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lundi 11 mars 2013

Les Aigles Décapitées - Tome 11 - Le loup de Cuzion - Jean-Charles Kraehn, Michel Pierret (1997)


Replongeons-nous un peu dans Les Aigles Décapitées ! Tranquillement mais sûrement, au gré des bibliothèques et des passages à la FNAC, nous voilà arrivés à la lecture du tome 11 de la série : "Le loup de Cuzion".

Oh ! Un lébérou ! 

Partez donc porter votre croix !



Le temps a fait son effet sur la Creuse comme partout ailleurs, apportant son lot d'événements. Nous sommes maintenant en 1247 : Nolwenn vient de se marier avec le chevalier Adhémar, heureux bénéficiaire de la forteresse de Cuzion ; Hughes pense avec inquiétude à son avenir à la tête de Crozenc et à celui de son fils, le petit Sigwald. Il sait que le comte de Lusignan sera en droit de récupérer ses terres ancestrales d'ici quelques années... à moins qu'il ne se fasse bien voir du prince Alphonse de Poitiers et du roi Louis IX.

Notre seigneur aux boucles blondes prend une décision bien contrariante pour tous, au moment où la région est en panique à cause des attaques d'un loup possédé par le Diable, où des querelles familiales viennent éclabousser les robes des preux chevaliers, où les couples semblent plus que jamais indéboulonnables : il va partir en croisade avec ses hommes, sous la bannière de Lusignan. Si Alix choisit de pleurer en silence le prochain départ de celui qui n'arrive pas encore à lui donner d'enfant, Nolwenn réagit comme elle sait le faire : en blasphémant à grands cris ! Elle refuse d'être séparée d'Adhémar. Inutile de dire qu'elle sera prête à tout pour retenir son chevalier, quitte à jouer avec la frayeur des paysans en cultivant la croyance du loup possédé...


Inspecteur Hughes de Crozenc 

Pour la première fois depuis le début de la série, Hughes n'est pas au centre de l'action. Ici, il joue plutôt un rôle d'enquêteur. Après avoir endossé la veste du fuyard empressé de sauver sa peau, celle du chevalier sauveur de donzelles, ou celles du chasseur de têtes familières, le voilà parti chercher un coupable dans la forêt, sans indice et sans GPS. Avec pour seul allié l'impression d'être le seul à ne pas chercher un animal sauvage, mais bien un homme.

Les premières vignettes de l'album nous le présentent en train de mettre fin à un litige opposant Gaucher et Adhémar, les frères ennemis : ce n'est pas vraiment extraordinaire en soi, puisqu'en tant que suzerain, il est habilité à rendre la justice. Par contre, il nous laisse entendre que les enquêtes de terrain sont plutôt du ressort de ses chevaliers... particulièrement peu prompts, cette fois-ci, à cerner ce loup massacreur de bêtes, d'hommes et d'autels. Au bout de quelques mois d'attente, de carnages, de retour au calme, et de chutes de neige ensanglantées, Hughes prend les rênes de l'affaire. Il est alors accompagné du jeune Conan le Rouge, dont c'est le grand retour dans la série après une absence de deux albums. Hélas, si le bachelier étudie assidument « la logique » sous la bienveillance de son mentor, il n'est pas encore en mesure de montrer l'étendue de son potentiel, loin de là. Son absence de discernement apporte même une dimension comique à la scène de l'enquête des empreintes de loup dans la neige ; cette évolution du personnage est curieuse _ voire critiquable _ après tant de démonstrations de ruses, de finesses et d'espiègleries dans les tomes _ et _ des Aigles décapitées ! Histoire à suivre, donc. Cela dit, positivons et apprécions le fait que Conan le Rouge n'ait pas été balayé de la série comme on aurait pu le craindre à la lecture des dernières péripéties de Hughes de Crozenc !

Préparatifs de la Septième Croisade

Jean-Charles Kraehn tire profit du contexte historique : il donne du sens à la vie de son héros en le mêlant aux préparatifs de la Septième Croisade que le roi Louis IX souhaite mener. En effet, Saint Louis était tombé malade quelques années auparavant et avait fait le voeu d'aller en pèlerinage sur le tombeau du Christ afin de le libérer des "Infidèles".* Or, si Hughes compte bien se croiser, ce n'est pas tant pour prêcher le christianisme que pour se faire bien voir de la noblesse : bien qu'il s'en défende par peur de l'Inquisition, il est loin d'être aussi pieux que son souverain, connu pour son sens de la charité et pour cette manie de toujours vouloir astiquer les pieds des gens !  

