jeudi 10 juillet 2014

Vivre sa vie et autres poèmes - Jan Baetens (2014)


Quelques sueurs froides grâce à l'opération Masse Critique de Babelio _et un peu à moi-même, il faut bien le reconnaître ! A force de cocher au pif tous les livres de la loongue liste d'ouvrages proposés pour être quasi sûre d'en recevoir un "à la maison", je me suis retrouvée avec ce qui pouvait m'arriver de pire : de la poésie ! 


Eh merde !

Au même titre que la musique et le théâtre, la poésie est un art qui me laisse de marbre, inexplicablement ; j'ai eu beau tenter de m'y intéresser de gré ou de force, de l'étudier, le fait est que je ne ressens absolument rien quand je m'y frotte. C'est balo !  

Tout ça pour dire que ça va être raide de faire une critique de l'ouvrage réceptionné cette fois-ci, étant donné que mon défi perso était d'arriver à lire le recueil jusqu'au bout. Aussi la suite des événements relèvera-t-elle du facteur chance. Si jamais je parviens à me faire un avis quelconque sur Vivre sa vie et autres poèmes, et surtout, si j'arrive à l'exprimer, ça veut dire que vous êtes tous cocus. Oui. Tous.  



Ok ! J'arrête de vous raconter ma vie ! Parlons du bouquin _et de son auteur. 


Jan Baetens est un prof, écrivain et critique littéraire flamand qui a choisi de composer ses vers en français ; ces dernières années, il a coiffé sa casquette de poète à plusieurs reprises et s'est montré assez prolixe en publiant plusieurs recueils : Vivre sa vie, une novellisation en vers du film de Jean-Luc Godard, Slam ! Poèmes sur le basketball, Cent ans et plus de bande dessinée, Cent fois sur le métier... 
  
Sorti en 2014, Vivre sa vie et autres poèmes est une anthologie essentiellement composée de poèmes publiés dans Vivre sa vie, donc, mais aussi dans Autres nuages, Cent ans et plus de bande dessinée et Cent fois sur le métier. De plus, Jan Baetens a eu la bonne idée d'accompagner ses créations de réflexions sur sa manière d'écrire et sur sa vision de la poésie : voilà de quoi nous donner quelques pistes de lecture.  


Vivre sa vie et autres poèmes, une anthologie en quatre temps

Le recueil s'ouvre sur une sélection de poèmes publiés dans Autres nuages (2012). Abordant les thèmes de l'inspiration et du travail d'écriture poétique, les vers sont illustrés de plusieurs copies en noir et blanc des gravures sur bois d'Olivier Deprez.

Une gravure sur bois d'Olivier Deprez, trouvée ici

C'est une belle entrée dans l'aspect "concret" du "métier" d'écrivain, tel que Jan Baetens veut nous le présenter, à plusieurs chapitres qui évoqueraient presque la notice d'un meuble IKEA : "1. Comment les sujets viennent aux poètes" ; "2. Thèmes et variations", "Étude de nuage I", "Étude de nuage II"... Le tout, sans avoir la prétention de nous faire rêver, sans nous ménager :

"Le poète au chômage se recycle.
Combien rapporte le passage à la prose ?" 
"Étude de nuage IV", p.54   

Comme vous l'avez compris, le nuage, emblème de tous les poètes et autres gens à l'ouest, est disséqué, passé à la moulinette, associé à toutes les phases de l'écriture _et même à l'angoisse de la page blanche, jusqu'à être aussi frais qu'une barbe à papa abandonnée en plein soleil.

Désolée, j'ai pas pu m'en empêcher !

Suite à cette série d'"étude de nuage", finalement assez parlante, même pour moi !, Jan Baetens a disposé une dizaine de poèmes inspirés d'oeuvres diverses : des tableaux (Le 16 septembre de Magritte), des textes (Forests, essai de Robert Pogue Harrison), des films (Taxi Driver de Martin Scorsese), des photos (Photographies, Kiarostami). Autant de pièces sublimes qui vous passent complètement au-dessus si vous n'avez pas vu / lu les livres, films ou tableaux auxquels l'auteur fait référence.

