mardi 23 juillet 2019

Dans la série "J'ai payé, merde !" : Poldark - Saison 1 (2015)

Après avoir écumé le portail de Netflix, j'ai tapé "Écosse" dans le moteur de recherche. Ouais, je fais une fixette sur l'Ecosse en ce moment, allez savoir pourquoi. La série Poldark est apparue dans les résultats, ce qui est à la fois étrange et marrant car les huit épisodes de la saison 1 se jouent dans les Cornouailles, et non en Écosse. Alors soit l'algorithme s'est dit : "allez, l'Angleterre c'est à côté, c'est presque pareil, ça peut passer...", soit les personnages vont migrer au nord plus tard dans l'histoire. 

Du coup, j'ai commencé à regarder, sans grande conviction, le descriptif de Netflix et les toutes premières minutes ne me faisant pas vraiment rêver. Cela dit, toute oeuvre a droit à sa chance.



Poldark - la saison 1 racontée en version express (ou pas)    

Ross Poldark est un type bien, mais il est un peu trop remuant et insolent pour l'Angleterre de 1783, où tout n'est que bonnes manières, mariages de raison, amitiés stratégiques, travail acharné et gros sous planqués dans des coffres forts. Quelques erreurs de jeunesse lui ont valu d'être envoyé en Amérique pour prendre part à la guerre d'indépendance, histoire de lui faire les pieds. Il subira une grave blessure sur le champ de bataille qui retardera son retour sur ses terres natales. Mais il reviendra pourtant, le visage marqué d'une petite balafre stylée très peu cohérente avec le semi-arrachage de tête qu'il a vécu quelques scènes plus tôt.




Peu importe. Il fait une arrivée d'autant plus fracassante que tout le monde le croit mort depuis des lustres ! Du coup, les retrouvailles sont compliquées. Ross apprend que son père, respectable propriétaire minier, est mort pendant son absence en lui laissant plein de dettes. Son oncle George n'est pas franchement enchanté de le voir réapparaître, car une âme de moins aurait fait ses affaires : il aurait pu mettre le grappin une bonne fois pour toutes sur l'intégralité des biens des Poldark et en faire bénéficier son fils Francis. Lequel en passe de se marier avec Elizabeth, qui n'est autre que l'ancienne copine de Ross. Dépité, le rescapé rentre dormir dans la maison déserte de son père. Enfin déserte, pas tout à fait : Jud et Prudie, les domestiques, squattent les lieux et semblent s'accommoder fort bien de la compagnie d'animaux dans leur chambre à coucher. Bref, la loose totale. Ross déprime ; mais pas pour longtemps. Il sait que quand on touche le fond, on ne peut que remonter.



Deux ou trois levers de soleil plus tard, Poldark est remotivé : il va relancer la mine de cuivre, même si c'est un peu la crise à ce moment-là, et redonner du travail à tous ces jeunes mineurs avec qui il a passé sa jeunesse à batifoler, et qui le considèrent comme un frère. Ouais, il est comme ça, Poldark, il est né du bon côté de la barrière, mais il est nature ! ça le dérange pas de défricher lui-même son devant de porte et de serrer la pince à des gens sales et mal habillés.

"et la famille ?"

Bref, un jour, tonton Georges vient mettre un coup de pression car il le sent un peu trop enthousiaste. Tellement, même, qu'il se demande s'il ne pourrait pas réussir, en fin de compte... Il lui tape sur l'épaule en lui disant : "Écoute mon petit, je te connais, la campagne c'est pas pour toi, t'es un malin, tu mérites mieux, va faire ta vie à Londres et laisse les mines à ton cousin." Ce à quoi Ross répond : "Ouais ouais, mais non, je reste ici.", et l'aventure peut commencer. Il rachète la mine de Leisure, avec l'aide de quelques associés prêts à miser quelques livres sur son projet audacieux.


"Tu sais, tu devrais partir...
_ Non.
_Je te le dis autrement : casse-toi !
_ Non.

Parallèlement, il se lie d'amitié avec une paysanne nommée Demelza qu'il rencontre en faisant quelques courses au marché. Pour être exact, disons que la jeune femme est en train de se faire bastonner par quelques bonhommes car elle n'a pas accepté qu'ils s'emparent de son chien pour le donner à manger à un autre chien. Ross la sauve en jouant de sa canne d'aristo et s'apprête à la raccompagner chez elle, vu qu'il est à cheval et qu'elle habite dans le village voisin. Mais elle lui confie qu'elle n'est pas très chaude pour rentrer à la maison car son père et ses frères la fracassent. Il lui propose donc de travailler pour lui en tant qu'aide-cuisinière, ce qu'elle accepte sans savoir qu'elle va aussi se faire bolosser par cette pochtronne de Prudie.

"Qu'est-ce que je pourrais bien faire, là, maintenant, pour emmerder mon monde ?"

L'épisode 1 se termine de manière surréaliste car le père de Demelza rapplique sur la propriété Poldark avec tout son village pour récupérer sa fille, qui ne sera pas la pute d'un gentleman, qu'à cela ne tienne ! Ross se fait défoncer par les gueux, finit en sang, mais il gagne quand même la partie contre toute attente, sans qu'on comprenne à partir de quand il a pris le contrôle de la situation. On comprend bien que ses propres paysans sont venus lui filer un coup de main sur la fin de la baston, mais c'est clairement pas eux qui ont fait la différence. Une fois que la maison est retournée, tout le monde reconnaît la supériorité du Poldark et lui serre la main : c'était un beau match, vraiment ! Ils rentrent chez eux, et Demelza sort du placard où elle s'était rangée. Je ne vous cache pas que cette scène m'a paru tellement capillotractée que je me suis demandée si j'allais enchaîner sur le deuxième épisode. Mais allez, ne soyons pas mauvaise langue : ç'aurait été dommage de s'arrêter là.

La nouvelle de l'embauche d'une nouvelle cuisinière chez Poldark fait jaser, car il n'est pas marié, elle est pas trop mal, et ils rigolent beaucoup ensemble. Et puis d'abord, comment il la paye, lui qui n'a pas un rond. Mais Ross n'est pas un goujat, sachez-le : non, il ne couchera pas avec son employée. Pas avant l'épisode 3, en tous cas.

Cousin Francis se montre favorable à une co-gestion de la mise de Leisure, jusqu'à ce qu'il se rende compte que Ross et Elizabeth sont toujours en très bons termes, et même en très très bon termes. Sa jalousie a le dessus. Ce premier micro-événement marque le début d'une longue série où les décisions professionnelles et/ou impliquant un grand nombre de destins seront guidées par les sentiments de trois pelés.


Dans ce deuxième épisode, on se penche un peu plus sur le cas intéressant de Verity, la gentille soeur vieille fille de Francis, qui rend tellement de services à tout le monde que personne n'a réellement envie qu'elle se case : ça la rendrait beaucoup moins disponibles pour toutes les tâches à la con dont elle doit s'acquitter. Manque de pot pour son vieux père, elle rencontre Blamey, un capitaine au lourd passé ! c'est le coup de foudre. Personne ne valide cette relation, sous prétexte que le marin aurait tué sa femme.

