C'est tellement bon de pouvoir s'entourer de personnes qui apprécient nos qualités et qui nous acceptent tel que nous sommes. Qui se montrent capables de composer avec nos casseroles aussi sûrement qu'on s'aventure dans leurs zones d'ombres. Encore faut-il tomber dessus ! La tâche serait sans doute plus simple si on n'était pas tout le temps pris dans un jeu de dupe où on ne s'attache qu'à donner la meilleure image de soi. Du coup, on s'associe au gré de nos rencontres avec des profils qui nous "parlent", mais pas toujours pour les bonnes raisons. Après la phase où chacun trompe son monde, les personnalités se dévoilent, tout aussi riches, mais nettement moins fun et commerçantes que les avatars pleins de promesses.
Résultat des courses : déception d'un côté, sentiment de rejet suivi d'indignation de l'autre, et réciproquement.
Les paroles de cette chanson m'ont toujours mise un peu mal à l'aise, mais le fait est qu'elles correspondent bien au propos.
Alors oui c'est la vie et les relations humaines déséquilibrées en font partie pleinement, mais franchement si on peut s'épargner quelques déconvenues, c'est pas plus mal !
J'ai trouvé un truc pour faire un premier tri rapidement :c'est le test de la poule.
Comme vous l'avez compris je pense, les poules me passionnent depuis toujours. Je peux passer des heures à les observer dans leurs interactions, à essayer de faire manger dans ma main les plus méfiantes d'entre elles, à scroller Google Images ou à guetter les grands événements avicoles... bref, généralement, les gens trouvent ça ultra chelou et/ou excessivement paysan. Même (et surtout) à la campagne, où on ne prête attention au poulet que lorsqu'il est piqué après une broche ! Du coup, j'ai appris à cacher cet intérêt peu commun pour la volaille vivante avec autant de minutie que si j'avais eu la syphilis.
Ma p'tite Tubiche !
A présent, je fais le choix de rentabiliser ma passion : à mes nouvelles connaissances, je clame dès que j'en ai l'occasion la classe de la Sebright, l'audace de la Padoue Chamoisée, la gentillesse de la Bantam de Pékin, la sérénité du Coucou de Rennes, la douce folie du Cou-Nu du Forez. C'est ça, mon test de la poule. Les réactions sont diverses et variées, mais terriblement éclairantes sur la suite des rapports que je vais entretenir avec mes interlocuteurs : pour certains, je redeviens direct la blédarde (et fière de l'être) ; pour d'autres, je suis une folle à lier, quelqu'un qu'on ne prendra décidément plus au sérieux. La gêne, le foutage de gueule ou le mépris mettront fin à toute possibilité d'amitié, et c'est autant de temps de gagné.
Un Cou-Nu du Forez de toute beauté Auteur : DocMuséo — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=45929649
Restent ceux qui respectent, à défaut de comprendre, qui vont même (faire semblant de) s'intéresser à la question, qui vont venir demander des conseils pour monter leur poulailler, qui vont vous envoyer des vidéos et des actus, et surtout, qui ne vont pas juger l'aspect insolite de vos propos. Ceux-là sont les bons ! Gardez-les près de vous...
Après l'abonnement à Netflix et l'acquisition d'écouteurs Bluetooth sans fil pour la course à pieds (boîtier chargeur compris), j'ai encore repoussé les limites de l'embourgeoisement en équipant la maison d'une console Wii. Officiellement, c'est pour ma mère, mais pour l'instant j'avoue que c'est surtout moi qui m'en sers. L'installation, les réglages, tout ça...
En effet, grâce à l'explosion de la Switch, le prix de la Wii a pas mal baissé et j'ai pu trouver une très bonne occasion pour pas cher. Les consoles n'en restent pas moins des signes de richesse à mes yeux, donc c'est le kif du moment. Bref. Pour l'instant l'âge de mon "Mii", l'avatar qui bouge et marque les points en fonction de mes mouvements, est de 54 ans : selon des docteurs de Nintendo, il est urgent que je me remette en forme avec toutes les activités disponibles sur Wii Fit Plus. C'est en parcourant la liste des jeux que j'ai découvert Poule planée : forcément il fallait que j'en parle ici !
