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lundi 10 août 2015

Soyons sérieux ! Valoriser le patrimoine culturel de la France - Françoise Benhamou ; David Thesmar (2011)


Parce qu'il ne faut pas perdre la main !



Le passage à Paris de l'exposition itinérante "Lascaux 3" m'a fait repenser à un rapport de 2011 sur la valorisation du patrimoine dont on avait parlé en formation interdisciplinaire, pendant mon année de stage. Pour rappel, le projet "Lascaux 3" vise à faire connaître de manière virtuelle une partie de la grotte qui n'est pas accessible au public ; pour tous ceux qui n'ont pas la possibilité d'aller voir de fac-simile de la grotte situé dans les fins fonds du Périgord, juste à côté de la vraie, c'est l'occasion de découvrir une facette de l'art et de la culture. Accessoirement, les reproductions de parois et d'oeuvres d'arts, les vidéos, les photos et les activités proposées aux visiteurs peuvent aussi donner envie d'y aller pour de vrai. Et à mon sens c'est justement un exemple de valorisation du patrimoine.

En 2011, Françoise Benhamou, spécialisée dans l'économie de la culture, et David Thesmar, économiste, ont dressé un rapport de l'implication de l'Etat dans la valorisation du patrimoine culturel en France. Ce travail d'étude, intitulé très précisément Valoriser le patrimoine culturel de la France, a été mené pour le compte du Conseil d'Analyse Economique*, et a été présenté à Frédéric Mitterrand, le Ministre de la Culture de l'époque. Il est consultable sur le site de l'ENSSIB.


Le rapport en question 

Les auteurs de ce rapport veulent démontrer que l'Etat a tout intérêt à s'investir dans la protection et la mise en valeur du patrimoine culturel, car si elles engendrent forcément des dépenses, elles peuvent aussi être un tremplin économique majeur. On pense notamment aux secteurs du tourisme et de la culture, pour lesquels l'augmentation de la fréquentation d'un lieu protégé aura un impact sur la création d'emplois et pourra développer l'attractivité de la région. Cette participation des politiques publiques sera bien sûr financière, mais pas uniquement, et pas exclusivement sous forme de subventions distribuées aux musées et aux autres lieux de culture. Pour pouvoir participer efficacement à la promotion du patrimoine et être en mesure de faire des propositions, il convient tous d'abord de savoir ce qu'on entend par ce terme, puis de l'observer en tant que secteur de l'économie à part entière.



Dans une première partie, on nous apporte une définition du patrimoine, qu'on résumera simplement ici à "ce qu'une Nation entend conserver pour les générations futures". On distingue notamment le "patrimoine tangible" (bâtiments, collections nationales, musées, oeuvres, fonds, quartiers de villes, sites naturels, sites archéologiques...) du patrimoine immatériel (savoir-faire, métiers d'art...).

Françoise Benhamou et David Thesmar nous apprennent comment procèdent les experts, le public et l'UNESCO pour qu'un monument ou un lieu particulier devienne (ou pas) "un morceau" du patrimoine culturel, puisque ce n'était pas sa fonction première : on ne construit pas un bâtiment dans l'idée qu'il sera classé plus tard. Bien qu'on ait du mal à se la représenter, et bien qu'on reconnaisse ses valeurs scientifique, historique, scientifique, le patrimoine est un bien économique ; il a une valeur marchande. Par exemple, les monuments gagnent en valeur lorsqu'ils sont classés. Mais c'est surtout l'interaction patrimoine - tourisme qui est déterminante pour la consommation des visiteurs et pour l'emploi dans le secteur du tourisme.


Pourquoi l'Etat devrait-il intervenir dans le fonctionnement économique du patrimoine ? On sait que, de manière plus générale, sa participation est de rigueur lorsqu'une entreprise ne peut plus fonctionner seule, de façon à ce que cette entreprise puisse de nouveau suivre la loi du marché. Est-ce le cas du patrimoine culturel français ? Oui, pour deux raisons notamment : les monuments culturels ne sont pas en concurrence, donc la logique de marché ne fonctionne pas ; ensuite, on ne peut pas compter seulement sur les visiteurs d'un musée pour le financer sur la durée. Une aide de l'Etat est donc nécessaire, et une réorganisation d'une collaboration tourisme - culture est à envisager : en effet, le secteur du tourisme peut bénéficier du succès d'un monument historique, d'un parc naturel... mais il est rare qu'il participe à son entretien. Des partenariats sont à mettre en place de ce côté-là. Si les subventions des lieux de culture sont incontournables, d'autres dispositifs, moins directs, ont déjà été expérimentés pour assurer la pérennité des sites : aides pour la formation aux métiers très spécialisés du secteur de la culture (comme la restauration d'objets, par exemple), offres pour les publics qui n'ont pas accès aux musées, soit parce qu'ils n'ont pas appris à avoir la curiosité nécessaire pour s'y intéresser, soit parce qu'ils ne les connaissent pas, soit parce qu'ils n'ont pas de quoi se payer la visite.


Je ne peux résister à vous faire partager la visite de Marion Cotillard et de sa classe au Musée des Accidentés de la route. (Dikkenek, 2006)


Ils demeurent insuffisants, faute d'une évaluation suffisante des besoins financiers des lieux classés, et des besoins culturels des publics. Alors, les auteurs du rapport proposent 11 groupes de "recommandations" pour changer la donne :

Recommandations 1 - Il paraît important de mesurer les dispositions de chaque citoyen à payer pour l'entretien du patrimoine ; ces chiffres seront rendus publics.

