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samedi 10 mai 2014

Dessin de mec viril qui en a ...


... des remords !


Tout le monde n'aime pas tuer, mais parfois il le faut ! 
Blood Song d'Anthony Ryan n'est pas si loin de mes crayons : "Il avait déjà vu des hommes ivres auparavant, mais jamais ivres de sang" - p.347

J'avoue c'est un peu laid, mais au moins ça soulage !  


jeudi 19 avril 2012

Les Aigles Décapitées - Tome 5 - Saint-Malo de l'Isle - Jean-Charles Kraehn, Michel Pierret. 1991


        Je continue ma lecture de la série Les Aigles Décapitées en abordant déjà le tome 5 ! L'album "Saint-Malo de l'Isle" constitue le second volet du Cycle breton des Aigles Décapitées, également appelé "Cycle de l'Hérétique".


Où est-ce qu'on en était ? 
      
       Hughes et Nolwenn ont enfin atteint Saint-Malo de l'Isle, où ils doivent remettre au puissant Hélie de Boisboissel la lettre de rançon du marchand Albizzi. Bien des ennuis les y attendent : coursés par des chiens dressés pour attaquer quiconque s'approche de la ville à la nuit tombée, c'est en tant que prisonniers qu'ils découvrent les lieux.

       Ils ne savent pas encore que les notables de Saint-Malo ne voient pas tous d'un bon oeil le retour d'Albizzi, connu pour être un rival de taille. Aussi, lorsque Eudeuline de Lieusel, l'ambitieuse femme d'un marchand faible et vieillissant, intercepte l'urgente missive du naufragé, elle la fait disparaître et s'arrange pour que Nolwenn et Hughes restent en prison le plus longtemps possible. C'est sans compter la ruse et la persévérance des jeunes mariés : il n'est pas question de laisser le brave Sigwald dépérir et se noyer dans l'infection de ses blessures.


Tome 4 et Tome 5 : même combat 
 
       Je ne vous en dirai pas plus, car l'action est tellement fournie, rapide et les chemins des personnages tellement imbriqués les uns dans les autres, que cela devient très difficile à raconter. Autant les lire vous-même, d'autant plus que l'esprit de la BD reste le même que le tome précédent : des femmes fortes et limite castratrices tirent les ficelles de leurs maris, des hommes faibles guidés par leur bite envie d'entretenir leur petit pécule exécutent les voeux de leurs dames. Au milieu de tout ce remue-ménage d'étoffes et de pièces d'or, Hughes, le seigneur en haillons, ne pense qu'à sauver son vieil ami. Une fois de plus, il se retrouve sans rien comprendre manipulé comme un jouet par des hommes qu'il ne connaît pas, dans une situation qu'il ne maîtrise pas, renvoyé d'un piège à l'autre tel une boule de billard sur le tapis vert. Il roule, et il roule... Voilà qui donne à réfléchir ; même le héros le plus puissant ne peut rien contre ceux pour qui il n'est rien d'autre qu'un pion.  


Un record de coups bas 

       Nous n'avions pas eu besoin d'attendre "Saint-Malo de l'Isle" pour comprendre qu'en cas de situations extrêmes, tous les coups sont permis aussi bien pour Hughes, que pour son entourage et surtout ses ennemis. Hormis Sigwald, estropié, et Maître Albizzi, faisant figure d'otage du vicieux Frère Golidard, il ne reste plus un seul personnage demeuré blanc comme neige. Nolwenn est guidée dans tous ses actes par l'espoir de se taper Hughes _et elle y parvient grâce à son succès qui inspire de la reconnaissance au jeune noble, et parvient à les libérer de leur prison en allumant le gardien. Son mari de fortune va commettre l'impair de livrer la lettre de rançon d'Albizzi à Maltravers, le petit naufrageur qui les a suivis à la trace, pour le plus grand bonheur de... plusieurs personnes ! L'heureux récepteur de la lettre va s'empresser de l'utiliser dans son propre intérêt, rendant involontairement service au héros, tandis qu'Eudeuline de Lieusel se réjouit qu'il ne reste aucune preuve du retour d'Albizzi dans les parages. Même Aria, la jeune fille sourde et muette censée représenter l'innocence-même, que Goliard se tape en dépit de l'amour de Nolwenn, nous réserve une belle surprise.    

