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mardi 28 août 2018

Lectures de (fin de) vacances : Victor Schoelcher : "non à l'esclavage" - Gérard Dhôtel (2008) / Ça c'est mon Jean-Pion - David Snug (2018)


Soupir de regret, une fois de plus

Tu découvres un livre, tu trouves qu'il est vraiment bien écrit ; alors tu fais une recherche dans le catalogue du CDI pour voir si d'autres ouvrages du même auteur sont présents dans le fonds. Tu te rends compte que oui, deux documentaires _très prisés ! et quelques articles de revues pour enfants sont signés par ce gars. Alors tu cherches sa biographie et tu apprends qu'il est mort il y a deux ou trois ans à peine, fauché avant d'être vieux. 

Victor Schoelcher : "non à l'esclavage" - Gérard Dhôtel (2008) 

Je crois qu'on a parlé une seule fois de Victor Schoelcher en cours ; c'était dans le cadre du cours d'histoire-géo et d'éducation civique, plus précisément pendant la période des révisions. Nous avions lu un extrait d'un texte dont il était l'auteur et qui parlait d'abolition de l'esclavage, après quoi nous devions répondre à des questions de type brevet. Il faisait beau et chaud, on n'avait pas grand chose à battre de cet homme au nom imprononçable. Par contre, le Toussaint Louverture dont il louait l'importance et les qualités de révolutionnaire inspirait beaucoup nos esprits corrompus par des hormones en ébullition. 

"Ma queue, elle va trouver ton ouverture, ahah !"   

De toute façon, notre prof était passée assez rapidement sur Schoelcher, nous laissant entendre que ce particulier, certes, avait rendu libre un paquet de monde, mais qu'il était aussi un bon colonialiste des familles. Cela ne nous avait pas donné envie d'en savoir plus ; j'ai donc beaucoup appris du court roman historique écrit par Gérard Dhôtel.    



Victor Schoelcher : "Non à l'esclavage" s'organise en six courts chapitres symbolisant les étapes marquantes d'un destin qui aurait pu se limiter à la vente de porcelaine. En effet, Victor est d'abord envoyé outre-Atlantique pour livrer des commandes passées à son père, un porcelainier de renom. A 24 ans, ce jeune homme bien né rêve de découvrir le vaste monde ; sa vie de futur vendeur va prendre une direction nouvelle lorsque, une fois arrivé à Cuba, il assiste à une vente d'esclaves qui va le traumatiser. Selon Gérard Dhôtel, la scène lui fait l'effet d'un électrochoc, et l'abolition de l'esclavage des Noirs devient son cheval de bataille. Lorsqu'il entre en France, il se lance dans l'écriture de textes démontrant que les hommes sont égaux et qu'en soumettre certains à d'autres en fonction de leur couleur de peau est complètement absurde. A partir des années 1840 paraîtront ses premières publications. Il entrera dans l'Histoire en faisant passer le décret d'abolition de l'esclavage en 1848. De fil en aiguille, Schoelcher intègre les sphères de la politique et du journalisme, se lie avec des hommes de lettres, puis utilise parallèlement son statut de bourgeois aisé pour poser les pieds dans un camp "ennemi" : celui des colons et des esclavagistes. Son objectif est de comprendre leurs arguments pour mieux les contrer.  


Comme c'est le cas dans beaucoup de livres de la collection "Ceux qui ont dit non" d'Actes Sud Junior, Dhôtel a choisi de mettre en scène un personnage jeune et emporté auquel les jeunes lecteurs pourront s'identifier, quitte à broder quelques fioritures par dessus la réalité... On suit ce petit gosse de riche croyant dur comme fer à l'humanité dans son voyage initiatique où il va se faire baffer assez rapidement par des déconvenues : il va apprendre par l'observation que l'Homme est capable du meilleur comme du pire. Utilisant toujours le présent, l'auteur rend également accessibles les tumultes historiques du XIX°siècle, dont on parle un peu moins souvent que d'autres : la IIème République, puis la IIIème, avec entre temps le coup d'Etat de Napoléon III.   

