Quand j'étais en Terminale, j'avais un prof de philo qui habitait à Bordeaux et qui prenait le train pour venir enseigner à Périgueux Il le loupait assez régulièrement... Au début de l'année, ses pépins de transports nous arrangeaient bien, car elles nous laissaient entrevoir trois longues heures de liberté (on était en L). Mais au fil des mois, les absences du prof ont commencé à nous préoccuper ; lui ne s'inquiétait pas outre mesure. Il était même assez détendu _ comme seul peut l'être quelqu'un qui a déjà son BAC en poche, et tentait de nous rassurer : on avançait bien (quand il était là), les notes de l'examen blanc n'était pas si catastrophiques que ça, en tous cas il avait déjà vu bien pire, et puis nous ne devions pas oublier que nous aurions le choix entre trois sujets, le jour J. Alors, à supposer qu'on n'arrive pas à boucler le programme, il était peu probable que le texte et les deux questions relèvent tous de chapitres que nous n'aurions pas eu le temps d'aborder.
Comme cela ne suffisait pas à nous convaincre, le prof de philo a consenti à nous distribuer, juste avant la semaine de révisions, des liasses de polycopiés contenant tous les cours qu'il n'avait pas eu l'occasion de nous dicter durant l'année scolaire. Voilà, théoriquement, maintenant, l'intégralité du programme était entre nos mains, ou alors dans nos sacs besace en bandoulière : nous étions donc invités à fermer nos gueules et à arrêter de nous plaindre.
En lisant les photocopies de cours, on a eu l'impression de vivre un trimestre en accéléré ; certes, ça ne remplaçait pas les heures d'étude en classe, et comme l'enseignement à distance n'était pas encore trop le norme, ce qui n'était pas compris dans le texte ne le serait jamais _ pour ma part, j'ai rapidement cessé de compter les zones d'ombre, je n'avais plus le temps.. Mais tous les chapitres étaient là, effectivement. Les bons ont sans doute tout enregistré l'intégrale sur leur mémoire interne à la première lecture. Plus tard, les pires râleurs de la classe ont reconnu qu'ils n'avaient pas plus mal retenu les chapitres découverts quelques jours avant le BAC que les textes sur la conscience qui nous avaient occupés presque tout le premier trimestre.
Cette année-là, seuls deux élèves n'ont pas eu le BAC dans notre classe, et il me semble que leur échec ne dépendait pas directement du cours de philo. Du reste, ça ne les a pas empêchés de très bien s'en sortir dans la vie.
Plus le temps de s'apitoyer sur son sort.
Plus le temps de se demander si le réveil est trop tardif ou pas ; il vient quand il doit arriver, tout simplement. Mieux vaut se lever tard qu'ouvrir ses volets de bonne heure pour montrer aux voisins qu'on n'est pas une feignasse... sans savoir ce qu'on va faire de sa journée.
L'important, c'est d'agir vite, une fois debout, pour profiter au maximum.
Le TER - Chenille
Merci la Bande à Basile pour l'ensemble de son oeuvre.
Si vous savez comment s'appelle cet insecte WTF, n'hésitez pas à lâcher un com !
Evidemment, ce logiciel de montage sera bientôt utilisé à des fins plus sérieuses...
Merci aux éditions L'Autre Regard et à Babelio pour l'envoi de l'album Lucien a peur de son ombre, dans le cadre de l'opération Masse Critique.
L'histoire
A l'école, personne n'a rien vu venir. Du jour au lendemain, l'intrépide et turbulent Lucien est devenu aussi craintif qu'un mulot dans une cuisine. Qu'a-t-il bien pu lui arriver ? Cette soudaine métamorphose interroge ses copains, qui ne comprennent pas pourquoi le capitaine de leur équipe de foot préfère rester prostré sous le préau au lieu de taper dans la balle. Même la maîtresse s'inquiète, alors qu'elle aurait bien des raisons de se réjouir de l'essoufflement de la "tornade" Lucien. Mais comme personne n'arrive à percer le mystère, tout le monde finit par accepter la situation : la vie continue...
Seules deux ombres savent pourquoi le garçon est devenu aussi peureux que mutique ; il s'agit de celle du principal intéressé, et de celle de Léa, une autre élève de l'école. En effet, quelques jours plus tôt, un incident s'est produit entre les deux enfants : Lucien a méchamment éconduit Léa, se moquant ouvertement de la lettre d'amour qu'elle avait pris soin de déposer discrètement dans son cartable. Outrée par tant de cruauté et de mépris, l'ombre de Léa a pris les choses en main et s'est associée à l'ombre de Lucien pour mener la vie dure à ce caïd en carton. Le stratagème fonctionne bien, très bien, même, puisque le garçon se met à avoir littéralement peur de son ombre, qui lui fait des grimaces et se détache de son corps pour faire sa propre vie... On pourrait croire que la blague est allée trop loin, mais les ombres complices sont confiantes : elles savent que la gentille Léa parviendra à le faire sortir de sa torpeur.
Zones d'ombre dans le monde des enfants
En seulement 22 pages, l'album Lucien a peur de son ombre bouscule pas mal d'idées reçues et parvient à soulever énormément de questions susceptibles d'interpeller enfants, parents, éducateurs : que faire lorsqu'un enfant change brusquement d'attitude ? Comment réagir face à la moquerie, au mépris des camarades de classe ? Les filles et les garçons peuvent-ils être amis ? Un enfant solitaire est-il forcément un enfant malheureux ? Les plus jeunes n'auront pas toutes les réponses à la fin de l'histoire _les grands non plus, d'ailleurs, mais ils trouveront matière à réfléchir dans cet ouvrage rempli s'illustrations agréables, aux formes et aux couleurs très douces.
