jeudi 17 mars 2011

Le train de la cohérence part toujours à l'heure

Alors que je m'étais casée bien à l'abri du vent, dans la salle d'attente de la gare de Périgueux, et que j'étais en train de me dire que le hall paraissait vide et vaste, maintenant qu'on l'avait dépouillé de tous ses bancs :

"Je vous fais peur, madame? Ah, vous voyez bien que je ne fais pas peur! Il n'y a qu'aux flics de M...(un village situé à une vingtaine de km de là) que je fais peur!" 

Le visage à moitié caché sous une casquette qui peine à contenir une tignasse de cheveux gris, un type corpulent agite ses joues roses, tandis que la jeune femme assise en face de lui a résolument bloqué son regard sur ses Kickers. 

"Un généraliste. J'ai vu un généraliste, ils m'ont tiré du lit à 5h du matin pour ça! Ils me disent que ça ne compte pas, qu'il faut que je voie un spécialiste. C'est le juge, qui l'a dit." 

Visiblement, il parle tout seul. 

"Le juge, ce petit morpion de 25 ans, il croit qu'il va m'apprendre la vie. Lui, et L. (un gendarme), il m'en veulent. Ils sont montés contre moi, c'est petits cons. Et moi je lui dis, casse-toi pauvre con. C'est pas moi qui l'ai dit, c'est Sarkozy qui l'a dit le premier. Mais comme c'est un pourri, on l'a pas foutu en taule pour ça. Pourtant on aurais du. La droite, la gauche, tous des bons à rien. Il n'y a pas des bons à rien. Comme dit Raimu, il n'y a pas de bons à rien, il n'y a que des mauvais en tout!" 

De toute évidence, ce mec n'est pas bourré, ou alors il le cache très bien; il est simplement dérangé, sonné, anéanti par quelque tuile reçue sur le coin de la gueule, et verni d'une fine couche de mauvaise foi. En tous cas, parmi tous ceux qui restent ancrés dans ma mémoire, c'est l'un des illuminés les plus bavards que j'ai eu la "chance" de croiser, peut-être parce que sa spécialité était aujourd'hui de donner dans la répétition successive de mêmes phrases. Il faut dire que quand je rencontre un fou, j'essaie d'en prendre de la graine! Qui sait si je ne vais pas, un jour, suivre leur chemin? Il paraît que je suis vouée depuis toujours à gravir inlassablement la pente abrupte des abrutis! 

Cependant, constater le dérangement de quelqu'un ne suffit pas à le classer parmi les "abrutis", cette catégorie élitiste réservée aux connards en perpétuelle activité. Monsieur n'est pas un abruti. Monsieur est un ancien comptable qui a servi la SNCF pendant un certain temps, et qui s'est fait virer "comme un chien", d'après ses dires. Pas besoin d'en savoir plus sur sa vie (que malgré tout, il nous aura copieusement racontée), pour comprendre qu'on chute vite, et que personne n'est à l'abri de perdre pied un jour. La raison ne tient qu'à un fil. A la moindre épreuve, elle se brise aussi facilement qu'une poignée de corn flakes insidieusement broyée sous votre talon. Il est aussi vain de tenter de la reconstruire que de s'amuser à recoller un pétale de maïs écrasé avec du scotch. On ne peut que lever le pied en entendant le craquement, tout en se disant, l'air détaché : "je ne sais pas ce que c'était, mais ce n'est plus!". Lorsque nous, voyageurs en phase d'attente, avons regardé ce fou indigné, il y avait dans nos yeux de la pitié, de la peur, de l'amusement aussi, un petit air de "je ne sais pas qui tu étais, mais tu ne l'es plus vraiment, et tu ne le seras plus jamais. Tu essaies de rassembler tes pensées qui se perdent dans le néant, mais tu patauges trop pour y parvenir, et à cause de cela tu nous fais peur, car toi-même tu ne sais plus de quoi tu es capable".      

"Les méchants, c'est pas les morts, c'est les vivants. L'autre, dans le cimetière, quand il a vu mon gourdin, et que je lui ai dit que j'allais lui foutre sur la gueule, ahhh alors là! tout de suite il est rentré dans sa bagnole et il s'est barré. Sinon, qui sait ce qu'il aurait fait? Moi je le sais. Et maintenant, c'est moi qui ai des problèmes. C'est l'agressé qui devient agresseur. 30 ans, 30 ans passé à la SNCF, à faire tout le boulot, et parfois-même le sale boulot". 

Une mamie me regarde d'un air complice : ouf, on n'est pas comme ça, nous, hein!  

Pour ne pas sombrer dans des réflexions vertigineuses, j'ai préféré me dire qu'il était somme toute assez drôle. 
Forcément, c'est seulement après deux plombes d'attentive écoute que je me suis souvenue que j'avais sur moi un petit bijou de technologie, équipé d'un micro! Donc, en exclusivité rien que pour vous, un petit bout de délire enregistré. Le son est mauvais, car l'Ipod capte les propos du bonhomme depuis un sac à dos fermé, situé à 4-5 mètres de lui. En gros, même si le résultat est franchement satisfaisant, compte tenu des conditions, c'est pas avec ça que son identité va être dévoilée. Comme j'ai tout simplement oublié d'éteindre l'appareil en quittant la salle d'attente, il n'y a guère que les 10 premières minutes qui puissent vous intéresser. Ah, je crois qu'on l'entend un peu dans les derniers instants du fichier, lorsqu'il a rejoint les autres voyageurs sur le quai _parce qu'évidemment il fallait bien qu'on prenne le même train.  

Je ne vous le dirai jamais assez : venez à Périgueux, il s'y passe des choses! 


C'est de la bonne!


dimanche 13 mars 2011

L'hérésie du mois : Joseph était peut-être un cyborg.

            Dans l'Ancien Testament, il est dit que Jacob, dans sa vieillesse, et donc bien longtemps après avoir soudoyé le droit d'aînesse de son frère avec un plat de lentilles, s'est marié avec Rachel. De leur union est né Joseph, un enfant venu rejoindre le troupeau de ses frères issus des deux mariages précédents de Jacob. 

