mercredi 8 août 2012

Shameless (UK) - Saison 4 - 2007



Comique, cruelle et profonde, la saison 4 de Shameless est une réussite ; quelques mois de pause dans mes résumés, et la poursuite très progressive du visionnage des épisodes en cours de diffusion, me l'avaient presque fait oublier ! Pourtant, l'évolution de la famille Gallagher à travers ces 8 chapitres longs d'une quarantaine de minutes mérite bien d'être passée au crible.    



Épisode 1

Kev, Veronica et Marti, les voisins des Gallagher, ont mystérieusement disparu. Tout Chatsworth s'inquiète, d'autant plus que le couple avait accumulé quelques dettes dans le voisinage... Les explications arriveront dans le journal télévisé : toujours accrochés à leur rêve d'adoption, ils ont été pris la main dans le sac, en train d'acheter un bébé dans un orphelinat roumain. Les Maguire décident de s'approprier la maison déserte : qui pourra les en empêcher, puisqu'ils sèment la terreur sur leur passage ?   
Frank Gallagher a mis le feu à son repas et s'est légèrement intoxiqué dans la combustion de son manteau. Il est transporté à l’hôpital suite à l'incident. Lorsqu'il s'agit de prévenir les proches, les services médicaux sont bien ennuyés : il y a deux Madame Gallagher. Laquelle faut-il appeler ? Le sort fait que Monica sera plus facile à joindre que Sheila. Cette reprise de contact est un prétexte idéal pour donner envie à la mère fantomatique de la tribu de s'incruster parmi eux et de reprendre sa place dans le foyer ... à l'insu de sa copine Norma ! Hormis Carl, qui semble avoir particulièrement souffert de l'absence de Monica, les enfants voient d'un mauvais oeil ce retour soudain. Debbie a décidé de lui mener la vie dure.
Toute la famille prépare en secret une fête pour les 18 ans de Lip. Le jour J, il apprend qu'il a en fait 19 ans car Frank et Monica ont mis un an avant d'aller le déclarer. Les Maguire lui ont aussi préparé un cadeau de bienvenue à Lip : l'entrée dans leur clan. Celui-ci refuse et se met à dos toute la famille de Mandy. 



Épisode 2 

Sheila ne tarde pas à se rendre compte de la présence de Monica à Chatsworth, d'autant plus qu'elle allume Frank aussi bien dans la rue qu'au pub, sans se soucier du qu'en dira-t-on. La mère de famille, qui revendique fièrement sa place en parodiant une nourrice soucieuse de la nutrition de ses enfants à l'heure du petit déjeuner, a bien l'intention d'évincer sa rivale et de se débarrasser de Norma. Seule Debbie ne semble pas être dupe de ses caprices d'enfants, cachés sous les plaintes que nul n'ose remettre en question, et le soudain désir d'être en famille. Avec l'aide de Sheila, elles vont tenter de mieux cerner les goûts de Monica en matière de filles, et de relooker Norma pour la rendre plus attrayante.

Pendant ce temps-là, les Maguire sont en effervescence : Jamie, l'aîné de la fratrie, est enfin libéré après dix années d'emprisonnement pour meurtre. Tous le craignent, sans savoir qu'il a décidé de se racheter une conduite et de gagner sa vie honnêtement... en travaillant dans le pub de Jez. Les frictions qui l'opposent à Karen Jackson sont trop fréquentes pour ne pas être douteuses ! Quant à Shane, le cadet aux cheveux en bataille, il se sent quelque peu oublié et tourné en dérision depuis le retour de son frère.  


Norma, pas de très bonne humeur au réveil...

Episode 3 

Les Gallagher récupèrent les déchets de leurs voisins pour organiser un vide-grenier et en tirer quelques fonds. Sous l'oeil narquois des Maguire bien plus à l'aise financièrement, ils réparent et nettoient divers meubles, appareils électro-ménagers, vêtements... jusqu'à ce qu'ils découvrent une main humaine dans un carton d'emballage. Il semblerait que Fergal, le quatrième fils de Patrick et Mimie, ait fait les frais d'une sombre histoire opposant son frère aîné Jamie à une autre famille de trafiquants. 

A l'approche de son premier anniversaire de mariage avec Sheila Jackson, Frank Gallagher a toujours du mal à jongler entre ses deux femmes. Monica lui est toujours aussi irrésistible avec sa boulimie sexuelle, son côté autoritaire et sa détermination à casser son histoire _jusque là sans nuage_ avec la mère des jumeaux. Cette dernière explose littéralement lors de la petite fête organisée chez elle le soir-même, et s'essaie au lancer de couteau sur son mari ... après lui avoir annoncé qu'ils partiraient bientôt en croisière au bord de la Méditerranée.
Le lendemain, Sheila et Monica posent un ultimatum à Frank : il a une journée pour choisir avec qui il jugera bon de continuer sa vie. 


"Tu n'es pas végétarienne, tu n'es pas lesbienne, et tu couches avec mon Frank !!!"

Épisode 4    

En apprenant la mort de son frère, Mimie Maguire pense qu'elle est porteuse d'une malédiction et tombe dans le mutisme le plus total. Patrick pense qu'un mariage précipité entre Lip et Mandy pourra conjurer ce mauvais sort : cette idée n'enchante guère le futur mari, mais a-t-il vraiment le choix ? Ian apprend qu'il a été licencié de l'épicerie d'Yvonne et Kash Karib, pour cause de problèmes financiers. Une situation difficile à imaginer devant les opérations marketing de Kash et son évidente folie des grandeurs. Ian préfère voir un lien direct entre leur rupture et la perte de son travail. Fou de colère, il rentre chez lui à mobylette et renverse Anne, une petite frappe qui vient de voler une valise entière de tickets de jeux à gratter à Shane Maguire. L'accident lui sauve la mise, puisqu'elle arrive à convaincre Ian de la cacher quelques temps dans le grenier des Gallagher. Alors qu'ils passent des heures à gratter, gratter, gratter, une étrange relation naît entre eux : est-ce le temps des remises en question pour celui qui se dit 100% gay ? Jamie Maguire drague comme il peut une Karen Jackson sur la défensive, elle qui nous avait habitués à être moins farouche !