Les auteurs n'ont sans doute pas choisi au hasard l'âge de leurs jeunes héros : on ne le connaît pas vraiment, mais c'est incontestablement celui où l'on découvre l'existence des ombres, à la fois sources de jeux, de mystère et d'angoisse, où l'on prend conscience de son ombre comme d'un double indissociable, différent de soi, qu'on influence grandement mais qu'on ne contrôle jamais tout à fait. Dans le dictionnaire Larousse, il est dit que qu'une ombre est "une silhouette sombre, plus ou moins déformée, que projette sur une surface un corps qui intercepte la lumière". Elle ne se suffit donc pas à elle-même, en principe.
Ici pourtant, les ombres deviennent des personnages à part entière : elles n'ont pas de consistance, a priori pas de non ni de vie propre, mais elles sont capables d'exercer un pouvoir sur celui ou celle à qui elles sont rattachées. Celle de Léa est bienveillante jusqu'à ce que la colère ne la rende redoutable ; celle de Lucien n'apparaît qu'après le "drame de la lettre", comme si le garçon était encore trop immature ou trop occupé par ses jeux de gamins pour remarquer sa présence. Il la découvre donc sous son aspect farceur, et c'est sans doute pour cela qu'il en est effrayé.
Parce qu'elle a dompté la sienne depuis bien longtemps, Léa semble nettement plus en avance que lui _et que les autres enfants_ sur l'empathie, sur l'écoute et sur la verbalisation de ses propres sentiments. Peut-être les ombres symbolisent-elles ici la conscience, la "petite voix intérieure" qu'on choisit ou pas d'écouter, qui nous dit parfois ce qu'on n'a pas envie d'entendre, au risque de nous déstabiliser ? Alors que Léa accepte la sienne et l'apprivoise pour s'en faire une alliée, Lucien (qu'elle a d'ailleurs surnommé l'"enfant lumière") fuit le soleil pour ne pas avoir à affronter sa sensibilité.
L'album rayon de soleil
Or, il n'est pas facile de trouver une place ombragée dans le petit monde de Léa et Lucien ! Bien qu'aucune indication de lieu ne nous soit donnée, on apprécie le choix d'une école au soleil (en même temps, c'est préférable si l'on veut jouer avec les ombres...) et entourée de palmiers. Voilà qui change un peu des représentations souvent très conventionnelles des cités scolaires dans la littérature de jeunesse _ du moins dans les titres que j'ai eu l'occasion de lire. Ne généralisons pas.
Je dirais que Lucien a peur de son ombre s'adresse à tous les enfants à partir de 6 - 7 ans _ mais comme chacun sait, les indications d'âges sont relatives. Si je ne le conseillerais pas plus tôt, c'est parce que la narration n'est pas tout à fait linéaire : Lucien nous est d'abord présenté comme un enfant craintif, avant que les auteurs nous amènent à remonter de fil des événements qui expliquent sa métamorphose. Ensuite, on retourne au point de départ et on avance vers la résolution du problème grâce au tact et à la patience de Léa. La progression n'a certes rien d'illogique, au contraire, mais elle peut quand même gêner la compréhension des plus petits, à mon avis.
Les autres seront ravis par la poésie de cet ouvrage, qui peut se lire seul comme accompagné d'un adulte. Même si les images qui captent d'office notre attention, il est intéressant de s'attarder sur le texte qui ne manque pas de surprendre : malgré un choix de caractères, petits, fins, tout en discrétion, l'écriture oscille souvent entre "vocabulaire de grandes personnes" et registre familier.
"Lui si téméraire n'ose plus rien entreprendre"
" Espoir immense... qui se fracasse sur l'indifférence et le mépris du garçon"
"Mais ses potes voient bien qu'il ne tourne plus rond"
Cela dit, petits et grands pourront observer la qualité de l'illustration et les expressions de visage fort bien réussies des héros, surtout celles de Lucien : l'auteur des dessins arrive quand même à faire en sorte que l'enfant incarne successivement le mépris, la fierté, la cruauté, l'incrédulité et la terreur. Cela nécessite un certain talent !
Lucien a peur de son ombre est un bel album pour enfants qui nous délivre de beaux messages de tolérance et d'empathie, sans être moralisateur ni excessivement "bien pensant". A lire et à faire connaître le plus largement possible. On peut simplement regretter que les nombreuses thématiques importantes _ les relations filles - garçons, les traumatismes, la place et le rôle des adultes, la communication non violente, la peur irrationnelle... n'aient pu être développées. Mais ce serait alors devenu un roman !
Michel IMBERT ; Laurent GROSSAT. Lucien a peur de son ombre. L'Autre Regard jeunesse, 2020. 22 p. ill. ISBN : 978-2-490906-09-3
Même si on crache dessus parce qu'il se déroule par temps froid ou pluvieux, même si on râle sous les chapiteaux toujours blindés, le Festival International de la BD d'Angoulême reste un rendez-vous incontournable pour les amateurs et les connaisseurs de bande dessinée. Cela ne veut pas pour autant dire que c'est le seul ! D'autres événements autour du neuvième art fleurissent un peu partout en France, et tout au long de l'année. S'ils sont forcément moins médiatisés et de plus petite envergure, ils ont l'avantage de ne pas trop ressembler à des usines à gaz ; c'est du moins ce qui m'a semblé lorsque je suis allée au festival BD BOUM, à l'automne dernier. Il se tient tous les ans à Blois, à la fin du mois de novembre.
Comme j'y étais pour la journée seulement, je me suis surtout concentrée sur les expositions, sur la visite des stands d'éditeurs et un peu sur la ville en elle-même. Pour ceux que ça intéresse, les archives de l'édition 2019 sont accessibles à cette adresse : https://www.maisondelabd.com/bdboum-expos2019.
Point de départ : l'exposition autour de la série de BD Les enfants de la Résistance, bien présentée, enrichie d'éléments historiques et d'objets d'époque pour bien comprendre le contexte, présentée par des jeunes guides sans doute étudiants et particulièrement motivés (pour un samedi matin).
Les enfants de la Résistance - Tome 1
La bibliothèque Abbé Grégoire ouvrait ses portes au public en accueillant une suite de panneaux consacrés aux BD qui avaient en commun des auteurs italiens (Serpieri, Toppi, Battaglia), des décors propres aux western, et Mosquito comme éditeur. Impressionnant et instructif, même (et surtout) quand on n'y connaît rien.
