fiume, sur les toits comme dans les rues, de jour comme de nuit. 

Mais lorsque D'Annunzio se lance dans des discours endiablés, le romantisme n'existe plus : Natale, Lauriano et les autres rejoignent leur QG : le grenier de la vieille bibliothèque. 

David B. a conçu la planque de ses protagonistes de façon à ce qu'elle prenne la forme d'un espace étouffant, grouillant de livres ; les hommes qui l'habitent provisoirement ont "recréé une tranchée" avec les ouvrages stockés là, et, en fonction de leur personnalité et de leurs centres d'intérêt, attribuent un rôle à l'objet livre :  Lauriano, instruit et curieux, profite de la situation pour lire. Il est dit qu'il "aime être entouré de livres". 

D'autres choisissent de construire des meubles de fortune avec les bouquins, de s'en faire des cachettes. Aussi sont-ils mieux protégés que prévu lorsque les Milanais lancent l'assaut sur la bibliothèque avec force grenades et coups de feu : à l'abri des livres, ils peuvent riposter et même contre-attaquer. Elle devient le refuge par excellence, celui qui resiste, par opposition aux appartements des bandes rivales, dont les portes sautent en trois coups de pompes. De quoi faire honneur à D'Annunzio, leur idole.  

Voilà une partie de l'histoire de l'Europe de l'entre-deux guerre qui m'était totalement inconnue ; si l'écrivain Gabriele D'Annunzio est renommé pour ses oeuvres littéraires, son projet de faire de Fiume une république à part entière ne me disait tellement rien que j'ai fait quelques recherches pour voir ce n'était pas une invention de David B.. Rien que pour cela, il est intéressant de ce plonger dans cet album. Pour l'instant, je n'ai pas lu les autres volets de Par les chemins noirs, mais j'ai cru comprendre qu'il ne s'agissait pas de suite directe. Ils ressemblent plus à des captations de vies, de moments de l'histoire, qu'à des récits soucieux de montrer l'évolution de quelques personnages auxquels on pourrait dangereusement s'attacher : c'est en tous cas l'impression que j'ai eue en lisant Les prologues.    

David B.. Par les chemins noirs - 1 - Les Prologues. Fururopolis, 2007. 62 p. ISBN 9782754801003  


vendredi 26 mars 2021

Vive la Vie - Jean-Louis Gay

Merci à Babelio et aux éditions Chroniques Sociale pour l'envoi de Vive la vie, un recueil de poèmes hommages écrit par Jean-Louis Gay en 2020. 



Rescapé d'un cancer, l'auteur a choisi de nous partager cette douloureuse expérience sous forme de poèmes. Ces derniers sont organisés en plusieurs chapitres qui sont consacrée à une étape de son parcours du combattant, depuis l'annonce de la maladie jusqu'à la guérison, en passant par les examens, les séjours à l'hôpital, l'impact du cancer sur la famille, sur les rapports entretenus avec les amis, et bien sûr les réactions du corps face aux traitements.  

J'ai attendu la fin des trente jours règlementaires pour publier ma critique, car il me semble qu'il est impossible d'évoquer une maladie grave sans être à côté de la plaque, tant qu'on ne l'a pas vécue dans sa chair. Il est donc possible que je sois très maladroite dans mes propos.  

A la lecture de ce recueil, on comprend qu'a priori, avant d'être atteint d'un cancer, Jean-Louis Gay n'était pas un écrivain dans l'âme ; plutôt rationnel, probablement plus à son aise avec les chiffres qu'avec les mots, il a souhaité faire de son épreuve une force à transmettre et une trace à conserver. 

Et pour cause : il avait une chance sur trois de pouvoir triompher de l'ennemi qui le rongeait, il a su la saisir, et il entend bien faire savoir à tous ceux qui le liront que la victoire reste possible, même lorsque les batailles s'annoncent rudes. L'auteur file la métaphore du conflit armé en utilisant un lexique militaire pour titrer les grandes parties de son recueil : "déclaration de guerre", "paquetage de combat", "montée au front"... jusqu'à un "adieu aux armes" qui ne peut que nous réjouir. 

