samedi 2 avril 2022

SCRIPT / Afrique du Sud, Cinéma et enjeux contemporains - Brigitte Gauthier (2021)

Merci à Babelio et aux éditions l'Entretemps pour l'envoi de SCRIPT/Afrique du Sud, Cinéma et enjeux contemporains dans le cadre de l'opération Masse Critique.  

Il existe de multiples façons de découvrir un pays, sa culture, ses enjeux politiques, son histoire. Le cinéma en est une. SCRIPT/Afrique du Sud,cinéma et enjeux contemporains regroupe des contributions de journalistes, d’universitaires et de professionnels du cinéma qui sont autant de fragments d’ADN d’une contrée marquée par un passé riche mais jalonné de heurts. 

En début d’ouvrage, Brigitte Gauthier, directrice de la série S.C.R.I.P.T dont ce livre est le dernier né, nous rappelle sa ligne éditoriale engagée et résolument tournée vers l’avenir ; on ressent cette volonté dans les deux grands chapitres intitulés “Dossier scénario” et “Dossier production” qui composent ce recueil documentaire. 

Le Dossier scénario s’appuie sur un panel de films, parfois classiques (Come back Africa), parfois méconnus du grand public, tels que les documentaires The heart of Whiteness, et Glitterboys and Ganglands, parfois de renommé internationale (District 9), pour nous montrer comment les sujets qui fâchent peuvent être traités en fonction du contexte d’écriture et de sortie du film. Quand on parle de “sujets qui fâchent”, on pense bien sûr à l’appartheid, dont il semble toujours aussi tendu de parler aujourd’hui, mais pas que : la place des femmes et des minorités viennent au centre de la démarche artistique, que ce soit au cinéma, en musique ou dans le spectacle vivant. A noter que la musique est souvent mise à l’honneur dans cette partie du livre, d’abord par le biais de Miriam Makeba, de l’univers sonore de Come Back Africa, puis du groupe Die Antwoord. 

Pour ma part, les articles classés dans le Dossier production ont été plus difficiles à suivre, bien qu'ils soient ancrés dans la réalité de l'industrie cinématographique en Afrique du Sud, et de son essor actuel. En effet, il est devenu très intéressant d'y tourner un film : la vie y est moins chère que dans d'autres pays anglophones, ses paysages sont très prisés. 

Si la série S.C.R.I.P.T (et donc par extension S.C.R.I.P.T Afrique du Sud) semble s'adresser à un public cinéphile en priorité, plusieurs articles du présent ouvrage restent tout à fait accessibles. Ils donnent envie d'en savoir plus, et sur les oeuvres traitées, et sur le pays en lui=même. 

Enfin, pour ceux qui s'intéressent à l'univers de Disney, sachez que le texte d'Ethel Montagnani intitulé "La ségrégation dans le Roi Lion et le Roi Lion 2 : l'honneur de la tribu" est particulièrement instructif.

 

jeudi 24 février 2022

[LECTURES DE VACANCES] Cicatrices - Dali Misha Touré (2020)

C'est en écoutant un épisode du podcast La Poudre que j'ai entendu parler de l'écrivaine Dali Misha Touré ; lors de son entretien avec Lauren Bastide, elle a évoqué le roman Cicatrices, publié en 2020 chez Hors d'Atteinte, une maison d'édition indépendante et féministe. Agée de seulement 25 ans, l'artiste a déjà plusieurs textes à son actif.  

Cicatrices - Dali Misha Touré (2020) 

Quelque part dans une banlieue proche de Paris, derrière les murs d'une cité, une jeune fille de dix-sept ans vient de se lancer dans l'écriture. Pour sa première œuvre, elle choisit de nous raconter son parcours chaotique, depuis une enfance difficile au sein d'une famille nombreuse où elle a eu du bien du mal à se faire une place, jusqu'à son présent incertain et endeuillé, mais enfin apaisé. 

Dès ses premières années, la petite fille perçoit que le bien et le mal ne s'opposent pas, mais s'entremêlent un peu partout, y compris en nous-même. On peut être à la fois bon et cruel, joyeux et sombre. On peut tour à tour aimer, craindre et détester une même personne ; c'est précisément ce qu'elle ressent pour ses parents, ses frères et sœurs et ses trois belles-mères. C'est aussi ce qu'ils ressentent pour elle, vraisemblablement, du moins lorsqu'ils remarquent sa présence. 

En effet, l'héroïne nous explique qu'elle a grandi dans une famille polygame et nous raconte sans jugement et sans tabou à quoi ressemblait son quotidien lorsqu'elle était petite : les jeux, les coups, le manque d'intimité, l'affection ou le rejet récoltés en fonction de l'humeur, les affinités plus ou moins prononcées entre des individus qui n'avaient jamais qu'un homme pour dénominateur commun. 

Pour un lecteur qui n'a que des monogames dans son entourage, il est très intéressant de lire un texte qui parle d'une famille polygame librement et surtout sans le mépris qui va parfois avec. Attention, comme Dali Misha Touré le dit dans le podcast de Lauren Bastide, il est question ici d'une façon de vivre parmi tant d'autres. De même qu'il n'y a pas un schéma type de familles monogames, les familles polygames ne sont pas toutes identiques. Bref, ce n'est là qu'une facette du livre sur laquelle j'avais envie de revenir ; elle ne représente pas à elle-seule tout l'intérêt des Cicatrices. 

Attention, je vais spoiler un événement majeur 

qui se produit à la fin du livre. 

Arrêtez-vous là si vous voulez découvrir Cicatrices par vous-même.


L'omniprésence de toutes les formes de violence dans le quotidien marque autant que sa banalisation ; si la petite fille la perçoit et en fait les frais, elle apprend à vivre avec, déjà parce qu'elle voit bien que tout le monde en prend pour son grade, enfants comme adultes, et parce qu'elle a la certitude diffuse que ça pourrait être encore pire. 

"Surtout, j'entendais toujours la voix de ma mère. Elle aimait me crier dessus et m'insulter. Je ne disais rien, mais ça me faisait mal". 

Comme beaucoup de personnes _j'imagine..._ qui ont toujours vécu dans les coups et les brimades, l'héroïne (bordel ça saoule un peu qu'elle n'ait pas de nom quand même, je commence déjà à galérer pour la désigner) cherche des excuses à ses bourreaux et s'attache à voir le mon côté des choses : elle mange à sa faim, a un toit et des vêtements, va a l'école. De quoi se plaindrait-elle ? Le cercle vicieux des mauvais traitements l'amène même à sublimer en moments inoubliables, le recul des années et la nostalgie aidant, les quelques rares instants à peu près sympas partagés avec ses parents : une fête, une embrassade à l'hôpital, une conversation téléphonique où on dit du bien d'elle. 