La Halle au grain abritait un grand nombre d'exposants, dont Northstar Comics. La politique de cette récente maison d'édition de comics "version française" est de se réapproprier des super-héros oubliés et par conséquent devenus "libres de droits", si l'on peut dire. A ce moment-là, trois séries étaient en cours dans leur vitrine : Hoplitea, Heroics et le Privé.
Hoplitéa raconte l'histoire de Sophia, une super-héroïne des temps anciens qui a fait le choix d'abandonner ses pouvoirs et de mener une vie ordinaire, à notre époque.
Changement de décor dans Heroics, dont l'action débute à la veille de la Seconde guerre mondiale : un scientifique tombe par hasard sur une source d'énergie et en retire une force extraordinaire. Evidemment, cette découverte va modifier les plans de son destin et il va entraîner bien malgré lui toute sa famille dans l'aventure.
Le Privé est une BD policière sur fond de mafia dans lequel on suit les aventures d'un détective pas très reluisant, d'après ce que j'ai compris.
Je n'ai lu aucune de ces trois BD, mais les membres Northstar Comics présents sur les lieux m'ont indiqué que les deux premiers titres étaient tout à fait adaptées aux jeunes en fin de collège, tandis que le dernier se destinait clairement à un public adulte. N'hésitez pas à laisser un commentaire si vous connaissez ces œuvres et que vous pensez que je me trompe. A noter que l'équipe est composée de types sympas et ouverts au dialogue ; face à eux, je ne savais trop sur quel pied danser : ça m'intimide toujours de voir des dessinateurs jouer du crayon, là devant moi, en direct, mais ils ont fait l'effort de pousser un peu la conversation. C'était cool de leur part. Depuis, j'ai entendu parler d'eux dans un numéro du mois de mars du podcast Comics Discovery. Les animateurs semblent apprécier leur travail, ce qui fait d'eux des valeurs sûres.
Sonnée par tant d'interactions, j'ai enchaîné sur l'exposition des 10 ans de la collection Noctambule. C'est à cette occasion que j'ai découvert Benjamin Lacombe, son style bien particulier, ses fascinants personnages aux gros yeux et aux airs de poupées de cire. Malgré la présence d'autres extraits de BD emblématiques de la collection réalisées par Chloé Cruchaudet, Pascal Rabaté, Christian de Metter, et bien d'autres, ce sont les panneaux centrés sur Léonard & Salaï qui ont le mieux capté mon attention, notamment celui qui représentait les deux héros en plein vol :
Sur le chemin du retour, j'ai essayé de voir si je pouvais trouver cette bête-là en bibliothèque, mais il s'avère que ce n'est pas si simple, même à Paris, et j'ai un peu oublié Léonard et Salaï jusqu'à un récent craquage qui m'a poussé à l'acheter. A supposer que l'histoire soit décevante, ça resterait un bel objet que je serais contente d'avoir sous la main.
Comment caractériser et résumer cet album efficacement et avec exactitude ? D'abord, disons qu'il s'agit du premier tome d'un diptyque consacré à la vie et à l'oeuvre de Léonard de Vinci, à partir du moment où il croise le chemin du jeune Salaï qui va devenir son apprenti, son amant, son modèle, son soutien moral, et plus encore. Benjamin Lacombe et Paul Echegoyen, les auteurs, semblent avoir fait le choix de rester cohérents avec les grandes étapes de la vie de Leonard de Vinci : Il Salaïno est donc bien balisée chronologiquement, depuis 1490 avec l'entrée fracassante de Salaï dans l'atelier florentin de Vinci, encore sous la protection des Sforza, jusqu'aux années 1504-1506 qui sonnent comme un retour aux sources après bien des déboires.
Le Léonard de Vinci qui s'anime ici n'est donc pas le vieillard à barbe blanche qu'on se représente habituellement, mais un homme encore jeune, plein de vie et d'espoir, déjà sage et charismatique. Aimé par la troupe d'artistes et d'amis qui l'accompagnent partout, il tient plus Jésus que du Père Noël ; et on sent bien que c'est par respect pour lui que tous tolèrent l'insupportable Salaï. Si l'on sait que le salaïno, c'est à dire "le petit diable" en italien, a réellement existé et occupé une place de choix dans la vie de Léonard de Vinci, on n'a pas beaucoup d'autres certitudes à son sujet : Benjamin Lacombe a donc su tirer profit de la voie royale de liberté qui s'étendait devant lui, et a pu façonner un personnage irrésistible complètement aux antipodes du génie : paresseux, insolent, insatiable carnivore, impatient, capricieux, mais capable de l'aimer pleinement et de le comprendre.
Les premières planches m'ont mise un peu mal à l'aise car les traits de Salaï sont très juvéniles _en même temps... il devait être relativement jeune au début de sa relation avec Vinci. Par chance, et contrairement à ce que laisse entendre le titre de la BD, il n'est pas question "que" de la vie de couple de Léonard et de son apprenti. Evidemment elle est importante dans le sens où on la voit se construire, évoluer dans le temps, trouver son équilibre, mais elle n'occupe pas tout l'espace pour autant.
Léonard et Salaï relate surtout le parcours d'un artiste dont on se souvient des découvertes mais dont on oublie qu'elles sont nées dans la douleur et après bien des échecs. Ici, vous ne verrez pas que la Joconde _un peu à la fin.. mais la Cène inondée, la machine volante qui se casse la gueule contre toute attente, le portrait d'Isabelle d'Este qui tarde à éclore, des écluses révolutionnaires mais irréalisables, la bataille d'Anghiari dont l'aboutissement se fait prier...