Recommandations 2 - La transparence des données chiffrées et leur mise à disposition auprès des publics donnera une meilleure visibilité au patrimoine : où se trouve ce musée ? quels sont les autres monuments visibles à proximité ? quel est le prix de l'entrée ? combien de visiteurs par an ? quelles aides de l'Etat ? quelles dépenses à l'année ?

Recommandations 3 - Fixer la taxe de séjour à 6% diminuera la sollicitation du contribuable.

Recommandations 4 - Rendre les tarifs flexibles en fonction des visiteurs (moins cher s'il est membre de l'UE, s'il a peu de moyens) mais aussi des périodes de l'année, des heures...Cela permettrait de réguler la fréquentation des stars du patrimoine et de permettre aux gens de mieux les apprécier.. et de leur donner envie de revenir.

Recommandations 5 - Informer, communiquer pour faire connaître les sites moins connus du grand public, et les rendre attractifs : on utilisera au maximum Internet bien sûr, mais on n'oubliera pas l'importance de l'éducation culturelle à l'école ! Les partenariats entre l'école et le patrimoine sont à consolider.

Recommandations 6 -  On veillera à donner aux collectivités locales plus de responsabilités concernant les monuments classés qu'elles abritent ; une simplification des procédures d'acquisitions et de transferts des oeuvres serait bénéfique à tous.

Recommandations 7 -  Il existe une Fondation du Patrimoine, peu médiatisée, qui mériterait d'être mieux prise en considération : en effet, son but est de protéger le patrimoine rural non reconnu. Le développement du mécénat est aussi une solution envisageable.

Recommandations 8 - L'accès à l'art et à la culture peut aussi passer par la numérisation : aussi est-il important de mettre un maximum d'oeuvre sur support numérique et de les décrire assez bien pour qu'on puisse en profiter au mieux via la recherche informatique.

Recommandations 9 - Comme on l'a vu plus haut, les métiers d'art font partie du patrimoine immatériel et doivent eux aussi être mis à l'honneur ; cela passe par la reconnaissance de leur autonomie, l'ouverture à l'export et la mise en place de formations d'excellence... mais moins élitistes.

Recommandations 10 - Les marques, telles que le Louvre (Le Louvre-Lens, le projet Louvre Abu-Dhabi...) gagneront à être valorisées.

Recommandations 11 - Il est important de ne pas isoler les monuments de leur environnement. Ils ne prennent de sens que si on les observe dans leur cadre dynamique ; par conséquent, des liens solides entre le monument, la ville, les commerces et les industries locales peuvent être noués.



En conclusion
=> La dimension économique de la culture peut devenir une force si on sait s'en servir : le patrimoine a une grande importance dans l'attractivité d'un pays et génère de la création d'emploi dans le secteur du tourisme. Au delà des aides financières qu'on peut attendre de l'Etat, c'est sur la formation et la sensibilisation au patrimoine et à ses enjeux que devrait se concentrer la participation publique.


=> Ma conclusion :  les sous de l'Etat ne sont pas une solution durable pour les musées ! C'est juste de l'assistanat ! A la place, il vaut mieux pomper le secteur du tourisme, les visiteurs, et attendre que les gens sensibles à leur culture aient envie de jouer les mécènes ! Ben oui, c'est tellement mieux !
Désolée si j'ai rien capté, enfin tant mieux surtout, mais c'est comme ça que je comprends ce rapport. 

Ce rapport est suivi de deux commentaires et de trois compléments sur lesquels il sera intéressant de revenir ultérieurement... 

BENHAMOU, Françoise ; THESMAR, David. Valoriser le patrimoine culturel de la France. 2011. La Documentation Française. Coll. "Les rapports du Conseil d'analyse économique. 162 p. ISBN 978-2-11-008595-5

__________________

Conseil d'analyse économique : composée d'économistes de tous bords, cette instance sert à réaliser des analyses économiques dans tous les domaines afin de conseiller le Premier Ministre. Ses travaux sont rendus publics.

mardi 14 août 2012

Les Aventuriers de la Mer - 2 - Le navire aux esclaves. Robin Hobb (1998)




Malgré les tension familiales, les conflits d'intérêts et les risques de la mer, les navires ont repris de large, emportant avec eux les héros des Aventuriers de la Mer.




Où est-ce qu'on en était ? 

Kyle Havre est désormais le nouveau propriétaire de Vivacia, la vivenef de la famille Vestrit. Il entend utiliser le vaisseau magique pour se lancer dans le commerce des esclaves, et commet ainsi un sacrilège dans l'univers des Marchands de Terrilville. Son fils aîné, Hiémain, l'accompagne dans son sinistre voyage vers le port de Jamaillia ; or, le jeune mousse enrôlé de force pour ses capacités à communiquer avec la Vivacia, n'entend pas faire carrière dans la marine car il se sent destiné à la prêtrise. 

Althéa Vestrit, l'héritière légitime du vaisseau magique, s'est engagée sur un navire-abattoir spécialisé dans la chasse à l'ours. Pour se faire embaucher plus facilement, elle décide de se travestir et de se faire appeler "Athel". C'est tout à fait par hasard qu'elle va retrouver à bord du sanglant Moissonneur Brashen Trell, le marin qui a promis à son père de veiller sur elle.