Dali Misha Touré nous montre fort bien comment l'environnement participe à la construction d'une personne, comment elle peut, combinée avec d'autres facteurs, bien sûr, façonner une personnalité. Ce n'est pas pour rien que le livre s'intitule Cicatrices, faisant directement références aux marques physiques et surtout psychologiques que peuvent laisser nos semblables lorsqu'ils sont dépourvus de bon sens et/ou d'empathie. Parce qu'on ne la remarque pas toujours, la jeune fille va tenter de se distinguer en foutant le bordel au collège ; parce qu'on l'a empêchée de sortir de la maison jusqu'à son adolescence, elle désertera la maison dès qu'elle pourra le faire, et goûtera à tous les interdits. Parce qu'elle n'aura eu aucune "chambre à elle", au sens propre comme au figuré, dans toute sa jeunesse, elle s'attachera à lire et à écrire pour se créer un univers connu d'elle seule.  

Liberté !
Vu à proximité du port de Honfleur.

D'ailleurs, sa mère ne s'y trompe pas : elle voit rouge dès qu'elle la chope en train d'écrire, et pour cause : n'ayant pas bénéficié d'instruction et ne connaissant que peu le français, elle comprend qu'elle peut perdre le contrôle de cette enfant qui l'embarrasse mais qui ne doit en aucun cas lui faire honte. Elle va le perdre malgré tout, ce contrôle, puisque la jeune fille n'aura bientôt plus aucun scrupule à jouer sur les points faibles de ses parents pour servir ses propres intérêts : c'est de bonne guerre, après tout. Elle encaisse les coups, mais apprend petit à petit à les rendre, à sa manière. Jamais la narratrice ne se présentera comme une fille modèle. Jamais elle ne manifestera une quelconque culpabilité. 

Peut-être l'autrice choquera-t-elle une partie de son lectorat en peignant une héroïne qui verbalise le souvenir ambivalent qu'elle garde de son père après sa mort : celui, d'un homme classe et beau à sa manière, droit, respectable, mais au comportement exécrable, voire sadique, avec ses femmes et ses enfants. La faucheuse ne fait pas tout : un con mort reste un con.  

"J'étais très triste à l'idée que je ne reverrais plus jamais mon père, mais je repensais aussi à tout le mal qu'il m'avait fait. Je ne pouvais pas l'oublier, il était ancré en moi. Une profonde cicatrice que je n'oublierais jamais. 

Sa personne me manque, mais ses cris ne me manquent pas, ni la ceinture avec laquelle il nous frappait. J'aurais tellement voulu raconter à mes parents, plus tard, que j'avais eu un père merveilleux. [...] Tout le monde ne peut pas avoir des parents gentils."     

Le roman Cicatrices, ne contient aucune indication précise de lieux, aucune date, très peu de noms... sans doute parce que l'histoire de l'héroïne est universelle à bien des égards. Sachez juste que la narratrice, qui retrace ici sa vie à la première personne, est un personnage fictif, bien distinct de l'autrice Dali Misha Touré. Il me semble que c'est important de le signaler afin de pouvoir mesurer le talent de cette jeune écrivaine aulnaysienne, capable d'habiter son personnage principal au point de nous donner l'impression qu'on lit un récit autobiographique. 

Bien entendu, le décor et les protagonistes sont teintés de réel, de situations vues ou vécues : les dialogues mêlant soninké et français, l'allusion à Matilda, le roman de Roald Dahl souvent lu au collège, la "vie de la cité", les sorties à la Gare du Nord et à Châtelet. Mais en aucun cas elle ne raconte sa vie. C'est fascinant d'arriver à parler aussi clairement de situations traumatisantes, lorsqu'on ne les a pas vécues ; il doit falloir, en plus d'un don nature, une dose d'empathie considérable.  


Le podcast La Poudre (Spotify)
Merci à Sybella de m'avoir fait connaître cette émission!

Cicatrices est un livre aussi facile à lire qu'il est dur à encaisser ; peut-être y a-t-il des passages qui vous feront tiquer, tels que le traitement un peu rapide de la phase de "crise d'adolescence" que la narratrice semble regretter amèrement, alors qu'elle marque un détachement casse-gueule mais nécessaire avec une famille toxique, que seuls la mort du père et le vieillissement des belles-mères pourront assainir. Ou encore le portrait de Camille, la meilleure amie de l'héroïne, qui est un bon cliché de la petite babtou menant une vie de princesse dans son pavillon aseptisé, auprès de parents pleins aux as qui s'aiment comme au premier jour. Même si on sait que Dali Misha Touré ne fait qu'écrire ici la vision idéalisée et imparfaite que la petite fille a de sa copine, certains trouveront matière à dire que "non, c'est pas ça" !   

Vous le constaterez en le lisant, ce roman choc se termine sur une note d'espoir et de changement, incarnée par le personnage de la mère qui semble renaître à la mort du père. Peut-être pressent-elle que sa fille n'est plus un petit être braillard, mais le futur pilier de ses vieux jours ? Veut-elle vraiment racheter ses erreurs passées ? Chacun interprètera à sa guise. Toujours est-il qu'en devenant soudain attentive, encourageante, aimante... tout ce qu'elle n'avait jamais été jusque-là, sans doute parce qu'elle était trop tourmentée par la douleur de ses propres plaies, sa fille se sent pousser des ailes. Et ose enfin écrire. 

Cette découverte ne m'a pas laissée indifférente et le compte-rendu que j'en fais n'est sans doute pas neutre ; j'ai compris les propos tenus et le style d'écriture avec mes clés de lecture, et je l'ai lu avec les yeux de quelqu'un qui a eu la chance d'échapper aux déboires connus par l'héroïne. Lisez-le à l'occasion, vous y verrez sans doute des choses qui ont dû m'échapper ! Pour les Parisiens, il est à la médiathèque de la Canopée (enfin quand je l'aurai ramené, ahah). 

Public visé : jeunes adultes / adultes. Accessible dès la fin du collège ; ce n'est pas tant le niveau de lecture que la sensibilité de l'enfant qui déterminera l'âge adéquat. 

Si jamais quelque chose vous froisse dans ce billet, faites-le moi savoir en commentaire ! 

Dali Misha TOURÉ. Cicatrices. Hors d'atteinte, 2020. 132 p. ISBN 978-2-490579-04-4 

lundi 10 janvier 2022

[PRIX LITTERATURE JEUNESSE ET ANTIQUITÉ] Le Mystère du temple disparu - Caroline Lawrence (2020)

 Allons faire un tour chez les Anglois !

Le Mystère du temple disparu, écrit par Caroline Lawrence et publié en 2020, fait partie de la sélection 4°/3° du Prix de Littérature Jeunesse et Antiquité.



