Affichage des articles dont le libellé est marin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est marin. Afficher tous les articles

vendredi 11 novembre 2016

Les Cités des Anciens 1 - Dragons et serpents - Robin Hobb (2010)


Ah ! Enfin la suite de l'Assassin Royal et des Aventuriers de la Mer ! Bon, le premier tome de cette "nouvelle" série à succès de Robin Hobb est sorti il y a six ans au moins, mais le plaisir de la découverte ne d'en trouve pas amoindri.   




Les Rivages Maudits, quelques années plus tard... 

Souvenons-nous de la fin des Aventuriers de la Mer et de ses principaux personnages : la dragonne Tintaglia avait fini par lier un pacte avec les hommes du Désert des Pluies. Il s'agissait pour elle d'accompagner les serpents de mer vers leur terrain d'encoconnage afin qu'ils puissent passer l'hiver à l'abri et devenir des dragons à leur tour. La portée de reptiles volants assurerait la défense des peuples du fleuve et des Terrilvilliens contre la menace des galères Chalcèdes. En contrepartie, les humains devraient vénérer les jeunes dragons et subvenir à leurs besoins. 

Une poignée de marchands, de marins, une vivenef et quelques citoyens du Désert des Pluies avaient rendu possible cette périlleuse entreprise par leur persuasion et leur courage. Ainsi le navire Parangon, commandé par Althéa et Brashen, avait joué les intermédiaires entre la dragonne volante et ses petits cousins immergés sur la route de la terre promise. Puis tous trois avaient mis les voiles vers d'autres horizons. 

Les Cités des Anciens débutent alors que les jeunes dragons brisent leur cocon sous les yeux émerveillés de la population locale. Mais tous se rendent compte peu à peu que, malgré leur soif de vivre et l'agressivité qu'ils manifestent, ces rejetons ne sont pas à la hauteur des espérances. Estropiés, faiblards et mal formés pour beaucoup d'entre eux, mentalement retardés pour quelques autres, ils paient le prix fort d'une trop longue errance en mer et d'un encoconnage tardif.

Par conséquent, Tintaglia semble s'en désintéresser et laisse les "bébés" au bons soins des humains désemparés... et effrayés ! Car si les dragonneaux n'ont pas la prestance de leurs ancêtres, ils ont quand même un ventre à remplir ! Les "chasseurs" payés pour leur fournir leur viande quotidienne peinent à suivre la cadence de leurs estomacs ; ne risquent-ils pas de dévorer à belles dents la main qui n'arrive plus à les nourrir ?

Voyant que Tintaglia ne donne plus signe de vie _ et pour cause ! Elle est bien trop occupée à s'accoupler avec Glasfeu, le dragon des Glaces que Fitz et sa bande ont libéré dans le tome 12 de l'Assassin Royal !!, le Conseil du Désert des Pluies et les marchands de Terrilville décident de rompre le contrat qu'ils ont passé avec elle. Une décision radicale est alors prise : éloigner les dragons des hommes, et les emmener dans un endroit où ils ne pourront plus nuire qu'à eux-même. Mais qui va devoir se charger de cette tâche aussi ingrate que dangereuse ?  




L'épopée des inadaptés 

Que fait-on lorsqu'on veut éviter d'avoir à faire le sale boulot ? On s'en décharge sur les cassos et autres illuminés, sur les gens incapables de refuser ou encore sur des particuliers désespérés au point de trouver votre corvée super intéressante ! Dans Dragons et serpents, ces profils-là seront incarnés par Alise, Sédric, Thymara,Tatou... et peut-être le marin Leftrin, capitaine de la vivenef Mataf.  

Robin Hobb a choisi, comme dans les Aventuriers de la Mer, une narration à la troisième personne où l'on voit évoluer parallèlement des personnages qui ne se connaissent pas mais qu'on devine amenés à se rencontrer à plus ou moins long terme. D'abord Leftrin, secrètement détenteur d'un bloc de bois sorcier. Puis Thymara, une jeune fille née dans le Désert des Pluies et porteuse des stigmates qui auraient justifié un abandon à la naissance si son père ne l'avait tant aimée : des griffes et des écailles. Sans avenir à cause de son physique disgracieux, elle est rejetée par tous et doit se méfier de sa mère qui a déjà tentée de la tuer, l'air de rien. Seuls son vieux daron et le jeune Tatou, un ancien esclave tatoué, semblent l'apprécier pour ce qu'elle est... 