Ian et sa nouvelle copine sur une mobylette (volée, cela va de soi !) : "Un dimanche matin, avec ma putain, ..."
Épisode 5

Les Gallagher mettent la pression à Debbie pour qu'elle se trouve un copain le plus rapidement possible. Devant le désintérêt total de sa fille - et rivale - pour les garçons de son âge, Monica dénonce un comportement anormal voire malsain. Debbie tente donc de remédier à la situation en se faisant sauter par le premier venu. Elle rencontre Luke, nouvellement arrivé à Chatsworth et issu d'une famille pentecôtiste. Frank Gallagher, qui n'avait pas vraiment contesté les exhortations à aller traquer les mâles destinées à sa fille, voit d'un mauvais oeil cette relation.

Ian fait la connaissance de Mickey Maguire, avec qui il couche assez rapidement. Mais chez les Maguire, on ne fait pas les choses à moitié : soit on tue, soit on adore. Mickey dévoile aussitôt ses sentiments à Ian, qui le renvoie balader, bloqué par l'idée que son don juan se soit fait sucer par son chien durant son adolescence. Quant à Jamie, il ne veut entamer de relation avec Karen que dans la perspective d'un mariage ! Elle accepte sans être convaincue... et entre dans l'univers très fermé des copines braqueuses de Mimie.   
  

"Je suis tout seul à la maison. Mes parents sont à leur cours de danse irlandaise."

Episode 6 

Carl est déboussolé : lui qui pensait avoir retrouvé un équilibre familial avec le retour de sa mère à Chatsworth prend conscience de la complexité de la situation. Il est le seul des cinq enfants à se souvenir de l'anniversaire de Monica et à le lui souhaiter en cuisinant son plat préféré... mais il n'accepte pas qu'elle couche encore avec Norma. A tel point qu'il tente d'éjecter la routière de son paysage.

Une détresse financière crée des tensions entre Lip et Mandy. Lorsqu'il propose à Kelly, la soeur de Kev récemment revenue dans la cité, d'habiter avec eux contre un loyer, elle interprète mal ses intentions et refuse, contraignant la toxico à squatter chez Lilian Tyler.

L'arrivée de Carrie dans l'équipe de police de Chatsworth bouleverse les petites habitudes de Stan et Tom : la fliquette a les dents longues et ne laisse absolument rien passer aux habitants de la cité, même lorsque ceux-ci agissent avec la connivence des forces de l'ordre. Ambitieuse et impitoyable, elle n'en allume pas moins ses collègues de travail.
Les Maguire continuent de terroriser, de casser des bras et de kidnapper leur future belle-fille Karen, pour la simple et bonne raison qu'elle ne se sent pas prête à intégrer le "clan". Shane s'est embarqué dans une affaire de pilules d'ecstasy volées et sollicite les services de Frank Gallagher pour ne pas souffrir directement d'éventuelles représailles.


Quand Frank Gallagher et Shane Maguire s'allient pour une cause commune...

Episode 7 

Au petit matin, Frank essaie de voler de l'argent à Norma, profondément endormie dans le van. Sa maladresse finit tout de même par la réveiller : elle pense alors qu'il a tenté de la violer. Elle compte l'éloigner d'elle en déposant une plainte, consciente de son éloignement faciliterait la reconquête de Monica.

Lip et Ian aident Yvonne dans le fonctionnement du centre d'appel clandestin qu'elle a fondé dans l'arrière boutique de l'épicerie ! Lip se fait draguer par Nadia et y prend goût jusqu'à ce qu'il comprenne qu'elle est trans : sa vexation est si grande qu'il s'en prend à Ian, parfaitement au courant. La querelle, née sur fond d'homophobie, va déteindre sur la vie de la famille.

Patrick Maguire a caché de l'explosif dans la cuisine, malgré les interdictions de sa femme. Voyant que les poubelles s'enflamment régulièrement à Chatsworth sous l'effet de mini-bombes, il craint à juste titre que la planque ait été découverte. En effet, Mimie a demander à Shane et à Mickey de faire disparaître le petit paquet jaune qui ressemble tant à de la pâte à modeler...        


Shane et Mickey Maguire "Eh, mais c'est la crème de maman !_ Non..."

Épisode 8

Patrick Maguire tombe dans la dépression en voyant disparaître ses plus proches compagnons de cellule. Lorsqu'il remarque qu'il est le dernier survivant d'une joyeuse bande de malfrats, la tristesse se transforme en peur d'être le suivant. Il entreprend une thérapie, pour le plus grand malheur de son psy.

Le dossier scolaire de Lip est accepté dans trois universités ; il n'a plus qu'à choisir. Tous se réjouissent en apprenant la nouvelle, sauf Mandy, qui ne comprend pas pourquoi son copain lui a affirmé quelques jours plus tôt qu'il était refusé partout. De plus, partir à la fac, c'est laisser sa petite famille à Chatsworth.

Carl se montre aussi très froid face au succès de ce frère aîné un peu trop sûr de lui : est-ce qu'on en ferait autant pour quelqu'un d'autre ? Pendant que tout le monde se congratule, sa tête est en ébullition sous l'effet de projets mystérieux. Il enchaîne les petits cambriolages et les reventes d'objets divers, et perçoit Norma comme une poule aux oeufs d'or, lui proposant de racheter le van bleu et blanc des Gallagher : si elle s'attache à le remettre en état, Monica pensera peut-être qu'elle veut partir de la cité et reviendra vers elle pour ne pas perdre l'un de ses deux sextoys ? Norma est séduite par l'idée... mais prépare un départ bien réel. 

Jamie et Karen préparent leur mariage, qui a lieu dans quelques jours. Leurs plans sont souvent interrompus par la formation "d'agent de probation" que suit Jamie.    


