lundi 19 juillet 2010
dimanche 11 juillet 2010
Pensée magique - Augusten Burroughs (2004)
Tout commence par une Pause publicitaire ; Augusten a 7 ans quand des représentants d'une agence de pub viennent dans sa classe recruter de jeunes acteurs susceptibles de vanter les mérites d'un soda à l'orange. C'est déjà le drame. Puis naîtra le constant déni d'une famille hystérique et dont il n'aura jamais l'impression de faire partie, persuadé d'avoir des gènes Vanderbilt. La fascination de la transformation des corps par la chirurgie esthétique s'étend lorsqu'il intègre une école visant à faire de lui un top model. S'il ne parviendra jamais à se débarrasser de sa maigreur, si les multiples lotions capillaires ne repousseront pas sa calvitie, il se fera pourtant une place de choix dans la création de slogans de pubs, et ses histoires sentimentales plus ou moins brèves, parfois tragiques, se succéderont : on retiendra notamment le croque mort, Marc le psy, Raoul, et bien sûr Dennis.
Raconter sa vie personnelle et professionnelle, quand on est un publicitaire homo, alcoolique repenti et insatisfait de son corps, n'est sans doute pas chose facile. Surtout quand on l'a déjà fait dans deux romans... Pensée magique n'a pas seulement une vocation autobiographique; le recueil de nombreux épisodes suit un ordre chronologique, certes, mais les anecdotes ne sont pas forcément liées. On constate même quelques redondances entre elles. Ici, c'est une critique de l'environnement de l'auteur qu'il faut sans doute lire, de la dérision et surtout de l'autodérision; au fil de cette lecture, vraiment fraîche et verte dans ses images, j'ai pensé à ce que diraient certains profs de lettres de Bordeaux III (ils diraient : « c'est de la merde, jetez-moi ça »). Qu'ils essaient d'abord de surpasser la « branlette caritative » effectuée par Augusten auprès d'un partenaire petitement équipé et pourtant persuadé d'en avoir une grande, ou encore la « Sainte Pipe » dont il a bénéficié en compagnie d'un prêtre, et quelques images choisies : « Malgré moi, je songe que s'il était face à un jury composé de mes amis et relations, ils s'empresseraient en chuchotant d'écrire « imbuvable » sur leurs tablettes. »
Augusten BURROUGHS. Pensée magique. 10-18, 2008. Coll. Domaine étranger. Trad. Philippe Rouard. 286 p. ISBN 978-2-264-04839-4
Première édition : 2004
mercredi 23 juin 2010
Cadeau d'anniversaire
samedi 19 juin 2010
90 minutes pour souffler

Robert est de ces derniers. Pour lui, le football, c'est bien plus que 22 éternels gamins qui se disputent une balle. Bien plus que des comédiens spécialistes du ratage de la marche d'escalier invisible dans la surface de réparation.
C'est presque un médicament pour oublier sa vie et le temps qui passe, qu'il prend sous forme de divertissement.
Attention, le grand Robert ne joue pas. Trop physique pour lui, ce sport implique de plus qu'il sache ce que ses coéquipiers ont dans la tête pour se déplacer là où il doit, et non là où il veut. Tout va trop vite pour lui. Il préfère laisser faire les pros et les observer de haut, depuis son écran, ou depuis la tribune.
Il est de ceux que l'on appelle communément « footballeur de canapé ». Mais sans la bière et sans la pizza : on n'est pas là pour rigoler, ni pour se gratter les couilles. Et surtout sans le maillot de l'équipe de France. On n'est VRAIMENT pas là pour rigoler.
Là, il regarde Ghana – Australie. Il est très concentré.
Lorsque le coup d'envoi est donné, il arrive enfin à oublier que la fille qu'il aime se fait passer dessus par quelqu'un d'autre, peut-être en ce moment-même, d'ailleurs! En temps normal, il se demanderait pourquoi ça lui bouffe les tripes à ce point, pourquoi cette idée lui est aussi insupportable, alors qu'elle est moche et a un caractère détestable. Un caractère de fille, tout simplement.
En temps normal, oui, mais pas maintenant.
Parce que maintenant, un corner est accordé au Ghana. Les Australiens, qui ont l'avantage de ne pas partir favoris, ont pris à la gorge l'équipe d'Essien sans Essien dans les premières secondes. Mais le jeu s'est équilibré.
Il oublie que dans quelques minutes, sa sœur va faire irruption dans la salle à manger, deux chats dans les bras, après une après-midi toorride avec son cher Patriiiiick. Elle va le regarder, lui qui est assis sur le canapé, droit, tendu au moins autant que les deux gardiens, elle va lui dire qu'il pue, bien qu'il se soit douché le matin-même sans lésiner sur son gel douche Axe Lendemains Difficiles...