A Terrilville, on retrouve avec joie le quotidien des Marchands, toujours engoncés dans leurs traditions, leurs protocoles et leur souci du qu'en dira-t-on. On se souvient d'Althéa et de son non conformisme, on découvre avec Alise une autre manière de contourner le système quand on est une femme moche et instruite. Après s'être associée d'un commun accord avec un marchand imbu de lui-même qu'elle méprise ouvertement et qui n'attend d'elle qu'un héritier, elle parvient à le manipuler assez bien pour lui arracher l'autorisation d'entreprendre un voyage au Désert des Pluies. Pour cette passionnée de dragons, c'est un rêve qui se réalise. Elle partira à condition d'être chaperonnée par le secrétaire de son mari, le gentil Sédric ; qu'importe le peu de confiance qu'on lui accorde, elle échappe ainsi à sa triste condition de femme de marchande et c'est déjà pas mal.  


"Je suis peut-être moche, mais moi un richou me paye ma croisière ! 


De leur côté, les jeunes dragons sont en panique. Grâce au souvenir des générations passées qu'ils portent en eux, il ont pleinement conscience de leur faiblesse. Ils savent d'instinct qu'ils ne sont pas tels qu'ils devraient être, et les rapports au sein de leur "couvée" d'infirmes s'en ressentent. Même si les tensions règnent entre eux, tous trouvent insupportable l'idée de vivre au crochet de pitoyables humains...  

Ce premier volet marque le début de ce qui ressemble fort à une épopée de bras cassés ! Ah, on est bien loin du fier marin, du preux chevalier et du majestueux dragons lanceur de flammes... Même Crocmou blessé était plus convaincant que Sintara, Ranculos (ahah... sans doute un prototype de ratage à mi-chemin entre un enculé et un spéculos ? désolée..) et les autres !  

Les fans de l'Assassin Royal et des Aventuriers de la Mer adoreront forcément, puisque l'histoire s'inscrit dans le même univers _dommage qu'on n'ait plus la carte des Rivages Maudits, d'ailleurs ! et que Robin Hobb arrive toujours à nous relater un contrat de mariage dans son intégralité sans nous perdre en route. Cela dit, il devient plus que jamais nécessaire de savoir où on met des pieds avant de se lancer dans la lecture des Cités : autant on pouvait lire les Aventuriers de la Mer sans connaître Fitz, autant lire les deux cycles de l'Assassin Royal en faisant l'impasse sur les Aventuriers ne risquait pas de gêner la compréhension, autant il me paraît compliqué d'"attaquer" l'oeuvre de Robin Hobb par Dragons et serpents. Si les personnages ne sont pas les mêmes dans dans les précédentes saga, la "mythologie" est posée et considérée comme acquise par le lecteur. On a l'impression que l'auteure a écrit pour son lectorat habituel avant tout... ce qui peut se comprendre, et ce qui nous arrangera bien, nous les groupies. 

le prof Gilderoy Lockart,
homme à fans dans Harry Potter 2 - La chambre des secrets 

Enfin, ce n'est que mon avis ! Si vous en avez d'autres, laissez un commentaire ! 

Vivement la suite ! 

Robin HOBB. Les Cités des Anciens 1 - "Dragons et serpents". Pygmalion, 2010. 336 p. ISBN 978-2-7564-0287-1

samedi 19 janvier 2013

Les Aventuriers de la Mer - 4 - Brumes et tempêtes - Robin Hobb (2004)


Ah, autant les illustrateurs me laissent souvent dubitative, autant là je dois dire que j'ai beaucoup apprécié la couverture de "Brumes et tempêtes", tome 4 des Aventuriers de la Mer, dans la collection "Piment". Pourquoi ? Parce que je trouve que le mât et les voiles du navire sont dessinés avec une précision émouvante. De même que les féroces serpents de mer du premier plan. 

Évidemment, la fille à poil en plein milieu ne gâche rien.



Allez, trêve de matage !


Où est-ce qu'on en était ? 

Ambre, la magicienne vendeuse de bijoux en bois sorcier, a toujours dans l'idée de sauver la vivenef Parangon d'une probable mise en pièces par ses propriétaires. Comme la capricieuse figure de proue n'est pas pressé de montrer sa reconnaissance, leurs échanges meurent aussi vite que les vagues sur la plage de Terrilville. A quelques lieues de là, Malta continue à briser les cœurs et à scandaliser son entourage. Conformément à la tradition, Ronica et Keffria accueillent du mieux qu'elles le peuvent la famille Khuprus, en espérant que les sentiments du jeune Reyn pour Malta partiront aussi vite qu'ils sont venus. Mais il semblerait que le jeune marchand du Désert des Pluies n'ait pas pour habitude de faire les choses à moitié : la cour qu'il mène auprès de sa prétendante respire à la fois la sagesse et la passion.