Saint Louis lave les pieds d'un roux, ah non, c'est le prochain des pauvres.
Image prise sur ce site

Eh non, on n'est ni dans une chanson de geste, ni dans un roman de Chrétien de Troyes écrit pour ceux qui l'entretiennent : tout est stratégie, intérêts personnels, petites prières histoire de, et profanation ! On plaisante, on plaisante, mais l'image légendaire du "bon" Louis IX, juste et humble, m'a donné beaucoup d'espoir pendant mes quelques années d'innocence. Pas au-delà ! Assez longtemps, cela dit, pour m'inspirer une ligne de conduite malgré une absence totale de sentiment chrétien. Il m'a offert mon petit côté Claude François : "quand la vie est méchante, je veux qu'elle soit jolie". Dès lors, je ne peux plus douter du fait que le personnage de Saint Louis ait eu un certain impact dans la société médiévale : un roi qui s'intéresse à son peuple, pleure devant la misère _ ils avaient la larme facile, à l'époque..._, et lave les pieds des pauvres, a de quoi marquer les esprits.    


Je vous souhaite à tous d'être un jour touchés par la grâce de Saint Louis
 et de son petit carré plongeant. Amen.


Prochaines étapes : le port d'Aigues-Mortes, où les pèlerins embarqueront, puis l'Egypte**...  


KRAEHN, Jean-Charles ; PIERRET, Michel. Les Aigles Décapitées. Tome 11 : "Le loup de Cuzion". Glénat. 1997. Coll. "Vécu". 48 p.  

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* Christian Melchior-Bonnet, "Les Croisades de Saint Louis" in Le livre d'or de l'Histoire de France. Paris, Tallandier, 1995. 373 p. 

** René GroussetHistoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem - III. 1188-1291 L'anarchie franque, Paris, Perrin, 1936 (réimpr. 2006), 902 p.




dimanche 30 décembre 2012

Les Aigles Décapitées - Tome 10 - L'héritier de Crozenc. Jean-Charles Kraehn ; Michel Pierret. 1996


Tiens, je me rends compte que j'ai laissé tomber Les Aigles Décapitées ces derniers mois, juste après avoir lu le dixième album "L'héritier de Crozenc" à la FNAC. Habituellement, le compte rendu tombe peu de temps après la lecture, mais cette fois-ci, allez savoir pourquoi, il est passé à la trappe. Non pas que le Tome 10 de la série ne soit pas intéressant, non pas qu'il soit pauvre en rebondissements, bien au contraire. Mais à part présenter un petit résumé de l'histoire en cours, je ne savais pas vraiment comment le critique, quel point mettre en valeur. Enfin, j'en voyais bien un, mais il était hors de question de le traiter, car il aurait dévoilé LE retournement de situation de la série. 

A vrai dire, je viens feuilleter "L'héritier de Crozenc" pour me le remettre en mémoire et ... il ne suscite aucune inspiration particulière ! Alors on verra bien après le résumé ! 


On dirait que Prince Valiant s'est fait une couleur !

Non, sérieusement, vous ne trouvez pas qu'ils se ressemblent ?
(Je parle de celui de gauche bien sûr, puisque l'autre est déjà blond.)

Où est-ce qu'on en était ? 

Les Tomes 9 et 10 sont indissociables ; il faut d'abord résumer l'un pour pouvoir parler de l'autre. Hughes de Crozenc est donc un bâtard, un imposteur, un orphelin autoproclamé seigneur de Crozenc après la chute de son prédécesseur ; certains l'ont toujours su, d'autres l'ont appris en écoutant aux portes, et beaucoup se délectent des miettes d'un secret ébruité. Ravenaud, vassal rebelle et faux, veut faire tomber Hughes en prouvant à tous, et en particulier à Alphonse de Poitiers, qu'il n'a aucune légitimité. Pour arriver à ses fins, il dispose d'une preuve de choix : Roger de Castelnau, l'assassin du "vrai" descendant de Renaud de Crozenc. Mais l'oncle d'Alix, dont Hughes à tâté la tripaille dans les albums précédents, ne veut pas témoigner : que gagnerait-il à avouer qu'il a tué un nourrisson qui lui barrait l'accès au pouvoir ? Ravenaud le force à se rallier à sa cause en faisant enlever Oulfaut, le fils aîné de Roger : il lui sera rendu sain et sauf dès qu'il aura rapporté ses actes. 