A noter dans ce dernier épisode une réplique très poétique de Frank à Norma : "Retourne dans une vie antérieure, chacal, celle où t'avais deux queues et un oeil !"

Une saison psychologique 

Bien que les aventures des Gallagher et de leurs voisins de Chatsworth reprennent environ un an après le mariage de Sheila et Frank, le téléspectateur novice ne se sentira pas largué le moins du monde, même s'il ignore tout de la saison 3. Par contre, il ne mesurera pas à quel point les rapports (familiaux notamment) entre les personnages principaux se sont complexifiés.

Le retour de Monica au sein du cocon vermoulu des Gallagher crée bien des émois, mettant les gosses à fleur de peau : il faut dire que leur mère adopte un comportement qui ressemble fort à celui d'un ado de l'âge de Carl ou de Debbie. Ce sont d'ailleurs eux qui se sentent le plus bouleversés par sa présence, et réagissent de façon extrême. Parce qu'elle a joué le rôle d'une mère auprès de ses frères et sœurs, Debbie perçoit aussitôt Monica comme une intruse à éradiquer : elle n'hésite pas à enflammer ses valises pour lui faire passer l'envie de se réinstaller avec eux. Carl, quant à lui, se jette au cou de celle qui était disparue et qui est retrouvée. Stupidité, naïveté face aux belles paroles de la première femme de Frank, toujours prête à se faire victimiser quand le vent tourne en sa défaveur et qu'elle se sent piégée ? Ou simple besoin de reconstituer la famille idéale qu'il n'a jamais connue ?

Qu'est-ce qu'être une mère ? Faut-il couver ses gosses et les rassurer perpétuellement comme l'ont fait Fiona et Debbie ? Est-ce consacrer sa vie aux autres sans jamais penser à soi ? Cette représentation atypique de la maman qui couche avec deux personnes plusieurs fois par jour et expédie la préparation du petit déjeuner pour avoir plus vite l'opportunité de "prendre soin d'elle" donne a réfléchir. Notre culture commune nous susurre de condamner l'indigne génitrice, mais n'est-ce pas trop facile ?

Heureusement, Monica est un personnage pourri jusqu'à la moelle, ce qui signifie qu'on a plein de raison de lui taper dessus, même si on n'est pas un macho ou un conservateur qui tient à ce que le monde tourne au rythme de ses petites habitudes. On ne peut certes pas lui reprocher d'être un femelle en chaleur, mais ces allures de gamine capricieuse provocatrice et fouteuse de merde en font une idéale "méchante" de films ou de série TV. Dans le premier épisode de la saison, Monica apprend que Frank s'est remarié sans l'avoir prévenue, persuadé qu'il était qu'elle ne remettrait plus les pieds à Chatsworth. Piquée, elle tente de faire sortir Sheila de ses gonds, et y arrive fort bien.

              


Le deuxième épisode sera d'ailleurs marqué par la mini parodie de Kill Bill, franchement bien trouvée, avec Sheila et Monica dans les rôles principaux. Regardez-là, cela vous fera rire même si, tout comme moi, vous n'avez pas aimé ce film. Oui, je sais qu'il en existe d'autres...

Monica et Frank ont un grand point commun : ils sont laids et cons, mais nombreux sont celles et ceux qui tombent sous leur charme. Sheila et Norma sont les deux grandes perdantes de la saison. Si l'une finit par sauver sa peau en même temps qu'un reste de dignité _ ce qui donne lieu à un super coup de théâtre à la fin de l'épisode 3, puisque, comme souvent, Frank attend les dernières secondes pour tout foutre en l'air _, l'autre se fait écorcher du début à la fin de la saison, sans interruption. C'est dans le seul espoir que Monica se "réveille" et reparte avec elle, que la routière campe dans le van des Gallagher ; mais ce "réveil" ne peut se produire puisque sa belle a besoin de deux partenaires à plein temps, et de préférence, deux partenaires qui se "battent" pour elle, afin qu'elle se sente "désirée".

Comme souvent, finalement, Frank ne sait pas où il en est, et ne parvient pas à résister aux avance de Monica, bien qu'il préfère de loin Sheila, ne serait-ce que pour le confort, le soutien et la stabilité qu'elle lui apporte. J'espère avoir l'occasion de faire un article de blog sur les rapports entre Frank et les femmes avec qui il sort ou couche, car il y aurait fort à dire, en particulier qu'elles l'affaiblissent considérablement. Mais elles ne lui ramollissent jamais autant l'esprit qu'un billet de 20£.   

Enfin, la famille Maguire fait partie des personnages secondaires en pleine émancipation suite à la disparition de quelques pauvres diables (Kev, Veronica, Fiona et Steve notamment). C'est, à mon avis, une réussite d'avoir intégré cette dynastie de dealers pas vraiment méchants. Les rapports de rivalité entre les frères Maguire notamment, ainsi que la pureté de leur esprit de famille sont tout aussi réalistes que comiques. Eux qui tuent, blessent, eux dont "on ne peut pas dire grand chose si on ne veut pas se faire péter un bras"* ne peuvent être totalement détestables, tant ils sont frappés. Leur proximité géographique avec les Gallagher _ puisqu'ils récupèrent la maison de Kev et Veronica_ les rend totalement incontournables. Nous connaissions déjà Mandy, Patrick et Mimie, et nous découvrons Shane, Mickey et Jamie. Ils sont autant de fleurs en pleine éclosion, ou de bombes en pleine explosion, c'est selon.   



L'âge d'or de la série touche-t-il à sa fin ? 

Il faut savoir être critique, même si c'est difficile. Pourtant, cette saison 4 marque bel et bien l'apogée d'une série qui ne pourra plus que perdre en intérêt, dorénavant. En effet, on commence déjà à regretter la disparition de certains personnages... et, sachez-le, ce n'est hélas que le début d'un défilé de nouvelles têtes au fil des saisons. Mais bon, chacun sa vie ! Vu la médiatisation de cette série, on peut aisément comprendre la décision d'un acteur un minimum carriériste.