"Oui, j'ai tué ma femme, mais... c'était un accident !"

Seul Ross semble décidé à les aider et leur prête sa maison pour qu'ils puissent faire connaissance de manière plus approfondie, mais Francis découvre le pot-aux-roses et fait irruption chez lui pour agresser les amoureux. Le duel est inévitable ; on va découvrir à ce moment-là que Demelza possède des compétences d'infirmière non négligeables...

... et bien plus efficaces que les talents d'avocat de Poldark. Au cours d'une troisième épisode particulièrement dense, ce dernier doit tirer du pétrin son ami Jim, un jeune mineur asthmatique qui s'est fait choper en train de braconner. Ross fera irruption au procès, retournera la salle et passera un bon savon au juge pour lui rappeler ce que sont la justice et les maladies respiratoires ; le magistrat lui répondra que oui, pauvre garçon, mais bon c'est la vie, foutez-moi ça en prison !

A part ça, les beaux jours reviennent, annonçant la saison des mariages et des gosses : Elizabeth accouche d'un fils, Geoffrey-George _c'est sûrement son bizut de père qui a choisi les prénoms. Le même jour, l'oncle George fait un malaise et demande à Francis de se bouger le cul professionnellement car il sent qu'il ne fera pas de vieux os. Que va devenir la mine si son seul fils ne parvient pas à prendre la moindre initiative ?

Pour finir, comme spoilé plus haut, Ross couche avec Demelza en mettant en avant un argument imparable : quand on ne peut pas faire taire une rumeur, autant lui donner raison ! C'est une manière de voir les choses.

"Est-ce bien le mien, d'abord ?"

Poldark a des principes : quand il se tape une fille, il assume jusqu'au bout et l'épouse (épisode 4). Autant dire que son mariage précipité avec Demelza est une surprise pour tous, y compris pour l'heureuse élue. En effet, passer de Cendrillon à maîtresse de maison n'est pas évident pour. Comment manager des serviteurs quand on a passé sa vie à recevoir des ordres ? Ross se fout des possibles réactions de son entourage, du qu'en dira-t-on et du malaise de sa femme, qu'il perçoit à moitié sans vraiment le comprendre. Il devrait s'inquiéter pourtant, car ses amis investisseurs se demandent si leur choix de le suivre dans son aventure minière ne relève pas de la faute stratégique. Est-il bon et profitable d'encourager un homme qui prend plaisir à faire outrage aux codes de la bonne société ? Dans le doute, certains préfèrent se désengager.



Tonton George tombe et ne s'en relève pas ; Francis est projeté sur le devant de la scène bien plus tôt que prévu. Toujours jaloux de Ross pour plein de raisons, inquiet de ne pas arriver à gérer le lourd héritage que représente la mine de Gambling, il canalise ses angoisses en jouant et en allant aux putes assez fréquemment. Par conséquent, il délaisse sa femme et son enfant ; Elizabeth se doute bien de ce qui se passe, mais choisit de se boucher les oreilles en chantant lalala quand les on-dit arrivent jusqu'à elle.

La gentille Verity prend Demelza sous son aile et tente de lui apprendre les bonnes manières pour qu'elle fasse illusion lors des prochains repas de famille. L'épreuve de mise en application arrivera en même temps que la neige, à Noël _ouais, on a de bonnes grosses ellipses entre certains épisodes. Elizabeth se montrera plutôt bienveillante envers celle qu'elle pourrait considérer comme sa rivale, mais c'est bien la seule. D'autres aristocrates tenteront de mettre la jeune paysanne mal à l'aise, or Demelza s'en sortira avec un pirouette qu'il vaut mieux que vous découvriez par vous-même. Je précise que ce n'est pas sexuel. A la fin de l'épisode, elle apprend à Ross qu'elle est enceinte à son tour, ce qui tombe bien puisqu'ils sont en train de réaliser qu'ils s'aiment vraiment bien, en fait !

Je ne sais plus trop si c'est avant ou après, mais Poldark et ses associés habituels entreprennent de monter leur propre fonderie, histoire de rentabiliser le cuivre remonté de leurs mines. Malheureusement, les Warleggan _aka les (vrais) méchants de la série_ vont lui mettre les bâtons dans les roues. Cette famille de banquiers désireux de compenser leur statut de "parvenus" par la richesse va prendre en grippe l'homme aux trop bonnes idées. A leur tête, on retrouve le jeune George (encore un George ! on va finir par se perdre !), une petite teigne qui vendrait sa mère pour trois piécettes et qui a été assez malin pour devenir l'homme de confiance du cousin Francis... 



Le cinquième épisode est marqué par 1/ la naissance de Julia, la fille de Poldark 2/ l'arrivée de son ami de longue date, le docteur Enys, un BG célibataire très efficace et très remarqué. D'autres événements un peu fous se produisent, on sent qu'on se dirige à grands pas vers la fin de la saison et que le rythme s'accélère. Je ne dirai pas tout, au cas où certains d'entre vous voudraient encore regarder cette série, en dépit de tous mes spoils. Sachez juste que Ross fout sa femme dans la merde en invitant au baptême les deux familles de la petite Julia _on se souvient de la dernière visite du père de Demelza, et que Francis joue sa mine aux cartes. Et perd la partie. Parallèlement, le cuivre se vend mal, les ouvriers ont faim et les émeutes éclatent ça et là. C'est la crise.



Si vous trouvez que c'est moyen de ma de stopper le résumé ici sous prétexte de ménager le suspense, alors qu'il ne reste plus que trois épisodes, dites-vous bien que les coups de théâtre nous arrivent à la fin. Une fois le décor et le contexte social plantés, on sent clairement le changement de cadence _sans que cela semble bâclé pour autant. Certes, l'action devient un peu plus dure à suivre et demande un visionnage plus attentif qu'au début de la série, mais elle reste cohérente et c'est le plus important. 

Verdict 
Bien que je n'aime pas du tout l'univers dans lequel se déroule la série, j'ai voulu regarder la première saison jusqu'au bout pour savoir si je pouvais la conseiller à ma mère. Il se trouve qu'elle adore les histoires de servantes maltraitées à coups de trique et prêtes à mourir de froid pour veiller toute la nuit sur les enfants d'aristocrates au teint de lait, à l'abri des murs sombres et suintants d'un manoir anglais du XIX°siècle. Dans lequel riches et pauvres succombent tous à la même peste bubonique, à la fin. Chacun ses goûts.