            Joseph est une icone biblique des plus troublantes, et pas seulement parce qu'il est le héros d'un dessin animé aux couleurs flamboyantes produit par Dreamworks en 2000, que j'ai l'honneur d'avoir en cassette vidéo. Sa vie a été riche en aventures : vendu par ses frères à des marchands alors qu'il travaillait aux champs avec eux, il devient esclave en Egypte et entre au service de Potiphar, un officier du pharaon. Joseph tape rapidement dans l'oeil de madame Potiphar, mais s'obstine à refuser ses avances. Les râteaux successifs la vexent et, rongée par le dépit, elle retourne la situation en l'accusant d'une tentative de viol. Le voilà donc collé en prison pour rien du tout, pendant deux années. Afin de passer le temps, il interprète les rêves de ses co-détenus avec tant de réussite, que son talent arrive aux oreilles de pharaon, qui justement a le sommeil bien agité de cauchemars. A partir de là, tout lui sourit de nouveau : liberté, boulot, famille, et même vengeance. 
  

Le chat est trop fun, dommage qu'on le voie finalement assez peu.

Joseph, un homme? un robot? les deux en même temps? 
Ce personnage est mystérieux à bien des égards. Outre le fait d'être beaucoup plus jeune que les autres, Joseph a du mal à s'intégrer dans sa famille parce que c'est le chouchou de son père et parce que c'est apparemment un sale petit mouchard : 

"Joseph, âgé de 17 ans, faisait paître le troupeau avec ses frères. [...] Et il rapportait à leur père leurs mauvais propos _Israël (alias Jacob) aimait Joseph plus que tous ses autres fils, parce qu'il l'avait eu dans sa vieillesse."
(Genèse, 37.3) 

Deux informations soulèvent notre attention : d'une part, Joseph écoute et retransmet fidèlement des propos, tel un magnétophone ou un Ipod super high tech équipé d'un micro. Ou un espion. L'emploi de l'imparfait dans la traduction de Louis Segond laisse penser qu'il s'agit là d'une attitude répétitive, pour ne pas dire mécanique. D'autre part, il est dit que Jacob préfère Joseph à ses autres fils parce qu'il l'a eu sur le tard, ce qui est une raison trop douteuse pour nous satisfaire. Visiblement, on nous a caché quelque chose. Mais quoi?

"Il (Jacob) lui fit une tunique de plusieurs couleurs." (37.3) 
Ah, et pourquoi donc? Depuis quand fabrique-t-on une tunique multicolore à quelqu'un parce qu'on l'aime plus que quelqu'un d'autre? Toujours est-il que la forme de la tunique fait qu'elle peut très utilement masquer le corps. C'est encore une fois bien louche!

"Après ces choses, il arriva que la femme de son maître porta les yeux sur Joseph, et dit : Couche avec moi! [...] Quoiqu'elle parlât tous les jours à Joseph, il refusa de coucher auprès d'elle, d'être avec elle." (39.7 - 39.9)
Face à cette situation imprévue, à laquelle il est confronté après avoir été acheté en tant qu'esclave domestique par Potiphar, Joseph a une réaction qui tend à nous rappeler un bug informatique. A la même question, il se bloque et répond "non", de manière aussi automatique que répétitive. Joseph est un homme destiné à écouter, décrypter, expliquer, organiser, voire diriger, mais pas à recevoir des avances. Son cerveau semble ne pas reconnaître le contenu des propos de la madame. C'est d'autant plus curieux que beaucoup, à sa place, auraient répondu aux sollicitations de la femme de Potiphar : "bah j'osais pas te demander!"

Joseph, le roi des rêves 
Joseph a deux fonctionnalités : il fait des rêves qu'il communique aux autres mais qu'il ne comprend pas tout de suite, et il décrypte ceux des autres. Enfin, c'est vite dit : officiellement, c'est Dieu qui lui envoie des songes et en exprime la clé par la bouche du miraculeux mortel : 

"Pharaon dit à Joseph : j'ai eu un songe. Personne ne peut l'expliquer; et j'ai appris que tu expliques un songe, après l'avoir entendu. Joseph répondit à Pharaon, en disant : Ce n'est pas moi! C'est Dieu qui donnera une réponse favorable à Pharaon." (41.15)

Joseph se perçoit donc très naturellement comme un émetteur de messages divins, et se dégage donc de toute interprétation personnelle. Effectivement, lorsqu'on se penche sur la description des rêves qu'il fait ou qu'il analyse, on se rend bien compte qu'on ne peut pas en proposer l'explication si on ne nous l'a pas implantée dans le cerveau auparavant. Modestement, j'ai fait le test. Sans tenir compte de la solution de Joseph, je me suis demandée comment j'aurais moi-même compris les rêves clairement décrit dans la Genèse, à savoir ceux des prisonniers (l'échanson et le panetier) et du pharaon.

Rêve de l'échanson : 
"Dans mon songe, voici, il y avait un cep devant moi. Ce cep avait trois sarments. Quand il eut poussé, sa fleur se développa, et ses grappes donnèrent des raisins mûrs. La coupe de Pharaon était dans ma main. Je pris les raisins, je les pressai dans la coupe de Pharaon, et je mis la coupe dans la main de Pharaon." 

Mon explication : ton boulot te prend la tête jusqu'à envahir tes rêves! Tu passes ta journée à remplir des coupes de vin en faisant bien gaffe qu'il n'y ait pas de poison dedans, mais au fond de toi, tu aimerais bien savoir ce qui se passe avant. Le fait que la vigne de ton rêve n'ait qu'un pauvre cep, et que tu croies qu'on fait du vin en pressant directement une grappe de raisin dans un récipient prouve que tu n'y connais rien et que tu vis mal cette lacune.

L'explication de Joseph : "Les trois sarments sont trois jours. Encore trois jours, et Pharaon relèvera ta tête, et te rétablira dans ta charge."

Rêve du panetier
"Voici, il y avait aussi, dans mon rêve, trois corbeilles de pain blanc sur ma tête. Dans la corbeille la plus élevée, il y avait pour Pharaon des mets de toute espèce, cuits au four; et les oiseaux les mangeaient dans la corbeille au-dessus de ma tête."


Mon explication : Bon, déjà, il faudrait savoir. Tu es panetier ou traiteur? Parce que tu parles de corbeilles de pain blanc, puis de "mets" "cuits au four". Le fait que les oiseaux mangent dans la corbeille laisse entendre que tu n'as pas mis de couvercle. C'est un message de ton inconscient, qui te signale que tu as du oublier de faire quelque chose avant de te coucher, comme fermer un robinet ou éteindre une lumière par exemple. Oui, je sais bien que tu es en prison.

