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lundi 27 octobre 2014

Spécial Combo Roux Cools + Pure Arnaque : le dessin animé Tom Sawyer et son générique qui nous vend du rêve


Pour son anniversaire, on a offert à ma soeur l'intégrale de la série animée Tom Sawyer, connue au moins de nom par la plupart des enfants qui ont grandi dans les années 80-90.  

Heu  non ça me dit rien... 
Mais si ! Vous savez ! Tom, ce pré-ado rouquin hyperactif, toujours occupé à semer les conneries sur son passage avec Huck, son pote clochard ultra peace qui vit dans une cabane, sans famille et sans slip*. Faute de parents, il est élevé par sa tante, une mégère à l'humeur versatile, et par sa cousine qui m'a toujours parue trop sérieuse pour être honnête, mais bon. Cerise sur le gâteau, Tom Sawyer est sans cesse talonné par un petit frère intello aux allures de facho en herbe, à qui on aurait bien envie de casser les lunettes juste pour le plaisir.        


C'était notre héros à tous ! De toute façon, si vous aviez la 3 sur votre télé, vous ne pouviez pas vraiment y couper... 

Le cadeau de Marine nous a donné l'occasion de nous faire une soirée nostalgie en regardant les tout premiers épisodes. Il faut dire que depuis la dernière diffusion de la série à la télé, on avait laissé la bande de petits WASP jouer à Robin des Bois sur les rives du Mississipi sans plus trop y penser. Alors forcément, on a contemplé l'oeuvre avec nos yeux d'adultes et on a vu plein de détails qu'on n'avait soupçonnés jusqu'alors. J'en retiendrai deux pour aujourd'hui, parce que je suis censée faire la critique d'un pavé envoyé par HC Editions et Babelio, au lieu de rigoler sur un dessin animé japonais des années 80 : 

  • Un record de personnages roux 


Je n'avais jamais remarqué que Tom Sawyer comptait un nombre conséquent de personnages à la tignasse couleur de feu : 

Le héros lui-même
La cousine Marie, qui va devenir infirmière et finir par se taper l'aviateur, l'air de rien.

L'instit, M. Dobbins, dont la baguette semble aimantée au cul de Tom,
 et qui de nos jours serait en taule depuis longtemps, s'il exerçait en France...

Becky, la petite bourgeoise arrivée de Saint-Louis. C'est la fille du juge.
Elle est impatiente de découvrir les joies de la campagne, et paraît surprise de constater qu'il n'y a pas que des vaches dans son nouveau cadre de vie.
Pour elle, Tom abandonne aussitôt Amy, la fille du boulanger
qui croyait pourtant le tenir par les couilles, avec ses bons sandwiches.
Jeff, l'insupportable cousin lèche-cul de Becky 
Ben Rodgers, le fils de l'épicier.
Jim
Non je déconne, c'est pouvoir si vous suivez ! 
Le curé. Quand j'étais petite, je me demandais si Tom n'était pas le fils du curé ou de M. Dobbins, vu qu'il n'avait pas de père et que le petit Sid portait des lunettes. Je m'attendais à ce qu'il y ait une révélation de cet ordre à la fin de la série.
Mais non.
Maintenant, tout est clair dans mon esprit : Tom est le fils des deux, et, depuis qu'ils ont rompu, Dobbins se venge  sur son fils caché en le fouettant à longueur de journée, car il lui rappelle son ex.
Logique.


Même le chat !!
C'est un festival ! Tom Sawyer, une série labellisée Roux Cool !  

  • Un générique mensonger 

Compter les roux, c'est bien mignon, mais ça n'efface pas l'indignation qu'on peut ressentir en regardant le générique français de la série. 

Visionnez-le attentivement, remémorez-vous les épisodes, rassemblez les quelques souvenirs que vous avez des aventures de Tom et Huck, et vous vous rendrez compte qu'il est aussi aguicheur que mensonger !! 


Tout commence par une séquence yamakasi...