J'aime 



  • Poldark a des poules dans son jardin, et même dans sa maison. On les aperçoit par trois fois dans le premier épisode, et ensuite plus vraiment. Sûrement la faute à Demelza... 
  • Un héros qui se moque des apparences et des bonnes manières, ça fait jamais de mal ! Les premières séquences mettant en scène Ross Poldark dans la "haute société" m'a rappelé le personnage de Heathcliff dans les Hauts de Hurlevent : un type déjà trop occupé à contenir sa violence intérieure pour mettre en pratique des codes appris tardivement. En fait, les deux figures sont très différentes ! Poldark a baigné dans un environnement d'aristos où le moindre faux pli de la manchette peut être pris pour un marque d'insolence. Il connaît tous les codes et les maîtrise parfaitement ; c'est juste qu'il s'en fout, et qu'il adore montrer qu'il s'en fout. Cette facette du personnage de Ross Poldark me semble vraiment très bien traitée.  
  • Les femmes de la série parviennent souvent à prendre leur place et à sortir de leur condition _ merci à Graham, l'auteur des romans qui ont inspiré la série télé_ : Demelza, capable de se travestir pour exister sur la place du marché, et de s'adapter à sa nouvelle vie ; Verity saura elle aussi dévier de son chemin tout tracé de vieille célibataire, tellement pratique quand on a besoin de quelqu'un pour s'occuper des gosses et des vieux. 
  • On n'a pas besoin d'être esthète de formation pour remarquer que les paysages sont magnifiques. Je ne dis pas que c'est ce qui fait la différence entre une série qu'on regarde jusqu'au bout et une série qu'on abandonne au milieu du champ, mais vraiment, l'image vaut le coup d'oeil. Je tiens à le souligner. 


Je n'aime point... 


  • Poldark reste quand même un héros trop parfait : brave, talentueux, juste, audacieux, capable de faire un usage à peu près raisonné de ses poings, capable de trouver du cuivre alors que c'est la dèche et du travail à ses amis d'enfance,... Même quand il échoue dans ses différentes entreprises, même quand il fait des boulettes, ben on ne peut pas lui en vouloir car c'était pas vraiment sa faute. En plus, il est bon aux cartes et tient bien l'alcool : il nous énerverait presque ! D'ailleurs, on n'a jamais compris comment ça se faisait que Ross, sa famille, ses personnes de service ne crèvent pas de faim littéralement, et comment il faisait pour rémunérer ses ouvriers à un meilleur taux que son cousin pété de thune, sachant qu'il est censé n'avoir reçu que des dettes en héritage. Mystère. 
  • J'ai eu beaucoup de mal avec Elizabeth, alias la première copine de Poldark, finalement mariée au calme et riche cousin Francis. Déjà, ses airs de biche apeurée qui ne sait pas si elle doit traverser la route ou pas m'ont pas mal agacée. Et vas-y que je mette un mur à mon ex en jouant la carte de la raison, et vas-y que je revienne lui tourner autour deux jours après... Cela dit, il faut reconnaître que ce personnage évolue sensiblement et devient presque attachant, au fil des épisodes. C'est l'inverse avec Francis, qu'on trouve sympa au début, ou du moins qu'on prend en pitié tellement il fait pâlichon à côté de son cousin charismatique, et qu'on finit par détester au fil des événements. Son manque de personnalité a indéniablement laissé de la place à sa connerie, mais vraiment. C'était nécessaire de lui coller cette tête de bizut ? Bref, je n'ai pas réussi à prendre au sérieux ces deux pièces maîtresses de la série, mais c'est très personnel. 
  • La saison 1 compte 8 épisodes de 50 minutes, clairement délimités, faits pour être regardés d'une traite ; alors tout dépend des préférences des spectateurs et des capacités de concentration de chacun, mais il faut savoir ceci : le mieux pour bien suivre Poldark, pour ne pas en louper une miette, c'est de se poser devant et de ne rien faire d'autre. 


Si vous aimez les séries historiques qui prennent un peu le temps pour démarrer, Poldark vaut vraiment le détour. Par contre, si vous n'adhérez pas à l'ambiance lutte sociale dans les Cornouailles au XIX°siècle, peut-être vaut-il mieux passer votre chemin.


Poldark 
2015 
Création : Debbie Horsfield 
Royaume-Uni - BBC One 
Série adaptée des treize romans de la saga Poldark écrite par Winston Graham




samedi 13 juillet 2019

Lectures de vacances : Le voyage de Mémé - Gil Ben Aych (1982) / Le jour du meurtre - Hubert Ben Kemoun (1996)


Quand tu vis en hauteur et en Seine-Saint-Denis, tu as la chance de pouvoir admirer quatre feux d'artifice différents, le soir du 13 juillet. 
Mais ça évidemment, personne n'en parle !



Bien que je les sorte et que je les range régulièrement, je ne suis toujours pas en mesure de dire que j'ai lu "tous les livres" du CDI. Quoique les deux dont nous allons parler aujourd'hui sont relativement anciens et n'ont pas été empruntés depuis un bout de temps. Est-il temps de les désherber ? Pas encore, je pense. Au contraire, ils gagneraient à être mis en valeur, car les messages qu'ils véhiculent sont encore très actuels. Lisez-les, vous me direz bien. Moi, j'ai un mal fou à pilonner les fictions... 

Le voyage de Mémé - Gil Ben Aych (1982)

Promis, je ne vous saoulerai pas avec mon arrière grand-mère !
Même si j'en ai bien envie.

Nous sommes en 1962 ; Simon, ses parents et sa grand-mère vivent au nord de Paris. Quelques années plutôt, pendant la guerre d'Algérie, ils ont quitté la petite ville Tlemcen et s'adaptent à leur nouvelle vie. Comme d'autres membres de la famille vont bientôt les rejoindre en France, ils s'apprêtent à déménager un peu plus loin de la capitale, à Champigny.  

Déménager les meubles, c'est une chose ; aller d'une ville à une autre en métro et en bus, c'est largement faisable. Par contre, faire bouger Mémé de son ancienne maison vers une nouvelle, ça c'est une tâche compliquée. En effet, la vieille dame a plus de mal que ses descendants à s'acclimater ; elle refuse notamment de se déplacer autrement qu'à pieds, car les transports en commun lui font peur et la rendent mal à l'aise. Et quand Mémé ne veut pas faire quelque chose, il est inutile d'essayer de la faire changer d'avis. Alors on confie à Simon la lourde mission de faire Paris - Champigny à pieds, "bras dessus bras dessous" avec Mémé ; c'est le début d'une odyssée de 20 km et de plusieurs heures dans la capitale. 

Je me tenterais bien leur petit pèlerinage..
Qui m'aime me suive !

Comme on s'en doute, Simon et sa grand-mère vont profiter de ce périple pour échanger sur leur vision du monde, sur le choc des cultures et des générations. Bien sûr, la société a bien changé depuis les années 1980, mais quiconque ramène en ville un parent un peu âgé et un peu blédard (de France ou d'ailleurs) se reconnaîtra dans certaines situations cocasses. Je pense au moment où la mamie commence à dire bonjour à tous les parisiens qu'elle croise parce que "c'est des voisins", ou commente la tenue trop légère à son goût d'une jeune femme. Tantôt butée et caractérielle, tantôt entière et aimante, Mémé soulève pas mal de débats sur le mariage, sur les relations entre juifs, musulmans et catholiques, sur la guerre d'Algérie, et amène son petit-fils à expliciter ce qui nous paraît évident mais qui ne l'est pas tant que ça : pourquoi la station La Chapelle s'appelle-t-elle ainsi ? Pourquoi y a-t-il des publicités partout ? Pourquoi vend-on de l'eau en bouteilles alors qu'elle n'appartient qu'à la nature ?   