Cette biographie romancée de Victor Schoelcher est suivie d'un dossier constitué d'une chronologie, d'un article intitulé "Eux aussi, ils ont dit non" qui évoque d'autres figures de la lutte pour l'abolition de l'esclavage ou qui ont travaillé sur ce sujet (Wilberforce, les Lumières, Harriet Beecher-Stowe, Maryse Condé, Aimé Césaire). Il se clôture sur un corpus d'illustrations en couleur utilisables en classe, à mon avis. Même s'il n'a pas vocation à soulever les zones d'ombres qui entourent quelqu'un qui a, malgré tout, œuvré à l'avancée des mentalités, lire ce roman écrit pour les jeunes (mais également instructif pour les adultes non historiens) ne fera de tort à personne. 

Emission 2000 ans d'Histoire consacrée à Victor Schoelcher - Diffusée en 2017 (à vérifier)
  
Dhôtel, Gérard. Victor Schoelcher : "Non à l'esclavage". Actes Sud Junior, 2008. Coll. "Ceux qui ont dit non". 95 p. ISBN 978-2-7427-7761-7 


Allez, on passe à la suite ! 


David Snug - Ça c'est mon Jean-Pion (2018) 

Après avoir fait un petit tour du côté d'Instagram _ puisque apparemment les infos les plus croustillantes s'échangent via ce réseau-là, en ce moment _,après m'être abonnée au compte des éditions Même Pas Mal, je suis tombée sur la couverture de Ça c'est mon Jean-Pion, la nouvelle BD de David Snug :    



Là, je me suis dit : oh, mais cette bande dessinée pourrait faire un cadeau de rentrée bien marrant pour les collègues de la Vie Scolaire. Si la couverture me susurrait déjà à l'oreille que ce ne serait pas possible d'intégrer l'ouvrage en question au fonds BD en libre accès du CDI (suivez mon regard vers le couteau et les clopes notamment), rien ne m'empêchait de l'abandonner négligemment dans le bureau des surveillants. L'histoire d'un pion qui raconte son année scolaire devait sans doute être riche en anecdotes sur les mouflets, et ne pouvait que prendre la forme d'un parcours initiatique où un "nouveau" de l'EN se fait bien bordéliser par les gosses à la rentrée avant de se remettre en question, de toucher le fond, et de remonter à la surface en fin d'année, content d'avoir trouvé son rythme de croisière en matière de gestion des groupes.    

ou pas

Sauf que. David Snug sort tellement des sentiers battus que le résultat qu'il obtient en publiant Ça c'est mon Jean-Pion est encore plus surprenant qu'on pouvait s'y attendre. 

En prenant son poste de surveillant à mi-temps dans un collège de Seine-Saint-Denis, le héros _qui n'est autre qu'un fidèle avatar de l'auteur, voulait juste se faire un peu d'argent tout en ayant du temps libre pour dessiner et jouer de la musique. L'homme n'a rien d'un jeune blanc-bec hésitant et plein d'empathie pour l'adolescent boutonneux. Il se crée d'entrée le personnage (très drôle) de Jean-Pion, un tortionnaire au rire terrifiant désireux d'assouvir ses pulsions nazies ; aussi, comme il aura relativement la paix avec "le collégien, cet être inférieur", il aura la possibilité d'observer et de critiquer le système dans lequel il s'est infiltré bien malgré lui. Pas de chaises qui volent, pas d'insultes, par de tranches d'ananas dans ta djeule _c'est ce que les gosses me jetaient quand je surveillais la cantine, au Mirail. Pas de longues tirades sur le dur métier d'éducateur _"mais que font les parents ??". Vous êtes déçus ?

Non, vraiment, vous ne devriez pas : ici, tout le monde en prend pour son grade. Il est fort probable que vous ne lisiez jamais ailleurs ce que vous verrez dans cette BD... qui est un des rares ouvrages traitant du milieu scolaire qui évoque les AGENTS D'ENTRETIEN ! Déjà merci, rien que pour ces vignettes-là. La mixité sociale ? L'artiste la passe au mixeur, toujours en s'appuyant sur son expérience professionnelle tellement enrichissante. 

Du coup, il devient délicat de présenter Jean-Pion à mes copains de salle des profs et de vie sco car, comme chacun sait, on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui ; et je pense que certains passages _sur la typologie des profs, des surveillants, sur les rapports qu'ils entretiennent... passerait fort mal. Quand il s'agit de se foutre des élèves et des parents, on est tous d'accord ; mais quand on touche à la corporation, les gens sont bizarrement plus chatouilleux. 

D'ailleurs, au sujet de la seule allusion faite au CDI dans la bande dessinée, force est de constater qu'elle m'a rappelé quelques vieux souvenirs.