  • Le spectateur ne sera sans doute pas fan des départs en cours de saison, à l'image de Sheila et des jumeaux. C'est d'autant plus dommage car son personnage de gentille femme névrosée apportait une touche d'innocence et de répliques décalées qui étaient toujours bonnes à prendre, ma foi ! 
  • Il n'est pas toujours aisé de considérer la déchéance de personnages réputés dur et forts ; Yvonne Karib montre ses failles face aux difficultés qu'elle rencontre. Les dettes accumulées par Kash, l'amènent à craquer en prenant conscience de la gravité de la situation (Épisode 4) : il n'y a pas de mal à se montrer humain de temps en temps, mais de là à dénaturer l'épicière de la sorte... Là encore, les choses n'iront pas en s'arrangeant.  
  • Les histoires des cœur entre les flics sont marrantes deux minutes mais guère plus ! L'idée d'instiller une fille dans l'équipe pour que les deux compères (dont l'un a une tête d'écureuil pré-pubère) soient en rivalité me semble un peu surfaite. On pourrait s'en passer sans problème.   
  • Pour finir, on n'échappe pas au fameux épisode musical qui sévit dans beaucoup de séries télévisées, même si les frais sont limités aux dernières minutes de la saison, à savoir, le mariage de Karen Jackson et Jamie Maguire. 

Si vous voulez voir ce que ça donne en vidéo, même si vous savez déjà tout : allez voir par là. :-)


Shameless 
Saison 4 (2007)
8 épisodes : 7 de 40min + 1 de 70min 
Paul Abbott 
Diffusion Channel 4 au Royaume Uni et Virgin17/DirectStar en France. 


* Générique VF à partir de l'épisode 4

jeudi 2 août 2012

Les Aigles Décapitées - Tome 9 - L'otage - Jean-Charles Kraehn ; Michel Pierret. 1995


Où est-ce qu'on en était ? 

Hughes ne s'était pas aventuré hors de ses terres depuis quelques temps, et lorsqu'il avait tenté de se rendre à la cour d'Alphonse de Poitiers pour y demander le jugement de son épouse Nolwenn, la rébellion de Ravenaud l'en avait empêché. Il fallait bien remédier à cela dans le neuvième volet des aventures de l'héritier (légitime ou pas ?) de Renaud de Crozenc. 




Pourtant, la répudiation de Nolwenn n'est plus vraiment une priorité. Il s'agit d'abord de donner la chasse au chevalier Ravenaud avant qu'il ne le devance sur son chemin et ne fasse des révélations compromettantes à la cour de Poitiers. L'avenir du bon et magnanime seigneur Hughes pourrait en effet redevenir celui d'un simple jongleur itinérant si son suzerain apprenait qu'il n'est rien d'autre qu'un imposteur. C'est pourquoi il n'hésite pas à proposer une récompense de dix pièces d'or à quiconque lui livrera des informations sur la cachette du vassal "turbulent".

Ravenaud a pleinement conscience de la valeur du secret qu'il détient : la chute du jeune seigneur faciliterait grandement son accès au pouvoir et conclurait une vengeance personnelle bien savoureuse. Or, rien ne lui permet de prouver ce qu'il a appris de la bouche du seigneur Roger de Castelnau, lors de leurs périples en pays cathare. Le seul moyen d'être cru serait de forcer l'oncle d'Alix à témoigner en sa faveur. Mais comment ? Sous la menace, tout simplement ! L'ancien détenteur du bastion de Cuzion, toujours accompagné de Nolwenn, va devoir sceller un pacte improbable avec Coupe-Nez et sa meute de brigands pour arriver à ses fins.

"Chacun pour soi et Dieu pour tous".

Comme dirait Sylvie, une employée d'accueil de mes connaissances. En lisant "L'otage", j'ai beaucoup pensé à ce vieux dicton qu'elle me sort immanquablement lorsqu'on prend le temps de discuter. On savait déjà que les Aigles Décapitées étaient tout sauf une chanson de geste illustrée, préférant tourner en dérision la fin'amor et autres prud’homies. Or cet album peint des personnages qui son autant de modèles d'individualisme :


  • Alix reproche à Hughes de s'être joué d'elle en lui masquant son imposture _ qu'elle a apprise en écoutant une conversation, hem. Heureusement, elle lui pardonne vite.  
  • Hughes est finalement bien accroché à son pouvoir, à son honneur, et ne supporte pas qu'un bailli le traite de "faible". Ses motivations deviennent purement personnelles. 
  • Nolwenn est prête à coucher avec n'importe qui pour retrouver une condition noble. 
  • Ravenaud n'a qu'une ambition : être le chef. De qui ? De quoi ? peut importe, du moment que son ego s'épanouisse. 
  • Coupe-Nez le brigand veut s'enrichir et avoir les meilleures femmes à sa disposition. Peu importent les concernées et leur famille. 
  • Torche-Cul, autre brigand, veut Nolwenn pour lui seul, quitte à la tuer après l'acte. 
  • Liégarde, la femme de Coupe-Nez, est blessée dans son orgueil lorsque son amant la répudie pour garder Nolwenn, plus fraîche qu'elle. 


Encore une fois, la peinture humaine dans son vice et sa beauté est aussi impressionnante que l'immersion dans la société médiévale du XIII°siècle. Si les péripéties des héros, les types de personnages et leurs comportements commencent à prendre un air de déjà-vu, la BD ne nous en captive pas moins. Les paysages du Poitou et les visages ingrats sont toujours représentés d'un trait fin et précis, et l'on se réjouit d'un retour de l'action dans le sud du royaume, forcément annonciateur de couleurs plus chaudes !