Car ce qui est marrant, dans un texte littéraire, c'est son côté "mille-feuilles" : tu découvres le sens premier, tu grattes un peu la peinture et puis tu trouves une signification implicite, voire plusieurs. Mais ça ne fonctionne que tu as les bons outils pour interpréter, l'attention requise, et souvent, les bonnes références culturelles. Quand tu ne les as pas, tu es frustré comme quand tu te retrouves au milieu d'un groupe de gros cons de bourges dont tu ne partages pas les centres d'intérêt ; c'est d'autant plus désagréable que tu n'as pas de motif assez puissant pour te permettre de leur latter la gueule une bonne fois pour toutes. Enfin, la culture, elle est récupérable, elle !    

Cela dit, Vivre sa vie et autres poèmes trouve peut-être sa force dans son côté "hypertexte", dans le sens où il nous renvoie à d'autres formes d'arts, à d'autres artistes : comme quoi, on peut se plier à des contraintes de formes lorsqu'on écrit de la poésie, donner à son poème l'apparence d'un saucisson soigneusement ficelé, sans l'emmurer pour autant !
   
Et encore... Comptez pas sur moi vous vous dire si c'est un sonnet, définir la richesse des rimes et faire des petits ponts pour dénombrer les syllabes, mais à vu de nez, Jan Baetens est volontairement assez free dans sa manière de mettre en forme ses poèmes, et joue avec notre souffle en privilégiant les vers courts, sans trop tenir compte de la ponctuation.


Continuons avec "Vivre sa vie", dont les différentes pièces font partie du recueil du même nom, publié indépendamment en 2005.

Oui, la critique suivra l'ordre des différents chapitres de l'anthologie !
Mes profs disaient toujours : "Evitez l'analyse linéaire, la paraphraase, sinon vous allez être tentés de séparer le fond, la fooorme, gnagnangna..." Ils n'avaient pas tort, mais là, je galère trop. Et puis, oh ! on est en vacances ou on n'est pas en vacances ?? Merde ! Pourtant, je devrais suivre le conseil ; car, dans sa postface, Estelle Mathey* insiste sur le sens qui émerge de la forme des poèmes de Cent fois sur le métier, aussi bourrés de contraintes, aussi laborieux que les professions dont ils nous parlent.


Jan Baetens a écrit Vivre sa vie en pensant fortement au film du même nom réalisé par Jean-Luc Godard en 1962. Que je n'avais jamais vu, évidemment, bien que ce soit un "classique". Enfin, je veux pas faire ma gosse, mais avouez que ça donne pas trop envie, quand même :

Allez, n'ayons pas peur de le dire : c'est perché !


Du coup, je l'ai regardé, et je compte me pencher un peu mieux dessus une fois que j'en aurai fini avec cette critique. Petit rappel de l'histoire au cas où il y aurait plus inculte que moi : Nana est une jeune femme apparemment très seule. Elle a besoin d'argent. Comme personne n'a pu lui prêter 2000 francs, elle se fait jeter de son logement et se retrouve à la rue. Elle tombe alors dans la spirale de la prostitution.

Les poèmes de "Vivre sa vie" trouvent leur source dans les différents "tableaux" qui composent le film de Godard, mais savent s'en détacher : pour Baetens, le but du jeu n'est pas tant de "mettre en vers" les scènes du film que capter tout ce qui relève du "quotidien" de Nana et de s'en emparer.

"un kleenex taché de rouge
à lèvres un rapide baiser
avant après un baiser blanc
un kleenex blanc puis après
la lèvre la candeur jouée" 

 
Les pièces du grand puzzle de Baetens "sélectionnées" dans Cent ans de bandes dessinées et Cent fois sur le métier sont moins nombreux mais méritent tout autant d'attention.

Les uns font référence à de nombreux scénaristes et dessinateurs belges, américains ou français, ce qui plaira beaucoup aux connaisseurs et laissera un peu les autres sur la touche... Mais là, encore, c'est l'occasion de rendre cette anthologie utile pour faire ses propres découvertes.

"Hal Foster, 1,2 ... X

Dans 200, 2000 ou 20000 ans, 
quand l'homme enfin
Homme 
au carré 

se retournera
sur les cris, le cache-sexe, la coiffure
et la protosémiotique
de ce qui sera devenu un postsciptum

du 
pithécantrope
Americanus 
(variante oubliée : 

Amen Icarus), quels montages
 déploira-t-il 
d'ingéniosité
pour distinguer 

le père de Tarzan de l'inventeur 
du Retour
du réel (MIT Press, 1996) ?"
"Cent ans de bandes dessinées", p.163

Les autres abordent une multitude de métiers, toujours associés plus ou moins directement à la démarche d'écriture du poète ; le titre du chapitre y fait d'ailleurs référence : "cent fois sur le métier" rappelle l'incitation de Boileau, dans son Art poétique, à remettre "vingt fois sur le métier" son texte à fin de l'améliorer au maximum. Vous croiserez ici des professions sont plus parlantes que d'autres, mais toutes logées à la même enseigne : roi, concierge, "pleinairiste", démonstrateur du salon des arts ménagers, philosophe, garagiste...