Le but du jeu (pour le mode débutant)
Vous êtes une poule perchée sur une île ; depuis votre point de départ, vous devez rejoindre un bateau qui a jeté l'ancre au large. Vous disposez d'une poignée de secondes et de la force de vos ailes pour atteindre votre objectif. Attention, n'allez pas tomber à l'eau !
La chasse aux secondes
A première vue, l'exercice semble facile. Pourtant, en y regardant de plus près, on réalise vite qu'il est quasiment impossible d'aller du point A au point B en une trentaine de secondes, même en essayant de faire des mouvements de bras très rapides dans l'espoir de faire tracer sa poule _ce qui n'est d'ailleurs une bonne tactique pour accélérer qu'à la condition que vous preniez bien soin de positionner vos pieds correctement sur la Wii Board.
Ce constat d'impuissance nous amène bien vite à chercher un moyen de gagner du temps et d'emmagasiner des secondes de jeu supplémentaires : pour cela, votre poule peut (et même doit) faire escale sur les différentes plateformes-cibles qui jalonnent son parcours et qui lui sont indiquées avec force flèches et spirales colorées. Lorsqu'elle en survole une, il lui suffit d'arrêter de battre des ailes pour se laisser planer et tomber en douceur sur le plateau _mais pas trop tôt, histoire d'éviter qu'elle tombe à côté _et donc à l'eau. Aidez-vous de l'ombre projetée par votre héroïne !
Vidéo issue de la chaîne de MrGatGame, merci pour ce test du jeu !
Plus vous allez avancer dans le parcours, plus on va vous demander d'être précis dans vos atterrissages ; les plateformes vont devenir des cibles, et en fonction de là où vous posez les pattes, vous obtiendrez 10, 20, 30 secondes, voire plus. Bien entendu, plus vous être proche du centre, mieux c'est. Lorsque vous vous posez, un joyeux cocorico retentit et vous encourage à reprendre votre route le plus rapidement possible.
De la tête aux pieds
Contrairement à ce que laissent entendre les instructions qui ouvrent le jeu, il ne suffit pas d'agiter les bras frénétiquement pour avancer ; il est important de bien utiliser l'ensemble de son corps pour tourner à droite et à gauche, et notamment ses pieds. En appuyant avec la pointe des pieds sur l'avant de la Wii board, par exemple, on fait comprendre à sa poule qu'on veut avancer. Ne pas le faire va juste lui commander de s'envoler très haut, et cela va compliquer les plans du joueur débutant qui ne pourra alors plus voir le fameux bateau symbole de ligne d'arrivée. De même, se balancer vers l'arrière en se reposant sur les talons laisse entendre qu'on veut reculer _et, oui, c'est possible de faire marche arrière, si on a loupé une escale, par exemple. Il n'est pas forcément contreproductif de retourner sur ses pas...
Tout au long du jeu, des conseils vous sont donnés de manière à faciliter votre progression ; généralement, ils correspondent à ce qui vous entrave plus ou moins : correction du positionnement sur la balance, encouragement à aller vers les cibles ou à se laisser planer quelques instants pour perdre un peu d'altitude... Il faut avoir joué quelques parties avant d'être en mesure de remarquer ces astuces et de les assimiler.
A vous d'être assez précis et rapide pour cumuler les points et passer du rang de "poussin" à celui de "poulette d'essai" puis "poulette de chasse". Un quatrième statut existe, celui du boss, qui doit être réservé aux "parcours sans faute" mais pour l'instant je ne peux y prétendre !
Illustration prise sur ce site. Mes photos sont trop pourries pour qu'on puisse s'en contenter.