Jean-Louis Gay parvient à mettre des mots sur des aspects de la maladie dont on n'ose parler habituellement, par pudeur : les effets de la chimiothérapie, la peur et la tristesse présents dans les yeux des amis, qui souvent s'éloignent, trop désarçonnés pour savoir comment accompagner le malade, les sautes d'humeur, le besoin de s'isoler, les troubles sexuels, le sentiment pénible d'être entièrement dépendant du personnel soignant...    

Vive la vie n'est pas une oeuvre de fiction, bien qu'elle se présente sous forme de poèmes : c'est plutôt un manuel qui peut nous apprendre à mesurer la chance qu'on a de vivre, d'être entouré, et l'importance de ces détails du quotidien qui font la beauté de l'existence. En bref, un livre utile qui vous remettra les idées en place ! 

La préface est d'Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer. 

Jean-Louis GAY. Vive la vie. Chronique Sociale, 2020. 189 p. ISBN 978-2-36717-736-6 

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vendredi 26 février 2021

Ta main sur ma bouche - Déborah Saïag, Mika Tard (2021)

Merci à Babelio et à NiL Éditions pour l'envoi du roman Ta main sur ma bouche dans le cadre de l'opération Masse Critique. Cet ouvrage a été écrit par Déborah Saïag et Mika Tard, jusqu'à présent plus connues pour leurs travaux de scénaristes. 


Je suis trop bien rentrée dans l'histoire pour arriver à faire synthétique, désolée !

L'histoire 

En France, de nos jours. En publiant sur Facebook l'histoire du viol dont elle a été victime quelques années plus tôt, Diane sait qu'elle a jeté un pavé dans la mare. Si son #MeToo permet à de nombreux contacts de manifester leur soutien _voire de s'exprimer à leur tour, d'autres commencent à transpirer parce qu'ils comprennent qu'ils sont visés, directement ou non, et parce qu'ils n'ont pas envie de se faire éclabousser par leurs erreurs passées, maintenant qu'ils ont une famille, une carrière, qu'ils sont en passe de devenir célèbres. 

En effet, l'agression a été commise dans le cadre d'une soirée entre amis, par un type que tout le monde apprécie. Le groupe d'amis est resté soudé depuis, beaucoup travaillent ensemble et tous sont restés en contact : les avis divergent, les esprits s'échauffent : il y a ceux qui tombent des nues, ceux qui se sont voilé la face, et ceux qui regrettent de n'avoir pas su voir... Tous sont d'accord sur un point : cette histoire commence à dater.  

Edouard, l'ex-copain de Diane, est alors sollicité pour "résoudre le problème" rapidement... Mais quel est le problème, justement? Les agissements d'un "ami" commun, ou le fait d'avoir à traiter une vérité qui dérange ? 





Roman à deux voix 

Ta main sur ma bouche est organisé en 34 chapitres relativement courts portés par deux narrateurs : le fameux Édouard, et Alison _dite Ali, sa copine actuelle. C'est à travers leurs propos, qui se croisent parfaitement, qu'on prend connaissance de leur parcours respectifs, de leur place dans le sac de nœuds que forme cette bande de potes. Ainsi, le lecteur peut remonter le fil des événements et se prépare à mener sa propre enquête : à lui de démêler le vrai du faux, de récupérer les omissions et d'évincer les souvenirs construits. 

Ce procédé présente plusieurs avantages : il place le lecteur en tant que personne qui intègre les informations en même temps que les personnages principaux, et qui réagit en fonction. On sait qu'on est dans la fiction, mais, si cela avait été vrai, qu'aurions-nous fait ? N'aurions-nous pas réfléchi à deux fois avant de monter au créneau pour dénoncer ? N'aurions-nous pas essayé d'en savoir plus, de défendre nos intérêts ? Sans prise de recul, les statuts de bourreau et de victime n'ont parfois rien d'évident, même pour les principaux concernés. D'où la difficulté d'alerter, pour celle ou celui qui subit, d'où la grisante impression de champ libre pour les manipulateurs qui bricolent à leur guise dans la mécanique du doute.    