...avec un saut par-dessus la palissade totalement improbable vu la hauteur du truc,
et d'autant plus inutile qu'il n'y a pas de portail à l'extrémité ...
et qu'il a juste à la contourner pour quitter la maison...
..suivie d'une succession de gosses qui sortent de chez eux par la fenêtre.. 





... ou par la cheminée... 


... tandis que Huck le vagabond descend de sa cabane à la hâte et pique un sprint dans la foulée, comme s'il avait quinze mille affaires à régler de toute urgence avant le coucher du soleil... 


On comprend rapidement que tous ces jeunes gens sont pressés de se retrouver pour une session gym tonique en plein air ET avec le sourire... 


... qui a peut-être joué son petit rôle dans le clip de Saga Africa, quelque part... 

Bon, l'image est pourrie, mais vous saisissez l'idée ?
Au passage, notons que nous assistons à ce qui deviendra, bien des années plus tard, l'option acrogym en EPS... 


A partir de cette scène : ...  


... le générique part vraiment en sucette. Même si Tom "n'a peur de rien, c'est un Américain (!)", et qu'on voit bien une montgolfière atterrir sur Saint Petersburg au cours de la série, à aucun moment on ne s'amuse à monter à quinze dedans en plein décollage... 


... et non, à aucun moment de l'histoire, on ne fait pendouiller le petit frère au bout de la corde pendant le baptême de l'air. Il va sans dire que le faux espoir crée par cette scène est des plus frustrants pour les jeunes spectateurs.    

Point de balade à dos de canasson avec les Indiens et la coiffe du chef, tant qu'on y est. Effectivement, Tom et Huck vont apprendre à monter à cheval dans un ranch, au cours d'un séjour dans la famille de la tante de Tom, si je me souviens bien, mais le générique enjolive quand même drôlement l'épisode en question.    



Quant au passage par dessus bord, épée à la main, sur un bateau pirate, je n'ai toujours pas compris d'où il sortait. Fait-il allusion à la petite escapade en radeau de Tom, Huck et Ben sur une "île déserte" qu'ils auraient presque pu atteindre à la nage ? 



Au cinéma, on critique les bandes-annonces qui restent trop près du film, à tel point qu'on n'a plus besoin d'aller le voir pour comprendre ce qui s'y passe. Et je reconnais que c'est assez lourd. Mais n'est-ce pas moins rageant que de flouer les enfants sur cinquante épisodes ? Quelle arnaque !! 


* Cette information nous est confirmée à plusieurs reprises dans la série. 


Tom Sawyer - Tomu Soya no Boken
Série réalisée par Hiroshi Saito et Shuichi Seki / Adaptation du roman de Mark Twain : Les Aventures de Tom Sawyer   
1980
49 épisodes
Version française : IDDH 
DVD : IDP Video





mercredi 30 octobre 2013

Le crépuscule d'un monde - Yves Turbergue (2013)


Au mois de septembre, j'ai participé à l'opération Masse Critique proposée par le site Babelio.

On vous envoie un livre que vous avez choisi, et vous avez un mois pour publier une critique.
Le crépuscule d'un monde d'Yves Turbergue m'a donc été remis il y a quelques semaines.



Dans l'effervescence des élections présidentielles de 1981, David Martin traîne comme il peut son âme en peine et ses casseroles, au grand désespoir de son entourage qui ne sait comment donner des couleurs à sa vie. Il faut dire que sa jeune carcasse porte la marque d'un lourd passé familial et culturel : en mai 68, époque dont il n'a absolument aucun souvenir, son père a perdu la vie dans le cortège d'une manifestation. Difficile de se construire dans un village ouvrier sur le déclin, entre une mère impuissante face à son manque de motivation, un oncle ouvrier syndicaliste qui n'a de cesse d'essayer de le sensibiliser aux grandes causes sociales, ses grands parents plâtriers résignés à leur modeste condition...Surtout quand l'image du père absent reste entourée de brouillard à cause des non-dits. Seule sa copine Isabelle, rencontrée par hasard dans l'euphorie nocturne du 10 mai 1981 _ et dans les toilettes publiques _ semble pouvoir le tirer vers le haut, et encore...