Un livre court, qui se lit facilement et qui peut faire l'objet d'une lecture collective dans le cadre d'un club. L'auteur prend soin de retranscrire les accents et de forcer les marques d'oralité : cela rend possible une éventuelle mise en scène.    

Gil BEN AYCH. Le voyage de Mémé. Pocket Junior, 1996. 96 p. ISBN 2-266-09418-1


Le jour du meurtre - Hubert Ben Kemoun (1996)



École, sport, filles : Antoine est médiocre à tous les niveaux. Alors, lorsqu'il tombe sous le charme de la belle Virginie, une élève de sa classe qui le fascine parce qu'elle est plus mature que toutes celles de son âge, il se défonce pour lui écrire une belle lettre d'amour _qu'il choisit de lui remettre en mains propres, quel cran ! Hélas, loin de lui répondre favorablement, sa gente dame le snobe et se met à corriger toutes les fautes d'orthographe qu'elle repère sur le papier à lettres choisi avec soin. Elle (le) termine en notant 0/20 en haut de la page et le somme de passer à autre chose, sans aucune compassion. Antoine s'attendait à tout sauf à une réaction aussi sèche. Au fond du trou, il se fait la promesse de laver cet affront en tuant Virginie.

Quelques jours après, le petit "Toine" insignifiant est devenu un bon psychopathe échappé de Vauclaire qui s'isole pour bricoler des messages de menace et passer des coups de fil anonymes... L'amour est devenue haine.

Au passage, petite parenthèse datation : il semblerait que l'histoire se déroule à la fin des années 1990, car les collégiens squattent les cabines téléphoniques (nostalgie !), n'ont pas de CPE (mais un "surveillant général") MAIS vont au CDI (et non pas à la "bibliothèque scolaire"). 
Autre indice : le livre est sorti en 1996. 
Verdict carbone 14 : Le jour du meurtre, c'est vieux mais pas trop. 
 
... Il devient tellement chelou et hargneux que même son pote Lionel n'arrive plus à le suivre et prend ses distances.

Un jour du meurtre, un grain de sable vient se glisser dans les rouages bien huilés de son projet morbide : le prof de musique se fait porter pâle. La classe bordélise les lieux en attendant qu'un surveillant prenne place au bureau, et le cancre officiel se met à scander un rap d'un goût douteux, entraînant tout le monde. Evidemment, il se fait choper par le fameux surveillant général, qui lui met un coup de pression à moitié efficace devant les autres élèves soudain devenus muets. Virginie décide de prendre le parti et son camarade, met le maton plus bas que terre et se barre du collège. Voilà qui n'arrange pas du tout Antoine : il avait prévu de la balancer sous un train à la sortie des cours ! Il se lance à sa poursuite.

Attention, la page 76 va vous surprendre.   

Vouloir faire danser la gigue celui ou celle qui nous a éconduit sans ménagement, histoire de lui faire payer le fait de ne pas nous avoir laissé au moins une petite chance... on a tous connu ça, moi la première ! Hubert Ben Kemoun parle très bien des réactions démesurées propres aux adolescents, celles qui peuvent les amener bien plus loin qu'ils ne le soupçonnent eux-même. Il peint extrêmement bien le personnage de Virginie, qui joue les grognasses pour ne pas courir le risque d'être aimée, de s'attacher aux autres. Entre les contrariétés des uns et les vrais malheurs des autres, il n'y a souvent qu'un pas.  

Par contre je ne comprends pas pourquoi ce livre est classé en roman policier ; certes Antoine anticipe une potentielle enquête après son meurtre programmé, mais... c'est clairement pas le sujet principal.

Il s'agit d'un roman court et accessible, écrit à la première personne, aux chapitres découpés équitablement ; le suspense est maintenu assez longtemps pour qu'on puisse le proposer dans le cadre d'une opération "lecture en début d'heure", "un livre pour la classe", ou je ne sais quel autre dispositif d'incitation à la lecture.

Thèmes abordés : amour / violence / relations parents - enfants / adolescence / amitié / haine / crime / train / cutter / seum total / gros vent ...

Hubert BEN KEMOUN. Le jour du meurtre. Nathan Poche, 2006. Coll. Policier. 90 p. ISBN 2-09-251118-1



vendredi 12 juillet 2019

Téma la bibliothèque ! L'attente infinie - Julia Wertz (2015)


Ce n'est pas sans une certaine émotion que j'évoque ici L'attente infinie de Julia Wertz, car cette BD m'a été offerte récemment par mon pote Xavier pour mon anniversaire. Même si on avait pas mal parlé de ce livre plein d'humour dans lequel l'héroïne entretient des rapports délicats avec l'alcool _un peu comme moi !, ce cadeau a été une vraie surprise. Je ne suis pas sûre d'avoir encore trouvé les bons mots pour le remercier. 
  


L'histoire

Dans ce petit pavé de planches (pas loin de 250 pages), la dessinatrice américaine Julia Wertz raconte son parcours personnel et professionnel en trois chapitres intitulés "Au turbin", "L'attente infinie" et "Un endroit bien singulier". Le premier parle de son expérience du monde du travail, depuis les représentations construites pendant l'enfance jusqu'à sa réussite artistique à New-York, en passant par une succession de petits boulots dans le domaine de la restauration. Dans la deuxième partie, elle aborde plus longuement l'entrée dans l'âge adulte, à travers une poignée d'années d'errance post-secondaire à San Francisco ; c'est au cours de cette période dissolue qu'elle découvrira qu'elle est atteinte d'un lupus érythémateux systémique, maladie grave qui l'épuisera mais qu'elle parviendra à combattre. Enfin, "Un endroit bien singulier" clôture cet album de "nouvelles dessinées" : l'auteure y rend un vibrant hommage à la petite bibliothèque qu'elle fréquentait dans sa jeunesse.




La bibliothèque de Julia Wertz 


Le dessinateur revient toujours sur les lieux du crime. Quand, en 2012, Julia fait un tour dans la bibliothèque de sa ville d'origine, elle consulte le catalogue informatisé et constate que l'un de ses romans graphiques y apparaît : pour celle qui rêvait lorsqu'elle était petite d'écrire un livre et de le voir en rayon, la boucle est bouclée. 

Les nombreux souvenirs de lectures qu'elle nous fait partager le temps de quelques vignettes _ce dernier chapitre est nettement plus court que les deux précédents_ nous permettent de constater que Julia avait facilement accès aux livres, même à la maison, même s'il s'agissait surtout d'ouvrages religieux... et que la culture n'était pas laissée de côté. Lire des histoires pouvait être une source de tensions avec Josh le grand frère, comme un moment de partage avec Jonathan le petit dernier : dans tous les cas, c'était un moment significatif et jamais vain. Plus tard, Julia a choisi ses livres en fonction de ses questionnements, de ses fréquentations, de ses problèmes, de sa santé... et à découvert pas mal de choses auxquelles elle ne s'attendait pas. On remarquera avec étonnement que la dessinatrice a été maintes fois choquée par les images et les textes sur lesquels elle est tombée dans sa jeunesse, à peu près autant qu'un gosse de douze ans sur la page de résultats de Google Images après qu'il a tapé "syphilis" dans la barre de recherche. Enfin plutôt un gosse de 8 ans, d'ailleurs. Au-delà, ils ont déjà tout vu...