Kennit, l'antipathique capitaine de la Marietta jouit d'une gloire inattendue. Lui, le pirate au coeur de pierre qui voulait attaquer les navires transportant des esclaves dans le seul but de s'enrichir, se voit unanimement qualifié de bienfaiteur de l'humanité lorsqu'il réussit dans son entreprise ! Il profite donc un maximum d'une situation qui gonfle son ego... bien que les remerciements, les louanges de son équipage et des esclaves libérés ne tardent pas à l'agacer.

A Terrilville, la tradition veut que les femmes restent à terre ... Ronica Vestrit et Keffria s'y sont pliées depuis longtemps, contrairement à la rebelle Althéa. En chef de famille assumée, malgré le désaccord d'un Kyle bien plus conservateur que ses aïeux, Ronica se démène pour honorer ses dettes et veiller au bon fonctionnement de la maison, en faisant fi de ses chagrins multiples. Mais la bonne volonté ne suffit pas toujours. Keffria prend l'eau comme une vieille barque : dépitée par l'inflexibilité d'un mari qu'elle avait idéalisé et par son manque d'autorité face à la petite Malta, elle sait plus faire grand chose d'autre que fondre en larmes et rêver du passé.


Le piège des traditions 

Robin Hobb a pris le parti de nous présenter l'évolution parallèle de multiples héros disséminés aux quatre coins des Rivages Maudits, pour le plus grand bonheur du lecteur en quête de dynamisme : passant d'un décor à un autre, il n'aura guère le temps de s'ennuyer et d'oublier un pan de l'action dans un coin de se cervelle. Si les liens entre les différents protagonistes se dessinent sans être encore très clairs, les dialogues entre les serpents de mer paraissent encore bien énigmatiques ; plus pour longtemps, sans doute. Pour l'auteur, cette technique d'écriture dont le nom conventionnel m'échappe, et que j'appellerai donc "multiplex narratif" pour l'occasion, a un autre avantage pour nous comme pour elle : le respect quasi parfait de la chronologie. L'efficacité du procédé n'est d'ailleurs plus à démontrer dans le domaine de l'heroic fantasy puisque Tolkien l'a déjà utilisé en écrivant Le Seigneur des Anneaux, et ce, dès la dissolution de la Communauté de l'Anneau (fin du tome 1, "La Communauté de l'Anneau").

Le multiplex narratif, donc, souligne l'un des grands messages que la (trop) bien pensante Megan Lindholm alias Robin Hobb tient à faire passer dans son ouvrage : qu'on soit à Terrilville, à Jamaillia, à Chandelle ou à Cresson (!), sur terre ou en mer, une femme ne vaut rien et n'a pas plus d'espace vital qu'une poule pondeuse d'élevage, ou que madame Ingalls. Voyez vous-même : elle a tellement peu d'importance dans l'action que j'en ai oublié son prénom. Mais là n'est pas le problème.

Heureusement, Robin Hobb est là pour faire régner la justice : féminisme à prix discount bonjour ! Enfin, on se moque, mais c'est quand même mieux que rien, lorsqu'on sait que la série s'adresse à un public d'adolescents et de jeunes adultes. Dans L'Assassin Royal, la question ne se posait pas : les Six-Duchés étaient une terre où l'égalité des sexes régnait. D'ailleurs, les premières allusions faites au champ de bataille de Fitz et compagnie émanent des marins du Moissonneur que sont Brashen et Reller : elles évoquent le statut de la femme et l'existence des dragons comme autant de faits légendaires qui restent à prouver !
Le travail sur le brouillage des genres est intéressant : entre l'univers marin où il faut sans cesse afficher sa virilité, la vie des femmes restées à terre comme autant de biches sans défenses inquiètes pour leurs maris et terrifiés par eux, Althéa et Hiémain sont des rebelles qui ont bien du mal à trouver leur place.
 
Ephron Vestrit a toujours permis à Althéa de se conduire comme un garçon, au grand regret du reste de la famille, qui y a toujours vu une attitude inconvenante. C'est pourtant grâce à son travestissement réussi que l'héritière légitime de la Vivacia va pouvoir s'intégrer sur le Moissonneur ... jusqu'à ce que sa véritable identité la rattrape, la faisant dégringoler au rang de moins que rien. La feinte est originale, mais sans plus. Pensons au Supplément au voyage de Bougainville de Diderot, où le travestissement d'une jeune femme à bord du navire de Bougainville avait tenu la route jusqu'à ce qu'elle pose un pied sur le sable tahitien, et que les mecs autochtones lui tombent dessus comme des morts de faim sans se soucier une seconde de son apparence. Ce petit ouvrage donnait lieu à tout un débat sur le statut de la femme, il serait bon de faire une lecture parallèle des deux histoires.


Au programme du Bac L en 2004

Par contre, l'attirance de Brashen pour Althéa, en partie parce qu'elle se voile sous une allure et des vêtements d'homme, et plus originale. Cela dit, restons soft : Althéa n'est pas homo. D'un air gêné puis agacé, elle repousse les avances des serveuses lors de ses haltes à terre. On apprend même qu'elle a commencé à coucher à 14 ans avec un marin de la Vivacia, ce qui lui a valu de se faire traiter de pute par Keffria. Allons-y doucement. Rebelle ok, dépravé, non !  