Bref, pas la peine de raconter les 70 planches (ou un peu plus, un peu moins). Je ne pourrai que conseiller aux gens qui ont de l'humour ce tout dernier ouvrage de David Snug sorti au mois d'août. Original par son angle d'attaque, il frappe fort et juste dans les failles du système, et notamment celles qui font que, quand on est assistant d'éducation, on ne voit pas toujours l'intérêt de se donner à fond dans ce boulot ingrat ; malheureusement, lorsque tu te retrouves surveillant _parfois aux abois, parfois avec une famille sur les talons, tu n'as pas forcément envie de te reprendre cette réalité dans la figure et tu te protèges comme tu peux.. Ajoutons à cela, et c'est important, que David Snug évite de tomber dans l'écueil "Vis ma vie dans 9-3" : "Wesh wesh, moi je travaille avec des petits blacks, des petits arabes, les parents sont démissionnaires, ils fument du shit en bas des immeubles, c'est pas facile croyez-moi". 

Pour finir, Jean-Pion est ni plus ni moins un roux cool des aisselles qui se trimbale avec des croix gammées "izi" dans une cour de récré clôturée de barbelés, ou dans d'autres décors aux teintes rouges délavées et blanches. Les couleurs du nazi soft ? Ici, c'est pas Entre les murs, sachez-le. Rien que pour le phénomène, jetez-y un oeil !  

   

Du coup, j'ai acheté cette BD ; précisons une dernière fois qu'elle se lit avec des lunettes 3ème Degré. Désolée de participer au sucrage du RSA. 

David Snug. Ça c'est mon Jean-Pion. Editions Même Pas Mal, 2018. ISBN 9782918645450 - 15€


samedi 16 juin 2018

Ours mal léché


La fin de l'année scolaire approche, avec son lot d'examens stressants pour les jeunes ; j'ai du mal à trouver le temps d'écrire, et ça m'agace. D'ailleurs, est-ce vraiment une question de manque de temps ? D'autres options sont possibles : autocensure, difficultés d'expression liées à la fatigue, présence de yaourt dans le cerveau (qui a craché dans mon Yop ???), syndrome de la pinte frelatée...  



Heureusement, des spécimens sont là pour relever le niveau ! Cette année, j'ai été membre de jury pour un oral. Quand on dit que la roue tourne...

"Peux-tu citer un symbole de la République française ?

_ Pff... Euh, y a la meuf. Celle avec le drapeau, là... Maria ? Marina ?

- Presque ! 

_ Marianne ? 

_ OUI ! Bien bien... 




_Tu nous dis que tu comptes préparer un CAP Petite Enfance l'année prochaine, et du nous dis que tu es doué pour t'occuper des petits. Imagine : tu dois garder un bébé et il n'arrête pas de pleurer. Que fais-tu ?" 

Benjamin* se redresse sur sa chaise, les mains toujours sous la table. Plus tard, on verra qu'il triturait son portable tout en répondant aux questions, et on lui demandera de le ranger, parce que c'est quand même un examen, et que bon, voilà, bien qu'il ne soit plus tout à fait un élève du collège, il est tenu de respecter le règlement, et tout et tout... 

 "Bah, le p'tit, j'le pose sur mon ventre pour qu'il s'endorme !
_ ... 

_... Euh, et imagine que cette méthode ne marche pas ?

_ Ça marche toujours quand je fais ça.

_ Oui sans doute, mais voilà, cette fois-ci, va savoir pourquoi, tu as fait tout ce qu'il fallait, et pourtant il continue de pleurer ?

_ Je vous dis que ça marche toujours quand je le pose sur mon ventre !"

Une pointe d'agacement est apparue dans sa réponse.

_...

Le chrono tourne toujours, tandis qu'un silence de mort s'installe. 

Notre représentation mentale de la scène a pris tellement de place dans notre boite crânienne que nos questions potentielles ont giclé par les oreilles. Il nous faudra pas loin d'une trentaine de secondes pour reprendre contenance.


Puis nous choisirons de rester sur ce sujet qu'il maîtrise, visiblement, et nous l'interrogerons sur l'hygiène et les normes de sécurité qui s'imposent lorsqu'on a affaire à des jeunes enfants. Il soulignera à juste titre l'importance d'éviter de se droguer en présence de marmots, de veiller à éloigner une poussette des objets coupants, de ne pas exposer les nourrissons aux rixes et aux armes à feu. Après quoi nous le laisserons remettre sa casquette stylée et repartir, entre confusion et satisfaction. 

