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dimanche 1 avril 2012

Shameless UK - Saison 3 - 2006


En visitant le site de la chaîne britannique Channel 4, celle qui diffuse Shameless donc, j'ai vu que la saison 2 se clôturait sur un épisode hors-série Spécial Nouvel An dans lequel le petit Liam tape fort sur Jésus. Il faudra donc que je le regarde et que j'en parle, mais plus tard : voici un petit récapitulatif de la saison 3, sortie en 2006. Avec seulement 7 épisodes de 45 minutes, autant dire que ça va aller vite !     



Lip a fait la rencontre de Jack, un ami avec qui il enchaîne les petits boulots plus ou moins légaux. Mais il faut se méfier de l'eau qui dort. Sous ses airs de type sympa et posé _ il est l'heureux propriétaire d'une belle voiture jaune _ Jack cache plus d'un tour dans son sac. Ian va notamment en faire les frais. Marti vit toujours chez les Gallagher ; il lui tient à coeur d'apporter sa contribution à la survie de la "communauté", comme l'impose Debbie, promue maîtresse de maison depuis le départ de Fiona. Il s'autoproclame "homme à tout faire" et se fait embaucher par Lilian Tyler. Celle-ci reconnaît en lui Brandon, son mari assassiné dans la saison 2. Elle ne tarde pas à lui proposer plus que du débouchage de gouttières. Kelly, la soeur de Kev, est à la recherche d'un logement. Frank Gallagher la ramène chez Sheila, sachant que la chambre de Karen s'est libérée. 



Les hommes à tout faire


Épisode 2

Mandy a accouché mais la famille Maguire refuse que Lip rende visite à la mère et au bébé. Ses préoccupations de père frustré ne l'empêchent pas de papillonner d'une fille à l'autre, bien que son nouveau statut l'amène à reconsidérer la notion de famille. Pendant que Frank cherche à se racheter d'avoir oublié l'anniversaire de Sheila, Ian se met à fréquenter les toilettes publiques pour oublier Kash et tromper sa solitude. Pour le remercier d'avoir récupéré sa fille sérieusement bourrée, un père de famille glisse à Kev un tuyau pour une course hippique.


"Il n'est jamais trop tôt pour initier un Maguire aux traditions du clan !"


Épisode 3

Frank ne semble pas tout à fait prêt à se remarier, au grand désespoir de Sheila, qui se rapproche de Tony, le policier éjaculateur précoce afin de lui rendre quelques services. Ian connaît un sommeil difficile parce que Carl passe ses nuits à s'astiquer. En brûlant l'uniforme de son défunt mari, Carol retrouve une lettre et apprend qu'il l'a trompée avec Lilian, sa meilleure amie depuis toujours. Elle décide de se venger pour cette trahison du passé en signalant une fraude aux allocations chez la brune veuve binoclarde de Brandon Tyler.


Lilian Tyler


Épisode 4

Lorsque Kev apprend le suicide de sa mère, il réalise que celle-ci entretenait une correspondance régulière avec Roxy, sa femme. Evidemment, les préparatifs de l'enterrement rendent inévitable la confrontation entre le barman et celle qui porte toujours son nom, puisqu'ils n'ont jamais pu divorcer. Autant dire qu'il y a là de quoi donner des motifs de crise de jalousie à la bouillante Veronica qui n'a pas vraiment besoin de ça. Carol a rencontré Norman, un homme de sa génération aussi chaud qu'elle, sans savoir qu'il s'agissait d'un nudiste assumé et prêt à convertir les autres à son mode de vie.


Norman

Épisode 5

Pour rapporter de l'argent à la famille et pour susciter l'admiration des filles, Carl se met à cultiver des plants de cannabis dans le grenier. A l'insu de tous, il s'est mis au service des Maguire par la même occasion. Lip aimerait prendre un nouveau départ avec Mandy et Cathy, mais il ne sait plus si elle s'intéresse à lui pour lui-même ou pour la petite usine de Carl. Toujours aussi peu concernés par les événements, Frank et Sheila invitent Jez la serveuse à dîner, pensant qu'il s'agit de la nouvelle petite amie de Karen.

"T'as trempé le biscuit ou quoi ?"
Épisode 6

Carol tente de détruire le couple que forment Sue et Marty, mis à rude épreuve par d'autres événements. En effet, le caractère dépensier de l'ex-femme de Craig les a conduit à accumuler des dettes au point de ne plus pouvoir payer l'électricité. Débordée par les tâches ménagères et dépitée par l'indifférence de ses frères, Debbie jette l'éponge et décide de les laisser se débrouiller seuls. Frank Gallagher teste des médicaments pour gagner de l'argent, mais les effets lui paraissent désastreux : il n'arrive plus à se saoûler et ne peut donc plus fuir la réalité. Kev et Véronica préparent tranquillement leurs vacances à Chypre mais un détail contrarie le barman : il va devoir affronter sa peur de l'avion.



"Alléluia"


Épisode 7

La date du mariage de Sheila et Frank approche, avec son lot de préparatifs et de tensions. La future mariée voudrait se délester du meurtre qu'elle a sur la conscience mais craint de perdre la confiance de celui qui résume "ce qui lui est arrivé de plus beau dans la vie." Ses doutes se justifient : dès que Frank apprend qu'un cadavre est enterré dans le jardin de Sheila, il prend peur et ne regarde plus du tout sa future femme comme la douce femme au foyer nymphomane qu'elle semblait être. Veronica a le moral dans les chaussettes car elle vient d'apprendre que sa sixième tentative de fécondation in vitro a échoué. Lip tente de convaincre Mandy de venir habiter avec lui, afin qu'ils puissent se rapprocher et vivre comme une "vraie" famille.