Hiémain apporte la touche philosophique du roman ; il a une formation de prêtre au service de Sa, la divinité locale. Par définition, il n'est pas viril, ne fait pas de blagues salaces, et ne trempe pas sa queue dans la choppe du capitaine pour se venger d'un affront. Montrer aux autres qu'il est un homme, alors que ça ne se voit pas, et qu'en plus, son physique d'enfant ne lui déplaît pas forcément, n'est pas une tâche facile. Son premier voyage en tant que mousse lui vaut des moqueries qu'il ne comprend même pas. Exaspéré par son attitude, le capitaine Kyle lui renvoie un portrait de lui-même où sa tante Althéa apparaît, portant les mêmes déviances que lui :

" Pourquoi ne faites-vous pas cette offre à Althéa ? " Demanda Hiémain. La douceur de sa voix interrompit net le flot d'interrogations de son père. 
Les yeux du capitaine étincelèrent comme des saphirs. " C'est simple : c'est une femme. Et toi, par tous les démons, tu vas devenir un homme ! Pendant des années, j'ai du supporter de voir Ephron Vestrit traîner sa fille derrière lui et la traiter comme un garçon ; et puis, tu es revenu avec ta robe brune, tes muscles de fillette,  tes manières de mouton et ta timidité de lapin, et je me suis alors demandé : "Ai-je mieux fait que lui ?" car devant moi se trouvait mon propre fils qui ressemblait plus à une femme qu'Althéa elle-même."  (pp. 35-36, Flammarion J'ai Lu Fantasy n°6863)

Même si la vie de marin a peu à peu raison de son tempérament calme et de son existence pure, Hiémain n'a qu'une envie : retrouver le monastère dont on l'a extrait de force. Peu lui importe d'être un homme, une femme, ou autre chose puisqu'il est avant tout au service de Sa et des autres. On peut dire que tout l'oppose à sa petite soeur Malta, dont le caractère est profondément imprégné de mouvements hormonaux divers... et que Kyle Havre considère ouvertement comme "sa préférée". L'enfant est déjà une femelle manipulatrice en puissance, au-delà même de ce qu'une caricature pourrait nous présenter : agaçante, en conflit constant avec sa mère et sa grand-mère si démodées et si peu soucieuses de ses désirs vestimentaires, elle obtient tout ce qu'elle désire de son cher père au nez et à la barbe de Keffria. Tant que sa pensée ne va pas plus loin que la belle étoffe et le beau Cerwin Trell, elle se comporte selon lui comme une femme telle qu'on devrait pouvoir la définir à Terrilville. Lui, si étroit d'esprit, ne semble pas sentir le poids des traditions sur un territoire où le moindre geste et une simple robe peuvent dire beaucoup des intentions d'une femme ou d'une famille entière...

   
  
  • Hobb, Robin. Les aventuriers de la mer. "Le navire aux esclaves". Paris. Flammarion. Coll. "J'ai lu". 1998. 381 p. ISBN 2-290-33705-6



mercredi 8 août 2012

Shameless (UK) - Saison 4 - 2007



Comique, cruelle et profonde, la saison 4 de Shameless est une réussite ; quelques mois de pause dans mes résumés, et la poursuite très progressive du visionnage des épisodes en cours de diffusion, me l'avaient presque fait oublier ! Pourtant, l'évolution de la famille Gallagher à travers ces 8 chapitres longs d'une quarantaine de minutes mérite bien d'être passée au crible.    



Épisode 1

Kev, Veronica et Marti, les voisins des Gallagher, ont mystérieusement disparu. Tout Chatsworth s'inquiète, d'autant plus que le couple avait accumulé quelques dettes dans le voisinage... Les explications arriveront dans le journal télévisé : toujours accrochés à leur rêve d'adoption, ils ont été pris la main dans le sac, en train d'acheter un bébé dans un orphelinat roumain. Les Maguire décident de s'approprier la maison déserte : qui pourra les en empêcher, puisqu'ils sèment la terreur sur leur passage ?   
Frank Gallagher a mis le feu à son repas et s'est légèrement intoxiqué dans la combustion de son manteau. Il est transporté à l’hôpital suite à l'incident. Lorsqu'il s'agit de prévenir les proches, les services médicaux sont bien ennuyés : il y a deux Madame Gallagher. Laquelle faut-il appeler ? Le sort fait que Monica sera plus facile à joindre que Sheila. Cette reprise de contact est un prétexte idéal pour donner envie à la mère fantomatique de la tribu de s'incruster parmi eux et de reprendre sa place dans le foyer ... à l'insu de sa copine Norma ! Hormis Carl, qui semble avoir particulièrement souffert de l'absence de Monica, les enfants voient d'un mauvais oeil ce retour soudain. Debbie a décidé de lui mener la vie dure.
Toute la famille prépare en secret une fête pour les 18 ans de Lip. Le jour J, il apprend qu'il a en fait 19 ans car Frank et Monica ont mis un an avant d'aller le déclarer. Les Maguire lui ont aussi préparé un cadeau de bienvenue à Lip : l'entrée dans leur clan. Celui-ci refuse et se met à dos toute la famille de Mandy. 