KRAEHN, Jean-Charles ; PIERRET, Michel. Les Aigles Décapitées. Tome 9 : "L'otage". Glénat. 1995. Coll. "Vécu". 48 p.  
     



mercredi 1 août 2012

Brève footballistique du 31 juillet 2012 : Motherwell/Panathinaïkos



Lorsqu'un internaute ouvre un compte sur le site du PMU, il peut non seulement parier des sous _c'est même le principe_ mais il a aussi accès à une retransmission en direct et dans streaming de qualité de quelques rencontres sportives. Dont des matches de foot. Je ne le savais pas du tout avant de tenter ma chance, et j'apprécie d'autant plus la découverte. D'ailleurs, je m'identifie plus pour regarder que pour parier.   

Ce soir, c'était soirée foot exotique : inconnu écossais versus champion grec qu'on ne connaîtrait pas s'il ne se frottait pas à des équipes françaises de temps en temps, dans les compétitions européennes. Autrement dit, il s'agissait du match de foot opposant l'équipe écossaise du Motherwell FC aux Grecs du Panathinaïkos



Comptant pour le tour de qualifications de la Ligue des Champions, cette rencontre s'est conclue par une victoire 0-2 des joueurs du Panathinaïkos, malgré la volonté manifeste d'une équipe de Motherwell un peu en-dessous de ses adversaires. Il faut dire que les Ecossais avaient à coeur de proposer un jeu satisfaisant à domicile, devant les nombreux supporters bondissant sous la pluie battante tels de petits kangourous jaunes et rouges. 

Après un but marqué par Christodoulopoulos en milieu de première mi-temps, les coéquipiers de Jean-Alain Boumsong ont largement dominé la possession de balle, si bien qu'on les voyait déjà enfoncer le clou avant la coupure. Mais il n'en fut rien : la faute aux approximations et à des frappes trop molles devant le but. Au retour des vestiaires, le groupe de Motherwell réunit assez de confiance et de réussite dans les passes et dans les contres pour laisser croire à une égalisation. Pendant un quart d'heure, les Grecs se firent très petits... jusqu'à la délivrance venue du côté droit de l'attaque et poussée par le n°7, Mavrias.     

RÉSULTAT : 0 - 2 

mardi 31 juillet 2012

Qu'est-ce qui vous amène ? Juin 2012

Oui, je sais, il est temps ! 

C'est avec du retard que je publie l'article du mois qui vous appartient pleinement ! A défaut d'être originaux, si ce n'est dans les fautes d'orthographe qu'il vous arrive de commettre, vous êtes toujours aussi drôles. 

Les amis des animaux

dessin enclos poulailler
chien devant église dessin
la poule ne reconnai pas ses poussins
la vision d'une poule
poules et poussins
une poule sur un mur que est ce que ça veut dire ?
poisson gentil
poules et canicule
la tonte d'une pelouse avec des lapins
dessin gros chien qui court et aboie
poule dindon
photo d'aigle royale on trin de chasser  
un homme ancule une poule vidéo. C'est mignon, avec un A. D'ailleurs ...


... ça me rappelle David, un candidat de Loft Story 2 : "Je t'emmerde avec un grand A".




tueurs nés une poule sur un mur
poisson pourri en dessin animé : le fait qu'il soit "en dessin animé" ne le rendra pas moins pitoyable, sache-le ! 

zèbre en furie
blague poule rousse plume
tondre pelouse avec lapin
lapin citoyen dessin charlie hebdo
cussou géant



Bain de jouvence 

les plus belles blagues en dessin animer
tshirt main mickey doigt d'honneur
soeur tipiak
photo des soeurs tipiak : avouez qu'elles vous plaisent bien ! 
tintin porno
mini doigt d'honneur en dessin animé


Les geeks 

fond d'écran improbable
clé usb plate en forme de poule
les annuaires 2012
gif animé jouer aux dés : on s'amuse comme on peut 

Voilà pour toi, ami des dés !
aquarium poisson + gif
dmoz.fr articles


Les grandes énigmes du mois

you tube merlot classe
le train des cohérences
syndrome de l'x fragile
modèles de la peinture pilco
crocmo baisser
petit sabot en bois avec de fleurs de dent : attention, ça peut mordre, ces bêtes-là !  
vieille qui fiche : les gens ? Le réseau social Facebook serait-il géré par une mamie psychopathe ? 

Petit cadeau pour les dizaines d'internautes qui arrivent sur ce blog en ayant tapé "doigt d'honneur".  ^^

installer une télé dans le camion


Les lecteurs acharnés

les aigles décapitées bd alix nolwenn
belles images furie nocturne
resumer les aigles décapitées la nuit des jongleurs : tiens, ça tombe bien j'en ai fait un, justement !
tome 1 : la magie de l'orage : c'est sûrement de l'heroic fantasy... 


Les philosophes 

image de un jour tout se paye, tout se sait la vengeance


la politesse ça s'apprend
ne culbute pas ta cousine s... pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?


Célébrités plus ou moins célèbres

jean charle d'alix
l'histoire de balzac
deborah lamure : alors elle, c'est une championne d'échasses, apparemment. Elle est d'Ondres et gagne des marathons.
célébrité moche
qui guérit claude tauzin ? Son médecin, sans doute ... 
gueki l'aventurier de la chance : Je veux bien qu'on me dise de qui il s'agit ! 
james mcavoy's dessin

melanie le vieux tacot
henri 16 tête retrouver : mon chouchou du mois 




Tuyaux pour ceux qui mijotent une tuerie
moyene age arbalete


Les particuliers à l'esprit graveleux 

dessin de cul mur des chiottes
il pourrait être mon papy : 69ème résultat dans Google, ça s'invente pas !


blonde porno connue
bain public yaoi
il sodomise maria
porno italia a la ferme 2012
tentation gay porn
porno albanais : tellement plus exotique ! 
brigitte lahais suce : qu'en sais-tu, d'abord ? 