Malgré tout, si elle ne devait en retenir qu'une, ce serait celle qui l'a vue grandir. Avec son bazar... 


ses mystères... 


son fichier ... 


qui deviendra un espace informatisé beaucoup moins à son goût... 

En bref, Julia Wertz estime que si elle est ce qu'elle est aujourd'hui, c'est parce que ce lieu clé de son environnement a su nourrir son imaginaire d'enfant et lui servir de refuge quand elle en a eu besoin. Un point de vue intéressant et inspirant au possible sur l'impact des livres sur une vie ; tous les professionnels œuvrant au développement de la lecture publique devraient jeter un oeil sur ses propos. 

J'en profite pour dire aux bibliothécaires et documentalistes de passage sur ce blog que L'attente infinie mentionne très clairement et à deux reprises la classification de Dewey, chose relativement rare en littérature ! A peu près aussi rare qu'un hommage à une médiathèque de quartier... 



Il y aurait encore beaucoup à dire sur L'attente infinie... 

... mais pour cela il faut d'abord que je la relise avec plus d'attention. Comme elle se plaît à le revendiquer, Julia Wertz appartient à la mouvance d'auteurs américains des années 2000 qui se sont lancés dans une sorte de "one man show" version BD, en partant de leur vie quotidienne et en tournant en dérision leurs galères. Ces trois histoires courtes, qu'elle a choisi de présenter sans suivre d'ordre chronologique, pourraient donc être fort ennuyeuses ; pourtant, elle parleront à beaucoup de monde. Maladie, alcoolisme, relations familiales, conversations sans queue ni tête entre frères et soeurs, colocations compliquées, séchage de cours, boulot de merde et avenir tellement flou que c'en devient angoissant... qui n'est pas passé par là ? On se reconnaît tous à un moment ou à un autre dans le personnage de Julia, et ça ne fait pas de mal. 

L'illustratrice nous fait partager la naissance de sa vocation, sa vision de la bande dessinée et de l'art, sa manière d'être artiste, son besoin de liberté sur lequel elle ne fera aucune concession. Ok, je n'ai pas lu ses autres publications, mais je pense que ce n'est pas prendre un mauvais départ qu'entrer dans l'oeuvre de Julia Wertz par L'attente infinie. Après, personnellement, je suis assez séduite par ce trait à la fois épuré et sûr de lui qui rappelle les dessins animés d'il y a quelques années ! 

Julia Wertz. L'attente infinie. L'agrume, 2015. 233 p. ISBN 979-10-90743-28-1



mercredi 3 juillet 2019

Mihiel - La seconde sagesse - 1 - Axel Vachon (2019)


Merci aux éditions Pierre Téqui et à Babelio pour l'envoi du roman Mihiel - la seconde sagesse - Tome 1 publié en 2019 et écrit par Axel Vachon.  


L'histoire 

Corolle et Dagobert vivent une vie de pantouflards dans la région lyonnaise, si je ne me trompe pas. Centrés sur eux-même, un peu aigris et seulement touchés par le bien-être de leur chienne, Harpie, ils portent bien leur nom de "Tiaide". Tous deux sont chrétiens non pratiquants. Ils vont bien à la messe de temps en temps pour ne pas trop se faire mal voir de la communauté, mais le coeur n'y est pas vraiment. Alors, quand Mihiel, leur nièce âgée d'un an, leur est confiée de droit après l'effroyable meurtre de ses parents, leur change du tout au tout. Au fil des jours, Corolle devient altruiste, Dagobert agréable, et Harpie n'a pas d'autre choix que prendre le pli. Leurs yeux s'ouvrent sur le monde qui les entoure, leur entourage cesse de se résumer à un tas d'empêcheurs de tourner en rond. Ils découvrent que chacun a sa personnalité et sa richesse. Comment un bébé sans défense a-t-il ainsi pu les métamorphoser ?

Mihiel n'est pas un bébé comme les autres. Lors de son baptême, sa mère lui a offert une "médaille miraculeuse" porteuse de la puissance de Dieu ; cela lui a permis d'échapper à l'attaque du Diable qui a tué ses parents, et même de le contrer au point de presque l'anéantir. Depuis, Mihiel est la petite protégée des anges et ses bonnes ondes résonnent dans le coeur de ses parents d'adoption et de son entourage.

Un jour, les Tiaide déménagent dans l'ancienne maison des parents de Mihiel ; ils découvrent leurs nouveaux voisins et notamment deux enfants pleins de bonne volonté : Félix et Rose. Les combats acharnés qu'ils vont livrer contre le Malin et aux côtés des anges vont lier leurs destins.  

Parallèlement, et à l'insu des humains, les anges et les démons se battent et influencent les comportements de leurs protégés... 

Harry Potter catho

C'est la première fois que je lis un roman jeunesse religieux donc désolée par avance pour mes éventuelles maladresses, erreurs d'interprétation et autres boulettes. Ne les prenez pas pour argent comptant, et partez du principe que je n'ai pas tous les codes et toutes les clés de lecture pour analyser avec justesse ce type d'ouvrage. N'ayant jamais été touchée par la foi et bénéficiant plutôt d'éléments de culture protestante, j'ai toujours eu l'habitude de tourner en dérision les catholiques et leurs angelots. Cocher Mihiel - La seconde sagesse dans la liste d'ouvrages proposés par Babelio relevait du défi, dans le sens où la mention "Livre religieux" figurait clairement au début du petit résumé accompagnant les références du livre. Je partais donc avec pas mal de préjugés : tout en essayant d'être "dans le coup" et de toucher les jeunes par l'usage d'un vocabulaire adapté, ce livre allait forcément être moralisateur et lardé de discours bien pensants.

Ce serait mentir que d'affirmer que Mihiel ne tombe pas dans ces écueils-là. Mais je m'attendais à pire, honnêtement. Au moins, on apprend des choses sur l'"organigramme" des anges et les nombreux combats qui opposent ces envoyés de Dieu aux suppôts de Satan tout au long de l'histoire dynamisent la lecture.

Au début du roman, j'ai été interpellée par la ressemblance entre l'enlèvement râté de Mihiel par le Diable et le premier contact entre Harry Potter et Voldemort : dans les deux cas, les parents sont tués mais le bébé résiste à l'attaque car il est protégé par un objet sacré ou par un sortilège. Mieux, il contre-attaque au point d'anéantir le représentant des forces du mal. Puis il est sauvé du carnage par un ange baraqué qui ne sait pas se tenir, qui jure comme un charretier et qui nous fait fortement penser à Hagrid. Ces similitudes m'ont donné envie de m'accrocher un peu mieux à ma lecture et d'essayer de retrouver des clins d'oeil dans ce qui pourrait être Harry Potter version chrétienne. Mihiel - la seconde sagesse 1 moralise, parle de la distinction entre le Bien et le Mal, mais n'effraie pas par ses propos et de pousse pas à la conversion.