Épisode 2 

Sheila ne tarde pas à se rendre compte de la présence de Monica à Chatsworth, d'autant plus qu'elle allume Frank aussi bien dans la rue qu'au pub, sans se soucier du qu'en dira-t-on. La mère de famille, qui revendique fièrement sa place en parodiant une nourrice soucieuse de la nutrition de ses enfants à l'heure du petit déjeuner, a bien l'intention d'évincer sa rivale et de se débarrasser de Norma. Seule Debbie ne semble pas être dupe de ses caprices d'enfants, cachés sous les plaintes que nul n'ose remettre en question, et le soudain désir d'être en famille. Avec l'aide de Sheila, elles vont tenter de mieux cerner les goûts de Monica en matière de filles, et de relooker Norma pour la rendre plus attrayante.

Pendant ce temps-là, les Maguire sont en effervescence : Jamie, l'aîné de la fratrie, est enfin libéré après dix années d'emprisonnement pour meurtre. Tous le craignent, sans savoir qu'il a décidé de se racheter une conduite et de gagner sa vie honnêtement... en travaillant dans le pub de Jez. Les frictions qui l'opposent à Karen Jackson sont trop fréquentes pour ne pas être douteuses ! Quant à Shane, le cadet aux cheveux en bataille, il se sent quelque peu oublié et tourné en dérision depuis le retour de son frère.  


Norma, pas de très bonne humeur au réveil...

Episode 3 

Les Gallagher récupèrent les déchets de leurs voisins pour organiser un vide-grenier et en tirer quelques fonds. Sous l'oeil narquois des Maguire bien plus à l'aise financièrement, ils réparent et nettoient divers meubles, appareils électro-ménagers, vêtements... jusqu'à ce qu'ils découvrent une main humaine dans un carton d'emballage. Il semblerait que Fergal, le quatrième fils de Patrick et Mimie, ait fait les frais d'une sombre histoire opposant son frère aîné Jamie à une autre famille de trafiquants. 

A l'approche de son premier anniversaire de mariage avec Sheila Jackson, Frank Gallagher a toujours du mal à jongler entre ses deux femmes. Monica lui est toujours aussi irrésistible avec sa boulimie sexuelle, son côté autoritaire et sa détermination à casser son histoire _jusque là sans nuage_ avec la mère des jumeaux. Cette dernière explose littéralement lors de la petite fête organisée chez elle le soir-même, et s'essaie au lancer de couteau sur son mari ... après lui avoir annoncé qu'ils partiraient bientôt en croisière au bord de la Méditerranée.
Le lendemain, Sheila et Monica posent un ultimatum à Frank : il a une journée pour choisir avec qui il jugera bon de continuer sa vie. 


"Tu n'es pas végétarienne, tu n'es pas lesbienne, et tu couches avec mon Frank !!!"

Épisode 4    

En apprenant la mort de son frère, Mimie Maguire pense qu'elle est porteuse d'une malédiction et tombe dans le mutisme le plus total. Patrick pense qu'un mariage précipité entre Lip et Mandy pourra conjurer ce mauvais sort : cette idée n'enchante guère le futur mari, mais a-t-il vraiment le choix ? Ian apprend qu'il a été licencié de l'épicerie d'Yvonne et Kash Karib, pour cause de problèmes financiers. Une situation difficile à imaginer devant les opérations marketing de Kash et son évidente folie des grandeurs. Ian préfère voir un lien direct entre leur rupture et la perte de son travail. Fou de colère, il rentre chez lui à mobylette et renverse Anne, une petite frappe qui vient de voler une valise entière de tickets de jeux à gratter à Shane Maguire. L'accident lui sauve la mise, puisqu'elle arrive à convaincre Ian de la cacher quelques temps dans le grenier des Gallagher. Alors qu'ils passent des heures à gratter, gratter, gratter, une étrange relation naît entre eux : est-ce le temps des remises en question pour celui qui se dit 100% gay ? Jamie Maguire drague comme il peut une Karen Jackson sur la défensive, elle qui nous avait habitués à être moins farouche !


Ian et sa nouvelle copine sur une mobylette (volée, cela va de soi !) : "Un dimanche matin, avec ma putain, ..."
Épisode 5

Les Gallagher mettent la pression à Debbie pour qu'elle se trouve un copain le plus rapidement possible. Devant le désintérêt total de sa fille - et rivale - pour les garçons de son âge, Monica dénonce un comportement anormal voire malsain. Debbie tente donc de remédier à la situation en se faisant sauter par le premier venu. Elle rencontre Luke, nouvellement arrivé à Chatsworth et issu d'une famille pentecôtiste. Frank Gallagher, qui n'avait pas vraiment contesté les exhortations à aller traquer les mâles destinées à sa fille, voit d'un mauvais oeil cette relation.

Ian fait la connaissance de Mickey Maguire, avec qui il couche assez rapidement. Mais chez les Maguire, on ne fait pas les choses à moitié : soit on tue, soit on adore. Mickey dévoile aussitôt ses sentiments à Ian, qui le renvoie balader, bloqué par l'idée que son don juan se soit fait sucer par son chien durant son adolescence. Quant à Jamie, il ne veut entamer de relation avec Karen que dans la perspective d'un mariage ! Elle accepte sans être convaincue... et entre dans l'univers très fermé des copines braqueuses de Mimie.   
  

"Je suis tout seul à la maison. Mes parents sont à leur cours de danse irlandaise."