Les auteurs nous interpellent aussi sur une réalité de l'époque : quand on était artiste, même reconnu et admiré, même génial comme Vinci, on restait soumis au bon vouloir de ses protecteurs, et on était susceptibles de devoir déménager vite fait quand les événements politiques faisaient basculer les pouvoirs d'un côté ou de l'autre. Rien n'était jamais sûr, jamais acquis, et il valait mieux être moralement costaud pour ne pas se laisser miner par les obstacles. Voilà en quoi cette bande dessinée est particulièrement intéressante et instructive, même si on ne peut pas la qualifier de "documentaire". En effet, Benjamin Lacombe a brodé sa poésie sur la vie de Léonard de Vinci de la même façon qu'il a réussi à se réapproprier ses tableaux, puisqu'il a su à la fois les représenter fidèlement et y ajouter son propre style. Tout le monde ne peut pas faire ça avec autant de réussite : c'est vraiment ce qui force l'admiration en l'occurrence. Encore plus que le minutieux travail de recherche effectué pour rester au plus près des faits.
La Cène en proie à l'humidité
Le Portrait d'Isabelle d'Este, protectrice imbue d'elle-même et un poil voyeuse
La Joconde, symbole du renouveau pour Léonard
Dans un dossier intitulé "Histoire d'une création" qui clôture l'album, Benjamin Lacombe et Paul Echegoyen (qu'on aurait tendance, à tort, à passer au second plan) évoquent leurs intentions artistiques et le processus de création dans tout ce qu'il a de beau et de difficile.
Florence vue du ciel
=> Léonard est Salaï est une bande dessinée qui, à mon avis, à toute sa place dans les bacs du CDI d'un lycée. Comme il y a quelques scènes de nus, forcément, on évitera de la proposer en libre accès en collège... même si elle peut être abordée en cours, à travers des extraits.
Pour l'instant, je n'ai pas trouvé trace du deuxième volet de l'histoire, il semblerait qu'il ne soit pas sorti à ce jour. On pourrait s'en étonner car cela fait déjà six ans que Il Salaïno a été publié, mais la réalisation de sa suite nécessite forcément du temps et de la patience.
Tu n'as pas "fait une boulette", tu as balancé un couscous entier, tu le sais fort bien, et au fond de toi tu jubiles.
Pourquoi est-ce que je suis l'une des rares personnes à ne pas me laisser séduire par tes petits numéros ? J'aimerais mieux ne pas voir...
Sans le vouloir, ces derniers temps, je me suis retrouvée à lire pas mal de bouquins qui parlent de l'enfermement sous toutes ses formes : vive BCDI à distance ! Le pire, c'est que ce n'était vraiment pas étudié pour ! S'il y a bien une dernière ahurie en France qui n'a compris le concept de confinement qu'en se réveillant avec un petit SMS du gouvernement le mardi 16 mars au matin, c'est bien moi.
D'où ils ont eu mon portable, d'ailleurs ?
Peu importe, il est temps d'évoquer ces lectures de circonstance.
Naissance des coeurs de pierre - Antoine Dole (2017)
Jeb a 12 ans : comme tous les enfants de son âge, il doit passer une épreuve pour "entrer dans le Programme". Ce rite de passage propre au Nouveau Monde doit lui permettre d'être considéré comme citoyen à part entière. Les jeunes sont essentiellement testés sur leur capacité à dissimuler leur humanité : en effet, dans cette société qui se dit "meilleure" que celle de l'Ancien Monde, les émotions sont interdites et considérées comme dangereuses pour soi et pour les autres : n'est-ce pas elles qui ont causé les guerres, autrefois ? Aussi, les candidats qui montrent des signes de faiblesse le jour J révèlent qu'ils n'arrivent pas encore à se détacher de leurs états d'âmes, et un sort aussi mystérieux que redoutable les attend. Ceux qui savent se maîtriser sont prêts à se faire injecter la potion magique qui lavera définitivement leur cerveau, "pour le bien de tous". Jeb espère qu'il réussira et qu'il saura se montrer digne d'entrer dans le Programme : le contraire couvrirait sa mère de honte. Mais au fond de lui, il sait bien que c'est mort.
Aude vient d'entrer en seconde dans un lycée de bourges, avec la motivation propre à son âge. Ses parents sont sur son dos car ils veulent qu'elle brille, mais leurs coups de pression vont s'avérer contre-productifs. Si on ajoute à cela d'autres paramètres plombants, tels que l'ambiance du bahut pas vraiment propice à l'intégration pour ceux qui se démarquent, l'absence des copines du collège, ou le désintérêt des adultes pour tout ce qui ne ressemble pas de près ou de loin à un bulletin de notes, on arrive vite au décrochage et la dépression. Aude se fait harceler, ne peut en parler à personne, s'emmure. Elle trouve du réconfort dans la compagnie de Mathieu le surveillant, le seul type qui semble capable de la comprendre.
Les deux trajets de vie sont liés, évidemment. Par quoi ? Comment et quand vont-ils se rejoindre ? Il faudra lire le livre jusqu'au bout pour le savoir. Une fois n'est pas coutume, je ne spoilerai pas ! Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'il est important que vous n'abandonniez pas votre lecture en plein milieu... parce que vous pourriez très bien être tenté de le faire ! Non pas que ce soit mal écrit ou ennuyeux, au contraire !
Les premières pages ne laissent pas de doute : deux univers parallèles nous sont présentés alternativement, au fil des chapitres. D'un côté, on pourrait bien avoir affaire à une dystopie dans laquelle le petit Jeb se débat. De l'autre, un décor contemporain et réaliste, quelque part en France.
Pourtant, les deux univers ont en commun une ambiance de malaise constant. Le Nouveau Monde de Jeb, que l'on découvre pourtant à travers ses yeux d'enfant sensible, est terne, morose, d'une propreté clinique. Il suscite au mieux la déprime, au pire l'angoisse. Aude n'a pas une vie quotidienne qui fait rêver, peut-être parce qu'elle nous est décrite en tenant compte de l'état d'esprit d'une lycéenne pleinement consciente de son statut de brebis galeuse de sa classe.