Dans la peau d'une poule
Dès les premières secondes de jeu, vous remarquerez que votre apparence de volatile est quelque peu humanisée par la conservation du faciès de votre avatar. Personnellement ça ne m'aurait pas déplu d'avoir une tête de poule plus réaliste, histoire de mieux rentrer dans le rôle qu'on me donne. Là, j'ai vraiment l'impression d'avoir été glissée dans un costume de carnaval auquel personne ne croit, et je trouve cela assez dommage. Mais je pinaille. Respectons le choix opéré par les concepteurs et saluons d'existence d'un jeu dont un poulet est le héros.
Passer à côté de sa vie pour la regarder, comme dans un film.
Passer à côté du piéton qui traverse la route sans entendre votre vélo arriver, éviter de justesse un accident fâcheux.
Passer à côté de la touche envoi après avoir écrit un message sur son portable, s'en féliciter ou s'en mordre les doigts.
Passer à côté d'une femme qui promène ses chiens au bord de l'Isle, lui dire bonjour, ne récolter d'autre réponse qu'un regard suspicieux.
Passer à côtéd'une rencontre, le savoir, le sentir, n'en être plus très sur en fait, rester empoté, se détester, se consoler en se disant que c'est beaucoup mieux ainsi, après tout, cogiter, se détester de nouveau.
Passer à côté d'une déception ou d'une gaffe, se réjouir d'avoir su tourner sept fois sa langue dans sa bouche (en attendant de pouvoir lui proposer mieux...). Comme quoi, douter peut aussi avoir du bon !
Passer à côté de ses peurs pour bien les observer, puis les doubler et les semer définitivement.
"Passer à côté", est-ce que c'est plutôt se préserver du puits des emmerdes, ou se jeter tête la première dans une vague de regrets ?
Merci à Babelio et aux Editions LC pour l'envoi de Jour de neige, tome 1 des P'tites histoires d'Éric Coudert, dans le cadre de l'opération Masse Critique.
L'histoire
Il neige. Qu'à cela ne tienne, Tutu et Booster comptent bien braver les flocons pour rendre visite à leurs grands parents, qui habitent dans la forêt. Équipés de leur luge, les enfants vont de découverte en découverte, émerveillés, jusqu'à qu'un obstacle se dresse sur leur chemin : brisée par le poids de la neige, une énorme branche d'arbre est tombée au sol, barrant le passage. Voilà qui risque de compromettre les retrouvailles avec "Opa" et "Nonna"... Comment les enfants vont-ils se sortir de cette galère ?
Sous la houlette des grands-parents
Voilà une intrigue qui a ses limites, me direz-vous ! Attention à ne pas oublier que les ouvrages des la Collection Taille Crayon sont destinés aux enfants âgés de 3 à 6 ans. Donc oui, on voit clairement la maison des grands parents se dresser derrière la branche cassée, et oui, il suffirait de la contourner de quelques mètres pour résoudre le problème. Mais cela ne doit pas nous empêcher de ménager le suspense auprès des plus jeunes lecteurs. Jour de neige est avant tout une histoire qui traite du lien privilégié que des enfants entretiennent avec leurs grands-parents (du moins quand l'atmosphère familiale est apaisée...) et par les temps qui courent, elle est forcément la bienvenue.
Le livre laisse la part belle à l'illustration, épurée et colorée, à mi-chemin entre le collage et le spectacle de marionnettes : on a parfois l'impression que les personnages et les éléments du décor ont été fixés sur des doubles pages qui sont autant de "tableaux", et qu'ils se déplacent et se superposent, en fonction de leur ordre d'importance dans la scène qui se joue. La figure du grand-père est très représentative de ce procédé _dont je ne suis pas extrêmement fan, mais qui est original et qui mérite vraiment qu'on s'y intéresse. En effet, vous remarquerez, à l'issue de votre lecture, que ce cher Opa fait toujours la même tête :
Opa dans la forêt
Opa à table
Opa chaud pour aller faire de la luge
Opa prend la pose
Même si notre première réaction peut être "WTF, ce personnage n'a donc qu'une expression ??", ce choix artistique est cohérent. Opa et Nonna sont des symboles de constance, de stabilité : ils interviennent au moment-même où leurs petits enfants sont en train de perdre espoir, agissent (en dégageant la branche, désolée pour le spoiler), rassurent en ramenant les enfants à l'abri, réconfortent par le jeu, par le partage du repas. Opa est dans son rôle protecteur, c'est de cette tête-là que Tutu et Booster se souviendront lorsqu'ils se remémoreront l'aventure.