Hughes apprend les sombres projets de son chevalier et se met en tête de libérer le fils de Roger, pris en otage par Ravenaud et la meute de brigand à qui il a fait miroiter monts et merveilles pour en obtenir les services. Il sait que, sans l'épée de Damoclès qui menace son fils, il ne témoignera pas contre lui. Or, il est fait prisonnier par l'oncle d'Alix avant de pouvoir lui apporter son aide : c'est bien un blond ! Par chance, il  arrivera à s'évader de sa geôle en soudoyant les gardiens, et rejoindra sa forteresse pour y reprendre son souffle ... avant de se lancer à nouveau à la recherche des brigands. Sur sa route, il sauve Nolwenn des griffes du brigand Torchecul, vexé d'avoir été roulé quelques jours plus tôt par la coriace dame déchue, et la laisse entre les mains de la vieille Mahaut. 

Le respect des vieux 

Mahaut n'apparaît que sur les toutes dernières planches de la bande dessinée ; pourtant, on sent bien qu'elle n'aura pas un simple rôle de figurante dans la suite des Aigles Décapitées. Un peu sorcière, un peu guérisseuse, redoutée pour son hérésie et moquée pour l'ensemble de son oeuvre, la vieille Mahaut avait déjà été évoquée dans l'album précédent, sans être dessinée pour autant. Il en avait été question lors du retour de Nolwenn à Crozenc en tant que femme répudiée et enfermée dans la Tour Grosse : il semblerait qu'à partir de ce moment, les deux parias de la cour se soient rapprochés. Nolwenn est un peu le pendant "jeune et frais" de Mahaut, la sorcière décalée qui ne mâche pas ses mots et crache en prononçant le nom d'un noble, si bâtard soit-il. La guérisseuse tient d'autant plus à Nolwenn, la parvenue, qu'elle déteste Alix, la jeune dame prétentieuse. Elle ne porte pas non plus Hughes dans son estime, et ce dernier le lui rend bien, en ne lui accordant aucun crédit ni même aucune attention... tout en gardant sa crainte par devers lui. Prendra-t-il conscience que "c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes ?" et que la parole d'une vieille qu'on soufflette sans vergogne compte au moins autant que celle d'une blonde à forte poitrine ? 

J'aurais bien voulu faire un développement sur le petit passage philosophique de la BD : en entraînant ses faucons, Hughes réalise que ces rapaces si puissants, et d'apparence si libres, finissent toujours par revenir vers ceux qui les nourrissent : prisonniers de leur instinct, ils sont condamnés à manger dans la main de l'homme. Mais finalement non : les passages de réflexion du héros sont bien trop rares pour qu'on puisse se permette d'y toucher.   

Dernière chose, Alix est à poil sur deux ou trois vignettes. Pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus.

KRAEHN, Jean-Charles ; PIERRET, Michel. Les Aigles Décapitées. Tome 10 : "L'héritier de Crozenc". Glénat. 1996. Coll. "Vécu". 48 p.  


jeudi 2 août 2012

Les Aigles Décapitées - Tome 9 - L'otage - Jean-Charles Kraehn ; Michel Pierret. 1995


Où est-ce qu'on en était ? 

Hughes ne s'était pas aventuré hors de ses terres depuis quelques temps, et lorsqu'il avait tenté de se rendre à la cour d'Alphonse de Poitiers pour y demander le jugement de son épouse Nolwenn, la rébellion de Ravenaud l'en avait empêché. Il fallait bien remédier à cela dans le neuvième volet des aventures de l'héritier (légitime ou pas ?) de Renaud de Crozenc. 