Episode 6 

Carl est déboussolé : lui qui pensait avoir retrouvé un équilibre familial avec le retour de sa mère à Chatsworth prend conscience de la complexité de la situation. Il est le seul des cinq enfants à se souvenir de l'anniversaire de Monica et à le lui souhaiter en cuisinant son plat préféré... mais il n'accepte pas qu'elle couche encore avec Norma. A tel point qu'il tente d'éjecter la routière de son paysage.

Une détresse financière crée des tensions entre Lip et Mandy. Lorsqu'il propose à Kelly, la soeur de Kev récemment revenue dans la cité, d'habiter avec eux contre un loyer, elle interprète mal ses intentions et refuse, contraignant la toxico à squatter chez Lilian Tyler.

L'arrivée de Carrie dans l'équipe de police de Chatsworth bouleverse les petites habitudes de Stan et Tom : la fliquette a les dents longues et ne laisse absolument rien passer aux habitants de la cité, même lorsque ceux-ci agissent avec la connivence des forces de l'ordre. Ambitieuse et impitoyable, elle n'en allume pas moins ses collègues de travail.
Les Maguire continuent de terroriser, de casser des bras et de kidnapper leur future belle-fille Karen, pour la simple et bonne raison qu'elle ne se sent pas prête à intégrer le "clan". Shane s'est embarqué dans une affaire de pilules d'ecstasy volées et sollicite les services de Frank Gallagher pour ne pas souffrir directement d'éventuelles représailles.


Quand Frank Gallagher et Shane Maguire s'allient pour une cause commune...

Episode 7 

Au petit matin, Frank essaie de voler de l'argent à Norma, profondément endormie dans le van. Sa maladresse finit tout de même par la réveiller : elle pense alors qu'il a tenté de la violer. Elle compte l'éloigner d'elle en déposant une plainte, consciente de son éloignement faciliterait la reconquête de Monica.

Lip et Ian aident Yvonne dans le fonctionnement du centre d'appel clandestin qu'elle a fondé dans l'arrière boutique de l'épicerie ! Lip se fait draguer par Nadia et y prend goût jusqu'à ce qu'il comprenne qu'elle est trans : sa vexation est si grande qu'il s'en prend à Ian, parfaitement au courant. La querelle, née sur fond d'homophobie, va déteindre sur la vie de la famille.

Patrick Maguire a caché de l'explosif dans la cuisine, malgré les interdictions de sa femme. Voyant que les poubelles s'enflamment régulièrement à Chatsworth sous l'effet de mini-bombes, il craint à juste titre que la planque ait été découverte. En effet, Mimie a demander à Shane et à Mickey de faire disparaître le petit paquet jaune qui ressemble tant à de la pâte à modeler...        


Shane et Mickey Maguire "Eh, mais c'est la crème de maman !_ Non..."

Épisode 8

Patrick Maguire tombe dans la dépression en voyant disparaître ses plus proches compagnons de cellule. Lorsqu'il remarque qu'il est le dernier survivant d'une joyeuse bande de malfrats, la tristesse se transforme en peur d'être le suivant. Il entreprend une thérapie, pour le plus grand malheur de son psy.

Le dossier scolaire de Lip est accepté dans trois universités ; il n'a plus qu'à choisir. Tous se réjouissent en apprenant la nouvelle, sauf Mandy, qui ne comprend pas pourquoi son copain lui a affirmé quelques jours plus tôt qu'il était refusé partout. De plus, partir à la fac, c'est laisser sa petite famille à Chatsworth.

Carl se montre aussi très froid face au succès de ce frère aîné un peu trop sûr de lui : est-ce qu'on en ferait autant pour quelqu'un d'autre ? Pendant que tout le monde se congratule, sa tête est en ébullition sous l'effet de projets mystérieux. Il enchaîne les petits cambriolages et les reventes d'objets divers, et perçoit Norma comme une poule aux oeufs d'or, lui proposant de racheter le van bleu et blanc des Gallagher : si elle s'attache à le remettre en état, Monica pensera peut-être qu'elle veut partir de la cité et reviendra vers elle pour ne pas perdre l'un de ses deux sextoys ? Norma est séduite par l'idée... mais prépare un départ bien réel. 

Jamie et Karen préparent leur mariage, qui a lieu dans quelques jours. Leurs plans sont souvent interrompus par la formation "d'agent de probation" que suit Jamie.    


A noter dans ce dernier épisode une réplique très poétique de Frank à Norma : "Retourne dans une vie antérieure, chacal, celle où t'avais deux queues et un oeil !"

Une saison psychologique 

Bien que les aventures des Gallagher et de leurs voisins de Chatsworth reprennent environ un an après le mariage de Sheila et Frank, le téléspectateur novice ne se sentira pas largué le moins du monde, même s'il ignore tout de la saison 3. Par contre, il ne mesurera pas à quel point les rapports (familiaux notamment) entre les personnages principaux se sont complexifiés.

Le retour de Monica au sein du cocon vermoulu des Gallagher crée bien des émois, mettant les gosses à fleur de peau : il faut dire que leur mère adopte un comportement qui ressemble fort à celui d'un ado de l'âge de Carl ou de Debbie. Ce sont d'ailleurs eux qui se sentent le plus bouleversés par sa présence, et réagissent de façon extrême. Parce qu'elle a joué le rôle d'une mère auprès de ses frères et sœurs, Debbie perçoit aussitôt Monica comme une intruse à éradiquer : elle n'hésite pas à enflammer ses valises pour lui faire passer l'envie de se réinstaller avec eux. Carl, quant à lui, se jette au cou de celle qui était disparue et qui est retrouvée. Stupidité, naïveté face aux belles paroles de la première femme de Frank, toujours prête à se faire victimiser quand le vent tourne en sa défaveur et qu'elle se sent piégée ? Ou simple besoin de reconstituer la famille idéale qu'il n'a jamais connue ?