Un livre à lire et à écouter
Les p'tites histoires sont aussi à écouter, en suivant l'album, ou indépendamment, à la manière d'un livre audio... même si à mon sens, ça fonctionne moins bien puisqu'un livre illustré ne s'appelle pas comme ça pour rien, généralement. Vous pourrez les trouver facilement sur le site de l'auteur Eric Coudert.
Je ne connaissais pas du tout cet auteur pour la jeunesse, qui a pourtant plusieurs livres et spectacles à son actif et qui anime Que faire des mômes, un podcast d'actualité culturelle axé jeune public, clairement présenté comme un "guide" pour les familles... et forcément appréciable en des périodes de confinements qui peuvent vite tourner à l'ennui pour les plus jeunes !
Moralité
La neige c'est froid.
Quand une branche tombe sur la route, on ne peut plus passer. Cf. la Dordogne juste après la tempête, en décembre 1999.
Là, OK, on peut vraiment dire que la branche bloque le passage ! (Photo France Bleu)
On est bien contents que les vioques répondent présents lorsqu'il s'agit d'occuper des gosses survoltés durant les longs week-ends d'hiver. On découvre les parents de Tutu et Booster à la toute dernière page, soit après la bataille. Cet item est temporairement désactié, pour cause de pandémie.
=> Notez que le père ne porte ni bonnet, ni gants, NI chaussettes alors qu'il y a au moins 10cm de neige au sol. Bravo, bel exemple ! Heureusement la mère est irréprochable, elle.
Note pour les auteurs et pour l'éditeur,s'ils passent par là (oui oui, ça arrive parfois !)
J'ai bien vu que la reproduction partielle ou totale de l'oeuvre était interdite ; je ne pense pas entraver la diffusion du livre en postant ces quelques photos, bien au contraire, mais si cela vous gêne, n'hésitez pas à me demander de les retirer.
Une poule sur un mur est un blog qui a le rire facile ; certaines remarques se veulent humoristiques mais ne vous amuseront pas forcément. Créer un livre pour enfants est un travail à plein temps, qu'il peut être douloureux de voir tourner en dérision. Vous pouvez également me faire savoir en commentaire ce qui vous semble dérangeant.
Pour répondre un peu mieux à la mission confiée par Babelio, qui est de publier la critique d'un ouvrage afin de le faire connaître, sinon de le conseiller, je dirai simplement que ce tome 1 des P'tites histoires aborde des thématiques de saison et d'actualité (l'hiver, la famille, la place qu'y occupent les grands-parents), mais qu'il est à découvrir quelle que soit la météo !
Avant de partir, je vous présente le sapin familial, décoré par ma mère en cette fin d'année...
J
... et nous n'en sommes pas peu fiers, à la maison !
De rien.
Eric COUDERT, Claire HASSENFORDER. Les p'tites histoires. Tome 1 : Jour de neige. Editions LC, 2020. Collection Taille Crayon. ISBN 9782376961239
L'article s'inspire de situations vécues, mais la plupart des propos sont volontairement exagérés pour vous faire rigoler. Ou pas.
Les conseils de classe du premier trimestre de 6ème ont lieu en visioconférence, cette année ; contrairement à ce que je pensais, cette nouvelle formule n'enlève rien à la saveur de ces moments uniques.
PRINCIPAL _ Bonsoir à tous, est-ce que tout le monde m'entend ?