Il est peu question de Brashen dans "Brumes et tempêtes" ; on sait seulement qu'il s'est engagé sur la Veille de Printemps, un navire contrebandier où tout lui paraît louche... à commencer par le capitaine, face à qui il doit sans cesse peser ses mots. Sans doute se jetterait-il à l'eau s'il voyait Althéa prête à céder aux avances de Grag, le fils du marchand Ténira, qui l'a recueillie et adoptée à bord de l'Ophélie.

Vivacia a été capturée par l'équipage du capitaine Kennit et a vu périr une grande partie de son équipage. Entre le pirate mal en point et la vivenef des Vestrit, un lien inexplicable se tisse : lui se plaît à la charmer et elle, à l'écouter parler. Leur relation est aussi frustrante pour Hiémain, héritier du bateau, que pour Etta, la favorite de l'homme estropié. Pourtant, ils vont devoir faire abstraction de leur jalousie et réunir leurs forces pour soigner Kennit, qu'il faut amputer proprement vu qu'il suinte méchamment. La lourde tâche du saucissonnage au couteau rouillé va d'ailleurs revenir au prêtre novice, guidé par la bienveillante Vivacia ... que, contrairement à l'illustrateur Gilles Francescano, je n'imaginais pas pourvue d'une poitrine généreuse.



Mais c'est quoi ce méchant ? 

Depuis le début de la série, les propriétaires des vivenefs ne cessent de chuchoter d'énigmatiques reproches à l'encontre d'un certain "Gouverneur", qui aurait pour principaux traits de caractère d'être injuste et peu consciencieux dans ses fonctions. Aussi puissant qu'incompétent, il est redouté des anciennes familles de marchands de Terrilville, car il se soucie peu de leur déchéance. Pourtant, il est aussi apprécié des "nouveaux marchands", qui ont du mal à respecter les codes établis par les marins depuis des générations.
Toujours est-il que, jusqu'au tome 4 des Aventuriers de la Mer, on ne sait absolument rien de celui qu'on perçoit tout de même comme l'un des "méchants", et ça commence à nous intriguer furieusement. Par chance, Robin Hobb a ici consacré un chapitre entier à la présentation du fameux "gouverneur Cosgo". Ceux qui se plaisaient à l'imaginer sadique, imposant et autoritaire pourraient bien être déçus : la bête est en réalité un adolescent attardé qui profite de son statut pour baiser à longueur de journée et planer en fumant des herbes. Il semble avoir une conception très abstraite du territoire qu'il dirige, et préfère déléguer les dossiers épineux à ses dames de compagnie. A vrai dire, Cosgo peut évoquer une pâle copie de Royal, le prince aux dents longues de L'Assassin Royal, la cruauté et l'ambition en moins. Un personnage déconcertant, donc, mais peut-être est-ce l'effet voulu, puisqu'on a déjà trouve l'homme à détester et à abattre en la personne de Kyle Havre, l'odieux père de Hiémain.


De la pute au prêtre... 

... Ou comment garder le sourire face à une porte de prison ?

A ma gauche, Etta, fille de joie de son état, mais bien décidée à apprendre le métier de pirate pour garder son client préféré dans son champ de vision. A ma droite, Hiémain, prêtre en formation, marin en formation, puceau en perdition. Vont-ils pouvoir communiquer ? Eh bien oui, car ils ont un objectif commun à atteindre : sauver le capitaine Kennit ! Mais ce ne sera pas gagné d'avance, et les débuts de leur "cohabitation" resteront longtemps laborieux.

Comme s'il n'avait pas déjà assez de malheurs et de pression, il fallait absolument que Hiémain se farcisse les sautes d'humeur de la femme du capitaine ! En effet, Etta n'est pas une fille commode ; elle a quitté Partage et son bordel natal pour rester proches de celui qu'elle aime aveuglément : Kennit le pirate. Depuis, elle ne vit qu'à travers lui, jalouse aussitôt tout ce qui l'approche d'un peu trop près, et peut littéralement mettre en pièces celui qui aurait l'idée de lui faire du mal. Forcément, dès qu'elle décèle un semblant de complicité entre le pirate, la figure de proue et le jeune prêtre, ils deviennent pour elle des rivaux tout trouvés. Hiémain aimerait bien lui dire qu'il n'a aucunement l'intention de l'exclure de leur relation de confiance, mais il n'est guère aisé de parlé à quelqu'un d'aussi buté qu'une prostituée convertie en marin.