L'explication de Joseph : "Les trois corbeilles sont trois jours. Encore trois jours, et Pharaon enlèvera ta tête de dessus toi (comme c'est bien dit!), te fera pendre à un bois, et les oiseaux mangeront ta chair."


Rêve du Pharaon : "Voici, il (Pharaon) se tenait près du fleuve. Et voici, sept vaches belles à voir et grasses de chair montèrent hors du fleuve. Les vaches maigres à voir et mangèrent les sept vaches belles à voir et grasses de chair [...] Voici, sept épis gras et beaux montèrent sur une même tige. Et sept épis maigres et brûlés par le vent d'Orient poussèrent après eux. Les épis maigres engloutirent les sept épis gras et pleins."


Mon explication : toi, tu as eu une mauvaise expérience avec une vache quand tu étais petit. Tu as peut-être essayé de lui coller au mufle quelques grains de blé dans le creux de ta main, et elle a tellement apprécié qu'elle t'a mangé le doigt. Depuis, dans ton esprit, les vaches sont résolument classées parmi les bestioles carnivores. Ou alors, tu as trop regardé Jurassic Park (puisqu'il paraît qu'on y mange de la vache*). La récurrence du blé montre que tu n'accordes pas plus de confiance à ton nouveau panetier qu'au précédent. Personnellement, j'aimerais beaucoup voir un épi de blé engloutir quelque chose. Tu es sûr que c'était un épi de blé? Tout cela n'a aucun sens, ne cherche pas à comprendre et mets-toi à la maïzena.

Explication de Joseph : "Dieu a fait connaître à Pharaon ce qu'il va faire. Les sept vaches belles sont sept années. Et les sept épis beaux sont sept années; c'est un seul songe. Les sept vaches décharnées et laides, qui montaient derrière les premières sont sept années; et les sept épis vides, brûlés par le vent d'Orient, seront sept années de famine."


Pour être aussi inspiré que Joseph dans ses interprétations, il faut vraiment avoir un cerveau semi-guidé, ou programmé!    

Conclusion : Joseph a des capteurs sous sa tunique, un programme inséré dans son buffet pour le diriger dans la vie, et une intelligence en partie artificielle qui expliqueraient à la fois ses réactions purement humaines et ses "bugs" face à des situations imprévues. Sa facilité à avoir réponse à tous les rêves serait alors due à une puce divine calée dans petit crâne de fils à papa. Pourtant, lorsque ses frères, poussés jusqu'en Egypte par la famine, viennent lui demander du blé sans même le reconnaître, il révèle une part d'humanité non négligeable : il est en panique, il pleure, il enrage, et il les laisse mijoter avant de leur venir en aide. Qui n'aurait pas agi de la sorte, sinon pour faire pire? Dans ce cas, Joseph ne serait-il pas une sorte de cyborg, c'est à dire, pour définir grossièrement le terme, un homme équipé d'éléments mécaniques et artificiels? Bien sûr, l'époque des faits ne se prête pas à une telle interprétation.

Car, oui, vous allez me dire : mais si les mondes virtuels existaient déjà d'une certaine façon, puisqu'on envisageait des dieux jouant au Sims avec observant le monde, une vie après la mort dans bien des sociétés, les technologies informatiques, l'intelligence artificielle, les robots programmés pour être humains, n'existaient pas! Soit, mais peut-être que si : après tout, c'est Dieu, pourquoi est-ce que ça lui poserait un problème? Tout le monde sait bien qu'il fait progresser la science en envoyant des signaux dans le cerveau des scientifiques. Non?

Tout cela est bien sûr à lire au second degré. 


* Spéciale dédicace à Bubulle!


Stratovarius - I'm still alive








samedi 5 mars 2011

Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité? - Antonio A. Casilli - 2010

Antonio A. Casilli est sociologue.
Chercheur au Centre Edgar Morin de l'EHESS, il y enseigne la socio-anthropologie.
Son blog : http://www.bodyspacesociety.eu/

A travers Les liaisons numériques, Antonio Casilli montre qu'il n'est pas du tout incongru d'observer l'apparition des réseaux numériques sous un angle sociologique. Si les années 90 ont assisté, sceptiques, à l'émergence de l'informatique et d'Internet dans les foyers, le XXI°siècle reconnaît pleinement l'existence d'un web de communication, et donc socialisant (blogs, réseaux sociaux, sites participatifs), en plus d'un web qu'on pourrait appeler d'"information" (sites internet, services administratifs ou commerciaux).

Prenant le parti d'une "dédramatisation" des usages d'Internet couramment perçus comme nocifs, il s'attache à démonter des croyances courantes, telles que :
- le monde physique et le monde virtuel sont clairement séparés; par les pratiques en ligne, on court le risque de délaisser la "vraie" vie.
- on remplace notre corps par des avatars qui sont plus beaux que nous, ce qui est dangereux pour notre corps.
- les technologies de l'information et de la communication sont désocialisantes.



L'ouvrage s'organise en 3 temps : il est d'abord question du nouveau rapport de l'homme à l'espace, et par conséquent de sa vision excentrée des sphères privées et publiques; puis on y aborde la "quête du corps" à travers l'usage de photos, d'avatars. Enfin, un dernier chapitre se penche sur la "force" et la "profondeur" des liaisons numériques. Résultat : une bonne brique de 330 pages!

Cependant, la lecture en est tout à fait accessible, voire vraiment agréable dans sa forme; mais si le contenu, qui motive notre intérêt initial pour ce livre, arrive à nous tenir en haleine, c'est parce qu'il est truffé d'exemples, de témoignages et de sujets qui nous parlent et nous concernent - il n'est pas exagéré de le dire ainsi désormais - au quotidien. Qui n'est pas concerné par ce paradoxe qui consiste à vouloir protéger sa vie privée et à la déballer par bribes, délibérément, sur des sites qui conservent durablement nos propos?

Le chapitre Espèces de (cyber)espaces présente les formes et les paradoxes de sociétés en transformation, où les frontières entre le privé et le public deviennent flottantes. Le vocabulaire de l'informatique et d'Internet est révélateur de cette double tension "espace personnel réorganisant l'ordre domestique" (fenêtre, page d'accueil, hébergement) et "ouverture dans l'espace" (navigation, surf, blogosphère). On organise son blog, son site, son profil Facebook comme un appart qu'on range avant l'arrivée des amis; mais s'il y a une maison, il y a donc aussi une rue, un quartier, une cité, des biens à partager, une démocratie à protéger et à exercer. Alors question : les réseaux virtuels sont-ils des parodies de groupes sociaux où l'on se replie sur soi quand ça nous arrange, ou des communistes qui veulent déjouer les lois de la propriété et la logique de marché avec le partage, le peer-to-peer? Les deux peut-être?