(Douze bonsoirs simultanés en réponse. Qui tentera un "Bonsoir Paris" avant la fin des conseils ?)
PRINCIPAL _ Tout le monde voit bien l'écran partagé ?
TOUS _ Oui !!!
On le voit tellement bien, que, très bientôt, Monsieur B va interrompre un cas par cas pourtant lancé sur des chapeaux de roues, juste pour signaler une faute dans une appréciation rédigée par un de ses collègues. Le concept de visiogênance collective va naître, mais au moment des salutations, personne ne s'en doute encore.
PRINCIPAL _ Pensez bien à activer votre micro ! Madame A, votre micro est barré sur mon écran, pouvez-vous l'activer s'il vous plaît ?
(Bruits de canalisations)
MADAME A _ Aaah, c'est là ?! Bonsoir à tous !
PRINCIPAL _ On attend le professeur principal, qui est parti chercher un ordi portable car le lien ne fonctionne pas sur ton téléphone ! Alors, je reprends la liste des personnes déjà connectées... Qui se cache derrière le SAMSUNG T58D58 ?
M. B _ C'est Monsieur B !
PRINCIPAL _ Ah, d'accord ! Madame C vient de se connecter également, merci d'être avec nous !
MME D _ Non, moi c'est Madame D., j'ai récupéré le PC de ma collègue !
PRINCIPAL _Oh, je vois la photo d'une personne en tenue de cyclisme. J'imagine que c'est vous, Monsieur E, représentant des parents d'élèves ?
PARENT D’ÉLÈVE (visiblement fier d'avoir créé son petit effet) _ Oui oui, c'est bien moi !
PRINCIPAL _ Allez, on commence ! Je vous rappelle que vous pouvez utiliser le bouton "lever la main" quand vous voulez, si vous avez quelque chose à dire. Alors, cette classe de 6°Z ?
MADAME A : énonce la formule passe-partout que tout enseignant débutant un tour de table au conseil de classe doit connaître par coeur, car tel ton horoscope elle colle à presque toutes les situations et montre que tu as prêté une réelle attention au climat de la classe sans pour autant de mettre à dos les collègues _ C'est une classe sympathique, qui participe bien ! Le niveau est hétérogène, avec une bonne tête de classe et quelques élèves en difficulté. Il y a eu un peu de relâchement au niveau des bavardages en fin de trimestre, rien de grave, mais restons vigilants !
MONSIEUR B : _ Pareil !
MADAME D : _ Je rejoins mes collègues, surtout sur les bavardages !!
MOI en train de me dire que j'ai pas du tout la même impression sur la classe, mais qu'en même temps j'ai pas du tout envie de polémiquer car j'aimerais bien qu'on finisse pas trop tard : _ Pareil !
MONSIEUR F, PROFESSEUR PRINCIPAL : _ Pareil ! C'est une classe sympathique, très investie à l'oral ! Le niveau est hétérogène, avec une bonne tête de classe et quelques élèves en difficulté. Il y a eu un peu de relâchement au niveau des bavardages en fin de trimestre, il faut absolument que cela cesse !
PRINICPAL _ Ah, je vois que Madame la CPE lève la main ?
CPE _ Non, en fait, c'est un délégué qui veut parler !
DÉLÉGUÉ 1 _ Oui, c'est pour dire que Monsieur B. met trop de mauvaises notes !
PRINICPAL _ Donc là, c'est le conseil de classe de Monsieur B ?
DELEGUE 1 _ Ben non, mais...
MONSIEUR B (lève la main) _ Eh oh !
PRINCIPAL _ Ok, on commence le tour de table...
PROF PRINCIPAL _ Bla bla bla... Félicitations... Bla bla bla... On met rien, c'est trop juste. Bla bla bla... Je propose les encouragements pour cet élève !
PRINCIPAL : _ Tout le monde est d'accord ? Il a tout juste 7, quand même...
PROF PRINCIPAL : _ Oui, mais à l'école, il avait une AESH...