Pourtant, la femme de caractère sans peur et sans reproche se transforme en bon petit chien chien dès que Kennit ouvre la bouche ; aussi, quand il va lui demander d'être indulgente, voire attentionnée envers Hiémain, elle va s'exécuter à contrecœur et jouer le jeu à la perfection. Le novice est bien surpris que la femme l'accueille avec une bienveillance perceptible, lors de sa descente dans la cabine du convalescent, et ne soupçonne pas les raisons d'un tel changement d'humeur à son égard. Il se laisse donc aller à croire à une amitié naissante, et pense qu'il a enfin trouvé l'oreille attentive qui voudra bien recueillir ses peines contenues depuis des mois en mer.

"Hiémain sentit une ouverture.
"Et je ne vous le demanderai pas. C'est seulement... ce serait bien de pouvoir parler à quelqu'un. Simplement parler. Il m'est arrivé tant de choses récemment. Tous mes amis sont morts, mon père me méprise, les esclaves que j'ai aidés n'ont pas l'air de se rappeler ce que j'ai fait pour eux, je soupçonne Sâ'Adar de vouloir en finir avec moi..." 
Sa voix se réduisit à un murmure quand il se rendit compte qu'il devait avoir l'air de s'apitoyer sur son sort."
(p. 225 - 226)

Que nenni ! La pute lucide et fataliste va remettre les idées en place à celui qu'elle considère comme un jeune pleurnichard incapable de se secouer, donnant lieu au passage le plus intéressant _ humainement parlant _ de l'ouvrage.        

(p. 226)
"... J'essaie de trouver le moyen de revenir à mon point de départ pour rétablir ma vie d'avant mais... 
_ Tu ne peux pas revenir en arrière, lui dit-elle franchement, d'une voix neutre. Cette partie-là de ta vie est terminée. Mets-là de côté comme une étape achevée? C'en est fini pour toi. Personne ne peut décider de ce que sera sa vie." Elle leva vers lui un regard qui le transperça. "Sois un homme. Tâche de découvrir où tu te trouves maintenant et repars de là, en faisant contre mauvaise fortune bon coeur. Accepte et tu pourras survivre. Si tu restes en arrière, en répétant que ce n'est pas ta vie, que tu n'es pas fait pour ça, tu passeras à côté. Il se peut que tu n'en meures pas, mais autant être mort, pour ce que ça te rapportera, à toi et aux autres."
Hiémain était abasourdi. Aussi dures qu'elles soient, ces paroles étaient remplies de sagesse."
(p. 226 - 227) 

Tout n'est pas bon à prendre dans la tirade d'Etta. Mais certains éléments intéresseront sans doute le lecteur qui cherche en vain un sens à sa vie ; il est dommage que Hiémain se réapproprie aussitôt les préceptes d'Etta pour les lier à ses apprentissages religieux : Sa aurait-il donc parlé à travers la bouche de la prostituée?
Cela nous importe peu, à vrai dire. J'aimerais bien revenir, plutôt, sur l'attachement qu'a Robin Hobb a décrire le cheminement mental du personnage tentant de communiquer avec la bombe à retardement qui tricote en face de lui. On a l'impression qu'une grande partie de Mikado se joue entre le prêtre, ses propres ressentis, et son interlocutrice : cerner l'Autre, quel chantier, surtout s'il est d'humeur changeante ! Hiémain, craintif, entre dans la cabine de Kennit, certain de se faire jeter par la harpie du malade. Surprise : ladite harpie lui tricote un pantalon et lui fait même grâce d'un vague sourire. Le coeur réchauffé, il se dit que c'est peut-être l'occasion de se frayer un chemin jusqu'au coeur de la femme pirate, histoire de voir ce qu'elle a dans le ventre. Mais la dame n'est pas en mal d'ami, elle : qu'il aille chialer sa mère ailleurs. La douche froide l'empêche de s'enflammer, or il veut encore y croire et saisit une parole de la prostituée comme un barreau d'échelle pour revenir à l'attaque. Ah, décidément, on a beau dire : Hiémain est un warrior à sa manière. Qui ne se découragerait pas au premier camouflet d'une fille qui ne tolère pas votre présence et vous le fait comprendre ? Qui n'aurait pas le réflexe d'éviter celui ou celle qui vous a octroyé un sourire hier, et vous envoie un pain dans la gueule aujourd'hui ? Oui, Hiémain est un type persévérant et pas dénué de courage. Ou alors, il est maso. A sa place, j'aurais pris le large.

Jeu de mots, ah ah.


Oh mon Dieu !

Rien à voir ou presque _ puisque la chanson Les Mandarines aborde à mon avis le sujet de la prostitution _  mais je voulais vous faire part de mon étonnement en réalisant à l'instant qu'Ulrika Von Glott et Marianne James étaient en fait une seule et même personne ! Bien qu'à présent cela me semble évident, je n'avais jamais fait le rapprochement.