Difficile de savoir encore si Benjamin, mon chouchou officiel depuis quatre ans malgré et peut-être pour ses excentricités, deviendra puériculteur ou gérant d'un barber shop comme il le souhaiterait. D'ici dix-quinze ans, qui sait, si ça se trouve il sera à la tête d'un bar branché, beaucoup moins sur les nerfs et aussi attractif qu'un pot de miel pour sa clientèle de bears. Ce serait une belle revanche sur sa vie de merde ! 

Seuls Dieu et le Parcours Avenir peuvent savoir. 


* C'est pas son vrai nom ! 




mardi 10 avril 2018

"Inch'Allah tu vas perdre !!!", le tournoi de foot du collège

Ah tiens, je ne crois pas vous avoir encore parlé de ce tournoi de foot qui étrenne le printemps dans notre collège depuis quelques années. Il faut absolument remédier à cela. Tous les ans, donc, les professeurs d'EPS organisent une compétition inter-classes qui se déroule dans le gymnase voisin ; l'objectif est de constituer pour chaque division une équipe de sept filles et une équipe de sept garçons (ou six ? je sais même plus !), et de les faire s'affronter par niveaux (6°,5°,4°,3°). Les élèves qui ne sont pas sélectionnés dans l'équipe de foot de la classe participent à des activités sportives organisées en parallèle et rapportent ainsi des points supplémentaires à leurs camarades. A la fin, la classe qui compte le plus de points a gagné. 

Dit comme ça, on pourrait croire que le projet est une usine à gaz mais ce n'est pas le cas ; bien qu'elle arrive assez tard dans l'année, j'ai le sentiment que cette action a un impact positif sur la cohésion de classe et sur le climat scolaire ; d'ailleurs, à chaque rentrée, nombreux sont les petits qui nous demandent si la compétition est reconduite.



"Entre les profs absents, les cours qui sautent, les voyages scolaires et les vacances, est-ce que nos enfants n'ont pas plus besoin de soutien en maths et en français plutôt que d'un tournoi de foot ?" râlait un parent d'élèves à la dernière remise des bulletins. Pas forcément... Au pire, si le décrochage scolaire était causé ou aggravé par une demi-journée sportive, ça se saurait.

Aujourd'hui, on a pu profiter du spectacle proposé par les 5° puis par les 4°, et c'était vraiment du bonbon pour les yeux, comme dirait Seiya dans la parodie des Chevaliers du Zodiaque !




D'abord, dès le début des matches, quelques individualités crèvent l'écran d'office : on pourrait les désigner comme "celles et ceux qui s'y croient" ! Depuis trois semaines, ils se préparent à l'événement, fébriles. Ils jouent au foot en club, ou pas, mais ils veulent absolument faire gagner leur classe, si possible marquer et glaner une certaine notoriété au passage. Aujourd'hui, c'est Olive et Tom version futsal 93 et sans Roberto. Au final, ils vont beaucoup se fatiguer en exhortations et saouler leurs coéquipiers beaucoup plus terre à terre. Leur classe ne gagnera pas à cause de ceux qui ont séché le tournoi : de toute façon, y a pas cours.

Ensuite, on distingue les joueurs qui font le spectacle. Eux, les points, les buts, ils n'en ont rien à battre. Ils veulent "juste" faire sensation et entrer dans les annales du collège. C'est ainsi que la jeune Clarisse* a fait quatre plongeons glissés aussi spectaculaires que volontaires, dont l'un s'est conclu par un vol plané de basket qu'on sentait très étudié. Je pense que son intérêt était principalement de se faire remarquer et/ou de se faire plaindre, à moins que ce ne soit un moyen de faire oublier sa performance footballistique ? Allez savoir ? Enfin, elle a fini par agacer tout le monde, et ses copines de classe en premier lieu. 