L'histoire 

Alexandre Papas est un collégien anglais tout à fait ordinaire. Enfin non, justement, pas tout à fait : trop petit pour ses treize ans, il a un goût assumé pour la mythologie en général et les cours de latin en particulier. Depuis la mort de ses parents, sa seule famille est une grand-mère grecque, hippie et pauvre, et sa vie sociale n'est pas beaucoup plus fournie puisqu'elle se résume aux assauts du terrible Dinu, toujours prompt à lui racketter ses chips au vinaigre à la sortie des cours. A première vue, tous les ingrédients nécessaires à la concoction d'une belle gélule de Prozac sont réunis... mais non, rassurez-vous : Le mystère du temple disparu n'a rien d'un roman jeunesse larmoyant ! 



Quand Alex est convoqué dans le bureau de la principale un beau matin, en plein milieu d'un cours, il est surpris mais pas inquiet outre-mesure : bien qu'il soit vif d'esprit et débrouillard, il n'est pas du genre à se faire remarquer par ses conneries. La cheffe d'établissement reste évasive sur les raisons de leur entrevue, et se contente de lui demander des renseignements WTF sur sa vie, du style : "est-ce que tu vas toujours au club de latin ?" avant de lui fourguer les coordonnées d'un homme d'affaires tout en lui assurant qu'une "occasion extraordinaire" l'attend à son adresse. Autant dire qu'Alex repart avec plus de questions que de réponses, mais ce n'est pas pour lui déplaire, au fond : moins on a d'infos, plus on peut rêver. Il s'imagine déjà sur le tournage d'un peplum. 

Il n'en sera rien. L'homme en question s'appelle Solomon Dahlia. On ne sait pas trop ce qu'il fait de ses dix doigts, mais il est manifestement riche et confie à Alex une mission aussi périlleuse qu'insolite : se téléporter au III° siècle de notre ère et arpenter les rues de Londinium, nom de la "Londres antique", afin d'y retrouver une jeune fille vivant à cette époque. 



Signes particuliers de la demoiselle en question ? Des yeux bleus, un couteau en ivoire accroché à la ceinture, et... c'est tout. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin _en supposant que tout cela ne soit pas une vaste plaisanterie. Le collégien est sceptique, mais Dahlia a l'air sérieux. Lorsqu'il l'amène à proximité du portail temporel censé le faire atterrir dans un temple consacré au dieu Mithras, Alex commence à croire à cette folle histoire, et à paniquer. Va-t-il accepter ? 

Oui, car c'est très bien payé ! 

Bientôt, Alexandre Papas traverse le portail à la Stargate dans les règles de l'art _à savoir : à poil et à jeun depuis deux jours_ et se retrouve, comme prévu, en l'an 260 à Londinium. 

La jeune fille aux yeux bleus et à l'haleine pestilentielle

On pouvait s'y attendre : Caroline Lawrence a voulu faire en sorte que la découverte de la vie quotidienne dans les terres conquises par les Romains soit parsemée de désillusions pour le jeune Alex. Pas le temps pour le héros de déambuler en toge sous le soleil, une grappe de raisin à la main : il lui faut d'abord trouver de quoi se vêtir de façon à ne pas être assimilé à un pouilleux qu'on chasse sans ménagement, des chaussures pour ne pas patauger dans la merde H24 (puisqu'il n'y a pas d'égouts), un endroit pour dormir... Le moins qu'on puisse dire, c'est que les braves citoyens de Londinium ne font ni dans le social, ni dans la tolérance et méprisent ouvertement ceux qui n'ont pas leur statut, qu'ils soient esclaves ou juste pauvres. 

Les personnages principaux sont bien ancrés dans ce système que Lollia défend vivement. Lollia, c'est la fameuse fille aux yeux bleus, dont le squelette retrouvé dans des fouilles archéologiques fascine tant Solomon Dahlia. Eh bien, derrière sa prestance et ses cheveux blonds qui vont faire tourner la tête des deux collégiens du futur, la demoiselle est une sacrée peau de vache. Non seulement elle se la pète, mais en plus de cela, elle évacue ses frustrations d'adolescente du troisième siècle sur Plecta, sa petite esclave. Pour couronner le tout, la belle pue de la gueule _mais ça, bien sûr, faut pas en parler ! et tourne à l'huile de girofle pour atténuer la douleur et cacher la misère. Bref, l'autrice a voulu faire d'elle un personnage détestable bien loin du fantasme de Dahlia, et c'est tout à fait réussi. 



Bien entendu, ce n'est pas spoiler que dire qu'Alex va localiser assez rapidement la jeune fille introuvable ; seulement, je ne préciserai pas comment. Car ça, ce serait spoiler.

Malgré ses airs de princesse sûre de ses atouts, Lollia est le jouet du destin et des prétentions familiales, comme toutes les filles de son époque ; et lorsqu'elle essaiera de s'en affranchir, ce sera épique, haletant... et dangereux pour tout le monde. La sage et aimable Plecta de Pergame_ a-t-elle bien d'autre choix que celui d'être agréable ? vient contrebalancer les humeurs de sa maîtresse. Bientôt, Alex verra en elle des qualités que l'exubérance de Lollia avait tendance à masquer, et il trouvera en elle une alliée fiable. 

Ainsi, un quatuor équilibré en tous points se dessine : Alex le leader, Lollia la star, Plecta la réfléchie, et Dinu le musclé pas très vif d'esprit. Cela m'amène à réexaminer l'illustration de la couverture, qui dans un premiers temps m'avait plutôt séduite...   


Bordel de queue ! 
Nom de Zeus ! Mais où est Plecta ?
Vous n'avez tout de même pas squeezé l'esclave ?! 


L'important, c'est de communiquer

Laissons de côté cette observation sur la couverture, qui est du reste très réussie ; mais je reconnais que ce choix éditorial me chiffonne.  

Un élément de l'histoire, un seul, ne me semble pas réussi dans Le mystère du temple disparu : la relation harceleur / harcelé qu'entretiennent Alex et Dinu n'évolue pas de façon crédible, à mon sens. Bien qu'elle soit, à la base, assez caricaturale _le colosse un peu bête qui pique le casse-croûte du petit futé_ elle avait au moins le mérite de servir de catalyseur à l'action, puisque c'est après avoir subi "le vol de trop" qu'Alex décide de relever le défi lancé par Solomon Dahlia. L'aventure amène les deux garçons à collaborer, bien sûr, et petit à petit le rapport de force s'inverse car en terme de culture antique et de pratique du "latin courant", la victime a plusieurs longueurs d'avance sur son bourreau. Ok, c'était prévisible, mais ça se tient ! 