Pourtant, la répudiation de Nolwenn n'est plus vraiment une priorité. Il s'agit d'abord de donner la chasse au chevalier Ravenaud avant qu'il ne le devance sur son chemin et ne fasse des révélations compromettantes à la cour de Poitiers. L'avenir du bon et magnanime seigneur Hughes pourrait en effet redevenir celui d'un simple jongleur itinérant si son suzerain apprenait qu'il n'est rien d'autre qu'un imposteur. C'est pourquoi il n'hésite pas à proposer une récompense de dix pièces d'or à quiconque lui livrera des informations sur la cachette du vassal "turbulent".

Ravenaud a pleinement conscience de la valeur du secret qu'il détient : la chute du jeune seigneur faciliterait grandement son accès au pouvoir et conclurait une vengeance personnelle bien savoureuse. Or, rien ne lui permet de prouver ce qu'il a appris de la bouche du seigneur Roger de Castelnau, lors de leurs périples en pays cathare. Le seul moyen d'être cru serait de forcer l'oncle d'Alix à témoigner en sa faveur. Mais comment ? Sous la menace, tout simplement ! L'ancien détenteur du bastion de Cuzion, toujours accompagné de Nolwenn, va devoir sceller un pacte improbable avec Coupe-Nez et sa meute de brigands pour arriver à ses fins.

"Chacun pour soi et Dieu pour tous".

Comme dirait Sylvie, une employée d'accueil de mes connaissances. En lisant "L'otage", j'ai beaucoup pensé à ce vieux dicton qu'elle me sort immanquablement lorsqu'on prend le temps de discuter. On savait déjà que les Aigles Décapitées étaient tout sauf une chanson de geste illustrée, préférant tourner en dérision la fin'amor et autres prud’homies. Or cet album peint des personnages qui son autant de modèles d'individualisme :


  • Alix reproche à Hughes de s'être joué d'elle en lui masquant son imposture _ qu'elle a apprise en écoutant une conversation, hem. Heureusement, elle lui pardonne vite.  
  • Hughes est finalement bien accroché à son pouvoir, à son honneur, et ne supporte pas qu'un bailli le traite de "faible". Ses motivations deviennent purement personnelles. 
  • Nolwenn est prête à coucher avec n'importe qui pour retrouver une condition noble. 
  • Ravenaud n'a qu'une ambition : être le chef. De qui ? De quoi ? peut importe, du moment que son ego s'épanouisse. 
  • Coupe-Nez le brigand veut s'enrichir et avoir les meilleures femmes à sa disposition. Peu importent les concernées et leur famille. 
  • Torche-Cul, autre brigand, veut Nolwenn pour lui seul, quitte à la tuer après l'acte. 
  • Liégarde, la femme de Coupe-Nez, est blessée dans son orgueil lorsque son amant la répudie pour garder Nolwenn, plus fraîche qu'elle. 


Encore une fois, la peinture humaine dans son vice et sa beauté est aussi impressionnante que l'immersion dans la société médiévale du XIII°siècle. Si les péripéties des héros, les types de personnages et leurs comportements commencent à prendre un air de déjà-vu, la BD ne nous en captive pas moins. Les paysages du Poitou et les visages ingrats sont toujours représentés d'un trait fin et précis, et l'on se réjouit d'un retour de l'action dans le sud du royaume, forcément annonciateur de couleurs plus chaudes !



KRAEHN, Jean-Charles ; PIERRET, Michel. Les Aigles Décapitées. Tome 9 : "L'otage". Glénat. 1995. Coll. "Vécu". 48 p.  
     



dimanche 15 juillet 2012

Les Aigles Décapitées - Tome 8 - La marque de Nolwenn - Jean-Charles Kraehn ; Michel Pierret. 1994


Où est-ce qu'on en était ?   

Très exactement là où le tome 7 des Aigles Décapitées s'était arrêté. Eh oui.



Sigwald n'est pas encore enseveli que déjà, les affaires de la cour reprennent à Crozenc. Hughes entretient une rancoeur envers sa pseudo-femme Nolwenn, qu'il juge en partie responsable de la mort de son père spirituel. Il se décide à la répudier, l'accusant de s'être aventurée aux frontières de l'adultère, et la fait enfermer dans la Tour Grosse en attendant que le Seigneur Alphonse de Poitiers la condamne officiellement. Il n'envisage pas une seule seconde que la petite bretonne puisse être enceinte de lui... ce qui est bel et bien le cas, cependant.    