       Cette suite de coups bas et de concours de circonstances amèneront une fin heureuse pour certains et une vie abrégée pour bien d'autres. Hughes, sa nouvelle femme Nolwenn et ses amis n'auront pas volé leur retour (ou leur entrée) dans une vie tranquille des nobliaux, et ce pour un certain temps. En effet, le cycle suivant nous amènera dans une autre région de la France du XIII° siècle, à quelques années de là. A suivre.     

A propos de Jean-Charles Kraehn 

C'est sans aucune difficulté ni aucun mérite que j'ai trouvé une interview de Jean-Charles Kraehn, que je nomme souvent sans jamais présenter. 

Parties 1 et 2 
  

KRAEHN, Jean-Charles ; PIERRET, Michel. Les Aigles Décapitées. Tome 5 : "Saint-Malo de l'Isle". Glénat. 1991. Coll. "Vécu". 48 p. 




dimanche 5 février 2012

Les Aigles Décapitées - Tome 3 : Les Eperons d'or - Patrice Pellerin, Jean-Charles Kraehn - 1988



Revenons à la bande dessinée Les Aigles décapitées et parlons maintenant du troisième tome du cycle de l'imposteur : "Les éperons d'or". Publié en 1988 par le duo Kraehn - Pellerin, cet album vient clore momentanément les mésaventures poitevines d'Hughes et de Sigwald.


"Tu veux ma photo ?"


Où est-ce qu'on en était ? 


Lancé à la poursuite du Bâtard de Cuzion, le ravisseur d'Alix, Hughes court dans la neige comme un dératé. Il n'a pas fallu plus de quelques minutes d'inattention du pseudo-fils de Renaud pour que la jeune fille téméraire soit rattrapée par le pervers auquel elle venait d'échapper. Il parvient à la déloger des griffes du bonhomme lubrique et de ses compagnons tout aussi vicieux mais s'en tire avec une grave blessure due à une flèche reçue dans l'épaule.

Alix retrouve in extremis le convoi en route pour Poitiers et persuade Ravenaud d'amener Hughes à l'abbaye de Fongombault pour qu'il puisse bénéficier des soins des moines. Le blessé ne va pas revenir à la raison avant la fin de l'hiver, et sa convalescence durera jusqu'au mois d'avril 1242.

Ce troisième tome nous offre un autre point de vue : celui d'Hughes. Contrairement aux deux premiers épisodes qui ne présentaient que les indications d'un narrateur extérieur à l'action, les planches sont ici ponctuées par le regard du héros sur les événements. Ses impressions personnelles apparaissent dans différentes vignettes, notamment au début. Encore plus riche que les précédents niveau action, le texte occupe un espace moins important au profit de l'image, pour un ensemble plus aéré.


L'engagement du héros 

Rappelons-nous la dimension historique des Aigles décapitées. En effet, il faut bien noter une que le héros, Hughes, finit par s'engager pour une cause dont il se moque royalement. Alors qu'il était resté en marge des événements, soucieux de ses intérêts personnels, les dernières vignettes le montrent dévoué au roi Louis IX dont il devient le chevalier. Pourtant, peu lui importe que les terres qu'il parcourt soient gouvernées à distance par un roi basé à Paris, ou par Lusignan et le reste de la noblesse locale. Il n'entre jamais réellement dans le débat, et c'est seulement pour venger Saturnin, empoisonné à sa place, pour venger le messager de Blanche de Castille, pour venger la mort de Renaud le seigneur de Crozenc, en gros, pour s'opposer à Enguerran, qu'il choisit de servir le roi. Si on est tenté de retenir la magie du héros "sans-nom" capable d'influencer l'Histoire pour défendre l'âme de ses amis, il faut aussi remarquer que sa conviction personnelle n'a pas fait l'objet d'un questionnement ; un peu comme quand on vote pour quelqu'un dans le seul but d'éloigner un autre de la victoire. Même lorsqu'il arrive au pouvoir à Crozenc, Hughes n'a rien d'un personnage politiquement engagé. Il est simplement le vassal de Saint Louis, il est fidèle à Alphonse de Poitiers... parce que c'est comme ça.