Qu'est-ce qu'être une mère ? Faut-il couver ses gosses et les rassurer perpétuellement comme l'ont fait Fiona et Debbie ? Est-ce consacrer sa vie aux autres sans jamais penser à soi ? Cette représentation atypique de la maman qui couche avec deux personnes plusieurs fois par jour et expédie la préparation du petit déjeuner pour avoir plus vite l'opportunité de "prendre soin d'elle" donne a réfléchir. Notre culture commune nous susurre de condamner l'indigne génitrice, mais n'est-ce pas trop facile ?

Heureusement, Monica est un personnage pourri jusqu'à la moelle, ce qui signifie qu'on a plein de raison de lui taper dessus, même si on n'est pas un macho ou un conservateur qui tient à ce que le monde tourne au rythme de ses petites habitudes. On ne peut certes pas lui reprocher d'être un femelle en chaleur, mais ces allures de gamine capricieuse provocatrice et fouteuse de merde en font une idéale "méchante" de films ou de série TV. Dans le premier épisode de la saison, Monica apprend que Frank s'est remarié sans l'avoir prévenue, persuadé qu'il était qu'elle ne remettrait plus les pieds à Chatsworth. Piquée, elle tente de faire sortir Sheila de ses gonds, et y arrive fort bien.

              


Le deuxième épisode sera d'ailleurs marqué par la mini parodie de Kill Bill, franchement bien trouvée, avec Sheila et Monica dans les rôles principaux. Regardez-là, cela vous fera rire même si, tout comme moi, vous n'avez pas aimé ce film. Oui, je sais qu'il en existe d'autres...

Monica et Frank ont un grand point commun : ils sont laids et cons, mais nombreux sont celles et ceux qui tombent sous leur charme. Sheila et Norma sont les deux grandes perdantes de la saison. Si l'une finit par sauver sa peau en même temps qu'un reste de dignité _ ce qui donne lieu à un super coup de théâtre à la fin de l'épisode 3, puisque, comme souvent, Frank attend les dernières secondes pour tout foutre en l'air _, l'autre se fait écorcher du début à la fin de la saison, sans interruption. C'est dans le seul espoir que Monica se "réveille" et reparte avec elle, que la routière campe dans le van des Gallagher ; mais ce "réveil" ne peut se produire puisque sa belle a besoin de deux partenaires à plein temps, et de préférence, deux partenaires qui se "battent" pour elle, afin qu'elle se sente "désirée".

Comme souvent, finalement, Frank ne sait pas où il en est, et ne parvient pas à résister aux avance de Monica, bien qu'il préfère de loin Sheila, ne serait-ce que pour le confort, le soutien et la stabilité qu'elle lui apporte. J'espère avoir l'occasion de faire un article de blog sur les rapports entre Frank et les femmes avec qui il sort ou couche, car il y aurait fort à dire, en particulier qu'elles l'affaiblissent considérablement. Mais elles ne lui ramollissent jamais autant l'esprit qu'un billet de 20£.   

Enfin, la famille Maguire fait partie des personnages secondaires en pleine émancipation suite à la disparition de quelques pauvres diables (Kev, Veronica, Fiona et Steve notamment). C'est, à mon avis, une réussite d'avoir intégré cette dynastie de dealers pas vraiment méchants. Les rapports de rivalité entre les frères Maguire notamment, ainsi que la pureté de leur esprit de famille sont tout aussi réalistes que comiques. Eux qui tuent, blessent, eux dont "on ne peut pas dire grand chose si on ne veut pas se faire péter un bras"* ne peuvent être totalement détestables, tant ils sont frappés. Leur proximité géographique avec les Gallagher _ puisqu'ils récupèrent la maison de Kev et Veronica_ les rend totalement incontournables. Nous connaissions déjà Mandy, Patrick et Mimie, et nous découvrons Shane, Mickey et Jamie. Ils sont autant de fleurs en pleine éclosion, ou de bombes en pleine explosion, c'est selon.   



L'âge d'or de la série touche-t-il à sa fin ? 

Il faut savoir être critique, même si c'est difficile. Pourtant, cette saison 4 marque bel et bien l'apogée d'une série qui ne pourra plus que perdre en intérêt, dorénavant. En effet, on commence déjà à regretter la disparition de certains personnages... et, sachez-le, ce n'est hélas que le début d'un défilé de nouvelles têtes au fil des saisons. Mais bon, chacun sa vie ! Vu la médiatisation de cette série, on peut aisément comprendre la décision d'un acteur un minimum carriériste.