"Les mandarines", chanson des années 30 reprise par Ulrika Von Glott. 
Chanson découverte grâce à mon premier radio réveil, qui ne captait que Radio Liberté Ribérac. 


J'en profite pour signaler que Marianne - Ulrika n'apparaît pas dans l'article Wikipedia consacré au Kadox, un jeu télévisé diffusé sur France 3 à la fin des années 1990, alors qu'elle y a bel et bien participé. Je m'en vais de ce pas apporter ma contribution, et vous laisse en compagnie d'Amanda Lear, pour patienter.



   

Voilà ! C'est fait !

Hobb, Robin. Les aventuriers de la mer. "Brumes et tempêtes". Paris. France Loisirs. Coll. "Piment". 1999. 389 p. ISBN 2-7441-7725-3 

mardi 14 août 2012

Les Aventuriers de la Mer - 2 - Le navire aux esclaves. Robin Hobb (1998)




Malgré les tension familiales, les conflits d'intérêts et les risques de la mer, les navires ont repris de large, emportant avec eux les héros des Aventuriers de la Mer.




Où est-ce qu'on en était ? 

Kyle Havre est désormais le nouveau propriétaire de Vivacia, la vivenef de la famille Vestrit. Il entend utiliser le vaisseau magique pour se lancer dans le commerce des esclaves, et commet ainsi un sacrilège dans l'univers des Marchands de Terrilville. Son fils aîné, Hiémain, l'accompagne dans son sinistre voyage vers le port de Jamaillia ; or, le jeune mousse enrôlé de force pour ses capacités à communiquer avec la Vivacia, n'entend pas faire carrière dans la marine car il se sent destiné à la prêtrise. 

Althéa Vestrit, l'héritière légitime du vaisseau magique, s'est engagée sur un navire-abattoir spécialisé dans la chasse à l'ours. Pour se faire embaucher plus facilement, elle décide de se travestir et de se faire appeler "Athel". C'est tout à fait par hasard qu'elle va retrouver à bord du sanglant Moissonneur Brashen Trell, le marin qui a promis à son père de veiller sur elle.

Kennit, l'antipathique capitaine de la Marietta jouit d'une gloire inattendue. Lui, le pirate au coeur de pierre qui voulait attaquer les navires transportant des esclaves dans le seul but de s'enrichir, se voit unanimement qualifié de bienfaiteur de l'humanité lorsqu'il réussit dans son entreprise ! Il profite donc un maximum d'une situation qui gonfle son ego... bien que les remerciements, les louanges de son équipage et des esclaves libérés ne tardent pas à l'agacer.

A Terrilville, la tradition veut que les femmes restent à terre ... Ronica Vestrit et Keffria s'y sont pliées depuis longtemps, contrairement à la rebelle Althéa. En chef de famille assumée, malgré le désaccord d'un Kyle bien plus conservateur que ses aïeux, Ronica se démène pour honorer ses dettes et veiller au bon fonctionnement de la maison, en faisant fi de ses chagrins multiples. Mais la bonne volonté ne suffit pas toujours. Keffria prend l'eau comme une vieille barque : dépitée par l'inflexibilité d'un mari qu'elle avait idéalisé et par son manque d'autorité face à la petite Malta, elle sait plus faire grand chose d'autre que fondre en larmes et rêver du passé.


Le piège des traditions 

Robin Hobb a pris le parti de nous présenter l'évolution parallèle de multiples héros disséminés aux quatre coins des Rivages Maudits, pour le plus grand bonheur du lecteur en quête de dynamisme : passant d'un décor à un autre, il n'aura guère le temps de s'ennuyer et d'oublier un pan de l'action dans un coin de se cervelle. Si les liens entre les différents protagonistes se dessinent sans être encore très clairs, les dialogues entre les serpents de mer paraissent encore bien énigmatiques ; plus pour longtemps, sans doute. Pour l'auteur, cette technique d'écriture dont le nom conventionnel m'échappe, et que j'appellerai donc "multiplex narratif" pour l'occasion, a un autre avantage pour nous comme pour elle : le respect quasi parfait de la chronologie. L'efficacité du procédé n'est d'ailleurs plus à démontrer dans le domaine de l'heroic fantasy puisque Tolkien l'a déjà utilisé en écrivant Le Seigneur des Anneaux, et ce, dès la dissolution de la Communauté de l'Anneau (fin du tome 1, "La Communauté de l'Anneau").