Même s'il apparaît que les rapports sociaux hors ligne ne font ni plus ni moins que se reproduire en ligne, via ces communautés virtuelles, Casilli remarque l'apparition d'un "esprit Internet", basé sur la gratuité, la libre expression, l'envie de faire entendre son point de vue et de rétablir une démocratie qui n'est plus crédible "IRL". Cela voudrait-il dire qu'on se construit des villes idéales sur le web dans l'espoir de tuer les populations réelles? Non. Les deux "mondes", réel et virtuel, se complètent, s'enrichissent l'un l'autre par la critique, et sont indispensables dans l'exercice de la démocratie. Le débat est particulièrement prégnant dans le domaine des médias et du journalisme, où presse en ligne et presse numérique se crèpent le chignon et se dénigrent: l'une est trop chère, trop possédée politiquement, pas assez interactive; l'autre n'est pas de bonne qualité, ne respecte pas les codes du journalisme, permet à tout le monde d'écrire partout. Pourtant, les deux survivent quoiqu'on en dise, et contribuent à notre information.

Dans la seconde grande partie Quête de corps, quête de soi, Casilli nous fait remarquer qu'à travers les écrans, on est confrontés à des corps parfaits, et qu'on s'invente des avatars tout aussi esthétiques. Cette transposition du corps dans le monde virtuel ne tient pas que de la rêverie. Elle détermine la manière dont on se perçoit dans la réalité, et met en valeur un besoin de liberté d'agir sur un corps qui nous échappe : d'où l'apparition d'une médecine 2.0, d'une opposition à un "monopole médical" qui interdit aux gens de se faire greffer une oreille parlante sur l'avant-bras (voir l'expérience de Stelarc).
Cependant, la sociabilité numérique entre en jeu dans la prise de conscience du corps parce qu'elle facilite l'échange entre des personnes souffrant de pathologies diverses, de handicaps, d'améliorer son confort, d'exprimer sa douleur et ses progrès, de ne pas perdre de vue son statut d'humain, sérieusement caché sous  l'étiquette : "malade" ou "handicapé".
Par ailleurs, une observation menée sur Facebook vient nous rappeler que l'image de soi, de son corps, se constitue avec les autres,  et par rapport aux autres.

Un troisième chapitre se focalise sur "la force des liaisons numériques". Partant des craintes soulevées entre autres par Philippe Breton, Casilli évoque une partie de la société japonaise qui correspond parfaitement à la représentation courante du geek asocial terré dans sa chambre : les murés. A travers ces "murés", il montre que les communautés en ligne permettent une liberté d'expression de valorisation de soi que le monde physique rend parfois difficile. Aussi, un geek n'est pas à coup sûr un être désocialisé et solitaire; mais à partir du moment où on oppose espace concret et espace en ligne, on s'expose à le croire.

Les liaisons numériques complètent donc la vie sociale plus qu'elles ne sont un facteur d'isolement, bien que, généralement, elles sont assez superficielles. Avec les réseaux sociaux, le friending regroupe les personnes liées par un contact commun ou par un centre d'intérêt, mais n'a pas pour finalité d'aboutir sur une amitié profonde. Pourtant, il a son importance : il comble les possibles manques relationnels des internautes, qui peuvent échanger, partager sans être sous le joug du lourd pacte qui scelle une amitié profonde.

Si leurs liens demeurent fins comme un fil de pêche, les membres d'une même communauté virtuelles peuvent-ils se faire confiance? Oui, si les internautes estiment que les interactions avec leurs semblables sont assez nombreuses, s'ils se sentent proches d'eux. Plus ils s'accorderont de confiance, plus la sociabilité d'un réseau sera perceptible. Cependant, les espaces virtuels comptent leur lot de pollueurs : les trolls. De façon plus ou moins volontaires, ces hors-la-loi des communautés en ligne interviennent pour pirater les interactions entre les membres dans le pire des cas, mais plus couramment pour émettre des messages malveillants ou hors sujet. Potentiellement gênants, ils n'ont pas d'impact fort sur les réseaux, qui sont assez organisés pour engager leurs membres à l'autorégulation et pour mettre en place une régulation. 

"Pour ses usagers, la socialité d'Internet ne se substitue pas aux rapports de travail, de parenté, d'amitié. Elle se cumule avec eux. Les technologies numériques ne représentent donc pas une menace pour le lien social. Elles en constituent au contraire des modalités complémentaires." (p.324-325)

CASILLI, Antonio A. Les liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité? Seuil, Paris. "La couleur des idées". 2010. 336p. 


Un site autour de l'ouvrage et des thématiques qu'il aborde (eh ouais, ça y est, je suis fan donc je fais de la pub!) 


Image piquée sur Decitre. 






samedi 26 février 2011

L'hérésie du mois - Balzac aurait quand même pu synthétiser!


Il arrive qu'on "bloque" sur des livres, sans savoir pourquoi. On lit les deux premiers paragraphes, et puis aussitôt, l'esprit s'égare, les yeux parcourent les pages suivantes sans comprendre. Alors, on se rend compte qu'on est mal parti, et que le mieux et de revenir à la case départ pendant qu'il est encore temps. On recommence, et l'histoire se répète. A la troisième tentative, après la joie d'être enfin arrivé à tourner la page une fois de plus que lors des précédentes, vient le découragement de voir qu'il en reste encore 40 à lire avant la clôture du chapitre 1. Chaque phrase devient alors un supplice; on se prend de haine pour un contexte ou un personnage qui nous demande tant d'efforts : à ce moment-là, il est préférable d'abandonner. Quelques ouvrages m'ont joué ce tour : Robinson Crusoé, Les Chouans, Trois Ages de la Nuit (des histoires de sorcières, d'après le résumé)...      

Cependant, après 10 ans de persévérance, j'ai réussi à finir Les Chouans, un des premiers romans d'Honoré de Balzac, si ce n'est le premier, d'ailleurs, écrit entre 1828 et 1829. 

Vas-y, fais comme chez toi!

L'histoire 
Au lendemain de la Révolution et de la Terreur, les soldats républicains s'efforcent de contenir les partisans de la monarchie. Les Chouans, appelés ainsi car ils imitent fort bien le cri de la chouette, sont recrutés dans les villages de Bretagne et s'organisent en petites bandes pour jouer des tours aux Bleus (les républicains) et saboter leurs opérations militaires dans une campagne qu'ils connaissent comme leur poche.  

