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samedi 12 octobre 2013

Sélection de contes pour les élèves de 6° : Les contes de la Saint-Glinglin - Robert Escarpit (1973)


Avant toute chose, saluons la venue sur ce blog d'un digne habitant de Fresney-le-Puceux, petite ville située près de Caen. Qu'il sache que sa visite m'a mise en joie, et que j'ai trouvé son toponyme cent fois plus drôle que celui de La Queue en Brie !

Ceci étant dit, continuons encore et toujours notre sélection de contes destinés aux élèves de 6°, même si la séance avec ces chers 6B est derrière nous depuis quelques temps !




Jusqu'à présent, Robert Escarpit était pour moi un fameux universitaire girondin spécialisé dans les Sciences de l'Information et de la Communication, un professeur de littérature doublé d'une casquette de journaliste, avec au bout de la visière des idées pour développer la documentation. Après la lecture des Contes de la Saint-Glinglin, j'ai réalisé qu'il était aussi un grand-père, et par extension un formidable conteur pour enfants. Dans ce recueil composé d'une quinzaine d'histoires sinon merveilleuses, au moins tirées par les cheveux, Robert Escarpit propose une origine rocambolesque à plusieurs expressions courantes de la langue française.  

Ainsi, Saint Glinglin prend les traits d'un brave moine sculpteur tellement étourdi qu'il est incapable de retrouver la porte du Paradis, malgré l'aide de la belle Lurette. Le guerrier Stentor à la voix puissante est parachuté en Cathiminie, un pays où le silence est sacré, car il a défié le Dieu Hermès. Lorsque la princesse Isabelle débarque dans la maisons de deux samouraïs, elle sème une jolie pagaille dans leur partie de go, qu'on ne peut jamais résoudre tout de go. Raymond d'Occitanie part chercher des haricots danseurs pour cuisiner des galipettes, ces gâteaux qui pourraient égayer le royaume triste. Le guilledou devient un passereau assez malin pour se jouer des soldats anglais qui l'importunent jusque dans son nid. Le baron de l'Enclume est désespéré car les vers qui devaient faire de lui le huitième poète de la Pleiade ont été en partie dévorés par une chèvre ! Il ne lui reste que les bouts rimés "am stram gram", voués peut-être à gagner une certaine renommée eux aussi...

Désolée, l'occasion était trop belle
Mylène Farmer, L’Âme Stram Gram (1999)

.. Bien d'autres héros maudits malgré leur bonté notoire justifient un idiome bien connu de nos conversations quotidiennes ; le père Limpimpin, la bonne Franquette, l'inventeur de la poudre d'Escampette.. On s'étonnera d'ailleurs que la plupart d'entre eux connaissent une souffrance plus ou moins profonde et plus ou moins durable au cours de leurs aventures. Si Les contes de la Saint-Glinglin sont présentés comme susceptibles de faire rire les jeunes lecteurs, ils n'en sont pas moins porteurs d'une certaine mélancolie. Les protagonistes sont attachants parce qu'ils sont exclus, rejetés, moqués, frappés par le malheur : on a envie de les voir s'en sortir. Or les histoires de Robert Escarpit ne nous apportent pas toujours satisfaction sur ce plan-là. Elles n'en demeurent pas moins addictives, tant l'imagination de l'auteur a craché des pépites aux quatre coins des pages, au point de pousser le lecteur à se dire "il fallait y penser !" après chaque dénouement. A tel point que je me demande si l'exercice ne pourrait pas être proposé aux gosses dans le cadre d'un travail d'écriture. La consigne pourrait être : "Avoir le feu au cul" "Etre aux anges" : inventez une histoire pour raconter d'où peut venir cette expression, comment elle est née.  

Sur ce, je m'en vais chercher la signification de "Passez muscade !", une façon de parler qui m'a toujours laissée perplexe, pour ne pas dire à la limite de la frustration.