But pour l'Australie. Il n'a rien vu venir. Ca lui apprendra à rêvasser!
... Elle va aussi lui dire qu'il faut qu'il pousse ses grandes pattes poilues de là. Elle va rouler des yeux et les lever au ciel, comme la mère, dans la pub pour la lessive, celle où les gosses rentrent de l'école tout crados : « oh mais coomment je vais faire pour rattraper ces tâches »? Elle va soupirer et le foutre plus bas que terre, comme ça, gratuitement. Mais peu importe, les mots ne tuent pas; ils ne sont rien d'autre que de l'air brassé, même s'ils sont parfois puissants...
Pas aussi puissants que la main de l'Australien Kewell dans la surface de réparation sur une frappe ghanéenne ... Carton rouge et pénalty. Personne ne proteste vraiment. Après tout, on n'est qu'au début du match! But pour le Ghana, marqué par leur attaquant Gyan.
...Tout de même, ça perturbe de se faire attaquer de la sorte. Bien sûr qu'il n'est pas beau, pas spécialement génial, ennuyeux à mourir dans une conversation, pas très bavard. Mais comme on lui rappelle toujours ces défauts de personnalité à coup de blagues vaseuses ou de regards exaspérés, il n'a pas envie de changer. Au contraire, il se fond dans sa caricature, pour emmerder son monde. Chacun sa tactique, la sienne fonctionne bien.
Mieux que celle des Ghanéens!
Ils ne jouent pas mal, pourtant ce sont les Australiens qui ont les meilleures occasions. Heureusement, la circulation de balle de l'équipe africaine est tout à fait fluide, ce qui leur permet de partir en contre et de remonter très vite la balle vers le but adverse. Seulement, quand ils ont fait le plus dur, qu'ils se retrouvent tout près des cages, ils frappent au-dessus. Donc forcément, ils perdent confiance malgré leur supériorité numérique.
Trop de stress tue le stress. Faute ghanéenne inutile à 25 mètres de leurs buts. Du gâchis. L'Australien Emerton se trompe de jeu et frappe une pénalité au lieu d'un coup franc. Double gâchis.
Score final : 1-1.
Le grand Robert se dit que le football est un peu le reflet de sa vie : beaucoup d'occasions qui se présentent, peu qui aboutissent, un goutte de chance et beaucoup de déchets.
vendredi 4 juin 2010
vendredi 30 avril 2010
vendredi 23 avril 2010
Chronique d'une mort annoncée - Gabriel Garcia Marquez

Une histoire à rebondissements dont on connaît la fin dès les premiers mots, une poignée d'esquisses d'ivrognes et de commères parfois cruelles, mais c'est ça qui est bon, quelques passages bien gores et détaillés, Chronique d'une mort annoncée est idéal à lire au soleil, sur un banc, pendant que les voisins s'engueulent en jouant au foot ou à la dinette dans le parc, parés de maillots de bains.
Cette «chronique» retraçant les heures précédant un meurtre, rappelle que les lendemains de fête ont parfois des airs de mauvais rêves.
Dans un petit village, où l'on vient de célébrer un mariage en grandes pompes, tout le monde se réveille avec la gueule de bois. Peu nombreux sont ceux qui réalisent clairement que les frères de la mariée se sont lancés à la recherche du riche Santiago Nasar, armés de leurs couteaux de boucher, afin de le tuer. Toute la nuit, ils ont crié leurs menaces à qui voulait les entendre.
On leur a ri au nez, car ils sont bourrés, et surtout, il sont connus pour leur bon caractère. A vrai dire, eux-même ne sentent pas leur coup, et ne sont pas enchantés de devoir tuer ce type qu'ils connaissent bien et qui les impressionne, mais une histoire d'honneur ne leur en laisse pas le choix. Ils savent qu'étriper un homme leur salira moins les mains que rester le cul dans le fauteuil, aux yeux des voisins. En jouant les rebelles pour s'assurer de leur puissance, ils espèrent secrètement que leurs menaces arriveront aux oreilles de Santiago Nasar, et qu'il aura le temps de prendre la fuite.
Pourtant, malgré leur manque de discrétion, personne ne peut, ou plutôt ne veut réellement alerter l'homme traqué. Au lever du jour, c'est les mains dans les poches, et coiffé de son insouciance habituelle, que Santiago Nasar sort de son hacienda et va à l'encontre de son destin.