Le multiplex narratif, donc, souligne l'un des grands messages que la (trop) bien pensante Megan Lindholm alias Robin Hobb tient à faire passer dans son ouvrage : qu'on soit à Terrilville, à Jamaillia, à Chandelle ou à Cresson (!), sur terre ou en mer, une femme ne vaut rien et n'a pas plus d'espace vital qu'une poule pondeuse d'élevage, ou que madame Ingalls. Voyez vous-même : elle a tellement peu d'importance dans l'action que j'en ai oublié son prénom. Mais là n'est pas le problème.

Heureusement, Robin Hobb est là pour faire régner la justice : féminisme à prix discount bonjour ! Enfin, on se moque, mais c'est quand même mieux que rien, lorsqu'on sait que la série s'adresse à un public d'adolescents et de jeunes adultes. Dans L'Assassin Royal, la question ne se posait pas : les Six-Duchés étaient une terre où l'égalité des sexes régnait. D'ailleurs, les premières allusions faites au champ de bataille de Fitz et compagnie émanent des marins du Moissonneur que sont Brashen et Reller : elles évoquent le statut de la femme et l'existence des dragons comme autant de faits légendaires qui restent à prouver !
Le travail sur le brouillage des genres est intéressant : entre l'univers marin où il faut sans cesse afficher sa virilité, la vie des femmes restées à terre comme autant de biches sans défenses inquiètes pour leurs maris et terrifiés par eux, Althéa et Hiémain sont des rebelles qui ont bien du mal à trouver leur place.
 
Ephron Vestrit a toujours permis à Althéa de se conduire comme un garçon, au grand regret du reste de la famille, qui y a toujours vu une attitude inconvenante. C'est pourtant grâce à son travestissement réussi que l'héritière légitime de la Vivacia va pouvoir s'intégrer sur le Moissonneur ... jusqu'à ce que sa véritable identité la rattrape, la faisant dégringoler au rang de moins que rien. La feinte est originale, mais sans plus. Pensons au Supplément au voyage de Bougainville de Diderot, où le travestissement d'une jeune femme à bord du navire de Bougainville avait tenu la route jusqu'à ce qu'elle pose un pied sur le sable tahitien, et que les mecs autochtones lui tombent dessus comme des morts de faim sans se soucier une seconde de son apparence. Ce petit ouvrage donnait lieu à tout un débat sur le statut de la femme, il serait bon de faire une lecture parallèle des deux histoires.


Au programme du Bac L en 2004

Par contre, l'attirance de Brashen pour Althéa, en partie parce qu'elle se voile sous une allure et des vêtements d'homme, et plus originale. Cela dit, restons soft : Althéa n'est pas homo. D'un air gêné puis agacé, elle repousse les avances des serveuses lors de ses haltes à terre. On apprend même qu'elle a commencé à coucher à 14 ans avec un marin de la Vivacia, ce qui lui a valu de se faire traiter de pute par Keffria. Allons-y doucement. Rebelle ok, dépravé, non !  

Hiémain apporte la touche philosophique du roman ; il a une formation de prêtre au service de Sa, la divinité locale. Par définition, il n'est pas viril, ne fait pas de blagues salaces, et ne trempe pas sa queue dans la choppe du capitaine pour se venger d'un affront. Montrer aux autres qu'il est un homme, alors que ça ne se voit pas, et qu'en plus, son physique d'enfant ne lui déplaît pas forcément, n'est pas une tâche facile. Son premier voyage en tant que mousse lui vaut des moqueries qu'il ne comprend même pas. Exaspéré par son attitude, le capitaine Kyle lui renvoie un portrait de lui-même où sa tante Althéa apparaît, portant les mêmes déviances que lui :

" Pourquoi ne faites-vous pas cette offre à Althéa ? " Demanda Hiémain. La douceur de sa voix interrompit net le flot d'interrogations de son père. 
Les yeux du capitaine étincelèrent comme des saphirs. " C'est simple : c'est une femme. Et toi, par tous les démons, tu vas devenir un homme ! Pendant des années, j'ai du supporter de voir Ephron Vestrit traîner sa fille derrière lui et la traiter comme un garçon ; et puis, tu es revenu avec ta robe brune, tes muscles de fillette,  tes manières de mouton et ta timidité de lapin, et je me suis alors demandé : "Ai-je mieux fait que lui ?" car devant moi se trouvait mon propre fils qui ressemblait plus à une femme qu'Althéa elle-même."  (pp. 35-36, Flammarion J'ai Lu Fantasy n°6863)