Les athées et les non-pratiquants ne comprendront peut-être pas toutes les références, mais après tout, n'est-ce pas l'occasion de s'informer ?

VACHON, Axel. Mihiel - La seconde sagesse - 1. Pierre Téqui Éditeur, 2019. ISBN 978-2-7403-2170-6





samedi 29 juin 2019

C'était pas mieux avant.

Une douzaine de poussins multicolores attentifs aux moindres gestes de trois poules d'âge respectable à la fois impressionnantes et rassurantes. Voilà ce que m'évoque le tableau de cette première rencontre-débat entre les bénévoles de l'association locale des retraités et quelques uns de nos élèves. 

La thématique du jour est : "l'école, c'était comment, avant ?" 

Au CDI, on a disposé les tables en U , on a rapproché le tableau blanc à roulettes, en prenant soin de laisser un passage pour les profs de sport et leur matériel rangé dans la réserve (ouais, longue histoire...), on a sorti les aimants.

Autant de signes qui ne trompent pas les habitués du lieu : aujourd'hui, il va se passer un truc. 
Dehors il s'est mis à neiger, histoire d'apporter un peu plus de magie à l'événement. 

Christmasland

Les intervenantes ont prévu de parler de leur propre expérience de l'école et de l'évolution de la ville, photos et cahiers d'époque à l'appui, avant d'amener les enfants à s'exprimer sur leur quotidien. La richesse de leur parcours et le soin qu'elles ont mis à préparer la séance force l'admiration. Les élèves ne s'y trompent pas, ils ont plein de questions. Comme on pouvait s'en douter, les mythes autour des punitions et châtiments corporels les intéressent tout particulièrement, bande de vautours amateurs de peaux mortes ! 




"_Madame, j'ai une question ! (En même temps, il a toujours une question, lui !). C'est vrai que les maîtres vous giflaient et qu'ils vous tapaient sur les doigts avec une règle ?

La réponse catégorique de l'une des intervenantes me fait grincer des dents...
_ Mais nooon, jamais de la vie ! En France, en tous cas, ça ne se fait plus depuis bien longtemps ! Ca arrivait peut-être dans les années 1800, mais nous, on ne nous a jamais on ne nous a frappé à l'école ! 
_ On est vieilles, mais pas à ce point, hihihi... 

Ah ouais ! Elles sont sérieuses ? Eh bien il faut croire que le 24 est une contrée aussi retirée de la civilisation qu'en retard sur son temps, parce que ça se faisait très bien dans les années 1990, et même 2000 ! Pendant quelques secondes, j'ai envie de débarquer au milieu de leur barda, de tout balancer par terre, même leur porte-plume, SURTOUT leur porte-plume de merde, et de leur demander quel intérêt elles ont à passer sous silence tous ces pervers, tous ces mal baisés qui ont canalisé les frustrations de leurs vies ratées à taper sur des gosses pendant des dizaines d'années. Au nom de "l'éducation", "pour le bien de tous", soi-disant. 

Pourquoi ce déni ? Je me réjouis sincèrement qu'elles n'aient pas été bastonnées, mais enfin ! c'est impossible qu'elles ne sachent pas ! 

J'ai eu envie de leur dire qu'à chaque fois que je passe en courant près de chez l'enflure de truie d'instit qui était censée apprendre l'écriture à ma soeur, mais qui lui a malheureusement fait entrer dans le crâne qu'il était normal et acceptable de se faire violenter et violer, je perds la boule et je me sens inspirée. 
Je crois que je ne serai jamais complète tant que je n'aurai pas fait baigner cette bonne femme dans son sang. 
Je crois que je ne serai jamais complète car, évidemment je ne passerai jamais à l'acte.


Alors, comme toujours, je suis restée bien sagement assise derrière mon bureau avec ma listes d'excellents prétextes pour ne pas bouger : ça ferait flipper les petits, ça n'apporterait rien au débat, et puis je me suis engagée à ne pas intervenir afin de ne pas fausser l'échange entre les élèves et les bénévoles. Il serait irrespectueux de contredire des personnes qui ont bravé la neige pour dialoguer avec la nouvelle génération. Au fond, je sais très bien que je me suis tue parce que j'ai pas eu le courage d'ouvrir ma gueule, cette fois-ci. 

mercredi 12 juin 2019

MANGA - One Punch Man - Saison 1 (2015)


Après avoir boycotté cette plateforme de films et séries pendant des mois, je me suis abonnée à Netflix comme une bonne bourgeoise. Il n'y a encore pas si longtemps, je me demandais comment on pouvait être assez con pour tomber dans le jeu du streaming payant... force est de constater que j'ai suivi le mouvement sans trop lutter contre. Bref, l'anime One Punch Man m'a fait de l'oeil.   


L'histoire

One Punch Man a pour décor un univers contemporain fictif mais réaliste, où les hommes sont répartis dans des villes désignées par une lettre de l'alphabet et où les monstres pullulent, menaçant sans cesse les habitants. Afin de rendre le monde vivable, des super-héros "officiels" recrutés sur examen et classés par niveau de compétences quadrillent les rues ; une "Association" des Super-héros _chargée de repérer les dangers potentiels et de déterminer leur intensité avant d'envoyer le héros adéquat sur les lieux_ les pilote autant qu'elle les surveille. Belle organisation.  

Saitama est un jeune chômeur de la ville Z en passe de perdre goût à la vie. Alors qu'il sort d'un entretien d'embauche peu concluant, il rencontre le monstrueux Crabotaure, "l'homme qui a mangé trop de crabe". L'homme-crabe veut d'abord le bouffer mais il renonce, déstabilisé par l'air complètement blasé de Saitama. D'ailleurs, il a mieux à faire : il est à la recherche de l'enfant "au menton fendu comme un cul" qui a eu l'audace et l'inconscience de gribouiller des tétons sur sa carapace pendant qu'il faisait la sieste. Foi de crustacé, dès qu'il le retrouve il lui fait sa fête !




Quelques minutes plus tard, le chômeur croise l'enfant en question sur son chemin, et décide de prendre sa défense, bien qu'il soit laid et qu'il ait cherché la merde. Un combat difficile opposera Crabotaure et Saitama, à l'issue duquel le jeune homme découvrira sa vocation : devenir un super-héros. 

Cent pompes, cent squats, cent abdos et dix kilomètres de course à pieds tous les jours : voilà l'entraînement que s'impose dès lors celui qui va bientôt devenir One Punch Man. Ce programme intensif rendra Saitama chauve avant l'heure mais portera ses fruits, puisqu'il sera dès lors capable de défoncer n'importe quel monstre en un seul et unique coup de poing ! Si son efficacité ne peut que susciter l'admiration, le nouveau héros est surtout frustré de gagner si facilement et de ne jamais pouvoir prendre plaisir au combat.




Heureusement, de nombreux énergumènes vont lui donner du fil à retordre... et les pires ne seront pas forcément des monstres !