  • Le spectateur ne sera sans doute pas fan des départs en cours de saison, à l'image de Sheila et des jumeaux. C'est d'autant plus dommage car son personnage de gentille femme névrosée apportait une touche d'innocence et de répliques décalées qui étaient toujours bonnes à prendre, ma foi ! 
  • Il n'est pas toujours aisé de considérer la déchéance de personnages réputés dur et forts ; Yvonne Karib montre ses failles face aux difficultés qu'elle rencontre. Les dettes accumulées par Kash, l'amènent à craquer en prenant conscience de la gravité de la situation (Épisode 4) : il n'y a pas de mal à se montrer humain de temps en temps, mais de là à dénaturer l'épicière de la sorte... Là encore, les choses n'iront pas en s'arrangeant.  
  • Les histoires des cœur entre les flics sont marrantes deux minutes mais guère plus ! L'idée d'instiller une fille dans l'équipe pour que les deux compères (dont l'un a une tête d'écureuil pré-pubère) soient en rivalité me semble un peu surfaite. On pourrait s'en passer sans problème.   
  • Pour finir, on n'échappe pas au fameux épisode musical qui sévit dans beaucoup de séries télévisées, même si les frais sont limités aux dernières minutes de la saison, à savoir, le mariage de Karen Jackson et Jamie Maguire. 

Si vous voulez voir ce que ça donne en vidéo, même si vous savez déjà tout : allez voir par là. :-)


Shameless 
Saison 4 (2007)
8 épisodes : 7 de 40min + 1 de 70min 
Paul Abbott 
Diffusion Channel 4 au Royaume Uni et Virgin17/DirectStar en France. 


* Générique VF à partir de l'épisode 4

lundi 29 août 2011

L'allumeur de réverbères - Maria S. Cummins - 1896


L'histoire 

La petite Gertrude _ Gerty pour les intimes _ passe ses journées à errer dans les rues de Boston. Abandonnée à sa naissance aux soins de Nan Grant, une femme acariâtre qui ne l'aime guère, elle doit tout à son sauvage instinct de survie et la liberté propre à ceux qui n'ont de souci à se faire que pour eux-mêmes. Du haut de ses huit ans, Gerty n'hésite pas à lui rendre comme il se doit son mépris, ses coups et ses sarcasmes. Si bien qu'après lui avoir envoyé une bûche en pleine tête, la "petite sorcière" est chassée de la maison. Personne ne se risque à accorder la moindre charité à cette racaille en herbe, hormis Trueman Flint, le vieil allumeur de réverbères pour qui elle manifeste une sorte de fascination, et avec lequel elle a sympathisé.
 
Bien que Flint ait pris l'habitude de mener une vie modeste et solitaire, il n'hésite pas à adopter Gerty et à lui ouvrir les portes d'un nouveau destin. L'allumeur de réverbères est soutenu dans son entreprise par un entourage de personnes bienveillantes qui constituent d'ordinaire sa compagnie : Mrs Sullivan, son fils Willie, les Graham et Emily, leur fille aveugle. Tous vont apprendre à la Gertrude qu'il est fort déplaisant pour tous d'entendre les grossièretés qui émanent de ses états colériques, mais qu'il lui suffit de prier, de se contenir et d'apprendre à lire, pour devenir gentille !

Et voilà ! Un ange est né !

Dix ans plus tard, Gertrude est une fille rangée, exemplaire, méconnaissable. Elle est aussi devenue belle, maintenant qu'elle a perdu son démoniaque caractère affirmé. Trueman Flint a encore vieilli, donc il est mort. Mrs Sullivan aussi, Nan Grant (a qui elle a pardonné d'avoir ébouillanté son petit chat) aussi, son pote Willie est parti faire fortune aux Indes. Elle s'est donc reconvertie en dame de compagnie d'Emily Graham, à qui elle lit des livres entre deux prières...

J'avoue qu'à ce moment de l'histoire, j'ai pensé très fort ...
 

                            Dommage que Youtube affiche le titre des vidéos, ça casse tout l'effet de surprise.
                                               

... mais je me doutais bien que cela n'allait pas durer. Sous l'existence apparemment calme des Graham, d'Emily et de Gerty, les peines de coeur et les tourments du passé bouillonnent !


Un vieux livre 

Voilà des années que ce roman croupit dans un meuble de rangement, sans que j'aie eu l'idée de le lire. Il faut dire que l'état du livre ne donne pas envie ; il m'est parvenu dans une vieille édition Hachette (sans numéro ISBN, c'est dire ! ) et revêtu d'une couverture vierge de toute autre indication que cette du titre, jaunie par le temps et à peine plus cartonnée que les pages. L'âge accorde beaucoup de valeur à l'objet en question, mais ne donne pas franchement envie d'en savoir plus sur son contenu. C'est sans doute pour cette raison qu'il a été oublié de tous. 

On ne voit pas grand chose, mais c'est peut-être mieux ainsi...

             
L'Allumeur de réverbères est donc paru chez Hachette à la fin du XIX°siècle, au cours d'une période pendant laquelle plusieurs maisons d'édition se sont mises à consacrer une part de leurs publications à la littérature dite "de jeunesse". Le ton se voulait alors assez moraliste, car il ne fallait pas une seule seconde perdre de vue la portée éducative du livre. C'est fortement perceptible dans ce cas précis. Le roman daté de 1896 fait à présent partie du domaine public, ce qui veut dire que la BNF a été en mesure de numériser l'exemplaire qu'elle possédait forcément grâce à la loi du dépôt légal, pour le mettre en ligne sur Gallica, sa bibliothèque numérique : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64276z/f5.image  

Miss Cummins, L'allumeur de réverbères. 1896. Photo de l'édition Hachette.