Digression historico-technique ! 
Attention, web 2.0 power : concernant ce plantage de décor, je demande aux historiens de passage de bien vouloir me signaler en commentaire les erreurs que j'ai pu faire! Lorsque vous écrivez un commentaire, n'oubliez pas de mettre un prénom (ou un truc bidon) dans le champ étudié pour, car si jamais vous ne  remplissez pas ce champ, et qu'en plus vous surfez en incognito, eh bien votre précieuse contribution sera virée en spam automatiquement et il me sera impossible d'en tenir compte! Ce serait balo, non? D'autant plus que je n'ai jamais vraiment compris les subtilités qui distinguent Chouans, royalistes, indépendantistes, contre-chouans mais pas républicains non plus, etc... 

L'histoire commence un matin de septembre 1799; pour alimenter les troupes républicaines, le commandant Hulot est allé recruter de la chair fraîche en Bretagne. Ces jeunes paysans ne sont pas enchantés de servir une cause à laquelle ils n'adhèrent pas. Ils sont vêtus de peaux de moutons. Oui, c'est une information importante. La preuve, il y a au moins 4 pagnes consacrés aux comportements vestimentaires de cette population. 
Rangés en colonne et escortés par un grand nombre de Bleus, ils marchent dans la campagne entre Fougères et Mayenne. 

Généralement, je m'arrête là. Voilà donc dix ans que la colonne de conscrits tourne en rond sur une étagère.

C'est alors que Marche-à-Terre, un curieux personnage qui tient plus de la bête que de l'homme, qui n'appartient pas au contingent, apparaît dans le champ de vision de Hulot. Il comprend alors qu'ils sont tombés dans une embuscade tendue par des Chouans qu'il avait sous estimés. Première baston de l'histoire, sans trop de pertes cependant; elle ne sert à rien si ce n'est à nous indiquer comment les défenseurs du roi procèdent, et qui est Hulot : un "citoyen" gradé, craint mais honnête, et visiblement plus tout jeune. 

Chapitre 2 : première fois que je vais aussi loin! Les pages sont jaunies, mais toutes lisses, et complètement nettes de toutes sortes d'éclaboussures chlorées : c'est au bord de la piscine municipale que j'avais attaqué ce roman, et il s'en souvient encore.  

Quelques mois plus tard, le même Hulot et sa brigade sont envoyés en campagne contre les Chouans, plus particulièrement contre leur chef, le marquis de Montauran. Mais ce n'est pas par la force des armes que ses supérieurs veulent venir à bout du jeune noble : ils ont prévu un appât féminin, Marie de Verneuil, une aristocrate au passé non identifié, ralliée à la cause des Bleus. Comme les soldats n'ont pas été mis dans la confidence stratégique, ils sont fort surpris d'être réquisitionnés pour seulement accompagner la voiture d'une bonne femme et de sa servante (Francine, comme la farine). 

Magnifique ou chiant, ou les deux, c'est selon!
Effectivement, le piège va fonctionner à merveille, mais peut-être trop! Alors que Marie a pour mission de séduire ce Montauran qu'elle n'a jamais vu, c'est une romance bien profonde et bien vicieuse qui va naître d'une première rencontre au cours de laquelle ils masquent leur identité. Du compliqué, du tordu, du psychologico-torturo-romantique : c'est Balzac. 

Mince, j'avais perdu l'habitude de lire des ouvrages aussi "complexes" que ce classique. Si bien que Balzac a vite fait de me perdre dans ses prolepses, analepses et la mobilité extraordinaire et simultanées de ses 7 ou 8 personnages principaux! Au moins, ça fait travailler le cerveau!

Je n'apprends rien à personne en disant que ce qui est rebutant chez Balzac, c'est l'affluence de détails.  Contrairement aux apparences, les descriptions minutieuses de l'auteur, qu'elles concernent les personnages, leur psychologie ou le décor de l'action servent bien à quelque chose, même si on a souvent envie de sauter 4-5 pages ni vu ni connu. Du moins certaines; si on a loupé le moment où il est dit qu'un personnage a tel ou tel trait de caractère, tapi dans les tréfonds de son âme, on ne comprend pas ses actions et ses réactions.

Cependant, c'est lourd quand même; les amateurs de bonne/grande/vraie littérature on beau dire que Balzac arrache les larmes au détour de chaque paragraphe, je pense qu'il faut vraiment s'accrocher. Surtout au début. Pour avoir lu quelques uns de ses romans dans le temps, j'aime bien comparer -sans ironie aucune- l'oeuvre de Balzac à un pot de rillettes de supermarché : une fois qu'on a enlevé la couche de paraffine blanche toute plastique et dégueu, on peut taper dans "le meilleur" qui dure jusqu'aux pages finales!


Si vous êtes chercheur spécialisés dans la question des échaliers en Bretagne, ou que vous faites une thèse sur les codes vestimentaires chez le paysan breton à la fin du XVIII°, de très belles descriptions aussi longues et pittoresques qu'encyclopédiques n'attendent que vous!  

Illustration : Balzac. Les Chouans. Le Livre de Poche, Paris. 1975 

Pour ceux qui veulent s'y mettre : 

samedi 19 février 2011

Louise-Michel - Gustave Kervern/Benoît Delépine - (2008)

Il eût été de bon ton que j'écrive quelques phrases irréfléchies sur cette Louise Michel-là ... 

"Quoi, quoi, tu veux ma photo?

... mais ce sera pour une autre fois, car aujourd'hui je vais plutôt parler d'eux : 



            Louise et ses collègues sont employées dans une usine de fabrication de ... de quoi en fait? on ne sait pas trop, mais des vêtements ou doudous pour bébés, d'après les emballages. Le synopsis d'Allociné indique que les ouvrières fabriquent des cintres, mais je ne suis pas convaincue... Bref! L'usine va être délocalisée, et le DRH ne sait pas comment annoncer la nouvelle à ces dames aux visages vides de toute expression, que la fatigue d'une journée de boulot rendent impatientes. Pour noyer le poisson, il se contente de leur offrir de nouvelles blouses de travail, en leur assurant que la boîte ne fait que traverser une mauvaise passe. Le lendemain, elles découvrent avec surprise que l'entreprise a été déménagée pendant la nuit. 