"Le douanier

Mots et valises, 
Je vous déclare
Mari et femme."
Cent fois sur le métier, p.200
  


On limite la casse 

Ouf ! Comme m'a dit Mélina, en feuilletant ce livre tout de noir vêtu, tandis que je lui exposais mes profondes angoisses face à tout ce qui se distingue un tant soit peu de la prose : "ça aurait pu être pire !"**

En effet, Jan Baetens dit s'être imprégné de l'oeuvre de Francis Ponge, LE mec qui a écrit Le parti pris des choses, portant aux nues des objets du quotidien et ce, sans faire de vers, et qui failli me réconcilier avec la poésie. Failli, parce que bon, faut pas déconner. Mais c'était pas loin ! Pour le poète flamand, la littérature en général a un vraie place dans la société actuelle, et la poésie ne fait pas figure d'exception ; forcément "utilitaire", le travail d'écriture est une tâche laborieuse, et l'oeuvre, un "produit fini" dont la valeur est déterminée par le temps qu'on y a passé. Jan Baetens s'ancre volontairement dans la réalité et ne la perd jamais de vue. Connaître ses sources d'inspiration m'a apporté une grande aide pour la lecture, la rendant beaucoup moins pénible et beaucoup plus sensée (souvent, ça marche ensemble...). C'est une approche vivante de la poésie que Jan Baetens nous propose ; qu'on aime ou pas, le fait d'essayer de nous sortir des représentations qu'on se fait de genre littéraire bien... spécial est une intention louable : valorisons-là !

Écrire en français 

Dans la vie, Jan Baetens s'exprime en néerlandais mais il préfère écrire en français. Personnellement je trouve ça plutôt admirable de composer dans une langue étrangère avec autant d'aisance (parce que, franchement, si on ne le sait pas, on ne peut pas le deviner), mais lui semble ne pas être à l'aise avec son choix : dans la préface comme dans la postface, il ne cesse de s'en justifier _ et enchaîne les arguments jusqu'à se contredire !

Il semblerait qu'il ait pris soin de ramener régulièrement le sujet sur la table par crainte de créer un scandale diplomatique dans une Belgique en pleine crise d'identité, et d'être accusé de "trahison" par ses compatriotes flamands. Mais on soupçonne derrière un malaise plus personnel, qui l'amène à remettre "cent fois sur le métier" sa décision -ou non-décision linguistique. Enfin, on le sent, mais rien ne le prouve. Je me fais peut-être des films.

A moins qu'il ait juste voulu se faire mousser !


BAETENS, Jan. Vivre sa vie et autres poèmes. Espace Nord, 2014. ill. 256 p. ISBN 978-2-930646-79-4




Merci à Espace Nord et à Babelio !

* Prof de littérature française à l'Université Catholique de Louvain.
** C'est bien ça que tu as dit ? Désolée si j'écorche tes propos, mais c'est l'effet RER B !




   

lundi 7 juillet 2014

Bonnes vacances...

... A ceux qui en ont. Courage aux autres !



mercredi 25 juin 2014

Au revoir ! (1)


Je vous entends déjà : "ah ça y est, elle va enfin arrêter de nous casser les burnes avec son blog, celle-là !"

Ben non ! Pas du tout !
Aujourd'hui, les enfants, on va parler des gens qui se disent au revoir, parce qu'ils sont polis, eux !!





On ne peut pas passer toute sa vie aux côtés des mêmes personnes, sinon on s’entre-tuerait et/ou on perdrait l'envie d'aller vers les autres, ainsi que la curiosité de connaître de nouvelles personnes. Chacun a ses projets, ses contraintes, sa route à suivre, etc, bref : je vous apprends rien. Mais quitter les personnes avec qui on a passé un peu de son temps de vie reste difficile quoi qu'on en pense. Bien que ce soit plus saaiin et souhaitaaable et bla bla bla. Donc, si vous avez des méthodes pour gérer les séparations, je prends, j'achète, je récupère ; car même à force de vivre et revivre des situations quasi-similaires années après années, je n'ai jamais réussi à appréhender les départs autrement qu'en étant amère avec les personnes concernées.