Même si la vie de marin a peu à peu raison de son tempérament calme et de son existence pure, Hiémain n'a qu'une envie : retrouver le monastère dont on l'a extrait de force. Peu lui importe d'être un homme, une femme, ou autre chose puisqu'il est avant tout au service de Sa et des autres. On peut dire que tout l'oppose à sa petite soeur Malta, dont le caractère est profondément imprégné de mouvements hormonaux divers... et que Kyle Havre considère ouvertement comme "sa préférée". L'enfant est déjà une femelle manipulatrice en puissance, au-delà même de ce qu'une caricature pourrait nous présenter : agaçante, en conflit constant avec sa mère et sa grand-mère si démodées et si peu soucieuses de ses désirs vestimentaires, elle obtient tout ce qu'elle désire de son cher père au nez et à la barbe de Keffria. Tant que sa pensée ne va pas plus loin que la belle étoffe et le beau Cerwin Trell, elle se comporte selon lui comme une femme telle qu'on devrait pouvoir la définir à Terrilville. Lui, si étroit d'esprit, ne semble pas sentir le poids des traditions sur un territoire où le moindre geste et une simple robe peuvent dire beaucoup des intentions d'une femme ou d'une famille entière...

   
  
  • Hobb, Robin. Les aventuriers de la mer. "Le navire aux esclaves". Paris. Flammarion. Coll. "J'ai lu". 1998. 381 p. ISBN 2-290-33705-6



dimanche 15 avril 2012

Les Aventuriers de la Mer 1 - Le vaisseau magique - Robin Hobb (1998)



Comme convenu, je me suis mise à la lecture de la saga des Aventuriers de la Mer, qu'il est conseillé de commencer après le tome 6 de L'Assassin Royal. Normalement, si Robin Hobb use aussi bien de son pouvoir de séduction que la dernière fois, on est partis pour neuf livres de poche : l'édition française a une nouvelle fois fait fonctionner la cisaille et découpé en petites parts les trois pavés de la version originale. Quelle importance, me direz-vous, du moment que le texte intégral soit respecté ? Eh bien, il me semble qu'ici, le saucissonnage n'ait rien d'un détail.

L'histoire 

La mort du capitaine Ephron Vestrit, illustre représentant d'une dynastie de navigateurs marchands de Terrilville, met fin aux non-dits et sème la discorde dans la famille : Ronica, la veuve, fait ce qu'elle peut pour sauver l'honneur des Vestrit et éviter la faillite qu'une concurrence déloyale rend presque inéluctable. C'est pour le bien de tous qu'elle s'est efforcée de convaincre Ephron d'attribuer tout son héritage, et notamment sa précieuse "vivenef", à Kyle, leur gendre avide de pouvoir et assez peu scrupuleux pour forcer son fils, le jeune prêtre Hiemain, à intégrer l'équipage. Althéa, la fille cadette au caractère fort, se sent flouée. Elle ne comprend pas que la Vivacia ne lui soit pas revenue de droit, elle qui connait si bien le navire et qui est coutumière des voyages en mer. Heureusement, le marin Brashen n'hésite pas à faire l'impasse sur ses propres problèmes pour veiller sur elle. Non loin de là, le pirate Kennit vogue sur la Marietta à la recherche de butins de choix, en se passionnant pour les serpents de mer carnivores qui peuplent les fonds marins. 


       
Robin Hobb a choisi de faire évoluer les personnages des Aventuriers de la Mer dans le même univers médiéval que ceux de l'Assassin Royal ; les noms de Terrilville, des Rivages Maudits, du Pays Chalcède, qui tenaient lieu de destinations exotiques pour Fitz et ses amis solidement implanté dans le royaume terrien des Six Duchés, sonneront clair à l'oreille des habitués. Que les novices ne fuient pas pour autant : une cartographie accompagne l'ouvrage, comme dans tout roman d'heroic fantasy qui se respecte. Au contraire, ils partent avantagés, car la tentation de la comparaison des deux histoires parallèles est d'autant plus grande que nous nous efforçons d'y échapper. Il y a quand même de quoi être dépaysé : point d'Art, de Vif et de cour princière, mais des marins, des pirates, des serpents de mer amateurs de chair humaine morte ou vive, des navires et surtout des vivenefs, des bateaux à la figure de proue vivante rattachés à leur capitaine par un lien fort.  

Les pièces du puzzle 
Alors que l'Assassin Royal ne laissait planer aucun doute sur la place prépondérante de Fitz, "Le vaisseau magique" s'ouvre sur plusieurs fragments de destins, que l'on sait d'avance voués à se rencontrer, certes, mais qu'on ne peut pas rapprocher pour l'instant. C'est ici que je me permettrai de remettre en cause la pertinence -autre que financière- du "découpage" de l'oeuvre en 9 volumes de poche : à la fin des 316 pages, on est plus désarçonnés par la quantité d'informations livrée sur tous les personnages importants que tenus en haleine par un dernier chapitre plein d'entrain. La saga des Aventuriers de la mer n'a sans doute pas été rédigée pour être hachée aussi menu.