Par contre, lorsque vient le moment où Alex reproche à son compagnon de fortune de ne cesser de le spolier au quotidien, la réponse de Dinu sonne faux : niant tout racket ou vol, il prétexte une mauvaise interprétation de l'attitude du latiniste, et joue la carte de la faim.

"Nous ne sommes pas amis. Tu es un voleur. Tu me voles mes chips.
Du coin de l'oeil, je le vis secouer la tête. 
_Non. Tu me les apportes parce que tu es gentil.
_Tu plaisantes ? Je les apporte pour moi. Je te les donne seulement pour que tu ne me tapes pas dessus ! 
_ Te taper dessus ? Tu m'as déjà vu taper quelqu'un ?
J'y réfléchis. 
_ Non, dus-je admettre. Mais tu viens me voir, alors que tu fais une tête de plus que moi et le double de mon poids, et tu me dis : "Donne-moi tes chips"... 
_Et toi, tu me les donnes parce que tu sais que ma mère ne peut pas me payer un petit déjeuner, non ?"

Dinu est-il sincère ? N'assume-t-il plus ses actes et son passé de brute, une fois en terre hostile ? Libre à nous de nous faire une idée à ce sujet. En tous cas, cette mise au point m'a déroutée. 

Adultes en carton 

Comme c'est fréquemment le cas dans les romans écrit pour les jeunes, les adultes du Mystère du temple disparu ont rarement valeur d'exemple. Hormis la grand-mère d'Alex, qu'il nous présente comme carrée mais bienveillante, les majeurs et vaccinés sont tous soit à l'ouest, soit violents, soit réacs, soit toxiques... et ce, aussi bien en 2020 qu'en 260. Mme Okonmah, la principale, autrement dit la responsable de centaines de gamins, ne voit pas d'inconvénients à jeter un des ses élèves dans les griffes d'un milliardaire random aux projets insensés.  

Une fois à Londinium, la vie d'Alex sera sans cesse menacée par des hommes et des femmes disposés à  le chasser, à l'insulter, à lui voler ses maigres effets. Dinu n'est pas en reste, puisqu'il est tout de suite repéré et enrôlé comme gladiateur, sans avoir vraiment pu exprimer son avis. Le père de Lollia veut la marier de force à un brasseur qu'on devine beaucoup plus âgé qu'elle, et Plecta a été vendue à un marchand d'esclaves par son cousin, après que sa famille a été décimée par la peste. 

Et encore, on ne jugera point les rituels particuliers des bonhommes qui vénèrent le dieu Mithras. 

Le culte de Mithras 

Le portail temporel qui permet de passer d'une époque à une autre à certaines conditions se situe dans un mithraeum, c'est à dire une sorte de temple dédié au dieu Mithras, aussi appelé Mithra. Pour ma part, je n'avais jamais entendu parler de cette figure mythologique, et il m'a fallu faire quelques recherches sur lui. 

Il s'agit donc d'une divinité des Perses (les ancêtres des Iraniens) vénérée depuis 500 avant JC. Représentant de la justice, de l'ordre des choses, son culte s'est exporté partout où les vagues pouvaient l'amener, bizarrement : dans les villes portuaires de l'Empire romain, près du Danube et du Rhin. 

Les prêtres de Mithra participaient à des cérémonies censées les rendre immortels et rejouaient la scène clé du sacrifice d'un taureau par le dieu. Les rituels ne se déroulaient jamais à la vue des autres hommes, tout doit rester secret ; dans Le mystère du temple disparu, on ressent bien le mystère, justement, qui entoure les faits et gestes des religieux.  

Mithras en train de vacciner le taureau ET de lui faire un test PCR en même temps.


Le dieu indo-iranien a tellement bien fait sa place dans l'univers des Grecs et des Romains qu'on a fini par l'"assimiler" à l'Hélios. 

Sources : Encyclopédie Larousse, article "Mithra" et Odysseum, article Mithra à Rome. Et un peu Wikipédia, aussi, cela va de soi. 

Caroline à Londres 

L'attachement de l'autrice à cette ville qu'elle connaît bien est perceptible : Caroline Lawrence ne perd jamais une occasion de faire le lien entre Londinium et Londres, en parlant de ce qui a perduré, comme la Tamise, et de ce qui a évolué, comme la Walbrook, une rivière qui s'est asséchée avec le temps. D'autres lieux-clés de la ville sont évoqués, comme la Tate Modern et le théâtre du Globe. 

On pourrait croire ces allers-retours fastidieux, mais ce serait oublier que l'écrivaine pour enfants connaît toutes les combines pour faire un page-turner sympa : des personnages attachants mais pas trop parfaits, auxquels on peut s'identifier, une action qui ne ralentit jamais, des chapitres courts qui permettent de segmenter la lecture facilement _pour ceux qui en auraient besoin. 

Le mystère du temple disparu est une belle surprise et occupe une place de choix dans la sélection du PLJA, à mon avis. Il nous amène dans une contrée relativement peu exploitée en littérature, en comparaison de Rome ou d'Athènes, par exemple. Ce roman nous apporte pas mal de références culturelles, et il a l'avantage de ne pas être plombant. Les collégiens apprécieront les phrases de "latin courant" parfois balancées au détour de dialogues plus ou moins houleux. 

Accessible à partir de 12 ans, selon moi, mais tout est relatif ! 

Caroline LAWRENCE. Le mystère du temple disparu. Gallimard Jeunesse, 2020. 310 p. ISBN 978-2-07-514151-2

jeudi 30 décembre 2021

[LECTURES DE VACANCES] Un trésor dans la colo - Ewen Le Koadec (2021)

Vous en avez marre de voir une seringue darder sans pitié le bras d'un congénère à chaque journal de 20h ?
(Encore, estimons-nous heureux que ça se passe pas dans le c**) 
Autorisez-vous une bulle d'oxygène, prenez un livre !

Lire Un trésor dans la colo d'Ewen Le Koadec, par exemple, fonctionne très bien !

Minnie valide (peut-être)

Tim a onze ans. Il est impatient de partir en colonie de vacances pendant dix jours, mais il est aussi légèrement stressé. Cela se comprend, puisque c'est son premier séjour loin de la maison, au milieu d'autres enfants qu'il ne connaît pas. De plus, il n'est jamais allé en Bretagne et il a hâte de découvrir cet endroit qu'on lui décrit comme plein de mystères. 

Heureusement, le début du voyage se déroule sous les meilleures auspices : dans le train, il fait la connaissance d'Ethan et de Kenza, qui vont devenir ses amis. Tous trois formeront bientôt une équipe complémentaire et indéfectible. 