En effet, le petit monde de One Punch Man n'a rien de celui des Avengers, où les héros s'allient d'office contre les forces du Mal sans se poser de questions. Ici, c'est du chacun pour soi, ou presque. On aime la rivalité, on respecte son quota de combats hebdomadaire sous peine de radiation de l'Almanach des héros _Pôle Emploi bonjour !, et on n'hésite pas une seconde à marcher sur la tronche du copain pour monter au classement. Selon moi c'est la grande originalité de cet anime : on a l'impression que Saitama et son acolyte Genos se battent plus contre le système que contre les "méchants" ! Au final, si j'ai été séduite par ce manga qui n'est pourtant qu'une succession de bastons inévitablement dominées par les personnages principaux, c'est parce qu'il tourne en dérision les Superman, Wonderwoman imbattables et propres sur eux et arrive presque à en faire des anti-héros.

Du coup, j'ai voulu faire un petit top 8 des héros les plus mémorables / drôles / originaux que le spectateur croise dans la première saison. Parmi la ribambelle de musclés rencontrés après les douze épisodes, voici les touilles que je retiendrai, selon mes critères tout à fait subjectifs et bien éloignés de ceux validés par l'Association des Héros !   

1) Saitama, parce qu'il fallait bien qu'il arrive premier quelque part ! 

One Punch Man a beau avoir réussi à sauver le monde à plusieurs reprises, on ne se souvient jamais de lui ! D'abord parce qu'au début de l'histoire, son activité n'est pas "déclarée" et par conséquent, il n'apparaît pas dans le registre des Super-héros. Par la suite, il passera l'examen idoine mais, bizarrement, ne sera reçu que de justesse et la population ne le reconnaîtra que comme un simple héros de classe C. Pire, dans l'épisode 7 (L'apprenti suprême !), on lui refusera les lauriers puisqu'en explosant une météorite tout près de rayer la ville Z de la carte, il fera de nombreux SDF... les multiples débris enflammés du missile céleste tombant sur les rues et les habitations. Son exploit en demi-teinte lui vaudra d'être mal vu par les êtres humains lambda et son collègue Tiger Marcel (voir plus bas) tentera de le faire culpabiliser. Etre bien intentionné ne suffit pas toujours !


Même si l'on fait abstraction de son mauvais karma, Saitama sort du stéréotype du héros hyper musclé et reste profondément humain, bien qu'il se lamente de ne jamais rien ressentir de positif comme de négatif. Ce gars plein de flegme mène une vie simple de célibataire _jusqu'à ce que son disciple Genos ne s'incruste chez lui, apprécie de rester bien au chaud dans son appartement pour lire des mangas, ne semble pas pressé de se retrouver avec une fille dans les pattes pour le parasiter, sort pour faire quelques courses, cuisine des algues, se fait des omelettes et ne se prend pas le chou. Même le "secret" de sa puissance n'est pas ouf, puisqu'il se résume à un programme de musculation et à une activité d'endurance que des milliers de sportifs dans le monde doivent suivre quotidiennement, dans la vraie vie.

2) Genos, le cyborg justicier... 

... mais aussi le gendre idéal. 


Le jeune Genos, 19 ans, apparaît dès le deuxième épisode de la saison 1 et devient dès lors le deuxième personnage incontournable de la série après Saitama. Se proclamant "cyborg justicier", il poursuit une quête personnelle depuis qu'un robot maléfique a décimé sa famille, et voue un culte au bon scientifique qui l'a protégé et transformé en cyborg à l'issue du drame. C'est pour lui et pour ses proches qu'il s'est donné pour mission de devenir un héros ; aussi voit-il en One Punch Man, à peine plus âgé que lui, le formateur idéal, et décide de s'accrocher à lui comme une tique à un chien.

Dans un premier temps, le super-héros ne voit pas d'un très bon oeil l'intrusion de ce gamin gentil mais incapable de mettre un filtre à ses pensées...

S1-E2
"Maître, quel équipement utilisez-vous ?
_Ben... Aucun...
_Pourtant vous portez bien un casque couleur chair... 
_Un casque ? Ben non, c'est mon crâne ! 
_ Voilà qui est étrange, vous êtes bien trop jeune pour souffrir de calvitie..." 

et pourtant, il vont rapidement constituer un binôme inséparable, quoi qu'ils en disent. Parce qu'il allie fort bien sa perfection robotique à ses qualités humaines, il a la faculté de se mettre tout le monde dans la poche. Lors de l'examen, il supplantera son "maître" sur tous les plans, au point d'intégrer directement la prestigieuse "Classe C" sur l'échelle des super-héros, tout en restant humble et attentif aux pseudos conseils de One Punch Man. Sa jeunesse l'amène cependant à commettre quelques imprudences par excès de bravoure, au point de se faire régulièrement arracher les jambes et les bras. Mais après un tour sur le billard entre les mains du bon technicien muni du bon tournevis, on le retrouve comme neuf.


3) Roulettes Rider, "le héros sans permis"

Nous le rencontrons pour la première fois dans l'épisode 4, "Le ninja des temps modernes" si je ne me trompe pas. A ce moment-là, Tête d'enclume et son Gang des Chauves Sourires font du grabuge autour d'eux, décidés à mener leur projet de destruction des symboles de richesses. One Punch Man s'intéresse peu à leur délire jusqu'à ce qu'il se rende compte que ces terroristes ont le crâne rasé, exactement comme lui. Voilà qui est fâcheux : si jamais la population venait à faire des amalgames, et à le coffrer comme un vulgaire "méchant" ? Parallèlement, plusieurs héros sont sur le pont et comptent arrêter les agissements des Chauves Sourires, dont Roulettes Rider... 


Eh ouais, Roulettes Rider est un super-héros cycliste ; courtois, poli, il porte bien son casque (contrairement à moi, j'avoue) respecte le code de la route et s'arrête au feu rouge même lorsque les bourrins de monstres qu'il a dans le viseur s'apprêtent à défoncer les barres d'immeubles situées quelques mètres plus loin. 


"Halte là, criminels !"
_ Oh regardez ! C'est Roulettes Rider, on est sauvés !"
30 secondes plus tard : 
Et à la fin de l'épisode : 
Tiens, bizarre, j'avais pas franchement l'impression que c'était le bras, son problème..
Sans démériter, sans voler sa place de modeste numéro 1 de Classe C, Roulettes Rider fait son travail et file parfois de bons coups de main à Saitama. Le "héros sans permis" réussit même à bâtir son petit fan club, au prix de gamelles et de coups qu'il sent passer, mais dont il se remet toujours ; du super-héros honnête qui n'oublie pas d'où il vient (sûrement de pas très loin, puisqu'il se déplace uniquement en deux roues) et qui refuse la promotion en classe B pour des raisons obscures. Soit j'ai loupé l'info, soit on en saura plus dans la saison 2, soit on s'en fout. Bref, c'est mon petit préféré. 
  
Allez, puisqu'on est dans les pédales, parlons un peu de ... 

4) ... Priprisonnier, le quota LGBTQI+A%PI=3,14......

Taulard, gay, pervers sexuel à l'affût d'éventuels "petits chéris" plus ou moins consentants, tshirt moulant décoré d'un gros coeur rose pétasse, techniques de combat en tenue d'Adam ("l'angélique style")... Il semblerait que le personnage de Priprisonnier porte à peu près autant de clichés que de muscles. 