"Pirates !!!"
Pour revenir à la diversité des portraits proposés, disons qu'il est tout à fait vain d'essayer de déterminer un héros. Si plusieurs figures incontournables se dessinent petit à petit, il faut s'attendre à ce que plusieurs "aventuriers" soient tous logés à la même enseigne du début à la fin de la saga. S'ils ont comme points communs l'instinct de survie, la mer, l'amour des beaux navires rapides, et sont tous guidés par un passé qui les a rendus lourds d'amertume ou assoiffés de vengeance, ce sont leurs préoccupations personnelles les précipitent les uns vers les autres. Même sur un bateau vivant et capricieux, des gens se croisent sans se douter que leurs vies serons plus tard indissociables.        

Aventures en mer 
L'univers des marins et les histoires de pirates _ clairement annoncé dans le titre, on est prévenus _ ne m'a jamais vraiment emballée, hormis l'Ile au trésor de Stevenson que j'ai du relire vingt fois ; mais c'est bien l'exception qui confirme la règle. Je n'ai toujours pas réussi à regarder "La Malédiction du Black Pearl" en entier, alors que les trois premiers DVD de Pirates des Caraïbes moisissent d'ennui dans leur boîte depuis plus de deux ans. Si la lecture de ce roman ne m'a pas été pénible du tout, c'est parce que Robin Hobb accorde toujours une importante dimension psychologique à ses intrigues. 



"Les copains d'abord, les copains d'abord"
Ah non, c'est pas ça...

Il faut aussi signaler que dans ce premier temps de l'histoire, beaucoup d'événements, de débats et de grandes décisions prennent corps à terre.

Je crois que je deviens chiante ... 
... mais j'ai quand même deux ou trois remarques négatives à faire partager. Il paraît que les "suites" de livres ou de films sont toujours un peu décevantes ; on pourrait plutôt dire que le lecteur ou le spectateur devient plus exigeant lorsque la barre est placée très haut et que l'effet de surprise n'a plus lieu d'être. Ce doit être mon cas, d'autant plus que je ne peux m'empêcher de créer des liens avec Fitz et compagnie ; or, ces liens m'amènent à penser que la mythologie des Aventuriers de la mer n'est rien de plus qu'une version exotique de celle déjà connue dans l'Assassin Royal. C'est peut-être voulu, d'ailleurs, étant donné que tous vivent dans le même univers :

- Le dieu El devient le dieu Sa
- Le Vif et l'Art sont remplacés par le lien entretenu entre un humain et sa vivenef 
- Fitz et Althéa se font écho dans leurs actes et dans leurs paroles _ souvent irréfléchis
- Les dragons laissent place aux serpents de mer
Oui, rien qu'en dressant la liste, je me dis de plus en plus que les ressemblances sont volontaires.  

Althéa Vestrit, l'une des multiples figures du roman, fait aussi figure d'ombre au tableau ; c'est le type-même de l'enfant gâtée qui se pense rebelle mais qui est juste chiante à baffer à force de ramener sa fraise. Il s'agit d'une héroïne forte et téméraire, pas du tout féminine évidemment, puisque les femmes pleurent et n'ont pas le pied marin, c'est bien connu ! Althéa est le pendant inversé de sa soeur Keffria, une jeune mère qui se déshydratera sans doute avant la fin du cycle. Ceux qui connaissent la série télévisée sur fond de fantasy médiévale La Caverne de la Rose d'Or (années 90) pourront identifier Althéa à la courageuse Fantaghiro, et Keffria à Catherine, la grande soeur blonde qui renifle sans cesse. 

Enfin, la prise en considération omniprésente des "liens du sang" dans cette histoire où il est beaucoup question d'héritages, de partage, et de la légitimité d'accéder ou non à certains biens, m'a un peu dérangée. Bien entendu, l'univers médiéval rend indispensable cette notion de "bâtardise", de "sang pur", de "non, t'es adopté, ça compte pas". Mais, Robin Hobb s'en sert un peu trop pour souligner les inégalités de l'héritage : Kyle, le "méchant", est celui qui est un Vestrit "par alliance" ; la vivenef réveillée ne peut reconnaître son "sang" et ne communiquera qu'avec un "vrai" membre de la famille. Le mérite n'a-t-il donc pas sa place dans Les Aventuriers de la Mer ? Rien n'est moins sûr ; verdict dans les volumes suivants !     
       

Hobb, Robin. Les aventuriers de la mer. "Le vaisseau magique". Paris. Flammarion. Coll. "J'ai lu". 1998. 316p. ISBN 2-290-32571-6

Illustration du livre de poche de l'édition Flammarion, coll. "J'ai lu":