Cinéma et séries TV power

IMAGES DE MERLIN ARTHUR ET GUENIEVRE
joyeux anniversaire vampire : Stephen est là pour mettre l'ambiance ;-)

"Ok, mais je vais vomir, d'abord..."

fan fiction couple ian mickey shameless : oh oui moi aussi j'en rêve !
 shameless uk amaco soft sub : chapeau à AmaCo, une fois de plus !
frank gallagher répliques

jean claude dikkenek
dikkenek scène du cinéma
shameless uk episode où karen baise derrière un mur : et dans lequel son futur mari Jamie Maguire la mate comme un pervers, à sa sortie de prison. Saison 4, Episode 2 "Retours fracassants" : cadeau pour toi, p'tit vicieux!
Keita Ito : le Ute soumis : comment ça ? 



Pensons aux petits monstres

exploitation pédagogique une poule sur un mur
une poule sur un mur atelier fil en scène
apprendre à mentir


Foot, JO et autres dopés 

antreneur equipe roumanie victor piturca parcours football ballon d'or
l'équipe édito titré "fermez-la" : j'avoue que je l'ai cherché, moi aussi. C'était fort bien dit de la part de Nasri ; d'ailleurs il leur a fait de la pub ! 
rugbyman lillois de 27 ans gay : c'est faux. Ok, ce mec est peut-être gay ; par contre, il est peu probable qu'il y ait des rugbymen à Lille. 
benzema gay : bientôt, puisqu'il sort avec Jenifer.

dimanche 15 juillet 2012

Les Aigles Décapitées - Tome 8 - La marque de Nolwenn - Jean-Charles Kraehn ; Michel Pierret. 1994


Où est-ce qu'on en était ?   

Très exactement là où le tome 7 des Aigles Décapitées s'était arrêté. Eh oui.



Sigwald n'est pas encore enseveli que déjà, les affaires de la cour reprennent à Crozenc. Hughes entretient une rancoeur envers sa pseudo-femme Nolwenn, qu'il juge en partie responsable de la mort de son père spirituel. Il se décide à la répudier, l'accusant de s'être aventurée aux frontières de l'adultère, et la fait enfermer dans la Tour Grosse en attendant que le Seigneur Alphonse de Poitiers la condamne officiellement. Il n'envisage pas une seule seconde que la petite bretonne puisse être enceinte de lui... ce qui est bel et bien le cas, cependant.    


Il faut dire que le crime avorté de la jeune femme au fort caractère fait les affaires du Seigneur de Crozenc : enfermée dans la Grande Tour en attendant la condamnation officielle d'Alphonse de Poitiers, elle ne risque pas d'entraver ses amours avec Alix ! Les amoureux rattrapent de belle manière leurs longs mois d'éloignement et le "temps perdu" est une raison toute trouvée pour s'adonner à de longues parties de jambes en l'air.  

Alix se laisse attendrir, Nolwenn explose de rage.  

En amante comblée (et rassasiée ? ), Alix rend les armes devant celle qui était pour elle une rivale, un obstacle à son amour. Non seulement, elle ne perçoit plus Nolwenn comme une femelle potentiellement menaçante pour son couple, mais en plus, elle la prend en pitié, craignant que la condamnation soit disproportionnée. Aussi, une nuit, alors que personne ne lui a rien demandé et qu'elle n'a aucune raison personnelle d'agir ainsi, Alix monte à la Tour Grosse et libère la prisonnière pleine des oeuvres de son mari, à la surprise de tous, y compris du lecteur.

Alix, ou comment se créer des problèmes quand on n'en a pas !

Pensant à son enfant, Nolwenn ravale la fierté qui la poussait à refuser l'aide de sa rivale victorieuse et prend effectivement la fuite sans ôter la malédiction dont elle a affublé Hughes et Alix le jour de son jugement. Dès lors, elle n'aura de cesse de faire de son ventre une priorité, non pas par instinct maternel mais parce qu'il est de fait l'héritier de Crozenc, et qu'il peut donc la maintenir à une distance raisonnable du pouvoir.

Ravenaud redevient l'ennemi numéro 1  

Un peu comme dans les premiers volumes de la série, Ravenaud, le maître du château de Cuzion, occupe une place de triste sire bien décidé à voler la vedette à Hughes de Crozenc. Il n'est plus nécessaire de rappeler qu'entre eux, le torchon brûle. Le chevalier brun et un poil butor, toujours amoureux de Nolwenn, sait très bien que son suzerain est affaibli par la mort de Sigwald, ce sage conseiller qui pouvait renifler une trahison à des lieues à la ronde ! L'arrivée à Cuzion de celui qu'il appelle toujours le Bâtard n'est pas une surprise pour lui : il sait très bien que le blondinet veut récupérer ses terres ; aussi ne se gêne-t-il pas pour lui tendre une embuscade dans laquelle l'autre tombe aussitôt. Par miracle, Hughes échappe à la mort et se replie, seul, piteux, sans monture, dans la forêt. Pas de bol ! Il tombe sur Nolwenn, qui l'assomme et, d'abord tentée de le tuer, se ravise et dessine sur son visage une entaille sanglante : dorénavant, grâce à sa "marque", il ne pourra plus oublier sa première femme ! D'où le titre de ce huitième tome.

Montrez ce que vous avez dans le ventre ! 


Nolwenn est une fois de plus le personnage haut en couleur qui fait la force de l'album et la consistance ce l'histoire.  En bonne Agrippine médiévale, elle fait le voeu de détruire tout ce qui pourra faire obstacle à son accès au trône : du coup, le moindre de ses actes devient stratégique. Elle épargne Hughes car elle sait qu'il ne pourra reconnaître son enfant que s'il est vivant, mais regrette aussitôt sa clémence lorsqu'elle apprend qu'il n'est pas vraiment de sang noble. Celle qui se disait fidèle et réellement éprise de son mari, n'hésite par à s'offrir à un Ravenaud à moitié bourré : peut-être lui sera-t-il utile de lui faire croire que l'enfant qu'elle porte dans son ventre est le sien ? Les Aigles Décapitées est décidément une série où la ruse féminine se déploie sous toutes ses formes et finira sans doute par l'emporter, à l'instar d'Alix à poil sur Hughes qui n'en revient toujours pas... 