Nous voilà plongés en même temps que nos jeunes héros dans le quotidien toujours plein de surprises d'une colonie de vacances, entre découverte des chambres, chansons avec les animateurs et activités sportives. Pour les habitués, cela rappellera des souvenirs plus ou moins lointains ; pour les plus jeunes lecteurs, ceux qui n'ont pas encore fait l'expérience des camps de vacances, Un trésor dans la colo est une histoire qui vaut le détour : en effet, elle peut donner un aperçu réaliste de ce type de séjour. 

Au cours d'un atelier cuisine, Tim entend parler d'une légende concernant un trésor caché à proximité de la résidence où logent les enfants : il s'agit bien sûr du fameux trésor qui va devenir la quête ultime du trio. Plus tard, à la plage, un enfant du coin lui apprend l'existence d'une maison hantée : voilà qui est aussi effrayant qu'excitant pour des jeunes qui ne demandent qu'à s'occuper ! C'est parti pour quelques chapitres pleins de suspense ! 

Est-il nécessaire de s'appeler Harry Potter pour faire naître la magie et pour avoir des amis fiables ? Un trésor, est-ce forcément une boîte remplie de pièces ? Vous trouverez sans doute la réponse à ces questions dans ce livre signé Ewen Le Koadec, qui est une succession de petits bonheurs, où les animateurs ne manquent jamais l'opportunité de transformer l'ordinaire en jeu ou en fête. 

Un trésor dans la colo est ponctué de belles illustrations de Laurette Koczura. Elle semblent dessinées au crayon et qui apportent un côté onirique à l'ensemble. On a l'impression que la couverture a été coloriée au crayon de couleur, pour une totale adéquation avec le sujet et l'âge des protagonistes.  



Voilà donc un roman jeunesse plein d'aventures, zéro % déprime et garanti sans gros mots. Eh, ces deux dernières qualités sont devenues bien rares !

Vous pouvez donc le laisser entre toutes les mains, en particulier, donc, entre celles de votre gosse / neveu / enfant random de votre entourage / ... 

... s'il s'iel s'ielle s'iellent sielil?? ..

Bref, s'ils partent pour la première fois en colonie de vacances, et qu'ils ne sont pas très rassurés, le parcours de Tim le newbie des colos peut permettre de mettre des mots sur leurs appréhensions. Ca marche aussi très bien pour les voyages scolaires. Personnellement, j'aurais bien voulu lire ce livre avant l'incontournable semaine de classe verte à Saint-Georges-de-Didonne imposée à tous les gosses de CM1 dans l'école de mon village, à l'époque. J'avais passé l'année scolaire à me demander par quel moyen j'allais bien pouvoir  m'y soustraire, en vain. Mais au final, c'était cool, j'avoue ! 

Si vous voulez acheter le livre, cliquez ici !  

Ewen Le Koadec. Un trésor dans la colo, 2021. Autoédition. 53 p. ISBN 9798769168802

Ahah, désolée mais c'était obligé ! 

samedi 25 décembre 2021

[MANGA] Re:Monster - 1 - Kogitsune Kanekiru ; Haruyochi Kobayakawa (2015)

 Joyeux Noël à tous ! 

Une pensée pour ceux qui ne pourront pas, ou qui ne pourront plus passer cette période de fêtes entourés des leurs.

Voici le compte-rendu de lecture d'un manga emprunté à la bibliothèque Dumont. Il s'agit du premier tome de Re:Monster, une série créée par Kogitsune Kanekiru et Haruyochi Kobayakawa et publiée chez Ototo à partir de 2015.

L'histoire 

Kanata Tomokui était un jeune homme doté de pouvoirs extraordinaires... qui ne lui ont finalement été d'aucun secours lorsqu'une admiratrice déséquilibrée s'est jetée sur lui pour l'assassiner à coups de couteau. Le voilà maintenant réincarné en Gobu-Rô, un bébé gobelin tout vert qui semble avoir emmené dans sa nouvelle existence le souvenir cruellement intact de sa vie antérieure (et de sa mort). 

Parce qu'il est à la fois le héros et le narrateur de l'histoire, nous allons découvrir en même temps que lui à quoi peuvent ressembler les trente premiers jours de la vie d'un gobelin. Avec toutes les surprises que peuvent réserver une terre hostile peuplée d'étranges bestioles. Avec toutes les frayeurs qu'impliquent une meute de semblables tous plus imprévisibles les uns que les autres. Mais aussi avec tous les avantages que comportent cette croissance ultra-rapide typique des gobelins qui vous donne l'impression d'être chaque jour un peu plus fort. 

En plus de sa conscience humaine, Rô a conservé de son ancienne vie une partie des dons qui le surclassaient par rapport aux autres hommes, et notamment le "pouvoir d'absorption", c'est à dire une capacité à engranger les capacités de tout ce qu'il ingurgite. Par exemple, s'il mange une vipère nocturne, non seulement il ne lui arrive rien de particulier, mais en plus de cela, il devient capable de produire son propre venin. Pareil pour les araignées ! Ce n'est pas spoiler que de dire qu'il va vite prendre de l'avance sur tous les gros bras de sa tribu et en devenir le chef incontestable. 

Alors, une fois que l'on sait tout cela, que se passe-t-il ? A vrai dire, pas grand chose. Imaginez que vous venez juste d'entrer sur le serveur d'un RPG et que vous partez explorer les quatre coins de la carte tout en jaugeant les capacités de votre personnage et en testant les fonctionnalités du jeu. Vous lancez votre avatar à l'assaut de différents adversaires de plus en plus coriaces, afin de lui faire gagner des points d'expérience et de l'équiper de nouveaux accessoires. Eh bien, c'est un peu ce qui se passe dans le tome 1 de Re:Monster, à la différence que Rô n'est pas piloté par un gamer mais par sa propre conscience d'humain. 

Bestiaire médiéval-fantastique 

Les références à l'univers du roleplay virtuel sont présentes un peu partout dans le manga ; au début, c'est assez déstabilisant car... si l'action se situe clairement dans un univers d'heroic fantasy, on n'est pas pour autant dans un jeu vidéo. 



Les planches sont régulièrement ponctuées d'éléments graphiques et textuels caractéristiques des jeux en ligne.  


Rô et ses deux acolytes Kichi et Mi vont chasser tous les jours pour engranger des compétences et booster leurs possibilités d'évolution, se garantissant ainsi une meilleure place dans leur cohorte de gobelins.   

Chaque niveau de progression atteint va leur permettre d'affronter des créatures de plus en plus dangereuses. On peut s'amuser à les lister de la plus inoffensive à la plus redoutable : 

Le lapicorne - ce lapin coiffé d'une longue corne n'est ni dangereux, ni difficile à attraper, mais généralement un gobelin se laisse transpercer avant de pouvoir y goûter. 