L'alternance parfaite des voix _ un chapitre est raconté par Ali, le suivant par Édouard et ainsi de suite, jusqu'à la fin, sert aussi à nous tenir en haleine. Je pense que c'est le moment où on doit se dire "ah, on reconnaît bien là la patte des scénaristes !" quand on a de la culture cinématographique. Mais comme je découvre totalement l'oeuvre de Déborah Saïag, qui s'exprime à travers Ali, et de Mika Tard, qui s'est collée la partie "Edouard", je ne peux que supposer. Cela dit, les premières pages m'ont un peu déstabilisée car je me sentais comme happée dans l'épisode initial d'une série télé, où tout s'enchaîne très vite, tant au niveau de l'action que dans la présentation des personnages, du décor, du contexte... et c'était un peu trop speed pour moi. Ensuite, l'utilisation d'un vocabulaire familier, qui certes apporte du réalisme et une dimension actuelle, m'a semblé excessive par moments. Attention, il s'agit là d'un ressenti personnel, ces tournures ne gênent pas la compréhension et je ne pense pas que ça puisse vous faire tomber le livre des mains.    

Enfin, Ali et Edouard sont d'emblée séparés par leurs impératifs professionnel : le travail et le statut social sont des paramètres-clés à tous les stades de l'histoire. Ali part en train pour rejoindre Chloé, chanteuse célèbre pour qui elle travaille, et qu'elle idolâtre ; Niels, son mari, doit la récupérer à la gare. Edouard, quant à lui, file à son agence de pub. Officiellement pour travailler, officieusement pour en savoir plus sur le #MeToo de Diane. La journée marathon qui va se dérouler sous nos yeux va apporter son lot de surprises et de déconvenues de part et d'autres, nous laissant voir un drame se dessiner (ou pas ?) sans pouvoir rien y faire, comme lorsqu'on va voir une tragédie, au théâtre.  






Les réseaux sous toutes leurs formes 

Je ne vais pas dire que Ta main sur ma bouche n'a pas ses défauts ; on n'évite pas certains clichés chez les personnages principaux, malgré un effort manifeste pour éviter les stéréotypes. Par exemple, le violeur de Diane a un côté "artiste incompris bolossé par le système" qui ne trompe pas vraiment son monde. Édouard est bobo stressé qui fabrique des pubs, c'est un fils à maman trouillard qui se cache volontiers derrière ses déboires familiaux... et qui devient soudain un preux chevalier prêt à se surpasser pour venger l'outrage. Surprenant. Mathieu son patron - et ami - joue les petits chefs, met des coups de pression à tout le monde et saute partout, parce que money money money. Ses copines lesbiennes Leïla et Emma réunissent à elle deux le méga-combo {tirade féministe + pinte de bière + PMA + crâne rasé}. En revanche, le personnage d'Ali est de loin le plus intéressant, même si son petit côté "je suis une gamine noire issue d'une famille de cas sociaux DONC je suis en conflit avec mon père, DONC je gueule dans le train ET j'idéalise une femme qui n'est pas de mon milieu" m'a fait peur, au début. Mais au fil des pages, on a de quoi se rassurer quant à la complexité de la jeune danseuse. 

Toutes les figures que je qualifie de plus ou moins énervantes _parce que je suis une chieuse qui pinaille pour rien, mais bon vous me connaissez à force_ n'en sont pas moins des pions d'égale valeur sur l'échiquier : ils nous permettent de prendre conscience du poids du réseau, du groupe, de la meute quasi-familiale que forment ces potes de longue date. En fait, tout gravite autour de Chloé, la chanteuse qui a percé. La femme de Niels. L'amie de Mathieu, de Marie. La meilleure amie d'Édouard. L'idole d'Ali... copine d'Édouard... qui lui-même a pu accéder à son poste dans la pub en s'appuyant sur ce cercle amical plein de ramifications, aussi fort que malsain. Alors, lorsqu'on est une "pièce rapportée" telle que l'était visiblement Diane, on pèse moins lourd dans la balance, et quand bien même on pourrait parler, on n'est pas certain d'être entendu.  