Bubulle, pas d'affolation ! Je ne parle pas de rupture, juste de séparation en général (des amis, des gens que tu vois au quotidien, des lieux aussi !)   


Faute de mieux, je vais essayer de faire la liste de toutes les fois où, mes compagnons de galère et moi avons dû sortir les mouchoirs pour cause de delta du Rhône imminent. Qui sait, à force je verrai peut-être ce qui cloche. J'ai beau mettre de la distance pour ne pas trop m'attacher aux gens, le constat est le suivant : à la fin, c'est toujours un carnage !

Ne nous plaignons pas, cela dit.

J'en connais pour qui c'est pire, en ce moment-même, et c'est un peu à eux que je pense en vous racontant ma vie comme si j'étais sur un vieux Skyblog. Comment ça, ça fait pitié ? Je m'en branle ! C'est mon blog, j'y mets ce que je veux, bande de suceurs !  

A part ça : qui veut un café ?


Merci les collègues ! 

Août 1992. Après avoir passé l'été chez ses grands-parents, locataires saisonniers de la maison près de chez moi, et accessoirement cons comme des balais, ma pote Paola repart à Wattrelos, près de Roubaix. Son arrivée a d'abord été synonyme d'intrusion dans mon univers _vu qu'il n'y avait jamais personne dans cette baraque, je m'étais approprié le jardin, en toute logique. Mais on a vite trouvé des terrains d'entente.

Paola avait deux ans de plus que moi et une grande expérience de la vie, puisqu'elle avait été opérée de l'appendicite. De surcroît, elle se promenait toujours avec un baladeur cassettes multicolore ; un soir, on a écouté l'histoire de Barbe Bleue. Je n'ai pas gardé un grand souvenir de ce conte car elle m'avait filé l'écouteur qui ne marchait pas.

Mais c'était bien.

Et un jour mes cousins ils sont allés dormir chez ma grand mère, alors j'ai dormi dans la chambre du bas car j'avais prêté mon pull. 

(Non, ça c'est dans la Cité de la peur.)




Autant dire que les adieux ont été difficiles, et pleins larmes, surtout pour ma mère que je n'avais pas l'habitude de voir pleurer en août (elle se déshydrate régulièrement entre janvier et avril, mais pratiquement jamais entre mai et décembre). Paola pleurait, les vieux s'agaçaient en chargeant la Renault 25, ma mère avait les yeux rouges. Ma soeur ne captait rien, la bienheureuse. Mon père était à l'usine, et de toute façon il n'aurait pas été trop affecté par l'au revoir puisqu'il avait passé l'été à me demander, non sans un certain agacement : "Mais c'est qui, Paula, en fait ?" alors que la fille venait regarder Intervilles chez nous pratiquement chaque semaine.

De l'autre côté de la haie, mes grands parents essayaient d'attirer l'attention en avançant de quelques heures leur engueulade quotidienne.

Puis la voiture est partie dans le brouillard, en crachant un nuage de fumée ; Paola nous a fait au revoir avec sa main à travers la vitre, comme dans les films _ rigolez pas, c'est vrai ! La génitrice de mon père s'est ramassé un coquard qu'elle a pu exhiber dans le village pendant une semaine, et la vie a repris son cours.

L'année suivante et une carte postale plus tard, Paola est revenue avec ses deux gros chiards de frère et soeur de merde (Mariano et Anaïs), ce qui a considérablement mis à mal ces gros délires qu'on était bien les seules à comprendre : ils nous suivaient partout, les boulets ! Alors que, notez, ma soeur à moi nous foutait relativement la paix.

Eh ouais, ma première pote était une ch'ti. Cela explique peut-être le désir de solitude qui guida par vie par la suite. Toujours est-il que quand elle partait, j'étais effrayée à l'idée de ne plus jamais la revoir.

Et en effet, je l'ai rapidement plus jamais revue !  




samedi 21 juin 2014

L'hérésie du mois : fuck le CDDP des Hauts de Seine.


JE SAIS, ce n'est ni intelligent, ni très convenable _ ni très audacieux. 