  • Grâce à sa carapace, le tanuki blindé sert à créer de nouvelles armures aux personnages. 
  • La chauve-souris arc-en-ciel est très prisée pour la peau de ses ailes, qui fait de beaux vêtements, si j'ai bien compris. 
  • La vipère nocturne permet à Rô de devenir sa propre usine à venin. 

  • Le tricorne semble beaucoup effrayer Papy Gob, le vieux gobelin qui s'occupe des nouveaux-nés, alors que c'est une licorne améliorée au museau chafouin. 

  • L'orc à tête de porc n'a l'air ni aimable ni mangeable. 

  • Le kobolt est un cousin du gobelin, d'après Wikipedia. Ici, ça ne semble pas être le cas.

  • L'araignée diablotine va inspirer Rô lors d'un combat contre l'un de ses congénères...

  • Le loup noir n'a pas l'air, comme ça, mais il va donner du fil à retordre au héros et à ses amis. 

  • L'ours rouge, l'ennemi ultime qui clôture le premier tome de Re:Monster :


Hogobu-rô président ! 

Ce premier tome sert à poser le décor plus qu'à lancer l'action, bien qu'il y ait beaucoup de scènes de chasse et de combat. Le découpage répétitif du quotidien des personnages et le manque de suspense évident lors de certaines péripéties m'ont un peu gênée, au début : un type choisit une proie à sa mesure, se dit qu'il va la buter car il en a clairement les moyens, la bute effectivement, et se réjouit de sa victoire. Peut-être est-ce lié aux choix de narration du roman dont ce manga est adapté ? 

Malgré tout, on se prend au jeu et on regarde le héros faire ses armes et nous partager ses ressentis grâce à sa mémoire humaine directement catapultée dans une enveloppe qui ne lui est pas encore familière. Le suivre devient aussi addictif que de jouer aux Sims. 

Rô est imbattable ; il est présenté comme étant "au-dessus" des autres gobelins intellectuellement, avec une forte conscience de l'être, mais sans jamais abuser de son pouvoir _en tous cas, pas à mauvais escient. Mais cette prétendue supériorité lui donne un petit côté "colon" parfois investi d'une mission d'éducation des "bons sauvages" que sont les gobelins lambdas teubés : il faut bien que quelqu'un les habille et leur apprenne à vivre, à ces arriérés ! Le héros veut non seulement faire progresser ses semblables _pas trop, faudrait pas perdre le pouvoir... mais il ne semble pas non plus envisager sa chute. 

Enfin, cette histoire a le mérite de mettre les gobelins sur le devant de la scène : c'est assez rare pour être soulignéSouvent classés dans les "méchants", ou du moins parmi les peuples peu influents sur l'intrigue dans les histoires de fantasy, les gobelins sont qualifiés de petits êtres pas impressionnants mais teigneux, repoussants, malodorants, et surtout pas très malins. Bref, une sorte d'humain particulièrement mal fagoté. Ici, même si les différents personnages correspondent bien à ce portrait, ils ont un statut de protagoniste à part entière, avec leur personnalité, leurs traits, leurs points forts et leurs points faibles. Il ne manque peut-être qu'un leader pour faire sortir de l'ombre ces créatures sous-évaluées.   

Si vous voulez en savoir plus, en mieux expliqué, regardez la vidéo du Chef Otaku (plutôt vers le milieu). C'est une chaîne à connaître ! 

Vraiment, Re:Monster est un manga un peu WTF, juste ce qu'il faut pour que ce soit plaisant. C'est franchement une bonne surprise ! Je l'avais emprunté un peu au pif : je voulais lire un shônen afin de pouvoir tenir la conversation avec un de mes collègues prof d'EPS qui est un inconditionnel du genre. Bon, en fait il s'agit d'un seinen en l'occurrence, mais ça fera quand même l'affaire. 

Kogitsune Kanekiru ; Haruyochi Kobayakawa. Re:Monster - 1. Ototo, 2015. ISBN 978-2-351-80-993-8

lundi 20 décembre 2021

[EN FIN DE COURSE] Le Trail de Trilport et le Semi-marathon de La Presqu'île

Toujours plus de kilomètres, toujours moins d'alcool ! Je ne pense pas faire de courses d'ici la fin de l'année, ce qui veut dire qu'il est grand temps d'écrire un billet-souvenir des deux dernières échéances de l'automne, à savoir : la première édition du Trail de Trilport, en Seine-et-Marne (7 novembre) et le Semi-marathon de la Presqu'île, à Lège-Cap-Ferret, pas loin de Bordeaux (21 novembre). Du coup, j'ai manqué les Foulées de l'Aéroport à Drancy, une course de 10 km programmée le 28 novembre. Dommage car je l'avais trouvée sympa, il y a deux ans.  

Le trail de Trilport

Ce dimanche matin-là, il faisait plutôt froid et une légère pluie tombait. La température était quand même supportable car, une fois n'est pas coutume, les coureurs de la plus longue distance devaient partir les derniers, à 10h30. C'était sûrement un peu tard pour les plus impatients d'entre nous, mais bien pratique pour ceux qui venaient de loin et qui avaient fait le choix de se pointer déjà prêts à courir. En effet, le contexte sanitaire avait empêché la mise en place d'une consigne et d'un vestiaire, mais on n'avait pas pris en traîtres puisque l'info apparaissait dans le règlement de la course. 


Autre point positif pour les quelques uns qui avaient opté pour les transports en commun : le point de départ était situé juste derrière la gare SNCF. 

Ma hantise dans une course, c'est de me planter dans le parcours, ou de me perdre _ même si tout le monde me dit que c'est impossible. Donc, comme d'habitude, une fois sur la ligne de départ, je me suis mise en quête de gens reconnaissables qui pourraient me servir de points de repères en cas de doute. C'est là que j'ai vu un type en maillot jaune et à la chevelure fournie, dont la tête me disait quelque chose : parfait, j'allais me caler sur lui. Comme il courait déjà beaucoup plus vite que moi, alors qu'il avait vraiment pas l'air de forcer _il tapait même la discussion avec son pote, je me suis que c'était pas le bon plan, mais j'ai essayé de m'accrocher. Au fil des kilomètres, je me suis rendue compte qu'il y avait toujours pas mal d'engouement sur le passage du coureur en jaune : c'était sûrement un mec de Trilport un peu connu dans la ville, la star locale... Puis j'ai continué à les suivre comme je pouvais dans la forêt, si bien qu'à un moment ils ont bien fini par remarquer ma présence. 