Il faut dire que le crime avorté de la jeune femme au fort caractère fait les affaires du Seigneur de Crozenc : enfermée dans la Grande Tour en attendant la condamnation officielle d'Alphonse de Poitiers, elle ne risque pas d'entraver ses amours avec Alix ! Les amoureux rattrapent de belle manière leurs longs mois d'éloignement et le "temps perdu" est une raison toute trouvée pour s'adonner à de longues parties de jambes en l'air.  

Alix se laisse attendrir, Nolwenn explose de rage.  

En amante comblée (et rassasiée ? ), Alix rend les armes devant celle qui était pour elle une rivale, un obstacle à son amour. Non seulement, elle ne perçoit plus Nolwenn comme une femelle potentiellement menaçante pour son couple, mais en plus, elle la prend en pitié, craignant que la condamnation soit disproportionnée. Aussi, une nuit, alors que personne ne lui a rien demandé et qu'elle n'a aucune raison personnelle d'agir ainsi, Alix monte à la Tour Grosse et libère la prisonnière pleine des oeuvres de son mari, à la surprise de tous, y compris du lecteur.

Alix, ou comment se créer des problèmes quand on n'en a pas !

Pensant à son enfant, Nolwenn ravale la fierté qui la poussait à refuser l'aide de sa rivale victorieuse et prend effectivement la fuite sans ôter la malédiction dont elle a affublé Hughes et Alix le jour de son jugement. Dès lors, elle n'aura de cesse de faire de son ventre une priorité, non pas par instinct maternel mais parce qu'il est de fait l'héritier de Crozenc, et qu'il peut donc la maintenir à une distance raisonnable du pouvoir.

Ravenaud redevient l'ennemi numéro 1  

Un peu comme dans les premiers volumes de la série, Ravenaud, le maître du château de Cuzion, occupe une place de triste sire bien décidé à voler la vedette à Hughes de Crozenc. Il n'est plus nécessaire de rappeler qu'entre eux, le torchon brûle. Le chevalier brun et un poil butor, toujours amoureux de Nolwenn, sait très bien que son suzerain est affaibli par la mort de Sigwald, ce sage conseiller qui pouvait renifler une trahison à des lieues à la ronde ! L'arrivée à Cuzion de celui qu'il appelle toujours le Bâtard n'est pas une surprise pour lui : il sait très bien que le blondinet veut récupérer ses terres ; aussi ne se gêne-t-il pas pour lui tendre une embuscade dans laquelle l'autre tombe aussitôt. Par miracle, Hughes échappe à la mort et se replie, seul, piteux, sans monture, dans la forêt. Pas de bol ! Il tombe sur Nolwenn, qui l'assomme et, d'abord tentée de le tuer, se ravise et dessine sur son visage une entaille sanglante : dorénavant, grâce à sa "marque", il ne pourra plus oublier sa première femme ! D'où le titre de ce huitième tome.

Montrez ce que vous avez dans le ventre ! 


Nolwenn est une fois de plus le personnage haut en couleur qui fait la force de l'album et la consistance ce l'histoire.  En bonne Agrippine médiévale, elle fait le voeu de détruire tout ce qui pourra faire obstacle à son accès au trône : du coup, le moindre de ses actes devient stratégique. Elle épargne Hughes car elle sait qu'il ne pourra reconnaître son enfant que s'il est vivant, mais regrette aussitôt sa clémence lorsqu'elle apprend qu'il n'est pas vraiment de sang noble. Celle qui se disait fidèle et réellement éprise de son mari, n'hésite par à s'offrir à un Ravenaud à moitié bourré : peut-être lui sera-t-il utile de lui faire croire que l'enfant qu'elle porte dans son ventre est le sien ? Les Aigles Décapitées est décidément une série où la ruse féminine se déploie sous toutes ses formes et finira sans doute par l'emporter, à l'instar d'Alix à poil sur Hughes qui n'en revient toujours pas... 



KRAEHN, Jean-Charles ; PIERRET, Michel. Les Aigles Décapitées. Tome 8 : "La marque de Nolwenn". Glénat. 1994. Coll. "Vécu". 48 p.