PRINCIPAL : _ Et plus maintenant ?
PROF PRINCIPAL : _ Ben non, suite au confinement, son dossier MDPH n'a pas pu être traité dans les temps et.. pouf, plus d'AESH !
PRINCIPAL : _ Ah, en effet. Quelqu'un s'oppose aux encouragements ?
Silence.
Un ange passe.
Suivi d'un ragondin.
PRINCIPAL : _ Je pense que ça veut dire non. Allez, encouragements. On poursuit !
PRINCIPAL : _ Euh, je suis surpris que cet élève ait déjà 78 demi-journées d'absences ! C'est pas mal pour un premier trimestre de sixième... Quelle raison donne-t-il à cela, Madame la CPE ?
Sonnerie du collège dans tous les micros, avec un léger différé parfois. Oui, on est tous en visio, mais on est aussi tous dans le collège car personne n'a eu le temps de rentrer chez lui avant le début du conseil de classe.
CPE _ J'attends la fin de la sonnerie... Oui, donc, c'est tout à fait normal car il est arrivé après la rentrée, il était confiné à (complète avec le bled de ton choix). Il est là depuis trois jours en fait, donc sa moyenne de 4 n'est pas tout à fait représentative !
PRINCIPAL : _ Ok, donc pas de quoi s'inquiéter. Bon, nous allons terminer par le point de vue des délégués sur la classe. Les enfants, quelle est votre impression sur ce premier trimestre ?
DELEGUE 2 _ Ben ça va. Mais je voudrais juste dire que Kyliyann, y jette des bouts de gommes sur les filles pendant les intercours !
DELEGUE 1 _ Oui c'est vrai, et même que des fois Yasmynaa elle DANSE en attendant que le prof arrive.
TOUS : _ ...
On n'était pas prêts.
PRINCIPAL : _ Euh, merci pour votre prise de parole, les enfants. C'est courageux. Mais il n'est peut-être pas nécessaire de donner des noms à ce stade du conseil, on va peut-être plus rester sur la classe "dans son ensemble", ok ?
DELEGUE 1 _ Ah d'accord. Bah. C'est une classe sympa.
DELEGUE 2 _ Pareil, ça va on s'entend bien.
PRINCIPAL _ Les représentants des parents d'élèves souhaitent ajouter un mot pour conclure ?
PARENT 1 _ Non, c'est bon !
PARENT 2 _ Vous savez, moi je ne crois pas qu'il y ait de bonne ou de mauvaise situation. Moi, si je devais résumer ma vie aujourd'hui avec vous, je dirais que c'est d'abord des rencontres. Des gens qui m'ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j'étais seul chez moi. Et c'est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée... *
* C'est le monologue d'Otis dans Astérix : Mission Cléopâtre, mais vous aviez reconnu sans que je vous le dise !
Les chiens sont de vraies énigmes pour moi : il me semble que je n'arrive jamais à bien les comprendre, à me mettre à leur place, à anticiper leurs réactions. Je ne peux pas faire autrement qu'associer le meilleur ami de l'homme au Cerbère et de voir en lui quelque chose de malveillant : ils mangent mes poules et enterrent le cadavre à moitié bouffé devant la maison, ils mordent ma mère _au point qu'elle en ait développé une phobie ; c'est hallucinant : dès qu'un chien passe près d'elle, il ne calcule plus rien et fonce sur elle pour la gnaquer !, et il se trouve que j'y suis terriblement allergique. Enfin, pour couronner le tout, ma classe a été forcée de lire Le chien des Baskerville quand nous étions en 4ème, et comme j'avais vraiment pas envie de découvrir les rouages roman policier, j'en ai gardé le souvenir d'une histoire aussi dégueulasse que pétée. Enfin, peu importe. Le fait est que les chiens sont partout dans la culture, alors ce n'est pas perdre son temps que de s'y intéresser aujourd'hui à travers le film d'animation L'extraordinaire voyage de Marona et le premier tome d'une série de livres pour enfants : Chien pourri
L'extraordinaire voyage de Marona : au début, elle meurt...