La quête de l'identité

Il faut dire que le jeune Hughes a bien d'autres préoccupations. Il a tardivement appris de la bouche de Sigwald qu'il n'était en rien le fils du seigneur Renaud de Crozenc, et qu'il n'avait aucune raison de revendiquer un quelconque pouvoir. Pire, il s'est rendu compte qu'il avait un outil forgé par Sigwald pour nuire à Enguerran. Tous ses projets s'effondrent, laissant place aux questionnements propres à tous les jeunes de son âge et de sa condition, alors que dans son cas ils n'avaient plus lieu d'être : qui suis-je, d'où est-ce que je viens, où est-ce que je vais, que vais-je faire de ma vie ? Hughes est forcément troublé et perturbé. Après la phase de déni de Sigwald, son père de substitution qui a le mérite de lui avoir fourni un destin clés en main, il ne sait plus quoi faire de sa vie. Lorsque le frère Saturnin lui demande : "Que vas-tu faire maintenant ?" il répond vivement : "Je sais pas ! "

Ce faux statut de noble dont il s'est cru digne pendant des années lui a cependant permis d'acquérir une grande confiance en lui et en ses qualités. C'est bien connu : bon sang de saurait mentir. Même après avoir découvert qu'il n'est "rien", il continue d'utiliser la devise familiale de Renaud de Crozenc pour se donner du courage ; et ça marche. "Les éperons d'or" transmettent plus fortement un message d'importance : la valeur d'un homme siège dans sa cafetière, et pas dans son sang. Lorsque tous accueillent avec joie le "fils de Renaud", dont la bonté est d'avance assurée par son lignage, ils ne savent pas qu'ils s'asservissent à un enfant abandonné aux portes d'une abbaye. Certes bien guidé par Sigwald Tranchecol et ses projets de vengeance, il est surtout arrivé au sommet rêvé par tout "jouvencel" du XIIIe siècle parce qu'il a cru en lui et s'en est donné les moyens.



Frôler la mort et se réveiller


Si Hughes craint tellement le retour de manivelle à la fin du cycle, c'est non-seulement parce qu'il ne se sent pas légitime, parce qu'Alix lui manque, mais aussi sans doute parce qu'il sait que la mort peut frapper rapidement et de bien des manières.

Comme beaucoup d'autres bellâtres du Moyen Age, le blondinet a d'une part goûté de la flèche. Dans l'Assassin Royal, Fitz se voit diminué considérablement par le blessure d'une flèche empoisonnée. Le souvenir très vague que j'ai de la série animée Prince Valliant me permet quand même de dire que le héros se retrouve lui aussi quelques jours dans le gaz à cause d'une mauvaise flèche entre l'épaule et les pectoraux. Tous sont en proie à des délires et à des hallucinations plus ou moins fréquentes pendant ce temps. Leur récurrence semble montrer que l'arc et les flèches ont un rôle bien particulier dans l'univers médiéval tel qu'il nous est présenté en littérature : peut-être celui de l'attaque mesquine, silencieuse et souvent fatale après une longue souffrance, surtout lorsque le projectile est pourvu d'un bout empoisonné. Ici, la flèche est décochée par un insignifiant larbin du bâtard de Cuzion.

D'autre part, il sait qu'il a échappé de peu à la coupe de vin empoisonnée par les soins du borgne Galin. Les attaques des petits bijoux de toxicologie ne sont pas non plus connues pour être des plus honorables, et FitzChevalerie, l'empoisonneur au service du roi, en sait quelque chose. Il sait très bien que son statut de "bâtard semi-noble" l'a directement affecté aux tâches utiles mais ingrates de l'assassin qui ne se tâche jamais les mains.