Sachez-le, rien n'agace plus Priprisonnier que de voir des monstres marins tenter de défoncer des super-héros athlétiques à belle gueule. Le reste de l'humanité peut bien aller se faire enc**** chez les Grecs. D'ailleurs, on se rend bien compte au fil de la série que les différents héros ne se lancent pas dans la baston par pure envie de faire triompher le Bien, mais, comme on l'a vu plus haut, parce que l'Association les "place" sur des attaques en fonction de leur niveau et de leur secteur géographique. Maintenir l'ordre et la sécurité est leur emploi, rien de plus. 

5) Tatsumaki, la plus vénère 

Insupportable fille aux cheveux verts, aussi arrogante qu'hyperactive, Tatsumaki est efficace à sa manière, il faut bien le reconnaître. Je ne sais pas trop quoi dire sur cette héroïne à l'ego surdimensionné qui braille plus qu'il n'agit, mais c'est l'un des seuls personnages féminins de la série. J'espère de la figure de Tatsumaki sera plus exploitée dans la saison 2. 
    


6) Moustachute, élégance et courtoisie 

Juste pour sa classe et sa moustache, mettons à l'honneur cet épéiste hyper classe d'âge respectable, qu'on voit le temps d'un ou deux épisodes, guère plus, mais qui montre que l'expérience d'une vie pèse aussi son quintal dans la bagarre. 



7) Chien de Garde Man 

J'ai pas souvenir de l'avoir vu faire quoi que ce soit dans aucun épisode, mais sa tenue est tellement WTF (même pour moi), qu'il me semblait important de l'évoquer. 


Cerise sur le gâteau, il me fait penser à Walid, le personnage de la série Les SEGPA qui ne se sépare jamais de son pyjama crocodile. 



8) Tiger Marcel 

Simplement parce que le héros beauf vient d'être inventé, il faut le savoir !  


La prochaine fois, je ferai un top 10 des méchants car ils nous offrent eux aussi un potentiel exploitable. 

Vous l'aurez compris, One Punch Man réussit à captiver non pour la richesse de son intrigue _ on suit le parcours d'un type aux pouvoirs incroyables qui tentent de surpasser d'autres types ultra-puissants en jouant du poing..., mais parce que ce seinen ne se prend pas au sérieux. Le second degré et la dérision se cachent un peu partout, apportant de la fraîcheur à une action parfois prévisible et des couleurs aux personnages ; cela explique sans doute pourquoi l'anime disponible sur Netflix depuis peu semble déjà profiter d'une belle popularité. 


One Punch Man 
Auteur manga : ONE 
Réalisateur anime : Shingo Natsume 
Studio Madhouse - Anime Digital Network 
2015 


Merci au Wikia du manga, j'ai piqué beaucoup de photos chez vous ! 
 https://onepunchman.fandom.com/fr/wiki/Wikia_One_Punch-Man 





dimanche 5 mai 2019

Helstrid - Christian Léourier (2019)


Merci à Babelio et aux éditions Le Bélial' pour l'envoi de Helstrid, le dernier roman de Christian Léourier, dans le cadre de l'opération Masse Critique. 


L'histoire

Des températures extrêmement basses, des séismes imprévisibles, des orages et des vents violents, une atmosphère visiblement incompatible avec toute forme de vie... Helstrid n'est pas la Terre, c'est le moins qu'on puisse dire ! 

Vic, Enri et les autres humains qui travaillent sur la base de Namà en font l'expérience tous les jours depuis qu'ils sont arrivés sur cette nouvelle planète. Tous se sont engagés volontairement au service d'une mystérieuse "Compagnie" contre un salaire mirobolant, et nombreux sont ceux qui comptent retourner à la case départ, une fois leur contrat terminé. Pour y faire quoi ? Bonne question. Vic, le héros, se la pose encore lorsqu'il déprime. Il a bien compris que les Terriens avaient colonisé Helstrid pour en exploiter le minerai ; mais le nombre important d'humains mobilisés sur les lieux lui échappe : les robots et les intelligences artificielles font déjà tout le travail ! Le rôle de l'homme se limite à appuyer sur quelques boutons et à regarder les machines avancer...




Ici c'est pas Star Wars

Là où beaucoup crieraient leur déception et s'insurgeraient contre la propagande faite sur Terre par la Compagnie pour rallier de nouveaux pigeons à leur dessein obscur, Vic s'est fait une raison : s'il est venu sur Helstrid, c'est avant tout pour rompre avec un passé douloureux, pour reprendre le contrôle d'une vie devenue plate comme de l'eau depuis le départ de sa copine Maï. Changer de planète, même pour s'y tourner les pouces, ne pouvait être qu'un bon moyen de faire table rase de sa vie sur Terre. 

Lorsqu'il est envoyé dans une autre base pour y apporter du ravitaillement, malgré les prévisions météorologiques peu rassurantes, il ne voit dans cette mission qu'une aventure bienvenue dans son quotidien monotone. Peu importe le danger, puisqu'il n'a rien à perdre ; et puis, que risque-t-il ? Il est à la tête d'un convoi de trois solides engins dotés d'intelligences artificielles réactives et ultra fiables, baptisés Anne-Marie, Béatrice et Claudine. Si le début du voyage est plus que tranquille, conditions météo se dégradent rapidement, et Helstrid semble bien décidée à reprendre le pouvoir. Coupé du monde, maintenu dans l'incapacité de prendre la moindre initiative à bord d'un vaisseau régi par l'IA plus que par l'homme, Vic se demande si Anne-Marie ne va pas devenir son tombeau...



Sortez les violons 

Il faut être un artiste pour raconter l'histoire d'un type déprimé coincé dans un gros camion, lui-même coincé en terrain hostile pour une durée indéterminée, avec pour toute compagnie la voix d'une IA quelque peu agaçante... sans perdre son lecteur. Il faut être adroit pour évoquer la phase de deuil consécutif à une rupture sentimentale, la fragilité de la vie, en restant crédible et sans faire pleurer dans les chaumières. Christian Léourier, auteur que je découvre avec Helstrid mais qui a déjà une certaine renommée auprès des amateurs de SF, fait partie de ces écrivains-là. Si l'intrigue qui se dessinait à travers les premiers chapitres me laissait vraiment perplexe _il allait bien se passer quelque chose, quand même, Vic allait bien reprendre son destin en main, à un moment !?_ l'écriture, les dialogues avec Anne-Marie, les phases d'introspection du héros et bien sûr le suspense final font de cet ouvrage un roman efficace.


Si vous vous intéressez au développement actuel des robots et autres intelligences artificielles, tant sur le plan technologique que d'un point de vue éthique (dans quelle mesure peuvent-ils se substituer à l'humain, qu'est-ce qui les différencie, peut-on reproduire des émotions de synthèse ?), ce texte vous donnera matière à réfléchir !

LÉOURIER, Christian. Helstrid. Le Bélial', 2019. 116 p. ISBN 978-2-84344-944-4

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