Au passage, voici un site référence pour obtenir la signification d'une expression : Francparler.comCependant, comme je n'y ai pas trouvé "Passez muscade !", je suggère aussi Expressio.fr(*) sans doute moins fiable et moins complet, mais qui a eu le mérite de m'apporter une hypothèse qui se tient sur la route des épices et la ressemblance entre les noix de muscade et les boulettes de liège utilisées pour les tours de passe-passe à l'époque.

Résumé pour les gosses 
Quand on parle avec ses amis, on utilise tous des expressions familières qu'on comprend mais qu'on n'est pas toujours capable d'expliquer : à tire-larigot, il y a belle lurette, Tartempion, à la bonne franquette... L'auteur s'est demandé d'où elles pouvaient bien venir, il  a fait marcher son imagination et il a écrit quinze contes surprenants et amusants pour raconter leur origine.    

La difficulté réside dans la décision d'annoncer ou non aux élèves le caractère fictif des histoires ; en principe, s'ils ont étudié le conte, ils doivent savoir que les explications sont par définition fictives, mais bon... Si cela nous paraît évident, ça ne l'est pas pour eux.


Edition utilisée :
ESCARPIT, Robert. Les contes de la Saint-Glinglin. Le Livre de Poche Jeunesse. 2007. 208 p. ISBN 978-2-01-322494-9

Illustrations de Sylvie François


* What else ? Ah ah !




vendredi 20 septembre 2013

Sélection de contes pour les élèves de 6° : Contes du cimetière aux beaux jours - Yak Rivais (2004)


Poursuivons notre exploration des contes disponibles au CDI.

 Les Contes du Cimetière aux beaux jours de Yak Rivais plaira à coup sûr aux 6°. Si j'avais d'abord sélectionné ce recueil dans le rayon des contes, c'était pour son côté fantastique : publié dans la collection "Pleine Lune Fantastique" de Nathan, je comptais mettre en valeur _modestement, la diversité du genre étudié. Il se trouve en fait que Yak Rivais a composé toute une série de Contes du Cimetière... dont chaque volume correspond au temps qu'il fait aux alentours des tombes : ...au soleil couchant, dans le brouillard, après la pluie, etc.


Les histoires commencent à peu près toutes de la même façon : un enfant se retrouve, plus ou moins par hasard, dans le cimetière : là, une petite peste croise un chat noir, des garçons shootent dans un ballon qui atterrit de l'autre côté du mur, tandis qu'un autre y est attiré par la danse des feux follets. Il s'y produit alors une rencontre extraordinaire sous les yeux caves de défunts parfois bien bavards ; ayez donc à l'esprit que chez Yak Rivais, les morts sont souvent d'excellent conseil.

Non, malgré tout ce qui peut bien s'y passer de glauque et de magique, le cimetière Saint-Patrick n'effraie personne. Est-ce parce que le soleil est encore haut dans le ciel ? Peut-être. Mais si les enfants n'étaient pas aussi intrépides et insouciants, la sorcière Podebik, le Hurlu et les lavandières spectrales pourraient bien faire un tout autre effet ! Même les grandes figures de la mythologie des fables, des contes et de l'Antiquité n'ont aucune prise possible sur Joëlle _une vraie peste ni sur Corentin et sa ruse. Gaïdik rappelle au Sphinx les limites de ses énigmes universellement connues, et en profite pour le mettre à l'épreuve. Jean-René est désarmant d'innocence et amène les collectionneurs de feux follets à braver les interdits.  

Par l'utilisation d'un registre familier qui parlera aux enfants d'aujourd'hui, par la mise en place d'astucieux jeux de langue, et grâce à l'écriture de situations comiques, Yak Rivais dédramatise la mort et ridiculise clairement ces personnages de contes qui sont censés générer du stress. Quant aux défunts, ceux qu'on entend sans cesse murmurer, voire ronronner sous leurs tombes, ils occupent des rôles d'adjuvants et parfois même de justiciers : tandis que les fantômes amènent Lénan (et sa poupée) à se méfier de la vampire Vorvolaka, la sorcière Podebik se fait casser la gueule par l'esprit d'une armoire à glace.