L'album se termine de manière un peu trop précipitée, même s'il laisse entendre qu'une suite est possible, et même probable. A les abandonner ainsi aux portes du bonheur, on pourrait croire que Kraehn et Pellerin ne sont pas fâchés d'en finir vite avec Hughes et Sigwald ! Les dernières planches, dans lesquelles la petite histoire se mêle très nettement à la grande, auraient presque pu faire l'objet d'un quatrième volet si leur contenu avait été développé. Mais la poursuite de Galin, la rencontre du messager à l'agonie puis de Saint Louis sont finalement expédiées. Lorsqu'on apprend que le quatrième tome des Aigles décapitées est l'oeuvre de Kraehn pour les dessins comme pour les scénario, on comprend mieux : les auteurs avaient sans doute des tas de raisons de terminer l'ouvrage de cette façon-là.

PELLERIN, Patrice ; KRAEHN, Jean-Charles. Les Aigles Décapitées. "Les éperons d'or". Glénat. 1988. Coll. "Vécu". 46 p. ISBN 2-7234-0904


lundi 30 janvier 2012

Les Aigles Décapitées - Tome 2 : L'héritier sans nom - Patrice Pellerin, Jean-Charles Kraehn - 1987


Petite sortie à la bibliothèque 


Histoire de garder un bon rythme, je suis allée à la bibliothèque pour relire "L'héritier sans nom", le deuxième tome des Aigles Décapitées de Patrice Pellerin et Jean-Charles Kraehn. "Mais tu l'as déjà chez toi !" me direz-vous. Certes. Mais pas sous la main. Cette visite a eu l'avantage de me permettre d'avoir une vue d'ensemble de la série. J'ai ainsi pu me rendre compte qu'elle se découpe en plusieurs cycles, au rythme des variations de scénaristes et de dessinateurs. Ainsi, "La nuit des jongleurs", "L'héritier sans nom" et "Les éperons d'or" forment à eux seuls le "Cycle de l'imposteur" raconté de bout en bout par l'association de Pellerin et de Kraehn. Mes parents ont sacrément bien joué lorsqu'ils m'ont offert les trois d'un coup ! 

C'était la minute "coupage de gâteau". Parlons un peu de l'histoire. 

Qui connaît une devise plus originale que "Aigles, frappez du bec !" ?
Image prise sur Booknode.com

Maudits jongleurs ! 

On nous avait laissés dans un suspens intense en abandonnant le jeune Hughes au fond du très humide puits des fous avec des rats pour seule compagnie, tandis que son mentor Sigwald Tranchecol fuyait à travers la campagne enneigée. Heureusement, le jeune pseudo-troubadour ne tarde pas à trouver LE souterrain secret qui permet de remonter le puits sans encombre et commence à faire sa vie, même s'il se sent un peu déboussolé sans Tranchecol. Il ne tarde pas à être recherché par les hommes d'Enguerran. Ce dernier est tellement absorbé par la venue de ces drôles de trublions qu'il en oublie les préparatifs de sa fille en partance pour Poitiers. La jeune Alix va servir Jeanne, la femme d'Alphonse, en gage de fidélité au frère du roi. Pendant ce temps, au château de Crozenc, tout le monde (ou presque) se réjouit d'offrir aux corbeaux la dépouille d'un barbu défiguré qui ne peut être que le fameux Sigwald. 

Ce deuxième album lance l'action et ne doit pas se lire autrement que d'une seule traite, à mon sens. Autant il était possible d'avoir envie de décrocher en lisant "la Nuit des jongleurs", son exposition de l'intrigue et de son décor peint sur fond d'Histoire de France, autant "L'héritier sans nom" tient forcément le lecteur en haleine. Sa force réside dans l'expression de trois champs d'action simultanés et assez rapprochés dans l'espace pour qu'ils puissent tous se rencontrer en fin d'album. En effet, pendant que Sigwald part régler son compte au chapelain qui détient le fameux objet manquant dans la bibliothèque de Crozenc, Hughes parcourt à l'aveuglette les petits villages de la Creuse couverte de neige, avant de se diriger vers un possible point de rencontre avec Tranchecol. Sur son chemin, il fait la connaissance d'Alix, esseulée et affaiblie après l'attaque du convoi qui l'emmène à Poitiers. Leur statut de fuyard est leur seul terrain d'entente, mais cela suffit grandement pour faire équipe. 