KRAEHN, Jean-Charles ; PIERRET, Michel. Les Aigles Décapitées. Tome 8 : "La marque de Nolwenn". Glénat. 1994. Coll. "Vécu". 48 p.  
     





samedi 14 juillet 2012

Arnold et Rose - Gabrielle Piquet - 2012




Arnold et Rose sont dans un bateau...

Arnold ressemble un peu à Kafka, et Rose ressemble beaucoup à Gabrielle Piquet, l'auteur.

Différents des enfants de leur âge à cause des drames personnels et familiaux qu'ils ont endurés, Arnold et Rose ont l'air de deux petits moutons noirs qui se sont reconnus d'instinct au milieu d'un troupeau pâlichon.

Arnold émerge tout juste d'une longue et grave maladie : vu par ses proches comme un miraculé, le médecin lui a annoncé qu'il ne grandirait pas beaucoup et deviendrait un homme de petite taille. Il n'en faut pas plus à un enfant pour mûrir plus vite que les autres et lui donner l'envie de fuir la réalité, de compenser sa faiblesse physique. Pour tous, il est un garçon raisonnable et taciturne. Au fond de lui, Arnold est un idéaliste : il rêve de fuir le village montagnard où il vit, pour voir « la ville » et devenir écrivain. Personne n'est au courant de ce grand rêve, si ce n'est le chat Anatole, seul être vivant digne de confiance dans l'univers de l'enfant.

Rose vient de perdre sa mère et son père l'élève seul désormais. Comme le décès les a déboussolés tous les deux, ils ont quitté leur maison près de la mer pour déménager dans ce village un peu perdu. La fillette est en pleine rébellion contre l'injustice divine et le despotisme des adultes _ et principalement du maître d'école ; son père n'a pas le courage de définir des limites et la laisse errer dans la montagne avec Arnold. Elle lui propose bien vite une compagnie amicale enfin digne de ce nom, et n'aura de cesse de l'encourager dans sa vocation.


Une histoire sans fin

L'album se scinde en deux grands chapitres séparés par la guerre : d'une part, Gabrielle Piquet nous décrit l'enfance des deux personnages, et d'autre part, elle dessine d'un trait épuré l'entrée dans la vie adulte des deux personnages. Le fil conducteur de ce récit de vie, sans grande intrigue, mais ponctué par les embûches de la vie, est sans nul doute leur amitié exclusive et a priori indéfectible. L'attrait de la ville, ses pièges, les rencontres pleines d'espoir et les désillusions qu'elles entraînent auront-elles de raison de leur complémentarité ? On n'en sait rien, même après avoir refermé l'ouvrage.

En effet, les routes finalement distinctes des personnages sont évoquées de manière un peu trop évasives pour qu'on puisse se targuer de connaître le fin mot de l'histoire. On sent bien qu'au fil des rencontres que chacun fait de son côté, l'amitié vacille ; et, comme pour nous faire partager leur sentiment d'éloignement, Gabrielle Piquet révèle les épisodes de leur vie en pointillés. Rose délaisse Arnold pour se rapprocher d'un vieil artiste en qui elle voit le père charismatique qu'elle n'a pas eu. Son ami d'enfance pénètre dans le monde corrompu des salons mondains et se laisse fasciner par des groupuscules politiques. Bien entendu, rien de tout cela n'est dit explicitement : au fond, le lecteur suppose plus qu'il ne comprend.


L'alter-ego est ailleurs...

Forcément ... 

Qui a dit qu'il n'y avait pas d'histoire ? Si si, elle est bien présente et se déroule bien plus nettement qu'on ne pourrait le croire, à la lecture de certaines critiques. On assiste tout simplement à la naissance et à la mort d'une amitié exclusive entre deux enfants « à part », seuls contre tous. Mieux encore qu'une simple alliance de circonstance, une véritable complémentarité les unit. Arnold et Rose ne sont pas des «doubles», mais les deux parties d'un même ensemble. Tout les oppose, pourtant ils ne peuvent se passer l'un de l'autre. La défection presque évidente du lien amical dans les toutes dernières vignettes soulèvent des tas de questions et appellent presque une suite : que vont-ils devenir, l'un sans l'autre ? Retrouveront-il des personnes équivalentes propres à combler les lacunes ô combien profondes de leur enfance ? Comment peut-on grandir, évoluer, et trancher ce lien d'un commun accord ? Tout espoir de l'amitié à durée indéterminée est-il donc mort ? Car, si Arnold, le taciturne poète, et Rose, la rebelle bien ancrée dans la réalité, se laissent parasiter par les chants des sirènes citadines, aucun binôme ne peut survivre dans ce bas monde. La fin est certes un peu trop rapide à mon goût... trop d'incertitudes demeurent. Mais la vie réelle n'est-elle pas faite d'histoires qui prennent une tournure inattendue pour se terminer en queue de poisson ?

Il faut bien s'y faire. Un jour, vous vous levez et vous pensez au fond de vous que vous avez trouvé la personne qui vous complète, amicalement ou autre. Alors vous vous dites que vous avez bien de la chance, quand même. Puis, plus tard, parfois des années après, un certain nombre de peines vous amènent à déchanter. Visiblement, vous vous êtres trompés … ou, du moins, l'autre essaie de vous en convaincre. Vous voilà coupé en deux ! l'espace disque de votre coeur se voit si soudainement défragmenté que vous avez l'impression qu'il sonne creux et que le vent va s'y engouffrer. Dans ce cas précis, deux options s'offrent à vous : attendre patiemment le réveil de l'âme soeur corrompue, suivi de son retour aux sources, ou tirer un trait, accepter le gâchis et « avancer », comme on dit, comme tout le monde vous le dit lorsqu'on en a marre de vous entendre « chouiner » sur le passé.

Chacun apprécie la situation en fonction de sa patience, de ses capacités à supporter le rejet, à essuyer le mépris, et chacun finit par faire son choix. Immanquablement.