               Soit dit en passant, la situation burlesque de la distribution des "cadeaux" précédant la fermeture de l'usine à l'insu de toutes est a peine exagérée, pour ne pas dire bien plus réaliste que souhaité. Une vague de licenciement, un dépôt de bilan se produit assez fréquemment après une note positive servant à calmer la panique liée aux rumeurs (gadgets, prime ou matériel neuf). De la même manière qu'un président de club de foot encense l'entraîneur de l'équipe avant de le virer, une cérémonieuse remise de médailles d'ancienneté aux ouvriers leur indique élégamment que c'est la fin des haricots, et que la boîte ne verra pas le nouvel an.   

Buter le patron?  
         Le sentiment de foutage de gueule exacerbé par la précarité amène les ouvrières à réunir leurs indemnités pour faire quelque chose avec, histoire de s'en sortir. Mais quoi? "On pourrait faire buter le patron par un professionnel?" suggère Louise. Ses collègues approuvent aussitôt l'idée, parce qu'effectivement, c'est toujours la première intervention à laquelle on pense sans forcément le dire, et surtout sans oser le faire par peur de tomber sous le coup de la loi; or, dans un film, tout est possible, alors pourquoi se gêner?  

           Louise est une ouvrière un peu isolée dans cette usine, bien qu'appréciée de ses collègues. D'apparence rude, elle vit seule et tente d'apprendre à lire. Cet illettrisme bien camouflé va d'ailleurs lui jouer des tours pendant toute l'histoire. Malgré ses difficultés d'interactions sociales, elle se charge d'organiser le crime, car après tout, c'est son idée. Mais lorsqu'elle part à la recherche de Luigi, une de ses connaissances visiblement peu recommandables, il ne se montre pas emballé. C'est totalement par hasard qu'elle rencontre Michel, en lui ramenant le flingue qu'il a laissé tomber de sa poche sans même s'en apercevoir. Et bam, ça fait des chocapics : une équipe de tueurs est née! 

Identités et illusions, attention révélations!  
              Michel n'est pas le tueur professionnel recherché par les ouvrières, mais plutôt un vague agent de sécurité dans un village de mobil homes, et encore, rien n'est moins certain. Devant Louise, il aime s'inventer un passé militaire glorieux, du Chemin des Dames jusqu'au Viêt Nam, en accumulant des répliques d'armes dans un coin de sa caravane. En réalité, il n'est pas foutu de tuer un chien. Sa technique : repérer une personne condamnée par la maladie et lui faire commettre le crime à sa place après l'avoir convaincue qu'elle n'avait rien à perdre. C'est affreux, dérangeant, mais tellement efficace!  
  
            Louise et Michel sont considérés comme des simples d'esprit, des marginaux dont on ne pense pas une seconde à se méfier sérieusement, parce qu'on sait très bien qu'ils n'auront même pas la vivacité d'esprit de vous chouraver quoi que ce soit. Pourtant, sous l'écorce chevelue du Louise (Yolande Moreau), se cache Jean-Pierre, un exploitant agricole endetté qui a pris 15 ans pour avoir explosé la tête de son banquier. Quant à Michel (Bouli Lanners, oui, Bouli comme le bonhomme de neige! Mais ce n'est pas son vrai prénom), on devine qu'il s'appelle en réalité Cathy. Leur heureuse rencontre sera d'ailleurs conclue par l'accouchement de ladite Cathy barbue aux cinquante pistolets. Au delà de la dimension absurde et comique du film, on ne vous le dira jamais assez : méfiez-vous de l'eau qui mord!  

            Où est la réalité? où est l'illusion? l'absurde rôde dans toutes les classes sociales. Il y aurait bien d'autres choses, intelligentes ou pas, à dire sur ce film.  


Daniel Johnston - A lonely song, le morceau qui ponctue vraiment bien le film.  

Spéciale dédicace à Bubulle : pff je voulais boucler ce billet hier pour que tu puisses le voir correctement, mais j'ai pas réussi :-(   

vendredi 11 février 2011

Roux Cools - le surimi

          Le surimi n'est pas une personne, mais il est roux, cela ne fait aucun doute! Il est par ailleurs extrêmement cool, pour celui qui aime en manger. Aliment protéiforme et souple d'utilisation, il devient tout à fait légitimement notre Roux Cool du moment!

Ce bâtonnet de surimi pense qu'il est blond vénitien.

Métamorphoses 

             Selon l'encyclopédie Larousse, on appelle "surimi" la "pâte constituée de chair de poisson arômatisée au crabe", généralement vendue sous forme de bâtonnets." Le poisson dont la chair est roulée en bûchettes caoutchouteuses pour notre plus grand bonheur est officiellement du colin d'Alaska, officieusement autre chose; l'important, c'est qu'au bout du compte on ait l'impression d'avoir mangé du crabe.

Bien qu'on l'associe à sa forme de bâton susceptible d'être trempé dans toutes sortes de sauces, on apprécie également le surimi en débris râpés qui viennent délicatement se fondre dans les sandwichs et les salades, ou encore on s'empresse de le découper en dés... Pourtant, ce n'est que lorsqu'il est présenté en tranches ou en médaillons qu'il devient esthétiquement émouvant :

Grandiose! On dirait le cartilage de la tête d'un poisson de la période jurassique!

Polémique
          Afin de réaliser une synthèse des représentations récentes du surimi dans le monde francophone, j'ai fait une veille informationnelle sur la question du surimi en général, puis sur sa composition et sa fabrication. Alerti, mon nouvel ami, beaucoup plus sympa que Google Alertes, a donc fouiné pour moi dans toutes les sources possibles, des vieux sites web jamais mis à jour depuis 1997 jusqu'aux profils Facebook, Twitter (non bloqués, sans doute, enfin il faut l'espérer!), blogs et autres sites dynamiques.
         Résultats de l'opération

  • Il apparaît que beacoup de gens ont vécu une expérience personnelle avec le surimi sous toutes ses formes. Ils préfèrent généralement les partager sur Twitter :

                    M. "mange un surimi pour couper la faim et puis va se coucher"
                    S. "aujoud'hui, j'ai mangé 10 bâtons de surimi :$" 

  •  Facebook sert plutôt à annoncer des menus où les bâtonnets roux interviennent, ainsi que les recettes, sans doute parce qu'il n'y a pas de limitation de caractères et que c'est un réseau qui permet un partage simple et intuitif des photos. Mais contre toutes attentes, la dimension affective est beaucoup moins présente. Le surimi, un goût qui dérange? En tous cas, on n'en parle pas ouvertement sur les murs. Une blague sur le surimi a aussi été répertoriée sur un profil Facebook, mais j'avoue que je ne l'ai pas comprise.
  • Quand le surimi est apprécié, il peut également devenir un surnom; à l'approche de la Saint Valentin, on n'est pas à l'abri de rencontrer dans un coin de la toile des "Sushi&Surimi 4ever" qui ne s'inventent pas!