Pas de chichis entre nous 

Pellerin et Kraehn s'amusent avec les codes de la fin'amor comme des chats avec des souris : ils les torturent, les tournent dans tous les sens, mais de les achèvent pas complètement. On sait très bien que le beau clochard blond et courageux va  forcément, un jour ou l'autre, taper dans l'oeil de la princesse caractérielle qui ne fait pas trop de manières, mais qui aurait bien besoin d'un chevalier pour la défendre, quand même ! Mais l'un et l'autre se vannent avec une certaine dureté avant qu'Hughes prenne son rôle de protecteur au sérieux, et qu'Alix reconnaisse et encourage sa bravoure. Dommage qu'une meute de loups vienne trop vite remettre tout ce beau monde à sa place "traditionnelle", car on s'amusait trop bien à les voir se moquer l'un de l'autre ! 



Le Beau Robert, chanson populaire du XVI°s interprétée par Jacques Douai
Je la connais uniquement parce que je l'ai apprise en cours de musique, au collège.


La place de Sigwald

Lorsque Hughes, seul, envisage la possibilité d'avoir définitivement perdu Sigwald, il se rend compte de la force de son attachement pour l'homme qui l'a élevé. Dans une société où "les liens du sang" sont sans cesse revendiqués et valorisés, l'amour pour celui qui "joue" le père sans l'être semble plus difficile à envisager, avant le constat de la perte et la sensation de manque qui la suit de près. Pour le blondinet convaincu d'être le légitime seigneur de Crozenc né pour venger un géniteur qu'il n'a jamais connu, la conscience du statut paternel de Sigwald se sera faite au bout de plusieurs années. Après quelques larmes versées au fond d'un grenier à foin. Pas avant. 

Profitons-en pour signaler que Les Aigles décapitées n'est pas la seule histoire à mettre en scène ce cas de figure. Dans Le Seigneur des anneaux de Tolkien, Frodon se rend compte de son amour filial pour son vieil oncle Bilbon, seul membre de sa famille à lui avoir réellement accordé quelque importance, lorsque le papy quitte définitivement la Comté. Fitz, le héros bâtard de l'Assassin Royal, est recueilli par Burrich, l'"écuyer" de Chevalerie. Là encore, ce n'est qu'à l'âge adulte, assez avancé pour permettre la nostalgie de l'enfance, que l'empoisonneur des Loinvoyant réalise qu'il a bel et bien été élevé par une sorte de père de substitution dont il a souvent rejeté l'autorité... uniquement parce qu'elle lui paraissait biologiquement illégitime ! 


PELLERIN, Patrice ; KRAEHN, Jean-Charles. Les Aigles Décapitées. "L'héritier sans nom". Glénat. 1987. Coll. "Vécu". 46 p. ISBN 2-7234-0779-9

mardi 24 janvier 2012

Les Aigles Décapitées - Tome 1 : La Nuit des Jongleurs - Patrice Pellerin, Jean-Charles Kraehn - 1986


Savoir prendre du recul ... 

Autant on peut s'éclater à parcourir les domaines inconnus de la bande-dessinée et la fraîcheur des nouvelles oeuvres, autant il est bon de redécouvrir les albums qu'on a déjà lus ! Il y a quelques années, je me suis plongée dans la lecture des trois premiers tomes des Aigles Décapitées (Pellerin / Kraehn). Mes parents m'avaient offert "La nuit des jongleurs", L'héritier sans nom" et "Les éperons d'or" le jour où j'ai eu le BAC : c'était mon cadeau. Le contexte médiéval m'avait bien plu, mais l'abondance du texte et les références historiques nombreuses et précises m'avaient pris la tête. Par conséquent, je n'ai ni investi dans les 20 tomes suivants, ni poursuivi la lecture en bibliothèque, ce qui aurait été largement possible car la renommée de la série n'est plus à faire. Les 23 tomes des Aigles décapitées sont parus entre 1986 et 2011. Ils ont été réédités quatre fois depuis.   


Jamais je la rattraperai, ma blouse ! 


Résumé de "La Nuit des Jongleurs".

Après une relecture moins hâtive et plus avertie _ j'en sais un peu plus sur l'histoire du Moyen-Age qu'après la terminale, et heureusement _ voici ce qu'il en retourne des Aigles Décapitées.