... et c'est pas spoiler que d'ajouter qu'elle se fait caler par une voiture, avant d'expirer aux côtés de sa jeune maîtresse. Ainsi vous avez tout de suite une idée d'atmosphère du film. De rien.
Au moment de l'accident, Marona refait le film de sa vie, nous faisant partager ses premiers jours heureux au coeur d'une portée de neuf chiots, puis son parcours chaotique ponctué d'abandons, de départs forcés, mais aussi de bonnes rencontres. Sur toute sa courte vie de chienne, Marona aura trois maîtres dignes de ce nom : l'acrobate Manole, Istvan et la petite Solange qui grandira au rythme de sa nostalgie. Trois humains aussi différents les uns des autres, avec leurs qualités, leurs défauts, leurs modes de vie auxquels l'héroïne à quatre pattes s'efforcera de s'accommoder, vaille que vaille.
Pourtant, tout avait bien commencé pour elle : en effet, "Neuf" étant le fruit de l'union improbable d'un mâle raciste et d'une femelle au pelage bien différent dont elle dit "avoir hérité" de l'ouverture d'esprit, elle incarne le métissage, la victoire de l'amour sur l'imbécilité. Mais comme animaux et humains ne parlent pas le même langage, personne ne le saura jamais, tout le monde la qualifiera simplement de "bâtarde" et chaque rencontre durable sonnera comme un nouveau baptême.!
Neuf va d'abord être séparée de ses frères et soeurs, puis recueillie par Manole, un brave acrobate qui va lui apporter un bonheur aussi profond qu'éphémère, et à qui elle va beaucoup s'attacher. C'est elle qui prendra la décision de quitter ce premier maître, non pas parce que la vie de bohême lui déplaît, mais parce qu'elle comprend qu'elle est une entrave à l'épanouissement professionnel du jeune homme.
Cachée dans une poubelle, elle va tomber sur Istvan, un grand bonhomme aux allures de nounours protecteur qui semble travailler sur un chantier. Leur complicité sera mise à mal par la mère sénile et violente de ce deuxième maître, puis par sa sorcière de femme, aussi sadique qu'une enfant gâtée, derrière ses airs enjôleurs. Evidemment, comme tout gentil qui se respecte, Istvan ne saura pas s'imposer.
Enfin, Marona va intégrer clandestinement son dernier foyer, puisque c'est Solange, une petite fille décalée, qui va l'adopter dans le dos de sa mère overbookée et de son grand-père acariâtre. A la candeur de l'enfance va succéder l'adolescence je-m'en-foutiste et hyperconnectée : entre promener un chien et aller retrouver ses copines à l'autre bout de la ville, le choix est parfois bien vite fait.
A travers ses yeux près du sol, et sa voix de jeune chienne posée mais dynamique joliment doublée par Lizzie Brocheré, le spectateur contemple l'humanité à tous les âges de la vie : Solange représente l'enfance innocente et encore empathique, puis l'adolescence plus ingrate. Manole est un jeune homme encore plein de rêves d'avenir et encore libre comme l'air. Istvan, Sarah et la mère de Solange sont les adultes dans toute leur splendeur : incapables de reconnaître le bonheur quand il se présente à eux, esclaves de leurs choix de vie et empêtrés dans leur lâcheté. Enfin, la vieillesse en prend pour son grade : la mère d'Istvan perd la boule et devient ingérable à la tombée du jour, tandis que le grand-père est un croulant gueulard et aigri, capable du meilleur comme du pire. Ce tableau est à la fois émouvant, audacieux _il faut oser aborder le sujet de l'évolution compliquée des personnes âgées..., mais un peu réducteur, aussi.