En ce sens, Ta main sur ma bouche est un roman révélateur. Heureusement qu'il existe. Il est d'autant plus important de le faire connaître qu'il montre tous les fils translucides et collants de cette terrible toile d'araignée qui piège la victime et l'empêche de parler malgré une vraie conscience de sa situation et une sincère volonté de s'en tirer. Si les campagnes de prévention des violences, du harcèlement, sont de plus en plus visibles, si la communication autour des procédures de signalement et des sanctions est de plus en plus présente, l'aspect psychologique, la mise en place des collets et la déconstruction des pièges sont plus difficiles à traiter autrement que par le biais d'une œuvre artistique tel qu'un roman, un film, une série...  

De même, si les hashtags sont maintenant universellement connus et utilisés, si on ne cesse de s'armer contre les "dangers" des réseaux sociaux et d'Internet, il est rare de pouvoir mettre en évidence l'omniprésence du virtuel au quotidien, dans notre façon de nous interpeler, de nous mettre en scène, de nous faire connaître. Ici, c'est plutôt bien fait : le statut Facebook de Diane devient une grenade qui ne doit surtout pas être dégoupillée, et la grande mission de "Doud", (le surnom d'Édouard, pas facile à porter) va être de le lui faire effacer... La publication Instagram d'Ali en train de chanter à moitié bourrée, créée et postée par Niels alors qu'ils attendent Chloé, la déstabilise puis lui donne confiance en elle au fil du nombre de likes qui ne cessent de croître. Edouard "aime" les publications de ses potes par politesse, et n'apprécie guère de se faire alpaguer par son amie Marie sur Messenger. Ali s'accroche en vain à des messages de Chloé, autour de qui tous gravitent, et qu'on ne verra jamais IRL au cours de l'histoire.    

C'est un peu compliqué de parler de Ta main sur ma bouche sans en dire trop ; et je tiens vraiment à ne pas laisser fuiter d'infos cruciales sur l'histoire, afin de vous laisser la découvrir par vous-même dans son intégralité et l'interpréter librement. La fin est ... vraiment surprenante ; elle m'a laissée un peu perplexe, puis j'ai regardé The Foon, film de 2004 signé des même autrices, et je me me suis dit que les scènes finales WTF devaient être leur marque de fabrique. 

Génial ou vraiment trop perché ? 
Je n'arrive toujours pas à me décider...
Une chose est sûre : il faut l'avoir vu. 

 
Bref, allez vous faire une idée par vous-même ! On aime ou on n'aime pas l'écriture de Déborah Saïag et / ou de Mika Tard, mais les sujets abordés ne sont pas anodins et restent trop rarement traités en littérature. Le rythme rapide et sans temps morts ne vous laissera pas le temps de vous ennuyer.  

Déborah SAÏAG ; Mika TARD. Ta main sur ma bouche. NiL Editions, 2021. 314 p. ISBN 978-2-37891-089-1
 


vendredi 19 février 2021

Le test de la poule

C'est tellement bon de pouvoir s'entourer de personnes qui apprécient nos qualités et qui nous acceptent tel que nous sommes. Qui se montrent capables de composer avec nos casseroles aussi sûrement qu'on s'aventure dans leurs zones d'ombres. Encore faut-il tomber dessus ! La tâche serait sans doute plus simple si on n'était pas tout le temps pris dans un jeu de dupe où on ne s'attache qu'à donner la meilleure image de soi. Du coup, on s'associe au gré de nos rencontres avec des profils qui nous "parlent", mais pas toujours pour les bonnes raisons. Après la phase où chacun trompe son monde, les personnalités se dévoilent, tout aussi riches, mais nettement moins fun et commerçantes que les avatars pleins de promesses.    