« Allez allez, maintenant, il faut avancer ! »

En conclusion, Arnold et Rose est une belle histoire qui a pour principal défaut de ne pas avoir de fin, mais qui sait réveiller en nous des impressions enfouies. Une BD à lire, donc, au moins par curiosité. Le dessin de Gabrielle Piquet me plait beaucoup car il est simple, épuré, réalisé tout en finesse et pourtant très parlant. On aime ou on aime pas, alors à vous de voir !  

PIQUET, Gabrielle. Arnold et Rose. Casterman. Coll. Ecritures. 2012. 144 p. ISBN : 2203043601. 

samedi 7 juillet 2012

Roux Cools - Morgane


Vous qui vous demandiez peut-être pourquoi je n'alimentais plus beaucoup cette rubrique, dernièrement, sachez-le : un roux cool peut surgir de partout ! J'ai pu vérifier ce phénomène hier à midi. Ah Bubulle, ç'aurait été tellement plus comique si tu avais été là !  

Remontons à un certain après-midi du mois de septembre dernier. Il pleut des cordes sur Bordeaux ; par conséquent, mes infructueuses recherches de logement deviennent encore plus joyeuses qu'elles ne l'étaient déjà. Par chance, je suis bien accompagnée puisque Bubulle et Aude se sont motivées pour m'aider à juger la qualité des différents studios, T1 et autres palaces. Cependant, le rendez-vous fixé à 18h avec la locataire sur le départ pour une visite de son appartement me gonfle au plus haut point : nous nous sommes posées dans un café, et il ne me déplairait pas d'y rester un peu plus longtemps. La tentation de me décommander m'envahit, mais je ne peux pas me le permettre. Nous voilà parties sous la pluie. 

L'appart est situé au troisième ou quatrième étage, après un escalier très raide en tous cas, juste sous le toit. Morgane, la locataire actuelle, nous accueille chaleureusement et nous engage à prendre nos aises. Elle semble avoir à peu près le même âge que nous, peut-être un peu plus, alors on familiarise sans trop de problèmes. L'endroit est super : deux velux, une salle de bains avec baignoire séparée, sans aucune trace de moisi... Parfait ! Mais le grand sens de la décoration dont a fait preuve la fille y est sans doute pour quelque chose. D'ailleurs, je comprends vite pourquoi. 

"On s'est déjà vues quelque part, non ? 

Visiblement, la question de Morgane s'adresse à moi.

_ Euh... 

Je la regarde plus attentivement pour faire revenir d'éventuels souvenirs, mais c'est peine perdue. 

_ ... Euh, peut-être bien, oui... 

_ Ah, pourtant je suis sûre de t'avoir déjà vue.  

_ ... 

Elle comprend que je ne lui dis rien du tout, mais ne lâche pas l'affaire pour autant. Je cherche toujours, car elle a l'air tellement sûre d'elle. 

_ A la fac, à Bordeaux III peut-être ? 

Morgane plisse les yeux, contente de voir son énigme possiblement résolue.

_ Oui, on a du se voir là bas ! 

On discute un peu de la fac, que nous connaissons bien toutes les quatre, avant de reprendre nos routes respectives. C'est une étudiante en arts plastiques (d'où la déco bien sentie ! ) Elle m'engage à contacter au plus vite la propriétaire, en espérant que je parviendrai décrocher le studio convoité par "cinq ou six personnes, déjà" ... Tu m'étonnes ! 

Merci, au revoir, et bonne soirée ! 

Avec Bubulle, on se dit qu'on en ferait bien notre pote, de cette fille, car elle a vraiment un contact agréable. Pas vrai ? La délibération sera des plus rapides : Morgane est incontestablement une rousse cool. Le temps passe, reprenant le dessus sur cette micro-rencontre ; je n'ai finalement pas eu l'appart, même si je suis quand même arrivée deuxième de la longue liste des candidats. Tant pis ! 









Ah, il est loin derrière nous, le mois de septembre. Au collège, depuis que les élèves sont en vacances, on envisage surtout l'automne à venir. Nos journées de travail sont un peu déréglées car le joug de la sonnerie n'a plus grand impact sur nous en cette période estivale ; c'était ce à quoi j'étais en train de réfléchir lorsque je suis entrée dans la supérette située à peu près en face de l'établissement pour y trouver de quoi survivre jusqu'au soir. 

"_On se connaît, non ? 

La caissière, une fille assez enjouée me dévisage tout en plaçant mon taboulé dans une poche. 

_ Euh... peut-être bien..

_ Tu travailles à la bibliothèque de Mériadeck non ?

_ Ah non, mais j'y vais souvent.On a du se croiser là-bas.

_ Ah, mais, ta tête me dit vraiment quelque chose ! On a du se voir ailleurs. Vraiment, t'as jamais travaillé à la bibliothèque de Mériadeck ? 

_ Non non.. 

D'un coup, ça me revient : l'appart, les questions, l'intonation et l'attitude sympa de la fille. Il ne me manque plus qu'une confirmation. 

_ Tu t'appelles comment ? 

_ Morgane !  

_ Ah...  

Je lui raconte brièvement notre entrevue dans son appartement. C'est marrant, qu'on se retrouve là, etc, etc... Comme des clients patientent derrière moi, et que ma collègue m'attend, on ne s'aventurera pas plus dans la confidence pour cette fois.  

_ A la prochaine ! 

_ A la prochaine !

Il n'empêche que j'ai quand même bien les boules. Bon sang, mais ! Cette fille doit vraiment se dire que sa tête ne me revient pas ! Encore, lors du premier contact direct, j'étais excusable de ne pas avoir remis quelqu'un que je croisais de temps en temps sur le campus sans y prendre garde. Mais ne même pas calculer quelqu'un avec qui vous avez parlé, quelqu'un qui vous a fait pénétrer dans son univers, et dont vous avez l'adresse mail (ou du moins, vous l'avez eue à un moment donné) ... relève purement du rejet (inconscient ?) de cette personne ! Pour ma part, je ne m'en remets pas ! 

Tout ça pour dire que Morgane est décidément une rousse cool !