Je ne peux pas m'empêcher d'associer la Vorvolaka à cette folasse de Drusilla dans Buffy contre les vampires.

Les 7 contes du recueil sont illustrés par l'auteur.

Résumé pour les gosses

Dans ces histoires, les héros sont des enfants qui n'ont pas froid aux yeux et qui n'hésitent pas à s'aventurer dans le cimetière sans se méfier du danger qui les attend. Ils y trouvent des sorcières, des chats qui parlent, des fantômes qui veulent les effrayer mais qui n'y parviennent pas toujours. Si le livre s'intitule Conte du cimetière aux beaux jours, c'est parce qu'ici tout se passe en été ; il faut savoir que l'auteur a écrit des contes pour toutes les saisons.

Rivais, Yak. Contes du cimetière aux beaux jours. Ed. Nathan, Paris. Coll. "Pleine Lune Fantastique". 2004. 169 p. ISBN : 2-09-282631 X

samedi 14 septembre 2013

Sélection de contes pour les élèves de 6° : 14 contes de Russie - Robert Giraud (1999)

Sélection, sélection... C'est vite dit ! 

Disons que les classes de 6° du collège où je bosse sont toutes en pleine étude de contes de fées, et que par conséquent nous nous devons de mettre à leur disposition de quoi compléter leur connaissances ! Pour ce faire, il faudrait déjà que je sache quels ouvrages constituent le rayon dédié... Alors c'est parti pour une session lecture de contes, accompagnée d'un compte rendu critique et d'une présentation destinée aux enfants.  

Comme ils lisent tous déjà Charles Perrault en classe, et qu'ils vont en bouffer jusqu'au BAC, la mise en perspective psychanalytique en prime _ parce que, pour ceux qui ne le savaient pas encore, le loup ne rôde dans la forêt que pour baiser le Petit Chaperon Rouge, autant leur proposer d'autres univers.

Aujourd'hui, sortez les moufles et tondez vite le Père Castor pour vous faire un bonnet car nous partons en Russie !


Comme vous pouvez le voir, la photo vient le blusch.fr !


14 contes de Russie - Robert Giraud 



Nous voici plongés dans un monde où les animaux sauvent le monde : les brochets magiciens savent se montrer reconnaissants pour ceux qui ne les extirpent pas des eaux glacées, où le renard est aussi fourbe que partout ailleurs, où la vache devient protectrice de l'orpheline. Mais les poupées ne sont pas en reste, et les pommes magiques pèsent leur poids dans la vie des hommes. Face à tant de féérie, l'homme paraît bien futile, tout fils de tsar soit-il ; si bien que dans les 14 contes de Russie, on se passe d'autant plus de morale que tout ne finit pas toujours bien !

Dites-le moi si je me trompe, mais les histoires populaires russes sont rarement arrivées jusqu'à nous lorsque nous étions enfants. Sans doute est-ce pour cette raison que mon choix s'est d'abord porté sur des recueils de contes de tous horizons, dont celui-ci, adapté par Robert Giraud en direction des jeunes lecteurs. Chacune des 14 photos de paysages sibériens qu'il nous expose ici sont précédées d'un petit paragraphe explicatif afin que nos lacunes face à la culture russe ne freinent pas notre lecture : ainsi, on ne s'étonnera pas de la récurrence du prénom Ivan au fil des textes, des noms de peuples plus exotiques les uns que les autres, de certains traits de caractère de la sorcière-ogresse Baba Yaga et du fait que les papys dorment systématiquement sur le poêle. Personnellement, j'ai apprécié certaines précisions, moi qui étais partie à la cool dans ma lecture, mise en confiance par une poignée d'ouvrages de Dostoïevski.

Le recueil se divise en trois parties très inégales : 9 "contes du peuple russe", 2 "contes des peuples d'avant" _ ancêtres des Russes, 2 "contes des peuples d'à côté _populations de Sibérie, du Caucase. Si le premier grand chapitre a pour décor l'univers des tsars, des princesses et des guerriers, les deux autres mettent à l'honneur des héros tout droit sortis de la plèbe.    