Résultat des courses : déception d'un côté, sentiment de rejet suivi d'indignation de l'autre, et réciproquement.

Les paroles de cette chanson m'ont toujours mise un peu mal à l'aise, mais le fait est qu'elles correspondent bien au propos.

Alors oui c'est la vie et les relations humaines déséquilibrées en font partie pleinement, mais franchement si on peut s'épargner quelques déconvenues, c'est pas plus mal ! 

J'ai trouvé un truc pour faire un premier tri rapidement : c'est le test de la poule. 


Comme vous l'avez compris je pense, les poules me passionnent depuis toujours. Je peux passer des heures à les observer dans leurs interactions, à essayer de faire manger dans ma main les plus méfiantes d'entre elles, à scroller Google Images ou à guetter les grands événements avicoles... bref, généralement, les gens trouvent ça ultra chelou et/ou excessivement paysan. Même (et surtout) à la campagne, où on ne prête attention au poulet que lorsqu'il est piqué après une broche ! Du coup, j'ai appris à cacher cet intérêt peu commun pour la volaille vivante avec autant de minutie que si j'avais eu la syphilis. 

Ma p'tite Tubiche !


A présent, je fais le choix de rentabiliser ma passion : à mes nouvelles connaissances, je clame dès que j'en ai l'occasion la classe de la Sebright, l'audace de la Padoue Chamoisée, la gentillesse de la Bantam de Pékin, la sérénité du Coucou de Rennes, la douce folie du Cou-Nu du Forez. C'est ça, mon test de la poule. Les réactions sont diverses et variées, mais terriblement éclairantes sur la suite des rapports que je vais entretenir avec mes interlocuteurs : pour certains, je redeviens direct la blédarde (et fière de l'être) ; pour d'autres, je suis une folle à lier, quelqu'un qu'on ne prendra décidément plus au sérieux. La gêne, le foutage de gueule ou le mépris mettront fin à toute possibilité d'amitié, et c'est autant de temps de gagné. 


Un Cou-Nu du Forez de toute beauté
Auteur :
DocMuséo —
 Travail personnel, CC BY-SA 4.0,
 https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=45929649

Restent ceux qui respectent, à défaut de comprendre, qui vont même (faire semblant de) s'intéresser à la question, qui vont venir demander des conseils pour monter leur poulailler, qui vont vous envoyer des vidéos et des actus, et surtout, qui ne vont pas juger l'aspect insolite de vos propos. Ceux-là sont les bons ! Gardez-les près de vous... 



mardi 16 février 2021

[CULTURE POULE] Le jeu "Poule planée" sur Wii Fit Plus (2009)

Après l'abonnement à Netflix et l'acquisition d'écouteurs Bluetooth sans fil pour la course à pieds (boîtier chargeur compris), j'ai encore repoussé les limites de l'embourgeoisement en équipant la maison d'une console Wii. Officiellement, c'est pour ma mère, mais pour l'instant j'avoue que c'est surtout moi qui m'en sers. L'installation, les réglages, tout ça...



En effet, grâce à l'explosion de la Switch, le prix de la Wii a pas mal baissé et j'ai pu trouver une très bonne occasion pour pas cher. Les consoles n'en restent pas moins des signes de richesse à mes yeux, donc c'est le kif du moment. Bref. Pour l'instant l'âge de mon "Mii", l'avatar qui bouge et marque les points en fonction de mes mouvements, est de 54 ans : selon des docteurs de Nintendo, il est urgent que je me remette en forme avec toutes les activités disponibles sur Wii Fit Plus. C'est en parcourant la liste des jeux que j'ai découvert Poule planée : forcément il fallait que j'en parle ici !   




Le but du jeu (pour le mode débutant)

Vous êtes une poule perchée sur une île ; depuis votre point de départ, vous devez rejoindre un bateau qui a jeté l'ancre au large. Vous disposez d'une poignée de secondes et de la force de vos ailes pour atteindre votre objectif. Attention, n'allez pas tomber à l'eau ! 