Y a-t-il rien de plus actuel que cette histoire venue tout droit des années 1980, surtout quand on connaît un tant soit peu le milieu ouvrier ? Qui ne voit pas en David un jeune paumé de son voisinage, de sa famille, ou lui-même ? Qui aujourd'hui, surtout dans les zones rurales, n'entend pas le ressac nostalgique d'anciens ouvriers d'une usine fermée ? Ces lendemains qui déchantent après LA victoire de la Gauche salvatrice et pleine de promesses, celle qui est censée nous représenter, nous le "petit peuple", ne font-ils pas partie de notre actualité ? Franchement, je ne sais pas si je vais être capable de proposer un avis objectif sur ce roman où tout me parle. C'était le risque à prendre en choisissant dans la sélection de Masse Critique sur Babelio un ouvrage dont le résumé-même m'évoquait un environnement presque familier.

Le crépuscule d'un monde est bien un roman, et non pas un cours d'Histoire comme on pourrait le craindre. Pas évident pour l'auteur de peindre une "fresque familiale"* et sociale sur plusieurs décennies, dont l'évolution dépend clairement des événements historiques de l'époque, sans tomber dans le piège du catalogue de dates et des coupures de presse annexées. Mais Yves Turbergue y parvient. Bien sûr, on pourra peut-être lui reprocher d'aller un peu trop dans les détails, soucieux qu'il était de mettre des mots sur le monde ouvrier meurtri et toujours à vif en dépit de son silence et de son visage fermé. Des détails qui sonnent presque faux, et qui évoquent un docu-fiction, qu'on trouve "bien fait" sans pour autant y croire. En même temps, libre à ceux capables de faire mieux de l'ouvrir s'ils le souhaitent, je n'en fais pas partie. Considère que le pari est gagné pour un auteur qui s'est attaché à scruter les synapses de ses personnages principaux pour nous faire partager tout ce qu'ils ont de suite dans les idées. Résultat, un roman polyphonique à la fois entraînant et instructif, plein de propos heurtés, de phrases dans lesquelles le verbe a loupé le train, d'expressions locales.. mais d'où ? on n'en sait rien. Le lieu de l'action reste mystérieux. Les personnages bougent vers la Nouvelle Calédonie, vers Marseille, vers une "ville universitaire", mais d'où viennent-ils ?

David le sait bien, lui, mais il ne demande pas mieux que d'en faire abstraction. La vie de misère, ou presque, de son entourage le dégoûte tellement que sa rencontre avec un oncle "différent" du reste de la famille lui met aussitôt les idées en vrac. La richesse, la liberté de ce parent décalé, le dédain qu'il suscite sont autant d'aimants pour un satellite sans orbite. Voilà, entre autres, où le bât blesse. L'ascension sociale a beau faire rêver, on ne se débarrasse pas aussi facilement qu'on le voudrait du lot de valeurs et de pensées véhiculées par sa "caste" ; surtout celles qui nous empêchent de croire en nous-même, celles qui font qu'on est pris au dépourvu lorsqu'on a l'opportunité de prendre les rennes d'une situation quelle qu'elle soit. Celles aussi qui nous rattachent à l'humanité et à notre bonne conscience. David l'apprendra à ses dépens, comme toujours, lors de son escapade marseillaise sur les traces de son oncle parvenu, et devra faire un choix : s'enrichir sur le dos des autres, en appliquant des méthodes douteuses ? ou préférer une vie modeste mais honnête, où le travail abrutissant et répétitif ne laisse guère de temps aux tours de passe-passe ? Peut-être se rendra-t-il compte qu'il est réellement imprégné de ce monde ouvrier sur lequel il crache depuis qu'il s'essaye à raisonner.

Aucune épopée familiale ne m'avait autant captivée depuis Des grives aux loups et Les palombes ne passeront plus de Michelet. D'ailleurs, il m'y a souvent fait penser.  

* Voir le quatrième de couverture

TURBERGUE, Yves. Le crépuscule d'un monde. Plon, 2013. 445 p. ISBN : 978-2-259-21922-8