           Malgré une notoriété incontestable, le surimi a évidemment sa part d'ombre. Toujours sur Twitter, en réponse à son très spontané "j'adore manger des bâtonnets de surimi avec de la mayonnaise quand j'ai un ptit creux :-p", S. s'est vue répondre un cassant et mystérieux "si tu avais vu le reportage d'envoyé spécial sur le surimi, plus jamais tu en mangerais!!!" Tiens donc ...   

Serait-il question de la composition de la pâte à surimi? de ses modes de fabrication? de son apport nutritionnel? de ce avec quoi on a l'habitude de le consommer? Bien que le guide de l'alimentation pour tous réalisé par l'INPES dans le cadre du Programme National Nutrition Santé, intitulé "La Santé vient en mangeant" (2009), suggère essentiellement l'intégration du surimi aux salades, dans la réalité des faits, on constate qu'il figure surtout parmi les recettes à base de pâtes, sur les sites et blogs de cuisine. Il est particulièrement apprécié dans ces occasions.

Le problème du surimi est qu'il est apparemment aussi sucré qu'un Nutella à la crêpe, à la différence qu'on ne s'en rend pas compte. Cependant cette information date de 2004; on comptait alors l'équivalent de 6 morceaux de sucre dans un sachet de surimis : le produit d'aujourd'hui a peut-être évolué...
De là à tomber dans une propagande anti-surimi digne de celles que ce site tente de développer, il n'y a qu'un pas! Or, elle sera à coup sûr contrebalancée par LoveSurimi et sa valorisation des rouleaux vermillons comme remède à tous les maux du monde! A vous de faire la part des choses! Après mûre réflexion, je me suis dit qu'il serait de bon ton d'aller proposer un article sur cette petite limace orange à ventre blanc qu'est le surimi à la Désencyclopédie, mais trop tard, il y en a déjà un!  

Surimi, le grand jeu
Un peu de légèreté, que diable!
Vous savez tous que chaque bâton de surimi est équipé de rayures verticales antidérapantes en surface, qui lui servent à éviter les désagréments de l'aquaplanning sur mayonnaise.
Sachant que les rayures du surimi sont également espacées de 0.5mm, et que la longueur d'un côté du parallélipipède rectangle surimi (Odyssée standard) déroulé est de 6cm, combien y a-t-il de rayures à la surface du surimi?

Allez allez, tous à vos calculatrices, PGCD power!!!!
Le premier qui trouve la réponse me la dira à l'oreille, d'abord, parce que ça m'évitera de chercher, et puis il gagnera une boîte familiale de surimi (rechargeable, car en plastique!)


samedi 5 février 2011

L'hérésie du mois (de janvier, en retard) - Loving Annabelle, c'est bien, mais pas top!


Beaucoup se demanderont : "Hein! de quoi elle parle? Où est le blasphème puisqu'on ne sait même pas de quoi il s'agit? Je vous répondrai que, chez les amateurs de références culturelles gaies en tous genres, qualifier ainsi le film culte qu'est Loving Annabelle peut être fort mal perçu!
Gay? Baaahh dégueuu!!!
Mais non, mais non; en tous cas, l'hérésie n'est pas là!


 Annabelle en flagrant délit de matage

L'histoire
Etats-Unis. Apparemment de nos jours, vu que les personnages ont tous des jolis portables.

Après avoir été virée de deux écoles pour des raisons disciplinaires, Annabelle, fille d'une sénatrice overbookée, est placée dans un internat aux règles strictes. Elle tombe sous le charme de sa prof d'anglais, qui est aussi, tiens donc! sa responsable de dortoir. Elle commence alors à la draguer furieusement en lui lançant des regards concupiscents pendant les cours.  

Pourquoi balance-je??
Loving Annabelle fait partie de ces films à la fois surprenants et superficiels que l'on regarde en boucle jusqu'à saturation pendant quelques mois, la larme à l'oeil, en criant au chef d'oeuvre. Surtout si on a seize ans, que les hormones font des bulles et qu'on est en pleine crise d'identité _ mais pas exclusivement! Puis l'addiction s'estompe; un beau jour, on retombe sur THE fichier avi. qui tue, alors qu'on l'avait complètement oublié tellement il était bien caché dans l'ordinateur, et c'est en le matant pour la 114ème fois qu'on se dit : "pff mais c'est nul, en fait!!"

Quand l'étonnante profondeur des personnages reste à la surface. 
Annabelle est l'héroïne du film, car sans elle, il n'y aurait jamais eu de problèmes, et rien n'aurait été possible. A son arrivée à l'internat, on lui demande de s'installer dans une chambre déjà occupée par 3 filles de sa classe : Catherine, alias la connasse de l'histoire, Colins, et une autre fille un peu cruche dont j'ai oublié le nom car elle ne sert pas grand chose. Annabelle est ce qu'on pourrait appeler une parodie de racaille, bien qu'on nous la présente comme potentiellement dangereuse : elle fume des cigarettes en écrasant le mégot sur sa botte, elle arbore un blouson en jean customisé, elle a une guitare, et elle porte un collier bouddhiste, ce qui est éminemment grave! A cause de ce dernier délit, elle sera condamnée au cours du film à porter une énorme croix bien lourde autour du cou. En résumé, une pseudo-rebelle comme on n'en voit plus!