La chasse aux secondes 

A première vue, l'exercice semble facile. Pourtant, en y regardant de plus près, on réalise vite qu'il est quasiment impossible d'aller du point A au point B en une trentaine de secondes, même en essayant de faire des mouvements de bras très rapides dans l'espoir de faire tracer sa poule _ce qui n'est d'ailleurs une bonne tactique pour accélérer qu'à la condition que vous preniez bien soin de positionner vos pieds correctement sur la Wii Board.    


Ce constat d'impuissance nous amène bien vite à chercher un moyen  de gagner du temps et d'emmagasiner des secondes de jeu supplémentaires : pour cela, votre poule peut (et même doit) faire escale sur les différentes plateformes-cibles qui jalonnent son parcours et qui lui sont indiquées avec force flèches et spirales colorées. Lorsqu'elle en survole une, il lui suffit d'arrêter de battre des ailes pour se laisser planer et tomber en douceur sur le plateau _mais pas trop tôt, histoire d'éviter qu'elle tombe à côté _et donc à l'eau. Aidez-vous de l'ombre projetée par votre héroïne ! 


Vidéo issue de la chaîne de MrGatGame, merci pour ce test du jeu !


Plus vous allez avancer dans le parcours, plus on va vous demander d'être précis dans vos atterrissages ; les plateformes vont devenir des cibles, et en fonction de là où vous posez les pattes, vous obtiendrez 10, 20, 30 secondes, voire plus. Bien entendu, plus vous être proche du centre, mieux c'est. Lorsque vous vous posez, un joyeux cocorico retentit et vous encourage à reprendre votre route le plus rapidement possible.   




De la tête aux pieds 

Contrairement à ce que laissent entendre les instructions qui ouvrent le jeu, il ne suffit pas d'agiter les bras frénétiquement pour avancer ; il est important de bien utiliser l'ensemble de son corps pour tourner à droite et à gauche, et notamment ses pieds. En appuyant avec la pointe des pieds sur l'avant de la Wii board, par exemple, on fait comprendre à sa poule qu'on veut avancer. Ne pas le faire va juste lui commander de s'envoler très haut, et cela va compliquer les plans du joueur débutant qui ne pourra alors plus voir le fameux bateau symbole de ligne d'arrivée. De même, se balancer vers l'arrière en se reposant sur les talons laisse entendre qu'on veut reculer _et, oui, c'est possible de faire marche arrière, si on a loupé une escale, par exemple. Il n'est pas forcément contreproductif de retourner sur ses pas... 

Tout au long du jeu, des conseils vous sont donnés de manière à faciliter votre progression ; généralement, ils correspondent à ce qui vous entrave plus ou moins : correction du positionnement sur la balance, encouragement à aller vers les cibles ou à se laisser planer quelques instants pour perdre un peu d'altitude... Il faut avoir joué quelques parties avant d'être en mesure de remarquer ces astuces et de les assimiler. 

A vous d'être assez précis et rapide pour cumuler les points et passer du rang de "poussin" à celui de "poulette d'essai" puis "poulette de chasse". Un quatrième statut existe, celui du boss, qui doit être réservé aux "parcours sans faute" mais pour l'instant je ne peux y prétendre !  

Illustration prise sur ce site.
Mes photos sont trop pourries pour qu'on puisse s'en contenter.


Dans la peau d'une poule
 
Dès les premières secondes de jeu, vous remarquerez que votre apparence de volatile est quelque peu humanisée par la conservation du faciès de votre avatar. Personnellement ça ne m'aurait pas déplu d'avoir une tête de poule plus réaliste, histoire de mieux rentrer dans le rôle qu'on me donne. Là, j'ai vraiment l'impression d'avoir été glissée dans un costume de carnaval auquel personne ne croit, et je trouve cela assez dommage. Mais je pinaille. Respectons le choix opéré par les concepteurs et saluons d'existence d'un jeu dont un poulet est le héros. 



Poule planée 
Wii Fit Plus 
2009