Mais ça fait beaucoup de bien après toutes les fois où j'ai du y rentrer à 6 ou 7h du matin avec ma pauvre convoc pleine de fautes d'orthographe, pour en ressortir vidée (mais pleine...) avec des dizaines de feuilles de brouillon roses ou vertes.    




mercredi 28 mai 2014

Drôles de racailles, T.1 - Miki Yoshikawa (2010)


Une semaine après la visite d'inspection, et au soir de deux jours d'émoi au bahut, je me pose trois minutes pour vous parler manga. Mais avant toute chose, je ne peux m'empêcher de poser le cadre des dernières heures passées au boulot, car certains événements méritent quand même d'être immortalisés, voire partagés, en cette fin d'année scolaire.
     
"Pas de portable, pas de chewing-gum, et pas de flingue !" 

Hier, date d'anniversaire de Val _ jusque là tout va bien, on découvre un flingue, un vrai ! dans le sac de cours d'un sixième. Évidemment, les flics débarquent aussitôt pour se le mettre dans la musette.



Dans la foulée, les trois gamines qui se sont amusées, la veille, à me chouraver ma sacoche pourtant bien planquée dans un placard du CDI se dénoncent, croyant que la police est venue au collège pour mener l'enquête et les arrêter. Ah oui, rassurez-vous : j'ai récupéré la pochette intacte, avec tous mes papiers, billets de train, tickets de caisse... et même le liquide, qu'elles n'ont pas été foutues de trouver en fouillant un peu. La plus frappée des trois a fondu en larmes précisément au moment où je lui ai fait remarquer qu'elle était passée à côté de 50 balles faciles* alors que quelques minutes avant, elle vivait plutôt bien avec sa conscience.   

L'incident du pistolet nous a bien sûr considérablement alarmés, les uns comme les autres, plombant tout notre après-midi jusqu'à la soirée d'anniversaire de Val. Par chance, entre temps, un usager des toilettes de la salle des profs a eu le bon goût de chier à côté de la cuvette, abandonnant son oeuvre sur le carrelage : un scandale chassant l'autre, on a ainsi pu échapper à la psychose.

"C'est bon, j'ai du papier."

Comme la soirée prenait une tournure scato-policière, je me suis souvenue d'un manga récemment acheté et très demandé par les élèves : Drôles de racailles. Pourquoi ? Parce que dans le premier tome de la série, une partie non négligeables des échanges entre les deux héros se passe aux chiottes, pour notre plus grand bonheur.


Drôles de racailles 



J'ai découvert Drôles de racailles par le biais d'un poster trouvé dans le magazine Anime Manga, sur lequel les deux héros que vous pouvez voir ci-dessus sont en train de s'enfiler un repas gargantuesque, avec la voracité d'un petit goret du Périgord. Lorsque j'ai placardé l'image sur une armoire du CDI, les gosses _habituellement demandeurs de mangas mais sans plus_ se sont jetés presque littéralement sur mon bureau pour savoir "si on l'avait, parce que c'est trop bien". Intriguée par leur enthousiasme, j'ai lu le premier volume dès que j'en ai eu l'occasion et...

... ce fut une lecture pour le moins déroutante, dirons-nous. A vrai dire, les premières pages m'ont laissé l'impression de n'avoir jamais rien lu d'aussi débile.

Adachi et Shinagawa n'ont a priori rien en commun. Elle, c'est la déléguée de classe à l'allure d'intello, collée aux profs et sans amis. Lui, c'est le rebelle, celui qui sème la terreur lorsqu'il prend la peine de venir en cours _ fait plutôt rare, en fin de compte : il préfère de loin s'enfermer dans les toilettes et fumer des clopes, assis sur le trône.

Voilà l'image que les deux lycéens se construisent et qu'ils projettent aux autres ; et le moins qu'on puisse dire, c'est que tout le monde y croit.

Mais en réalité, Adachi est une "racaille repentie", redoublante, complètement larguée en cours car elle est occupée H24 à refouler ses accès de violence. Shinagawa, quant à lui, n'est pas si con et si hautain qu'il en a l'air : c'est juste une grosse feignasse parmi tant d'autres.
Lorsque Adachi voit en Shinagawa la seule personne qui puisse vraiment la comprendre, elle décide de le suivre à la trace et d'avoir son soutien coûte que coûte : à eux les séances de piscine et les sorties culturelles. Le branleur ne voit pas d'un très bon oeil ce soudain engouement de cette camarade de classe excentrique qu'il considère comme un pot de colle... Pourtant, petit à petit, il va se prendre au jeu pour constituer avec elle un beau duo de bras cassés.  