Juste après viennent les princesses et les Cristiano. Exemple parfait : Anna*. Anna ne daignera shooter dans la balle QUE lorsque sa classe sera arrivée en finale ET qu'on lui enverra un caviar. En attendant, tout boulet de canon arrivant vers elle de manière imparfaite finira en touche, elle ne se bougera pour l'intercepter que si ça en vaut vraiment la peine. Et puis hors de question qu'elle s'abaisse à enfiler complètement ce chasuble mauve et crasseux ! Anna estime n'avoir rien en commun avec cette bande de gamines qui portent le même qu'elle. Au bout de deux minutes trente de jeu, la capitaine _car oui, elle a été désignée capitaine ! En fait, elle n'acceptait de jouer qu'à cette condition..._ se fait remplacer par une doublure chargée de suer à sa place...

... et qui va bientôt envoyer le ballon dans le bide de la gardienne adverse, produisant un bruit sourd. Ah, les gardiens, parlons-en. Quand tu es au collège, il existe des milliers d'excellentes raisons pour que tu finisses gardien : genre si tu es enrobé, si tu es grand, si tu es mal intégré dans ta classe mais quand même assez sympa pour qu'on n'ait pas osé te recaler complètement de l'équipe, si tu es en surpoids, si tu es mauvais au foot ou encore si tu es un peu gros. Ou alors, si tu joues au foot en dehors de l'école et tu es VRAIMENT gardien dans ton club ; là, c'est une autre histoire ! C'est un poste périlleux que celui de goal : en effet, ton suicide social peut-être paraphé au moindre but gag que tu encaisses. Faut pas oublier que quand les élèves déroulent leur jeu, ils ont une petite centaine de spectateurs de leur âge assis (ou pas) aux premières loges ; inutile de préciser ces derniers ne sont pas spécialement venus en mode Virage Sud. Enfin, certains si, mais pas tous, vraiment !



Or on sait tous que les plus beaux matches se jouent en tribunes, surtout lorsqu'il y a du beau monde dans les gradins. Entre autres, tous les pas sportifs, les électrons libres et les victimes qui ont du se rabattre sur les ateliers d'athlétisme, et qui, au lieu d'encourager les joueurs de leur classe, vont leur lancer des INCH'ALLAH VOUS ALLEZ PEERDRE ! gorgés de fiel. 

Les élèves arbitres _ouais, ce sont les petits qui arbitrent, pour une meilleure mise en responsabilité et tout et tout !, les élèves arbitres, donc, sifflent la fin du match. Les joueurs doivent alors laisser leurs maillots de couleur sur le bord du terrain pour que les équipes suivantes puissent les revêtir, ou alors ils les remettent directement aux gamins des autres classes, s'ils les connaissent. Comme les profs font alterner les parties des filles et les parties des gars, l'échange de chasuble inter-match peut devenir éminemment stratégique. Chacun sa technique d'approche. J'ai cru comprendre que quand une fille, jette son chasuble à la gueule d'un gars en même temps qu'un dédaigneux "Inch'Allah tu PERDS !", il y a de grandes chances pour qu'il ait un ticket avec elle. 



Après observation, voici une ébauche d'une typologie du jet de chasuble. Complète qui voudra. 

  • chasuble posé à l'envers au sol : "Je me fous de celui qui passera après moi, il est forcément mauvais."
  • chasuble jeté violemment au sol : "Pourquoi j'ai tenté cette talonnade merdique ? c'était perdu d'avance, ma réputation est foutue. En plus, on est éliminés !"
  • chasuble abandonné au milieu du terrain  : "Je me désolidarise de cette classe, ils sont trop mauvais au foot". Ou alors : "Chez moi, c'est ma mère qui ramasse les fringues, et je trouve ça plutôt bien pensé."
  • chasuble lancé sur un coéquipier / une coéquipière : "Tiens, sens mes phéromones, je viens en paix !". Réponses probables : "Baaah espèce de CRASSEUX !!!"  ou "Inch'Allah tu TOMBES en jouant !!!"
Puis le sport reprend le dessus, enfin en principe. Parfois, il arrive qu'une équipe soit à l'ouest et ne réponde pas à l'appel, laissant poireauter l'adversaire ; cela peut être une bonne stratégie. Mais c'est surtout une occasion en or de faire péter un câble aux profs d'EPS. Et je crois qu'on tient là l'un des bonheurs simples du collégien.


Ahah, cette année, un petit Bonus Chiottes est venu pimenter la compétition, ouais ouais ! 

Chiottes d'Or 2018
Tu arrives dans le gymnase avec ton petit groupe d'ados bien chauds après une session course - saut - lancer de poids, et là, c'est le drame ! Une sympathique odeur de chiottes vous motive à presser le pas...  