Le résumé pour les gosses (vous allez voir, j'aime bien les prendre pour des neuneus) :

Tous les pays, toutes les cultures ont leurs contes. Lorsque vous lirez les 14 contes de Russie, vous saurez comment on vivait, là bas, autrefois. N’hésitez pas à venir les découvrir car on ne vous a sans doute jamais raconté les histoires qui sont écrites dans ce livre! Pourtant, elles sont amusantes, effrayantes, pleines de magie, elles aussi, surtout lorsqu’elles se déroulent dans la forêt ou dans les déserts enneigés. Ce sera l’occasion pour vous de savoir ce dont la sorcière Baba Yaga est capable, d’entendre parler des animaux, et de voir ce qui arrive aux gens qui pensent que rien n’est plus important que l’argent !   



Bon, j'en ai encore quelques uns à lire, alors j'y retourne ! Si vous avez des suggestions... 

GIRAUD, Robert. 14 contes de Russie. Flammarion. Coll. "Castor Poche". 1999. 160 p. ISBN : 2-08-164406-1



dimanche 24 avril 2011

Avoir des petits bras et faire avec - How to train your dragon - Chris Sanders, Dean Deblois (2010)

How to train your dragon, ou Dragons pour la version française, est un des nombreux films d'animation qui prennent le parti de mettre à l'honneur des anti-héros aussi faibles moralement que maigrichons. Bien qu'on ne puisse plus considérer ce choix comme original, reconnaissons que cela fait toujours autant de bien de voir David gagner contre Goliath et de rêver pendant quelques minutes que la loi du plus fort puisse être abrogée un jour.

L'histoire
Harold vit à Berk, un village de Vikings infesté de dragons nuisibles qui déciment les troupeaux des habitants. Ici, on apprend très tôt que, pour défendre ses biens et sa vie, il faut cogner dur sur la tête des Lézardus, des Gronks, des Pouilleux et des Furies Nocturnes, qui sont autant d'espèces de dragons. Mais Harold n'est pas du tout doué pour la chasse, bien qu'il y mette beaucoup de volonté, parce qu'il est tout maigre et empoté. Ses échecs sont d'autant plus difficile à vivre pour lui que son père est le chef de la tribu, et qu'il est reconnu de tous pour ses qualités de démontage de dragons enflammé à mains nues. Comme si ça ne suffisait pas d'être physiquement fragile, il fallait aussi qu'il ait trop de coeur : lorsqu'il arrive enfin à blesser Krokmou, une Furie Nocturne, il n'a pas le courage de l'achever.

Y a rien de tel qu'une balade en dragon pour choper!"

Le message de How to train your dragon n'est pas tant "Pourquoi tuer les dragons alors qu'on pourrait s'en faire des copains?" que "tire quelque chose de ta faiblesse au lieu d'essayer de devenir fort".
Je me mets à la place du gamin qui regarde Dragons, et qui est en mesure de s'identifier à Harold : être faible, c'est nul. Vous courez moins vite que les autres, vous vous essoufflez avant eux et ils vous les regardez vous semer pendant que vous crachez vos poumons. Vous ne pouvez pas ouvrir seul les fenêtres de chez mémé, parce que c'est une vieille maison humide dont les boiseries gonflent l'hiver, et que par conséquent il est nécessaire de posséder une certaine force pour les débloquer. Plus tard, vous voyagez en train et vous essayez de ranger votre valise en hauteur. Vos bras tremblent sous le poids ahurissant de vos fringues du 14ans, elle vous retombe dessus lourdement. Si vous êtes une fille, vous pouvez demander à votre voisin de la monter à votre place. Si vous être un gars, il faudra vous démerder. Vous essayez de remédier à cela en soulevant des poids ou en faisant des pompes des jours durant, mais rien ne change et tout vous rappelle que vous avez des petits os friables à la place des bras.