Même si je n'ai franchement pas été emballée par l'histoire et la manière dont elle est racontée, je reconnais que Drôles de racailles n'est pas dépourvu d'une certaine fraîcheur. Le texte et/ou la traduction française ont vraisemblablement leurs limites et, s'ils se veulent vivants et réalistes, ils laissent la part belle à des "merde", "putain", "mais arrête de venir dans les chiottes des mecs, pauvre tache" : cela m'amène à me demander s'il est souhaitable de présenter ce manga aux 6°-5° (qui sont pourtant ceux qui me l'ont demandé). Le jeu des apparences trompeuses est toujours efficace et intéressant dans les fictions pour la jeunesse, d'autant plus que l'écart extrême entre leur image et eux-même renforce le caractère improbable de leur association. Enfin, si leur relation n'a à première vue rien d'une histoire d'amour en germe, Shinagawa est convaincu que Adachi le poursuit dans le but de se le faire... chose que berk ! il n'envisage pas une seconde avec elle. Pourtant, à chaque fois qu'il pense tirer de la déléguée de classe une déclaration d'amour en bonne et due forme, elle lui sort LA phrase qui tombe à plat et lui montre que non non, elle ne pensait pas du tout à l'éventualité de sortir avec..

Autant dire que son dépit est extrêmement savoureux ! Car oui, vous en connaissez tous, des mecs aux allures de coqs, semblables à Shinagawa. Vous savez, ceux qui jamais, au grand jamais, ne voudraient vous lécher la pomme, mais qui se sentent offensés quand vous leur dites que ça tombe bien, vous non plus ! Plus tard, ce sont aussi ceux qui vous couvent jusqu'à déshydratation quand ils sont seuls avec vous, et qui vous snobent et/ou se foutent de votre gueule quand il sont avec leurs potes. Qui ne comprennent pas qu'ensuite, vous leur résistiez. Qui ont sincèrement des sentiments pour vous, mais qui ne parviennent pas à les assumer, pour une raison ou une autre. Qui vous aiment mais qui sont effrayés à l'idée que les autres perçoivent leur faute de goût. Je dis "ceux" parce que je n'ai jamais rencontré cela chez une fille jusqu'à présent.**

   

Ce matin, la merde oubliée est encore dans toutes les bouches***. L'anecdote du pistolet apporté en classe par un élève l'est aussi... mais moins ! Ah, j'oubliais : un collègue s'est également fait piquer ses clés hier, mais avec tout ça, c'est presque passé inaperçu. Des élèves de troisième partent en stage de révision en Normandie, et les accompagnateurs sont sur le qui-vive car le départ a lieu en début d'après-midi. Personnellement, je me suis contentée de m'illustrer en me présentant tellement bourrée à la chorale que je n'arrivais plus à rassembler assez de lucidité pour comprendre ce que ma collègue me demandait de faire ! Trop de Soho tue le Soho, j'ai vraiment trop de mal à doser... Mais bon, c'est moins pire que sans ; et comme chacun sait, on fait pas d'omelette sans casser des oeufs, on fait pas la fête sans griller sa beuh, qui vole un oeuf vole une meuf, ou des boeufs. On peut aller loin comme ça. Putain, il semblerait qu'à 23h30, j'aie encore des restes de midi.      

Par chance, un petit verre avec une collègue a un peu apaisé la tension de ces derniers jours. :-)


YOSHIKAWA, Miki. Drôles de racailles, 1. Pika Edition, 2010. Shônen. 978-2-8116-0244-4

   
* C'est pas vrai, je n'avais que 20 euros sur moi ; je lui ai dit ça juste pour voir sa tête.
** En fait, si. Une fois !
*** Oui je sais, dit comme ça, c'est particulièrement dégueulasse.

mardi 20 mai 2014

Les ressources inépuisables du Playmobil : la piscaille.






"Vous avez pas chaud ?"

"Si, grave !"

"Fuck"

"Ce guedin !"

"Remarque, c'est pas si con ! 
_ Venez, elle est trop bonne !"




samedi 10 mai 2014

Dessin de mec viril qui en a ...


... des remords !


Tout le monde n'aime pas tuer, mais parfois il le faut ! 
Blood Song d'Anthony Ryan n'est pas si loin de mes crayons : "Il avait déjà vu des hommes ivres auparavant, mais jamais ivres de sang" - p.347

J'avoue c'est un peu laid, mais au moins ça soulage !