Au bout des dix-sept kilomètres, j'étais au bord du gouffre, tandis que mes concurrents-repères continuaient à se raconter mille et une choses, visiblement, en mode jogging du dimanche matin. Dans les derniers mètres, ils m'ont regardée un peu amusée, en mode "elle est encore là, elle ?" et on a tout juste eu le temps d'échanger quelques mots sur la ligne d'arrivée... avant que des groupies ne se jettent sur le maillot jaune. Et pout cause, ils étaient très impatients de faire un selfie avec Luca Papi. Ouais, il s'avère que j'avais pisté sans le savoir une star du monde du trail, ahah. En tous cas, il a l'air d'être un mec simple et sympathique ; voilà qui est appréciable.

  

Ces 17km du trail de Trilport dans la forêt de Montceaux ont constitué ma première course à 0% goudron : c'est une caractéristique assez rare pour être soulignée, et j'espère que les organisateurs la garderont pour les prochaines éditions. 

L'évènement a été rendu possible par l'Athlétique Club Pays de Meaux et par la mairie de Trilport ; l'association Handifun Sport était également présente : merci à eux, ainsi qu'à tous les bénévoles placés sur le bord du chemin. Le parcours était très bien balisé, avec un marquage fort utile des gros obstacles sur les premiers kilomètres. Vraiment, on n'avait pas l'impression d'être sur une "première mouture". C'était aussi une très bonne idée de prendre de le temps de communiquer les informations importantes et le tracé des différentes distances en amont, via la page Facebook ; pour les gens comme moi qui ne sont pas de vrais aventuriers, ça aide pas mal pour s'organiser ! 

Concernant la difficulté de la course, on retiendra qu'il n'y avait pas trop de dénivelé, avec seulement une cote où on avait plutôt intérêt à marcher, et logiquement pas de grosses descentes non plus.  Evidemment, quelques passages étaient boueux _surtout pour ceux qui arrivaient dans les derniers, ahah, mais c'était vraiment très accessible, même sans pompes de trail. D'ailleurs les plus aguerris ont profité de l'occasion pour miser sur la vitesse !   

Prête à embaumer le 613 !

Le semi-marathon de la Presqu'île

Un retour dans la région de Bordeaux, quel qu'il soit, apporte toujours un peu de nostalgie. Du coup, je redoutais de courir en Gironde : déjà, parce que l'impression de retourner dans une autre vie ne colle pas toujours avec le souhait d'aller de l'avant, ensuite parce que ça me poussait à sortir de ma zone de confort et j'ai horreur de ça. Heureusement, je ne partais pas en terre inconnue puisque ma pote Mélina, également inscrite à ce semi-marathon, était disposée à m'accueillir et avait déjà géré le plus gros que ce qui pouvait généré du stress de dernière minute (elle me connaît bien). Genre le retrait du dossard, qu'il est préconisé d'anticiper lors des événements organisés par les Courses de la Presqu'île

Cadeau avec le dossard : un maillot de l'événement très sympa et une jolie bouteille de rosé à laquelle je ne toucherai pas. Si quelqu'un la veut... 

Alors, je ne sais pas trop si Les Courses de la Presqu'île sont un club de course et de randonnée situé au Cap Ferret, ou s'il s'agit d'une association ; si quelqu'un peut m'en dire plus, qu'il n'hésite pas à laisser un commentaire ! En tous cas, ses membres sont à l'origine de trois échéances majeures en Gironde : le Marathon des Villages, les Foulées des Baïnes _une course en partie sur la plage, donc ! et le Semi-marathon de la Presqu'île. Il faut savoir que ce sont vraiment de gros événements. Quand on s'est habitués aux trails où on est 150 sur la ligne de départ, ça fait un peu bizarre de se retrouver dans un vrai village de course avec de la musique et 1700 sportifs accompagnés de leurs supporters qui gravitent autour de soi. L'ambiance était très détendue, et beaucoup avaient choisi de venir courir en équipe. 

Avec Mélina, nous avons fait le choix de courir ensemble un max de temps, bien qu'elle ait une allure plus rapide. Comme il y avait beaucoup de monde, la principale difficulté a été de se trouver une place dans l'interminable peloton qui s'était élancé dans la pinède. Le parcours était relativement plat et presque tout goudronné, puisqu'essentiellement sur piste cyclable. D'ailleurs, même s'il faisait gris et froid, le cadre naturel était bien sympa et donnait envie de le refaire à vélo (mais un autre jour). Après 10km, nous avons été doublées par une mamie super en forme, que nous avons essayé de rattraper, en vain ; nous de l'avons revue qu'à l'arrivée, lorsqu'elle est venue récupérer sa récompense sur le podium, le plus tranquillement du monde. C'est ce qu'on peut appeler une personne inspirante.

   

Par contre, mon téléphone a été marseillais sur ce coup-là : c'était bien 21 km, pour 2h00 !

Les courses de la Presqu'île sont aussi connues pour leur buvette et leur célèbre formule moules-frites, qui remplace fort bien le ravitaillement final. On a longtemps cru ces stands compromis à cause du covid, mais finalement il ont été maintenus pour notre plus grand bonheur. Du coup, une fois n'est pas coutume, on s'est autorisées une bière ! Merci à eux aussi, car c'est du boulot ; d'autant plus que les clients ne sont pas toujours très patients, même le dimanche _ce sont des Bordelais avant tout..! 

Merci aussi et surtout à ma pote Mélina pour son accueil, pour m'avoir fait découvrir cette belle course (je le lui ai déjà dit en vrai), et pour avoir été patiente parce qu'elle aurait pu faire un meilleur chrono si elle ne m'avait pas attendue ! 


mardi 2 novembre 2021

[LITTÉRATURE JEUNESSE ET ANTIQUITÉ] Astérix - la Serpe d'or. René Goscinny ; Albert Uderzo (1962)

Cette année, une collègue prof de français et de latin a eu l'idée de lancer un Club Antique destinés aux collégiens. Nous allons essayer de leur présenter régulièrement des BD et des romans dont l'action se situe aux temps des Grecs et des Romains. Après une première réunion au cours de laquelle nous avons parlé de Ulysse, l'adaptation de L'Odyssée dessinée par Sébastien Ferran, les élèves ont demandé à ce qu'on leur parle d'Astérix au retour des vacances. Super idée ! Sauf que je n'en ai jamais lu sérieusement... 

Bien sûr, je connais les personnages, je suis tombée sur les dessins animés à Noël, comme tout le monde, et j'ai vu Mission Cléopâtre parce qu'on était au lycée quand le film est sorti et qu'il fallait bien être dans le coup. 

Mais surtout, j'en ai énormément voulu à mon cousin d'avoir chapardé la petite caméra en jouet gagnée dans un Kinder Surprise, dans laquelle on pouvait voir Astérix et Obélix défiler, lorsqu'on collait son œil à l'objectif tout en tournant la manivelle. Il me l'avait arrachée des mains pour la foutre dans le soutif de ma tante, qui était en train de verser du lait dans son café en parlant avec ma mère, et qui n'avait guère réagi. Ce connard savait très bien que je n'aurais pas osé aller la récupérer là-dedans. D'ailleurs, là en l'écrivant, je me rends compte que c'est cette dernière déconvenue qui m'a plus ou moins brouillée avec les irréductibles Gaulois. 