Scottie - 1m73, 62kg : ohu! la vieille chanson!

Tout devient alors matière à ruser et à faire preuve d'imagination. 

Stratagèmes et prothèses 
Comme chacun sait, l'outil a pour vocation de prolonger les membres de l'humain chétif. Harold l'a bien compris. Il n'est pas capable d'assommer avec son poing un dragon enflammé, comme son père sait si bien le faire, donc il sait qu'il ne peut pas se permettre de ne pas réfléchir. Dans l'atelier du forgeron où il est apprenti, il dessine des dragons, essaie de comprendre leur fonctionnement, et élabore ensuite des catapultes pour les atteindre sans avoir directement affaire à eux. Effectivement, il parvient à en blesser un. Haricot vert : 1, Dragon : 0

Le jeune Viking est pris de remords lorsqu'il se rend compte que Krokmou (Toothless pour la VO), le dragon qu'il a atteint, ne peut plus prendre son envol car il a un morceau de la queue arraché. L'animal est physiquement diminué, et on pourrait presque déclarer sa vie foutue! Heureusement, Harold l'a bien observé et dessiné sur son petit carnet d'apprenti. Bien au chaud dans l'atelier, alors que son père et tous les costauds du village ont lancé leurs drakkars sur les eaux glaciales pour quelques temps, il fabrique à son dragon une belle prothèse caudale. A eux les vols planés dans les forêts nordiques! Prothèse : 1, Déprime : 0.

Parfois, il faut savoir faire preuve de diplomatie avec ces grosses bestioles. Comme quelques jeunes de son âge, le fils du chef des vikings suit un entraînement intensif de chasse au dragons; évidemment, ses armes ne lui servent à rien puisqu'il n'arrive même pas à les soulever. Il a donc pris l'habitude de cerner le caractère et les goûts de chaque espèce en terme de poissons pour les appâter et les faire fuir sans que personne n'ait d'égratignure. Diplomatie : 1, Massue : 0.

Enfin, il est à noter que dans cette société viking, les gens qui ont une jambe de bois ou un crochet à la place de la main acquièrent un certain prestige, et parviennent même à choper plus facilement!

How to train your dragon
Chris Sanders, Dean Deblois 
1h37 - Dreamworks - 2010
Esthétiquement, ce film est très réussi. Je regrette de ne pas être allée le voir au cinéma quand il est sorti l'année dernière. L'occasion s'était pourtant présentée, mais après avoir longuement hésité, mon choix s'est porté sur un long métrââge en noir et blanc, déjà vu et jamais totalement compris.
Dragons est une adaptation du roman de Cressida Cowell : Comment dresser votre dragon
Une suite (Dragons2) est prévue pour bientôt. 







 
















mardi 19 avril 2011

"Il a un rêve, il a un rêve!" - Raiponce dans la Taverne du Canard Boiteux


Raiponce 
           Grâce à Bubulle, je commence à combler mes lacunes en films Disney! Elle m'a d'ailleurs fait découvrir l'un des plus récents : Raiponce, sorti en 2010. Du moins, elle a essayé, car il n'était pas prévu que je m'endorme sur elle j'entre en phase de méditation profonde, au bout de dix minutes de projection du DVD. Bien qu'elle ne s'en soit pas offusquée, il faut bien reconnaître que c'était fort incorrect de ma part!


 


D'autant plus que l'histoire est tout à fait digne d'intérêt! 

Raiponce vit tout en haut d'une tour avec une sorcière qui, non contente de l'avoir kidnappée à sa naissance, se fait aussi passer pour sa mère et lui interdit de sortir. Alors qu'elle va avoir 18ans, elle ne connaît rien du royaume qu'elle aperçoit au loin, elle n'a aucune expérience du monde, et ne sait même pas qu'elle est une princesse que ses parents recherchent encore. 