Bordel ! Mais non ! Pourquoi le ciel nous fait-il cette galéjade ! 
Le tournoi a lieu UNE fois, une SEULE fois dans l'année, et il faut que la plomberie nous lâche ce jour-là ! 


"_Ca sent le pet ! commente une collègue.
_ Non, ça sent les égoûts ! rectifie un autre.
_ Ooh c'est plutôt la merde, ça !"

C'est alors que Naia envoie un missile sur Mars, interrompant les conversations des adultes et annonçant la couleur. Vous connaissez Naia. Tout le monde connaît Naia (cf. le billet sur le PPMS). Naia, c'est l'envoyée spéciale de Closer au collège, friande de rumeurs et de ragots, agitée et insolente comme toute future 4° qui se respecte, assez costaud mais tellement forte en gueule que personne ne songerait à la traiter de grosse, de peur de finir décapité par une punchline. Eh bien, l'énergumène est également efficace en attaque. Lorsqu'elle entre en jeu, les mecs de son voisinage s'arrêtent de respirer et la montrent du doigt en disant à d'autres avec une pointe d'envie : "tu vas voir, elle c'est un pitbull, frère !!" Et quand elle finit par marquer une patate depuis ses propres cages ou presque, les spectateurs crient et tapent dans les mains, y compris ceux qui la détestent. Et il y en a un paquet ! Seul le vacarme des plombiers parvient à couvrir la clameur.

Ce billet est en construction car les 3°concourent demain après-midi. Ouais ouais, juste après avoir transpiré sur leur brevet blanc ! Du dossier en perspective ! 

Désolée pour les fautes, j'ai la flemme de relire ! 

* J'ai modifié les noms des gosses !


lundi 21 décembre 2015

Ca se passe dans le 93 : Les chemins de Yélimané - Bertrand Solet (1995)


Puisqu'on s'est quittés sur un livre à couverture jaune, continuons sur notre lancée avec Les chemins de Yélimané, un roman fantastique pour enfants et adolescents écrit par Bertrand Solet.





Vacances au bled 
Yaté ne connaît pas grand chose du Mali ; pour lui, qui vit en Seine-Saint-Denis avec sa famille, son pays d'origine est avant tout un lieu de vacances. Il est très content d'y aller pendant l'été, au même titre qu'il est fier de ses parents qui ont su migrer en France quelques années plus tôt pour assurer la survie de Yélimané, sa région natale. Or l'histoire de ses ancêtres ne le passionne pas spécialement ; à vrai dire, ce qui perturbe le collégien de Montreuil ces derniers temps, c'est l'attitude surprenante de sa copine Carole. Alors qu'ils étaient jusqu'à présent inséparables, on dirait maintenant qu'elle cherche à l'éviter... et malheureusement, la sale impression se confirme vite. Après une rapide entrevue, Yaté comprend vaguement que la froideur soudaine de la jeune fille a un rapport avec sa couleur de peau et son statut d'immigré, mais... il n'en saura pas plus, car l'heure du départ annuel pour le Mali est proche ! Pris dans l'effervescence du voyage, il garde sa rancoeur et sa jalousie bien tapie dans un coin de sa tête : pas le temps de se morfondre et d'en vouloir à Michel, ce copain de classe _blanc, lui, comme par hasard ! qui tourne autour de Carole.

Bon, le soleil est là mais le coeur n'y est pas, même si le petit Malien s'en défend. Une nuit, Yaté est réveillé par un coup de tonnerre ; foutu pour foutu, il se lève et va faire un tour, et assiste, très impressionné, au foudroiement du vieux baobab. De l'arbre sacré sortent bientôt un couple de griots malicieux, Sita et le Guésséré, venus tout droit du passé pour lui faire connaître ses origines. Le vacancier n'aura pas le loisir de se demander s'il rêve ou pas, s'il veut savoir ou pas : le voilà téléporté "un peu après l'an 1000", au temps où l'empire du Wagadou prospérait...


L'histoire du Mali revisitée
Pour quelqu'un qui, comme moi, ne sais quasiment rien du continent africain, ce roman classé "à partir de 10 ans" est une excellente introduction à l'histoire du Mali. L'action se déploie sur trois strates temporelles : d'abord aux alentours des années 2000, "présent" du héros, puis au XI°siècle, temps de l'empire du Ghana, et enfin à la fin du XIX°siècle, pendant la conquête française.