Nous sommes en 1241. Le roi Louis IX a délégué à son frère Alphonse le contrôle du Poitou et de l'Auvergne. Le comte Guy de Lusignan s'y oppose et monte un complot contre Alphonse, à l'aide des hautes figures des alentours, dont Enguerran, le seigneur de Crozenc. Mais les souverains au pouvoir ne sont pas dupes de leur manège et envoient des émissaires dans les forteresses douteuses pour mieux estimer le danger qu'ils représentent. Aussi, lorsqu'il reçoit chez lui le bailli Noyon envoyé à l'improviste par le roi, Enguerran est bien obligé de se montrer extrêmement faux-cul prudent afin de ne pas attirer trop de soupçons.

C'est dans cette ambiance malsaine que Hughes et Sigwald, des ménestrels bien trop habiles aux armes pour n'être que de pauvres artistes itinérants, sont capturés et enfermés dans la forteresse d'Enguerran. Ils sont accusés d'avoir tué un sanglier poursuivi par les hommes d'Enguerran, gâchant ainsi l'excitation de leur partie de chasse. Une fois emprisonnés au château, leur esprit téméraire et leurs curieux projets vont les amener à s'échapper et à semer le trouble dans la maison du seigneur de Crozenc.


Image prise sur Scénario.com


Hughes, jeune blondinet aussi impulsif et téméraire que sa jeunesse peut le lui permettre, est en fait le fils de Renaud, l'ancien seigneur de Crozenc. Vingt ans plus tôt, Enguerran l'a fait assassiner et s'est débarrassé de l'héritier. C'était sans compter le dévouement de Sigwald, dit Tranchecol, le meilleur ami de Renaud, qui a recueilli Hughes pour l'initier aux armes. Ensemble, ils se sont fixé comme objectif de récupérer la place qui revient de droit au jeune homme. Pas la peine d'aller plus avant dans ses tribulations pour savoir qu'il va taper dans l'oeil d'Alix, la fille unique d'Enguerran une damoiselle plus proche des bois, des chevaux et des lévriers que des robes ou de la broderie. Sigwald est en effet un guerrier défraîchi avec de beaux restes. Il est qualifié de "vieux bouc", un surnom le résume bien, et semble encore au goût d'Ermeline, son ancienne maîtresse. Il souffle à son jeune protégé la voix de la sagesse, bien que les trahisons du passé ne semblent pas toujours lui avoir servi de leçon.

Les Aigles Décapitées est incontestablement une BD pour un public adulte, non seulement pour son côté historiquement pointu et ses subtilités pas forcément faciles d'accès, mais aussi parce qu'on y voit quelques filles à poil et pas mal de sang. Et encore, ce premier album n'est pas trop gore par rapport aux deux suivants. Mais bon, que voulez-vous ! Pellerin et Kraehn nous content le Moyen-Age nous dans toute la splendeur de ses forteresses, des ses campagnes retirées et propices à la chasse, de son langage haut en couleurs ("La chaude garce !")... et ils y parviennent très bien. Alors inutile d'y attendre les niaises joyeusetés propres à un conte pour enfants !

Ce premier volume paraît certes très dense en informations et en contenu textuel, malgré un effort visible pour rendre les éléments de l'intrigue compréhensibles ; mais, comme le sous-tend le principe de la série, on ne peut juger de son efficacité que sur la longueur. Petit à petit, vous verrez que tout s'éclaircit, et une seconde lecture finit de lever les dernières zones d'ombre. A suivre, donc, et surtout, ne vous découragez pas !  

PELLERIN, Patrice ; KRAEHN, Jean-Charles. Les Aigles Décapitées. "Tome 1 : La Nuit des Jongleurs". Glénat. Coll. "Vécu". 1986. 48 p. ISBN 2-7234-0610-5





vendredi 17 juin 2011

Journée mouvementée

Aujourd'hui, pour votre plus grand plaisir : 

Un mec avec une épée dans le ventre. Et des flèches, aussi. 


J'ai bientôt fini l'Assassin Royal 5; comme le héros se traîne dans la neige avec des flèches dans le dos pendant tout un chapitre, forcément ça m'inspire!