Les deux histoires peu à peu imbriquées sont très bien racontées, sur un ton juste... tellement juste qu'il fout un peu le cafard, et que j'ai bien failli laisser tomber. C'aurait aurait été dommage, déjà parce que les derniers chapitres contiennent l'essentiel du message de l'oeuvre, mais surtout parce qu'on se rend compte qu'on a étiqueté à tort le Nouveau Monde de Jeb comme univers "imaginaire", "fantastique" ; or, de tous les événements qui ponctuent le parcours chaotique de l'enfant, lesquels relèvent de la science fiction, du futuriste, du surnaturel ? Aucun. Ils sont tous effroyablement plausibles !
"Jamais on ne pointera du doigt que c'est le monde tel qu'il est qui a engendré tout cela."
Certes, vous n'allez pas vous fendre la poire en lisant ce livre, mais le propos est intéressant. Naissance des coeurs de pierre est en lice pour le prix du Prozac d'or 2020 de ce blog ; honnêtement, je ne suis pas sûre qu'il ait ses chances, car la concurrence est rude ! Cela dit, ce roman pour ados (à partir de 14 ans seulement, en fonction des sensibilités) part quand même avec un point bonus Anafranil d'avance. Autrement dit : rien n'est joué !
Oui, l'Anafranil est blond
Antoine DOLE. Naissance des coeurs de pierre. Actes Sud Junior, 2017. 158p. ISBN 978-2-330-08141-6
Pour la quinzième fois, j'efface le "bonjour" d'ouverture de ce mail que je n'enverrai pas.
Même les simples formalités doivent être mûrement réfléchies.
Deux livres, deux ambiances ! Il y a quelques jours, nous nous sommes intéressés au premier tome de la BD Superman : identité secrète. Comme j'ai écrit le compte-rendu avant d'avoir lu la deuxième partie, j'ai apparemment fait un certain nombre d'erreurs d'interprétation, ce qui m'a valu de me faire allumer par une connaisseuse de passage sur Babelio. Je vous engage donc, une nouvelle fois, à aller découvrir l'oeuvre par vous-même et de ne pas vous arrêter à mes petits résumés : je découvre tout juste les univers des comics, donc oui, je dois dire de grosses conneries ! Bref, passons.
En attendant, continuons à explorer les différentes facettes de ce personnage de Superman dont nous connaissons tous le costume vite fait, mais pas forcément l'emplacement des poches intérieures !
Sur les conseils de mon collègue le prof d'arts plastiques spécialiste de BD _ouais toujours le même _ j'ai glissé le volume 1 des Superman - Aventures dans la commande de titres voués à lancer ce fameux "Atelier Comics", qui n'aura finalement jamais vu le jour. Après le retard à l'allumage, la rude concurrence du club ciné calé le même jour comme de par hasard, mon ignorance totale de ce champ culturel et la mise en place tardive d'un partenariat avec la bibliothèque... c'est le coronavirus qui aura fini d'enfoncer le clou. Il faut croire que tous les méchants de Marvel et de DC s'étaient mis d'accord pour faire capoter le bordel.
Les histoires
Forte de son succès à la télévision à la fin des années 1990, la série animée Superman, l'ange de Metropolis a été adaptée en comic books par ses créateurs, peu de temps après. Pour les scénaristes Paul Dini (l'inventeur d'Harley Quinn) et Scott McCloud, il ne s'agissait pas de retranscrire à la lettre les divers épisodes ou de proposer une "suite" au dessin animé, mais plutôt de raconter sous format papier de nouvelles aventures se déroulant dans le même univers. Le projet a permis de donner le jour à de nombreuses histoires, et ce jusqu'en 2002 ; dix d'entre elles figurent dans la BD que nous avons entre les mains.
Superman, l'ange de Métropolis
25 ans plus tard, le retour !
Publié en 2016, ce premier volume de Superman - Aventures est déjà suivi de quatre autres ; un cinquième tome ne devrait plus tarder à sortir. Forcément, il endosse la lourde charge de planter le décor et de présenter toutes ces figures incontournables qui colorent le quotidien de Metropolis.
Le premier épisode intitulé "l'homme d'acier" raconte l'affrontement de Superman et de son clone robot maléfique, dont le commanditaire n'est autre que l'horrible businessman Lex Luthor, l'ennemi numéro 1 du héros...
Son ennemi numéro 1, mais pas son seul opposant ! Le cyborg Metallo est le trouble-fête de l'épisode 2. Défiguré, puis maintenu en vie avec une carcasse de fer, il résistera juste assez longtemps pour permettre au héros de s'illustrer, dans une ville où ses exploits commencent à créer l'effervescence.
L'histoire suivante nous rappelle qu'il y avait aussi des fourbes sur l'idyllique planète Krypton : Brainiac en est la preuve. Cette intelligence artificielle a dérobé et emmagasiné toute les connaissances scientifiques, toutes les découvertes faites dans les labos de Krypton avant de fuir sur Terre _et d'échapper ainsi à l'explosion fatale. Tout ce qui manque à Brainiac, c'est un "globe" magique qui a été légué à Superman par ses parents, et qui lui permet de revivre en boucle l'Histoire de sa terre d'origine : il va essayer de le lui subtiliser en lançant une armée de chats noirs robotisés (?) sur Metropolis... Ok, pourquoi pas... Mais le rescapé de Krypton n'a aucune envie de lui céder ce bijou de famille.
L'épisode 4 se focalise sur Jimmy Olsen, le jeune photographe du Daily Planet qui débute dans le métier et qui se lamente de ne pas être pris au sérieux par son boss. Une course poursuite entre Superman et les sbires de Lex Luthor va lui donner l'occasion de s'illustrer.
On arrive au chapitre 5, le moment "presque féministe" de l'album ; suite à un fâcheux coup de foudre, l'animatrice radio Leslie Nillis est devenue la maléfique Electra. D'habitude, elle est furieusement remontée contre Superman, qui est indirectement responsable de sa transformation, mais ici ce n'est pas le propos : elle se découvre un soudain (et véritable) besoin de défendre la cause des femmes dans les médias. Tant d'altruisme pourrait en bouleverser plus d'un... mais qui croit encore en la sincérité d'Electra ?