Elle ne sait pas non plus que, bien des années plus tôt, la sorcière détenait l'unique fleur capable de soigner les blessures et de faire rajeunir les gens. Parce qu'elle était soucieuse de conserver sa jeunesse éternellement, elle avait camouflé la plante afin que personne ne la découvre. Mais un jour, cette fleur fut activement recherchée pour fabriquée un médicament propre à soigner la reine, enceinte et souffrante. La vieille sorcière dût alors se résoudre à renoncer à sa jeunesse. Puis je me suis endormie la petite princesse vit le jour, et ses parents la prénommèrent Raiponce, du nom de la fleur, parce que c'est quand même plus stylé que Rave Sauvage. Comme Raiponce avait récupéré toutes les vertus de la plante dans ses cheveux, la sorcière se dit que, faute de fleur, une tignasse ferait l'affaire. Mais on ne cache pas un être humain aussi facilement qu'on cache une fleur!  

Ignorant tout cela, Raiponce s'ennuie ferme. Sa longue chevelure magique, ultra-résistante et jamais coupée est devenue pour elle une sorte de cinquième membre qui ne lui est pas vraiment utile, si ce n'est à tenir lieu d'ascenseur lorsque sa mère rentrer et sort de la tour. Il n'y a qu'un phénomène qui la fascine : une fois par an, justement le soir de son anniversaire, Raiponce assiste depuis son perchoir au spectacle des centaines de lanternes qui s'envolent du royaume. Elle aimerait les voir de plus près.    

Le jour de ses 18ans, alors que sa fausse mère vient de la quitter après lui avoir refusé une fois de plus une escapade au royaume, Flynn Rider, un brigand qui vient de voler une couronne au château, entre dans la tour pour s'y cacher. Surprise, elle l'assomme avec une poêle à frire et cache le butin. Ils passent un marché : elle le lui rendra s'il accepte de lui faire découvrir le monde extérieur. A-t-il vraiment le choix?       
   
            
La Taverne du Canard boiteux  

                Une fois lâchés dans la nature, Raiponce découvre l'herbe, les arbres et toutes les merveilles de la nature qu'elle n'avait jamais connues autrement qu'en les regardant du haut de sa tour; Flynn Rider lui suggère alors de l'accompagner à la Taverne du Canard Boiteux. A première vue, l'endroit est un repaire de lourdingues alcoolisés. A première vue seulement. Tout reconnaissent aussitôt le voleur comme une potentielle source de revenus, et chacun d'entre eux tente de le capturer, jusqu'à ce que :  
             





"Moi j'ai un rêve"

Ah, que j'aime ces façades de brigands bourrins qui cachent des âmes de musiciens, d'acteurs, de cuisiniers, de fleuristes, de collectionneurs de petites licornes! C'est vraiment à partir de cette scène qu'on prend conscience que Raiponce détourne quelque peu les lieux communs du conte. Alors que les voleurs et les brutes déguisées en Vikings sont habituellement les obstacles à éviter ou à combattre, ils deviennent des héros ou des adjuvants des héros. Flynn Rider est même un traître, puisqu'il vole le butin de ses complices. Pourtant, il accédera au rang de prince _après bien des aventures qui compenseront ses méfaits. Les piliers de la Taverne du Canard Boiteux sont aussi révélateurs du jeu des apparences qui ponctue tout le film : la sorcière garde Raiponce en captivité pour garder un corps jeune, elle essaie de lui faire intégrer une image négative du monde afin qu'elle lui obéisse plus facilement. De son côté, Flynn Rider cache son identité réelle en empruntant le nom d'un personnage de fiction. En ce sens, le choix du caméléon Pascal comme animal de compagnie indispensable à tout héros de Disney qui se respecte, n'est sans doute pas anodins. Tous les protagonistes, à un moment ou à un autre, agissent ou parlent avec une arrière-pensée qui dessert leur intérêt personnel. Cela me paraît nouveau, du moins en ce qui concerne les "gentils" des contes. Mais c'est peut-être une impression due au fait que j'ai trop peu regardé de dessins animés, ces dernières années. 