Dans tous les cas, Marona ne juge aucun de ses maîtres et leur manifeste une fidélité à toute épreuve : si elle est lucide sur leurs vices, elle sait aussi qu'ils resteront toujours à ses yeux "ceux qui lui ont fait le moins de mal". La rancoeur lui passe au-dessus ; seul son instinct la pousse à prendre le large au moment opportun... Pour le jeune public, le personnage de Marona peut amener à réfléchir sur le statut de l'animal dans la société, sur l'importance de prendre soin de ces êtres vivants qui jalonnent notre existence et sur le cataclysme qui se produit dans leur têtes lorsqu'ils sont abandonnés sur le bord du chemin.
Puisqu'on en parle : le petit spectateur risque d'être un peu impressionné par les dessins hypnotiques et ultra colorés de Gina Thorstensen, Sarah Mazzetti et Brecht Envens. Les artistes se sont éloignés de la 3D pour faire le choix d'un décor qui évoque le pop-up, avec des effets "crayon de couleur". Les contours flous des dessins font-ils écho à l'incertitude de la petite bête au grand coeur, qui contemple le monde des humains et ne le comprend que partiellement ? Peut-être. En tous cas, la tentative est originale, onirique, et valait vraiment le coup de voir le jour, même si le style peut évidemment ne pas plaire. Le doublage et la bande son participent à l'ambiance à la fois bien vivante et mélancolique du film ; ils collent bien à l'esprit de l'histoire : on va tous vers une issue fatale, mais on y va gaiement car on est dans la peau d'un animal qui, par définition, ne connaît pas la marche arrière.
Certes, L'extraordinaire voyage de Marona n'est pas une oeuvre des plus réconfortantes : les humains y sont dépeints de façon extrêmement sombre et finissent pas se laisser happer par leurs imperfections et par leurs démons. Elle donne des pistes de réflexion sur le bonheur, sur le destin, sur les souvenirs et les visages du passés, qui reviennent toujours au moment où on s'y attend le moins. Aussi se consolera-t-on de retrouver l'élastique Manole furtivement, à plusieurs reprises, lui qu'on déplore de ne voir que le temps de quelques séquences... Même s'il ne fait pas l'unanimité chez les cinéphiles, ce récent long métrage d'Anca Damian est un OVNI de l'animation à découvrir, ne serait-ce que par curiosité.
Chien Pourri n'est pas vraiment le clebs qu'on a envie d'adopter : il ressemble à s'y méprendre à un paillasson et il sent mauvais. Pourtant, il garde le moral ! Bien sûr, c'est un peu la loose, pour un chien, de ne pas avoir de maître humain, mais après tout, il n'est pas à plaindre : il partage l'amitié de Chaplapla, un félin presque plus mal en point que lui. Mais surtout, il est d'une telle bonté naïve, et d'une telle inconscience de son état délabré, qu'il ne réalise pas la gravité de la situation. C'est sans doute mieux ainsi...
Un jour, il se lance en quête d'un humain qui voudra bien prendre soin de lui ; forcément, il est plein d'espoir et ne tarde pas à faire des rencontres douteuses, pour ne pas dire dangereuses... Le vaste monde est plein de pièges qui peuvent parfois prendre les traits d'une petite fille apparemment inoffensive...
Comme dans L'extraordinaire voyage de Marona, l'anti-héros canin de ce premier tome de Chien pourri est bien mal récompensé de sa bonne volonté... mais ici, les retournements de situation rebondissent toujours sur une issue drolatique.
Publié dans la collection Mouche de l'Ecole des Loisirs, Chien pourri peut être lu par les enfants dès 6-7 ans je pense, qu'ils soient seuls ou accompagnés : à travers un personnage principal aussi moche à l'extérieur que beau intérieurement, ils feront l'expérience des limites des apparences chez l'homme comme chez l'animal. De quoi leur apporter une longueur d'avance sur bien des adultes de leur entourage...
GUTMAN, Colas ; BOUTAVANT, Marc. Chien pourri ! L'Ecole des loisirs, 2013. Coll. Mouche. ISBN 9782211211970