Quelle horreur que ce petit elfe teigneux au nom imprononçable ! J'ai beau chercher dans mes souvenirs, je crois que Mister Mxyzptlk m'a complètement échappé. Ici, il entraîne Superman dans une histoire rocambolesque où le héros devra remonter le temps pour empêcher qu'une chaîne d'événements catastrophiques se produise. Metropolis est menacée !
Une fois n'est pas coutume, les épisodes 7 et 8 se suivent. Le professeur Hamilton et son équipe ont inventé une machine capable de rétrécir les malfaiteurs : comme ça, ils prennent moins de place en prison. Encore faut-il les tenir à l'oeil ! En se moquant un peu vite du général kryptonien Jax-Ur et son associée Mala, qu'ils viennent de réduire à la taille d'un trombone, Superman et Hamilton relâchent leur vigilance. Les deux "méchants" prennent le contrôle de l'appareil et parviennent à le diriger vers l'Ange de Metropolis. Qui a déjà vu un combat de moustiques ?
"Le retour du héros" sort du lot : cette aventure est plus émouvante que les huit précédentes réunies. On quitte le petit univers du Daily Planet pour découvrir le quotidien d'une famille ordinaire de Suicide Slum, un quartier populaire de Metropolis. Frank a deux héros : Superman _parce qu'il l'a vu sauver un chien prisonnier des flammes, et Lex Luthor _parce qu'il est riche. Ce dernier est juste responsable de la mort de son père, mais évidemment il ne le sait pas.
Avec son sourire figé et ses yeux énormes, Toyman est sans doute le méchant le plus inquiétant de Métropolis. Sachez que dans cette ultime péripétie, on tombe dans le vice pur et dur : Superman doit gérer des figurines programmées pour voler l'argent de poche des enfants pendant qu'ils dorment ! Le super-héros va pouvoir compter sur l'aide de la jeune Tasha pour stopper les frais.
De toutes ces histoires courtes, sympathiques, très faciles à suivre, deux chapitres m'ont particulièrement marquée.
Peut-on faire sa meuf à Metropolis ?
Prenant appui sur le personnage d'Electra, "L'équilibre des pouvoirs" (chapitre 5) révèle de fortes inégalités entre hommes et femmes dans la belle cité de Metropolis. Après avoir lu cette aventure, on a la pupille assez entraînée pour voir qu'en fait, les disparités sont présentes dans toute la BD. Mais comme elles se produisent sur des événements de second plan, on ne les remarque pas tout de suite.
Cela me fait d'ailleurs penser à une émission que j'ai écoutée en podcast il y a quelques semaines : invitée de Spotlight, la journaliste Marine Turchi expliquait qu'elle avait analysé des heures d'émissions du Masque et la Plume de France Inter, réussissant ainsi à compacter toute une flopée de remarques sexistes proférées par les journalistes : son enquête met en évidence l'ambiance misogyne du programme. En tant qu'auditrice occasionnelle du Masque, j'avoue que ça m'a fait un vieux choc : évidemment j'ai déjà pesté en entendant un chroniqueur faire une remarque déplacée, ou s'allier à deux autres bourrins pour mieux rabrouer leur collègue journaliste. Mais ça restait un micro-drame sur une heure de radio, vite noyé dans le flot culturel. Sans même lire l'article, le résumé qu'elle en fait dans le podcast fait prendre conscience de la gravité du problème.*
Iris Brey était l'autre invitée de l'émission.
J'ai pas encore lu ce livre,.
C'est un peu pareil pour les filles, dans Superman. A la première lecture, on ne fait pas attention, parce que nos préjugés sont tellement ancrés en nous que certaines situations ou paroles clairement sexistes ne nous font pas réagir. Mais une fois que le déclic a eu lieu, on ne voit plus qu'elles.
"On dirait c'est la faute de l'infirmière" T'avais qu'à être là, mec ! Au lieu de gueuler comme un putois... Où est le respect des soignants ?
Bref.
En prenant la foudre, Electra a gagné les pleins pouvoirs sur l'électricité : cela lui permet de faire à peu près tout ce qu'elle veut.. sachant qu'elle ne veut pas toujours le bien des gens. Au début de notre histoire, elle est sur un lit d'hôpital, mise à l'isolement depuis un certain temps. Alors qu'elle écoute la radio pour tromper l'ennui, elle entend un animateur bien rétrograde en mettre plein la gueule aux femmes.
Electra a alors une révélation : dorénavant, elle utilisera ses dons pour défendre la cause des femmes. Sans aucune difficulté, elle disparaît de sa chambre et n'attend pas pour faire des siennes : surgissant d'un écran d'ordinateur de la rédaction du Daily Planet, elle met le grappin sur Lois Lane. Pourquoi vient-elle l'informer de ses projets ? Peut-être pour la rallier à sa cause ? On ne sait pas trop. Ce qui est certain, c'est que la journaliste ne lui fait pas du tout confiance. Electra a beau jouer la carte de la sororité, la journaliste refuse de parlementer avec elle.
Peu de temps après, les braves gens de Metropolis remarquent que les chaînes de télé ont été sabotées : au JT, seules les éditions présentées par des femmes sont diffusées correctement ! Une grande première... Toutes les rédactions doivent donc méchamment bousculer leur mode de fonctionnement habituel, puisque généralement, seuls les hommes se retrouvent face à la caméra.
Une première entrevue entre Electra et Superman _il fallait bien des gros bras pour rétablir cette insupportable situation de femmes aux commandes de la presse_ donne du fil à retordre au héros. "L'équilibre des pouvoirs" est sans doute la seule aventure qui mettra Superman en grande difficulté, incapable de vaincre sereinement son ennemi. Il en chie tellement qu'il s'abaisse à aller chercher son ennemi Lex Luthor, pour qu'il l'aide à mater cette gonzesse. Visiblement, l'émancipation des femmes est un cas de force majeur, nécessitant une alliance aussi mesquine qu'improbable, et pas mal décevante pour qui adule Superman.