Raiponce 
Byron Howard, Nathan Greno 
Studios Disney 
1h41
Sortie en France : 1er décembre 2010 

Bubulle : vraiment désolée de m'être assoupie, j'étais très fatiguée ce soir-là !!

lundi 27 juillet 2009

Contes et récits - Oscar Wilde (1888 - 1891)


Cette édition regroupe trois recueils parus séparément, à la base :

  • le Prince Heureux
  • une Maison de Grenades
  • le Crime de Lord Arthur Savile

LE PRINCE HEUREUX ET AUTRES CONTES (1888)

Les cinq contes du Prince Heureux nous accrochent immanquablement par leur fantaisie ; la légèreté des animaux parlant rend la gravité, voire la cruauté des situations plus tranchante encore. Si vous aimez les oiseaux prêts à se sacrifier pour une statue déprimée ou un étudiant aux lourds soupirs, un meunier aveuglé par son cœur trop grand, des feux d'artifice vivants et querelleurs, un géant repenti, vous ne ferez qu'une bouchée des cent premières pages du livre.

UNE MAISON DE GRENADES (1891)

Bienvenue dans un monde de malaise! Un berger devenu roi, esthète et fasciné par un luxe qu'il découvre, rencontre dans un mauvais rêve les injustices du monde qui l'entoure. Un jeune prince abandonné et recueilli par un bûcheron règne en tyran sur ses petits frères, misérables authentiques, leur rappelant sans cesse ses origines. Il fait écho à la capricieuse infante d'Espagne amusée par la laideur d'un nain insouciant. Une reprise inversée du conte de la petite sirène, un peu lassante lorsqu'elle raconte les démêlés d'un pêcheur et de son âme, mais non dépourvue d'originalité : il n'y a bien que chez Oscar Wilde qu'on remonte des sirènes dans un filet de pêche.


LE CRIME DE LORD ARTHUR SAVILE ET AUTRES HISTOIRES (1891)

Troisième volet, et nouveau changement de tonalité. Le public visé est restreint, hormis le fantôme de Canterville, histoire souvent adapté pour les enfants, et de loin la plus comique du corpus.

Le Crime de Lord Arthur Savile porte un regard amusé et critique sur la société mondaine que l'auteur fréquentait. C'est lors d'une réception chez une amie de la haute que Lord Arthur Savile apprend, suite à la prédiction d'un chiromancien, qu'il ne pourra épouser sa fiancée avant d'avoir commis un meurtre. Par amour, le jeune homme part en quête d'une cible facile. Mais il n'est pas si simple de tuer un homme.

Le Sphinx sans secret : une femme aux allures mystérieuses se rend dans un hôtel, croise son amant sans le voir et lui assure le soir-même qu'elle n'a pas quitté sa demeure. Que cache-t-elle? A-t-il rêvé?

Le Fantôme de Canterville n'a pas le sous-titre de "fantaisie" pour rien. Lorsque la famille du ministre américain Otis s'installe dans le domaine de Canterville, personne ne se soucie du fantôme qui y sommeille. Ni l'un ni les autres ne sont décidés à quitter les lieux.

Le Millionnaire Modèle : histoire dans laquelle un dandy généreux plus que de raison se rend compte que l'habit ne fait pas le moine.

Le Portrait de Mr W.H revisite les Sonnets de Shakespeare. Erskine refuse de croire à la théorie de son amie Cyril, qui semble avoir trouvé le mystérieux W.H dédicataire des Sonnets de Shakespeare : il s'agirait d'un comédien, Will Hughes. Il demande une preuve irréfutable de l'existance de cet acteur, afin d'être convaincu. Incapable de la lui fournir, Cyril fait peindre un faux portrait de Will Hughes, qu'il dira avoir trouvé par hasard, en achetant un meuble d'époque.

Illustration : Oscar Wilde, Contes et récits, Edition Le Livre de Poche, Préface et notes de Pascal Aquien, 382p., 2008