Mais au boulot, pas (trop) d'états d'âme ; comme le premier tome de la série des Astérix était emprunté, nous allons nous intéresser aujourd'hui au deuxième : La Serpe d'or. Paru pour la première fois en 1960 dans le magazine Pilote, 



L'histoire 

Panique au village : le druide Panoramix a cassé sa serpe d'or, le seul outil qui lui permette de donner au gui son pouvoir magique. Pour en acheter une nouvelle, il lui faut se rendre chez le forgeron Amérix, à Lutèce... mais c'est un voyage long et dangereux pour le vieil homme. Il choisit d'y envoyer Astérix et à Obélix, deux Gaulois qui n'ont pas froid aux yeux.

Une fois arrivés devant la boutique de l'artisan, et alors qu'ils pensaient avoir fait le plus dur, les voilà bien embêtés : Amérix est introuvable, et personne ne semble disposé à les renseigner sur les raisons de son absence. Hors de question pour eux de rentrer bredouille ! D'une part, parce qu'ils ont une mission d'importance à remplir : sans la serpe d'or, Panoramix ne peut plus fabriquer la légendaire potion qui donne une force surhumaine à qui en boit. D'autre part, parce qu'Amérix est le cousin d'Obélix. Alors, ils décident de mener l'enquête. Comme ils n'hésitent pas à user de la force pour faire parler les Lutéciens susceptibles de les faire avancer, ils se font rapidement remarquer par le préfet romain : Gracchus Pleindastus. 

Le choc des cultures

La Serpe d'or se déroule en 50 av. JC. La date est clairement indiquée au tout début de l'album. A Lutèce, qui deviendra Paris, Astérix et Obélix ne sont plus dans leur élément : ils ont quitté leur petit village d'Armorique encore indépendant pour une grande ville bourdonnante d'activité et entièrement contrôlée par les Romains. En plus de devoir retrouver Amérix afin de lui acheter une serpe, le guerrier et le tailleur de menhirs vont devoir s'acclimater et s'approprier une ribambelle de codes. Le décalage entre les deux "pays" va être à l'origine d'un grand nombre de situations comiques.


Entre Romains et Gaulois, on se jauge et on se juge dans craindre de tomber dans les généralités : au célèbre "Ils sont fous, ces Romains" _qui n'apparaît pas dans ce tome_ s'oppose un portrait caricatural du Gaulois, dressé en filigrane par les quelques personnages romains qu'on rencontre dans La Serpe d'or. En gros, un type bruyant et conflictuel qui boit trop de cervoise, et qu'il n'est pas nécessaire de prendre au sérieux. Cependant, lorsqu'il s'agit de fomenter les mauvais coups, les cousins ennemis sont tout à fait capables de trouver un terrain d'entente ! 

Ici, le lecteur peut reconstituer (en même temps qu'Astérix et Obélix) l'organisation politique et militaire romaine, qu'ils perçoivent par bribes ; 

- En bas de l'échelle, les légionnaires sont des soldats présents à chaque coin de rue, mais pas très puissants.


- Au-dessus d'eux, les décurions veillent ; ce sont des sortes de sous-officiers commandés par les centurions. 


- Les centurions sont des officiers à la tête d'une centurie, c'est à dire d'un groupe de cent soldats, à peu près. On va les chercher quand un problème prend de l'ampleur. 


- Le préfet, dont on a parlé plus haut vite fait, gouverne Lutèce, mais ne semble pas crouler sous la charge de travail, puisqu'il se plaint beaucoup de s'ennuyer. 


On découvre par le biais des jurons et exclamations proférés par les personnages, quelques divinités de la religion gauloise, qui me paraît relativement méconnue _vous me direz si je me trompe : 

  • Toutatis, aussi appelé Totatus ou Teutatès, est un dieu celte de la mythologie gauloise ; il est considéré comme un dieu protecteur et on peut le comparer au Mars des Romains. Son nom signifie "père de la nation". Sources : Wikipedia et Mythologica.  

  • Toujours dans la mythologie celte, Belenos est le dieu du soleil, de la santé, de l'harmonie ; il est associé à l'Apollon des Romains et parfois à Grannus, leur dieu guérisseur. Son pendant féminin, Belisama, sort de la bouche du tenancier de l'auberge "Au soleil de Massalia", qui apparaît à la fin de l'album. Dans son exclamation "Oh, bonne Belisama", on reconnaît aisément le "Oh, bonne mère" des Marseillais. 
En cas de coup de stress, les Romains, invoquent quant à eux le dieu grec Apollon, et bien sûr Jupiter.  

Double lecture 

Comme chacun sait, les auteurs se sont beaucoup amusés à intégrer au contexte antique des personnages qui leur étaient contemporains, ainsi que des allusions à leur actualité. L'histoire ayant été écrite au début des années 1960, il faut aujourd'hui s'y reprendre à deux fois pour bien repérer et saisir les clins d'oeil. Voire s'aider de certains sites Internet, tel que le très complet Asterix.com, comme j'ai pu le faire, sinon je n'aurais rien vu du tout. 

Dans La Serpe d'or, par exemple, le lecteur averti reconnaîtra l'acteur Raimu dans le personnage de l'aubergiste marseillais dont nous parlions plus haut.


                   

  • Avant de se rendre dans la forêt Touffue, qui correspond géographiquement au bois de Boulogne, Astérix et Obélix vont emprunter la Voie Romaine VII, fort encombrée et encore en travaux. J'y ai vu une Nationale 7 version gauloise ; là encore, dites-moi si je me plante.   

Si vous voulez découvrir La Serpe d'or : 

  • René GOSCINNY ; Albert UDERZO. Astérix - La Serpe d'or. Hachette, édition de 1999. 48 p. ISBN 978-2-01-210134-0.
  • Une version audio intitulée Astérix et La Serpe d'or. le disque d'Aventure, enregistrée en disque 33 tours, est disponible sur Youtube. Elle a été adaptée et réalisée par Jacques Garnier et Gérard Barbier ; pour l'instant, je n'ai pas réussi à trouver l'année de sortie du vinyle. Aussi étonnant que ça puisse paraître pour une BD, l'histoire est tout à fait compréhensible sans l'image, grâce au talent des acteurs et au travail fait autour des onomatopées. En même temps, je venais de lire l'album lorsque je me suis lancée dans l'écoute : ça a peut-être faussé mon jugement.  
 

 

Ah ! J'en étais sûre !