Un duel à la loyale (hum) est organisé entre Electra et Superman. Ambiance combat de catch. Lex est tapi dans l'ombre, prêt à dégainer si ça devient trop tendu pour le héros _et il va faire ça très bien. Eh ouais, devinez quoi : ils finissent par glorieusement la défoncer, à deux contre un... Une pirouette scénaristique permettra à Superman de sauver son image de gentil, se délestant de sa goujaterie sur Lex Luthor. Electra au tapis, les télés remarchent et les femmes reviennent sagement à leur place, ouf, on l'a échappé belle. Fin de l'histoire. Pff.
Le lecteur ouvert d'esprit a quand même de quoi être décontenancé : si l'intention et l'idée de départ de l'aventure sont plutôt bonnes, le final prend quand même des airs de triomphe de l'homme sur la femme. Est-ce une hésitation des scénaristes à créer une issue plus "osée" ? sont-ils sciemment pessimistes ? En tous cas, on ne sait plus trop sur quel pied danser. Un peu comme quand une personne essaye de vous faire un compliment, mais qu'elle se foire par maladresse, donnant l'impression de vous vanner plus qu'autre chose. Comme vous tirez un peu la gueule, elle essaie de redresser la situation, mais ne fait que s'enfoncer. Ou alors j'exagère : les dernières vignettes laissent entendre que si Electra a perdu la bataille, elle a peut-être semé ses graines auprès de la journaliste Angela Chen et de Mercy, l'"assistante" de Lex Luthor.
Bien que ces deux femmes soient des personnages secondaires du petit monde de Superman, elles sont néanmoins très présentes dans la série.
Reprenons l'album depuis le début, en nous concentrant sur les figures féminines. On distingue deux catégories de filles : les fortes personnalités et les bobonnes.
La journaliste Angela est constamment en mode hyène : toujours tirée à quatre épingles, prête à vanner, un brin opportuniste, un sujet de travail l'intéresse à partir du moment où il est vendeur. Elle a compris que le pouvoir et les scoops ne viendraient pas à elle, mais qu'en se bougeant un peu le cul elle pouvait attraper une part du gâteau. L'éthique, la déontologie, les valeurs du journalisme... elle en parlera quand elle aura du temps. Pour l'instant, elle a un témoin important à interviewer. Pas de pitié pour les croissants ! Et n'allez pas essayer de lui carotter une heure sup. L'exemple à suivre... pour qui veut se faire du blé.
Evidemment, Electra crève les vignettes dans lesquelles elle apparaît ; pas la peine d'en remettre une couche puisqu'on a déjà beaucoup parlé d'elle, mais il me semble que c'est LE personnage à retenir de ce premier tome de Superman Aventures. Même rendue flagada par les scientifiques des S.T.A.R Labs, puis réduite à l'état de poupée de chiffon par la cousine taser de la Grosse Bertha (merci Lex Luthor), la peste survoltée garde un bon espoir de revanche. Elle reviendra, c'est certain.
Tasha, la nièce de Ron, apparaît dans la toute dernière histoire _celle des figurines possédées voleuses de pièces jaunes. C'est une bonne surprise qui touchera les jeunes, puisqu'elle montre qu'on peut être une gamine et avoir autant de jugeote qu'un adulte, si ce n'est plus. Seul Superman accordera de l'importance à ses "théories" d'enquêteuse qui font bien marrer tout le monde.
Passons aux bobonnes qui se sont mises au service des méchants : Mercy et Mala. Elles sont d'autant plus énervantes qu'elles sont complètement indispensables à la réussite de leur connard respectif, mais demeurent toujours en retrait _ ça se voit jusque dans les dessins.
Le premier qui me dit que Mercy est mise en valeur parce qu'on voit son visage en entier, je le fracasse.
Le pire, c'est que Mercy sait très bien bolosser les gens, quand elle veut. Pourquoi adopte-t-elle un comportement de toutou au contact de Lex Luthor et s'abaisse-t-elle à lui faire des massages ? A ce niveau-là, j'espère au moins qu'elle se le tape.
Même tarif pour Mala, la subordonnée du général kryptonien borgne Jax-Ur. Enfin presque, car Mala tente quand même de s'imposer... sans succès. Une scène de l'épisode "Question de taille" est quand même hyper énervante : alors que Jax-Ur a trouvé un moyen de retrouver sa taille normale, puis de carrément devenir un géant, il refuse d'en faire profiter Mala, qui est pourtant son alliée. Réaction de celle-ci : "bien, Général", avec un regard plein de lassitude. Il l'a envoyée se faire foutre, donc elle accepte. C'est la vie. Ils devaient être un peu protestants, sur Krypton. Putain.
"Il ne peut y en avoir qu'un comme moi"
Ouais je sais, les photos sont pourries.
Je voulais parler de la rousse amoureuse de Superman dans le deuxième chapitre. Celle qui tourne aux bretzels et qui se proclame en couple avec le super-héros. Celle qui fait semblant d'être au bord du gouffre juste pour que le héros en collants vole à son secours. Devinez quoi : à force de jouer avec le feu, elle finit par avoir de vrais problèmes ! Cette fille _est-ce qu'on dit son nom, même ? n'est pas vraiment "soumise", mais elle est tellement calamiteuse et insignifiante qu'elle dessert l'image de la femme. Gommons ce personnage.
Avec sa grosse bouche, là !
Entre ces deux catégories, Lois Lane se promène sans jamais clairement se positionner. Tantôt femme forte qui revendique ses principes de journaliste exemplaire, asexuée capable de mettre des coups de pression à ses interlocuteurs pour que le travail soit fait dans les temps, tantôt victime qui n'attend que d'être sauvée par les muscles de Superman, Lois est difficile à cerner. A première vue, cette fille n'a pas de vie : son hobby le plus exaltant consiste à bizuter ce mou de genou de Clark. Mais faisons comme elle : ne nous arrêtons pas aux apparences. N'oublions pas non plus que cette série respecte à peu près la chronologie du "mythe" de Superman : dans cette première BD, le héros vient juste de réaliser quelques exploits à Metropolis. Il est très mystérieux, on n'est pas certain qu'il soit bien intentionné, et Lois n'a pas encore eu le temps de tomber sous son charme. Pas la peine, donc, de juger la journaliste trop vite car, en bon personnage principal, elle va sans doute considérablement évoluer. Pour l'instant, elle a juste une grande gueule, rien dans le ventre et ne se prend pas pour de la merde. Mais tout cela va changer, c'est certain.