Le lieu, par contre, reste le même : le "cercle" (comprendre : le groupement de villages) de Yélimané ; Yaté n'en admirera que mieux les transformations du paysage au cours des siècles, les villages devenant tour à tour champs de bataille, puis lieux de vie et de passage. Deux incursions spatio-temporelles _dont l'une, très mouvementée, au Monoprix de Montreuil feront exception à la règle.

Les temps changent, les empires s'effondrent, les pays naissent, les colons débarquent, et, par conséquent, les mouches changent d'âne. Yaté, confortablement installé sur son dromadaire, protégé par son statut de "neveu de l'Empereur de Wagadou" dans la première partie de ses aventures fantastiques, va devoir apprendre à se cacher de ses ennemis politiques, une fois catapulté en 1890.. Il accumulera assez d'émotions pour avoir l'histoire de son pays fichée à vie dans ses tripes !  

Bertrand Solet a eu la bonne idée de clore l'ouvrage par un chapitre récapitulant brièvement _et très clairement_ l'histoire du Mali, depuis l'époque faste de l'Empire du Ghana jusqu'aux flux migratoires du XX°siècle.


Quête d'identité, quête de la fille parfaite
Balancé contre sa volonté dans un passé qu'il n'a pas très envie de connaître, Yaté ne sait pas ce qui est attendu de lui ; a priori, le griot tient absolument à susciter son intérêt pour ses racines, mais ses paroles sont trop énigmatiques pour qu'il puisse en déduire quoi que ce soit. Alors il se laisse porter et suite le mouvement, jusqu'à ce qu'il rencontre LE catalyseur universel, le meilleur qui puisse exister : LA fille, celle pour qui on ferait tout. Ici, elle s'appelle Yasminha. Elle est esclave et se fait rudoyer par un chamelier plus grand et plus fort que Yaté. Mais comme chacun sait, la taille n'est rien, du moins lui n'en a rien à battre : alors il se fera son protecteur, il la sauvera de tout. De son statut de servante sans valeur ; du vice de son tortionnaire ; de la mort, même. Tel Lancelot montant dans la charrette de l'infamie pour Guenièvre, Yaté ira jusqu'à commettre un vol pour sauver sa nouvelle bien aimée. Carole ? Qui c'est, ça ?

Du coup, la mission qu'il se donne le pousse à prendre le contrôle de ses actes et de sa vie ; il ne se contente plus de suivre le convoi du marchand Moktar à dos de chameau en matant la jeune esclave. Il réfléchit, agit, apprend à demander de l'aide, et à ne plus se poser de questions. Voilà, me semble-t-il, la vraie quête d'identité du héros, plus encore que l'apprentissage de ses origines _qu'il aurait le droit de ne pas vouloir connaître, après tout.

Les chemins de Yélimané est une histoire qui m'a d'abord perturbée, de ce point de vue-là. Je ne comprenais pas pourquoi il fallait à tout prix que Yaté vive le Mali de l'intérieur, ait absolument envie de se revendiquer soninke et soit le partisan de la réunification de ses semblables, aujourd'hui "tous dispersés" selon le griot. Quant à la fille couleur locale qui parvient à lui faire oublier sa pâlotte (dans tous les sens du terme) amourette du 93... c'était le bouquet ! Ce n'est qu'à la fin du roman que j'ai compris le propos de l'auteur : mettre le doigt sur une possible coopération active entre des communes françaises et des cercles africains pour favoriser la communication entre les populations, les échanges culturels, et sensibiliser tout le monde aux vraies raison de l'immigration d'une famille. Il ne s'agit pas, comme on pourrait le croire en lisant de travers, de pousser le jeune lecteur à prendre un aller simple pour le pays de ses ancêtres !

Comme toute oeuvre fantastique qui se respecte, on n'aura pas toutes les réponses aux questions que Yaté se pose lors de son voyage dans les couloirs du temps ; le vieux baobab restera le seul à connaître le fin mot de l'histoire. Les chemins de Yélimané vaut le détour, vraiment. S'il s'adresse aux 10 - 14 ans en priorité, dites vous bien qu'il ne fera pas rêver que les plus jeunes...

désolée, ça faisait longtemps que j'avais pas fait une blague à la con.

SOLET, Bertrand. Les chemins de Yélimané. Hachette Jeunesse, 2004. Coll. Fantastique. 190 p. ISBN 2-01-322218-1