Miss Bradley
Quelle chiffe molle cette prof! Miss Bradley (Simone pour les intimes), est une femme qui ne sait pas ce qu'elle veut! Elle bouge la tête très lentement, et elle ouvre la bouche longtemps avant de parler.
Même son copain, un prof exerçant sur le même campus, aimerait vraiment qu'ils vivent ensemble, et commence à en avoir plus qu'assez de son indécision : quand se sentira-t-elle prête? Mais cette prof d'anglais coincée, poussée par le vent de la pédagogie, se sent revivre lorsqu'on lui confie la mission de remettre Annabelle sur le droit chemin. La prenant sous son aile, elle va tenter de la convaincre par tous les moyens de renoncer à son collier bouddhiste, et de canaliser l'énergie débordante de l'ado.  Les résultats seront bien au-delà de ses espérances! Pendant ses heures libres, elle s'adonne à ses passe-temps favoris: chialer dans sa baignoire, et s'étaler sur trois places à la bibliothèque pour colorier les photos qu'elle vient de développer (??). Stratégie oblige, Annabelle se sent obligée de lui dire que "ouah je ne savais pas qu'on pouvait peindre par dessus des photos!"  Pendant les cours, elle lit avec le plus grand sérieux, sourcils froncés, des poèmes de Walt Whitman à ses élèves qui la fixent bêtement, tout en faisant mine d'éviter les regards vicieux de la délinquante récidiviste. En tant que surveillante de dortoir, elle est plutôt sympa : elle laisse ses élèves jouer à des jeux à boire et veiller tard en fumant des clopes thaïlandaises.

Colins est la jeune fille en déprime qui se taille les veines et cache le désastre sous de minis chouchous en éponge. Elle est tellement attaquée que Miss Bradley lui permet de garder près d'elle son porc-épic puant, qu'elle prénomme "Prissy" qu'elle caresse avec des gants de cuisine et qu'elle sort de sa cage quand le temps le permet. Ce porc-épic connaîtra une fin aussi tragique que mystérieuse. Colins est gentille et ne juge personne. Tout le monde la prend en pitié ou se moque de son air un peu attardé, mais elle n'en tient pas compte, car Prissy, lui (elle?), ne la lâchera jamais! Elle affirme que sexuellement "elle a fait des trucs"; on n'en saura pas plus, et c'est peut-être mieux ainsi. 

C'est nous les méchants : Catherine et la Dirlo (qui répond au joli nom de Mère Immaculée)

Ah Catherine ... Dès la première scène du film, on en a la certitude : la méchante, c'est elle. Elle a une bonne tête de connasse, un regard sadique et une voix rauque faite pour véhiculer les insanités:  tout est réuni pour donner au spectateur l'envie de la secouer comme un prunier. Lorsqu'elle n'est pas en cours, lorsqu'elle n'est pas médisante ou cassante, et ce même la bouche pleine, elle peint des Numéros d'Art représentant des chats noirs sur fond multicolores. Elle aimerait bien sortir avec Annabelle, mais elle comprend vite que celle-ci a déjà quelqu'un en vue; le râteau qu'elle se mange lors de sa tentative d'approche dans la piscine (oui, c'est un pensionnat avec piscine) la rend d'autant plus aigrie. Ses vannes incisives seront à l'origine d'une méga baston avec Annabelle et oar conséquent de l'unique goutte de sang versée au cours du film. 

Mère Immaculée ressemble à Catherine mais en vieille et en blonde. C'est la tante de Miss Bradley; elle n'aime personne sauf quand elle se bourre la gueule dans ses appartements, le soir:  à ce moment-là, elle semble aimer tout le monde.

Try the punch!
Comme dirait le frère de Catherine au bal de fin d'année. Oui, il y a un bal de fin d'année dans cette magnifique école pour filles; même qu'à cette occasion, on invite des Mecs!
Try the movie, en l'occurrence. Vous avez envie d'étaler votre culture arc en ciel lors au prochain repas familial? Commencez par Loving Annabelle! Non pas parce que c'est le meilleur film dans le domaine, mais parce que c'est encore le moins rebutant : il n'est pas long, il se laisse regarder, on n'a pas besoin de faire des pauses/retour sur la vidéo pour comprendre les subtilités de l'intrigue, et en plus, l'histoire finit bien...ou à peu près bien. Disons que dans un film à forte proportion de lesbiennes, on peut légitimement parler de "happy end" à partir du moment où les personnages principaux ne se suicident pas, ne se font pas assassiner/couper la tête/tabasser/charcuter _ ce qui se produit dans la plupart des cas.
Il faudrait avoir vu Loving Annabelle au moins une fois dans sa vie, ne serait-ce que pour connaître l'histoire de la grenouille dans le seau de crème fraîche, racontée par le curé. Si vous n'êtes pas homo, vous partez avec un avantage : vous n'êtes pas obligé de visionner, et encore moins d'aimer. Vous pouvez le faire, mais c'est facultatif. Par contre, un homo DOIT posséder les bases du répertoire de Mylène Farmer, une lesbienne DOIT avoir vu les 6 saisons de L Word, même si après la saison 3 tout le monde sait très bien que rien n'a plus aucun sens, et DOIT connaître au moins le synopsis de Loving Annabelle, sinon c'est la loose totale!

Une fois que vous aurez vu ce film, plus jamais vous n'oublierez de fermer les portes à clé!

Pervers s'abstenir!
Des mineures dont l'uniforme se compose de chemises blanches à peine transparentes et de jupes assez courtes? On en a vu s'exciter pour moins que ça... Les voyeurs en manque auront l'impression d'avoir perdu leur temps, s'ils s'acharnent à regarder Loving Annabelle jusqu'au bout. En effet, ce n'est qu'après 1h d'une attente interminable qu'on a ENFIN une scène de cul. Le film dure 1h20. Et encore, ça reste de l'ordre de la supposition, car on ne voit rien du tout. Entendons-nous bien : je parle de scènes de cul homo (car je suis vraiment désolée de vous apprendre qu'il n'y a pas que dans Dawson que ça marche, mais que, oui, bien sûr, elle finit par se taper sa prof!). Il y a aussi une scène hétéro, mais dans ce type de film, ce n'est pas pris en compte.  

Cadeau ! ou pas, si le lien est mort.
http://www.megavideo.com/?v=KUTYWJB1
A la fin de la vidéo, vous avez même des bonus : diaporama d'images du film sur fond de petite musique à la con  douce , bêtisier du tournage, scènes "censurées", (on ne sait pas pourquoi d'ailleurs, elles n'ont rien de choquant), et même un début de suite! La totale, histoire qu'on arrive à faire quelque chose d'à peu près 1h30! 
Année du film : 2006
Réalisé par : Katherine Brooks (tiens, le même prénom que la méchante!)

Quelqu'un a eu la bonne idée de s'amuser avec la bande annonce collant les paroles du film sur des images du dessin animé Kim Possible, et ça donne quelque chose de rigolo, même si tout comme moi vous ne comprenez pas tout!

Info : L'hérésie du mois de février (s'il y en a une) ne portera pas sur la Saint Valentin, car c'est beaucoup trop prévisible!