Elle fait bien de préciser car cela n'a rien d'évident.
Tapage médiatique
Contrairement aux apparences, le but de cet article n'est pas de démolir une BD qui remplit très bien son rôle de divertissement ; ces quelques remarques faites sur les personnages féminins mis en scène ne doivent pas vous en détourner.
Je n'ai pas envie de trop enfoncer Lois Lane de toute façon, car elle a le mérite de mettre en valeur le métier de journaliste. En lisant l'album, vous remarquerez qu'une partie non négligeable de l'action se situe dans les bureaux du Daily Planet. Assister à la vie de la rédaction nous fait réfléchir à l'impact des médias sur la bonne société de Metropolis.
Superman nous est d'abord présenté comme phénomène médiatique : grâce à ses sauvetages, il fait le buzz avant l'heure. S'il est souvent sujet d'enquêtes, il connaît à peu près toutes les ficelles du métier de journaliste, et pour cause : il redevient le journaliste Clark Kent lorsque sa mission est accomplie. Sous son air innocent, Kent observe et protège son identité de super-héros, se garde bien de prendre parti : n'en demandez pas trop à Clark-la-Suisse. Il est nouveau, vous savez...
Lois se méfie du gars qui vole _ n'oubliez pas de croiser vos sources ! Angela se frotte les mains en pensant à son futur scoop _vivement le prochain exploit !, Brainiac s'appuie sur une bête rumeur pour attirer Superman dans un traquenard. Le jeune Jimmy Olsen se bat pour faire reconnaître ses talents de photographe, gagner quelques dollars et faire son trou au Daily Planet. En piratant les radios et la sainte télévision, Electra sait qu'elle frappe fort et que son message va être entendu : effectivement, la situation est très vite considérée comme urgente. Les scénaristes nous font cadeau d'un bel exemple de censure au standard dans l'épisode "L'égalité des pouvoirs", en nous présentant un animateur radio qui coupe la parole aux intervenants qui ne partagent pas son avis.
A une époque où Internet n'est pas encore un passage obligé dans la recherche d'informations, les médias de masse sont un peu les baromètres de la société : ils sont présents dans presque tous les chapitres, et pas seulement pour agrémenter le décor...
Luthor le self-made-man
...C'est devant l'écran de télé d'un appartement miteux qu'il partage avec sa mère et sa soeur que Frank assiste au discours de Lex Luthor, son héros. On pourrait se demander d'où sort l'admiration de ce jeune homme vénère pour l'homme d'affaires véreux. En principe, quand on est pauvre, on est censé détester les riches qui se la pètent, non ?! Il explique à sa soeur, qui ne pige pas sa nouvelle lubie : Lex est devenu son "modèle" lorsqu'il a compris qu'il n'était pas un bourge comme les autres : lui aussi a grandi dans un quartier populaire. S'il a réussi à s'extirper de sa condition, c'est grâce à son travail et à sa persévérance.
Pour Frank, le Lex Luthor qu'il voit sur le petit écran est un exemple, une autre pointure que son père le taulard mort en prison, dont sa mère défend obstinément la mémoire. Il ne connait rien des circonstances de la condamnation de ce père qu'il méprise, sans quoi son jugement serait sans doute plus nuancé. Mais le moment des révélations approche.
Si vous aimez les histoires de lutte des classes, d'ascension sociale et de méchants qui ont un sens de l'honneur caché au plus profond d'eux-mêmes, "Le retour du héros" sera sans doute votre chapitre préféré.
Le détail qui fait plaisir
Entre chaque chapitre, une "fiche-personnage" vient se glisser, en guise d'intermède. C'est marrant, c'est plutôt dans les mangas qu'on voit ça, d'habitude ! On y apprend le nom du personnage, son statut (gentil ou méchant, en gros), qui sont ses amis, ses ennemis, de quelle planète ils viennent... Cette idée est la bienvenue pour les novices, qui pourront tout de suite se repérer dans l'univers de Superman sans passer par les classiques. Les connaisseurs y trouvent aussi leur compte puisque ces fiches précisent la date de la toute première apparition du personnage dans un comic-book, puis dans la série animé.
Bande de rageux !
Dit-elle après avoir défoncé le chapitre 5. Mais je le redis : c'était pas si mal, et les scénaristes ont le mérite d'avoir essayé de parler féminisme !
Autant le préciser d'emblée, les auteurs ont ciblé un public jeune. Pas de gros mots, pas de combats gores, pas de cul, pas de quête identitaire... juste une succession d'histoires très accessibles dans lesquelles Superman s'illustre et finit par l'emporter. Je préfère le préciser car j'ai lu ça et là des critiques négatives sur cet album, lui reprochant notamment sa fadeur, ses intrigues simplistes, un fâcheux manque de suspense, l'absence d'un fil rouge qui lierait les chapitres entre eux ; ah ah, ce n'est pas faux ! Sauf que vous oubliez que ce sont des histoires pour enfants. Pour un jeune lecteur qui veut se distraire un peu, avec une BD pleine de couleurs vives, il me semble que c'est tout aussi convenable qu'un Picsou Magazine. De plus, cet univers risque d'être une vraie découverte pour eux, car la série Superman, l'ange de Métropolis commence à bien dater : je ne suis pas sûre qu'elle ait été diffusée à la télé dernièrement.
Paul DINI (scénario) Rick BURCHETT (dessin) ; Terry AUSTIN (encrage) ; Marie SEVERIN (couleur). Superman Aventures - Vol. 1. DC Comics. Coll. Urban Kids. 2016. 272 p. ISBN 978-2-3657-7854.
Créateurs originaux : Jerry SIEGEL et Joe SHUSTER.