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vendredi 18 septembre 2026

Prix des Collégiens Gallimard Jeunesse 2026-2027

[ARTICLE EN CONSTRUCTION]


Les téléphonistes anonymes 

Agnès Desarthe 

Gallimard Jeunesse, 2024 


L'histoire

Prudence s'attend à passer une année de cinquième semblable à celle de sixième : studieuse et tristement solitaire. Si elle doit se contenter d'assister en spectatrice aux histoires qui pimentent le quotidien de ses camarades de classe, c'est, entre autres, parce qu'elle n'a pas encore de téléphone portable. Elle ne cherche pas vraiment à en avoir un, d'ailleurs : son meilleur ami habite à deux pas de chez elle et ses parents lui laissent une liberté de mouvement comparable à celle qu'on pouvait avoir dans les années 1990. On sent quand même que cet isolement lui pèse. 

C'est vers elle que se tourne Georges, la star de la classe, lorsqu'il se voit confisquer son smartphone : après quelques heures passées sans la 4G à portée de main, il commence déjà à tourner de l'œil ! Puisque Prudence n'en a pas, elle ne peut être que de bon conseil pour l'aider à surmonter le manque et l'angoisse de se retrouver seul à son tour : Sacha, Tamar, Noah, Ruben et les autres élèves "populaires" de la classe continuent à scroller sans lui, et il finira par tomber dans l'oubli. 

Une idée naît bientôt de leurs échanges improbables ; elle consiste à convaincre toute la bande d'éteindre les portables et de se lancer dans un "sevrage" d'écrans. Evidemment, tous ceux qui veulent plaire à Georges vont s'empresser d'adhérer pour former le groupe des "téléphonistes anonymes". 


Avis

On l'aura compris, ce roman aborde les ravages de l'addiction aux écrans... mais pas que : Agnès Desarthe traite de façon juste, sans gros sabots et sans dramatiser, des codes de socialisation des jeunes en général, des effets de mode et des effets de groupe, de l'impact des casseroles des parents sur leurs enfants, des amitiés qui évoluent... Nul doute qu'il plaise aux collégiens, dès la 6ème ! 

Ce fut une lecture agréable pour ma part, avec une réelle envie de connaître le dénouement et les révélations finales. Je me suis peut-être trop chauffée, d'ailleurs, car il m'a semblé que certains pans de l'histoire se terminaient un peu en queue de poisson. C'était quand même cool et bien écrit _ la preuve, c'est que j'ai pu le lire intégralement dans l'Intercités sans jamais avoir la gerbe ! Gage de qualité !   

     

Hier, je suis devenu grand 

Azouz Begag 

Folio Junior, 2026 


Paru une première fois en 2007 sous le titre La leçon de francisse

Dans Hier je suis devenu grand, Azouz Begag se remet dans la peau de l'enfant qu'il était en 1967, et nous fait revivre sa première incursion au marché aux puces, en compagnie de son père. 

A ses yeux, la découverte du marché n'est pas une simple sortie : elle prend des airs de rite initiatique, marquant son entrée tant attendue dans le monde des hommes et dans le petit univers de son père, un habitué du rendez-vous dominical. 

Si le marché déborde de curiosités et de merveilles, il est aussi le théâtre des filouteries diverses et du racisme plus ou moins affirmé des vendeurs. Heureusement, les piliers du bar PMU sont là pour gommer le perpétuel jugement dans le regard de l'autre ! 

A travers ce texte de 70 pages, Azouz Begag rend un très bel hommage à son père, immigré algérien pauvre mais courageux, arrivé en France à la fin des années 1940 avec la ferme intention de travailler dur pour pouvoir offrir aux siens une vie meilleure. Il fait aussi revivre de belle manière l'enfant partagé entre les aspirations de ses parents et la volonté de s'intégrer dans un pays dont il ne perçoit pas encore tous les codes. C'est une très bonne idée d'avoir choisi de conserver tout du long les accents des personnages.