Chez Sheila Jackson, le jour du mariage


Malgré l'absence de personnages clés, tels que Fiona et Steve, la troisième saison conserve sa bon équilibre entre la cruelle réalité et les situations comiques. Parallèlement, on sent la montée en puissance d'autres figures demeurées secondaires jusqu'à présent : Lilian Tyler, la famille Maguire pour ne citer qu'eux. Frank Gallagher quitte parfois le centre de l'action, mais c'est pour mieux remplir _ bien malgré lui _ son rôle de catalyseur. Sur les sept épisodes de cette saison, le plus efficace reste tout de même celui dans lequel il occupe une place prépondérante : le dernier. On y voit Frank profiter pleinement de son enterrement de vie de garçon, sans se préoccuper une seule seconde de l'organisation de la cérémonie officielle, sans réellement prêter attention aux angoisses de sa future femme. Toutes les facettes de sa personnalité se déploient à tour de rôle, au fur et à mesure des événements : de sympathique, il devient violent, puis craintif lorsqu'il comprend que la femme qu'il va épouser a été capable de tuer un homme avec des fourchettes à fondue. C'est sans scrupule qu'il songe à abandonner ses projets de mariage au dernier moment et à la dénoncer, obsédé par l'éventualité de se faire assassiner dans son sommeil.

Est-ce vraiment condamnable ? Frank n'est qu'un homme ordinaire qui boit et se drogue un peu plus que les autres. A bien y réfléchir, beaucoup d'entre nous auraient agi de la même manière, s'ils s'étaient fait endormir d'aussi belle manière par un gentil ! Ils ont de quoi susciter la peur, car ils ont un avantage de taille : l'effet de surprise qui rend vulnérable le plus méfiant.

Cadeau pour l'épisode 1 : si votre souris est un minimum fouineuse, vous trouvez la suite sans problème ! 

Shameless 
Saison 3 (2006)
Paul Abbott 
Diffusion Channel 4 au Royaume Uni et Virgin17/DirectStar en France. 










jeudi 27 octobre 2011

Roux cools - Yvonne Karib, l'épicière de Shameless


        Comment passer à côté d'un univers haut en couleur, quelque peu crado et réaliste à souhait, sans même s'en apercevoir, et ce pendant des années ? C'est la question que je me pose encore, en finissant de regarder la bien courte saison 3 de Shameless. Qualifiée dans la plupart des programmes télé français de "trash", cette série anglaise diffusée pour la première fois en 2004 semble encore mal connue par chez nous. Le peu de célébrité qu'elle récupère actuellement vient de son tout récent remake américain intitulé Shameless. Histoire qu'on s'embrouille un peu plus. Cela dit, maintenant qu'on n'a pas moins de trois guerres des boutons diffusées et rediffusées dans l'hexagone, on n'est plus à ça près ...  

L'histoire


Le générique qui introduit chaque épisode plante déjà très bien le décor, alors je ne sais pas si cela vaut la peine que je revienne sur l'histoire. Pour faire court, disons que la série est centrée sur les aventures des Gallagher, une famille anglaise fauchée parmi tant d'autres. Frank, le père, un alcoolique irresponsable qui dépense les allocations familiales au pub, laisse ses six enfants évoluer comme ils peuvent entre les blocs de la cité de Chatsworth, dans la banlieue de Manchester. Monica, la mère, a abandonné tout ce petit monde un beau matin (de Noël) sans crier gare. Si bien que petits et grands ont compris très tôt que, pour survivre, il ne suffit pas d'être honnête et de travailler dur. Fraude, trafic de viande, vente de films pornos amateurs, vol de voitures : tous les coups sont permis !



Observons l'épicière

L'épicerie est le lieu-clé de la cité de Chatsworth, après le pub, bien entendu. Tout le monde y passe à un moment où à un autre dans le but de piquer des vidéos ou des bouteilles. Mais rares sont ceux qui y parviennent : car la patronne a l'oeil vif et la main leste. C'est elle, Yvonne Karib, qui sera notre rousse cool du jour.

Yvonne est rousse dans les deux premières saisons de Shameless ; dans la troisième, sa crinière de feu laisse place à une couette et à une coloration soigneusement pensées, blonde dessus, brune dessous.
 
        Yvonne n'est officiellement "que" la femme du propriétaire, Kash Karib ; pourtant, c'est bien elle qui chapeaute aussi bien le magasin que la petite famille. En effet, le jeune couple vit avec Umi, la mère de Kash et leur trois enfants dans le respect de la culture pakistanaise et dans la pratique de l'Islam. On remarque dès la première saison une certaine connivence entre Yvonne et sa belle-mère lorsqu'il s'agit de pousser Kash dans ses derniers retranchements. Dans l'épisode 5 de cette saison initiale, justement, elles montrent leur complémentarité dans l'utilisation de la caméra de vidéosurveillance de l'épicerie : Umi scrute les écrans, bien cachée à l'étage, et sonne l'alerte lorsqu'elle repère un voleur à l'étalage.

             Grâce à ce dispositif de vidéosurveillance et à son sens de l'observation, Yvonne va également se rendre compte que Kash la trompe avec Ian Gallagher, leur employé. Bien que sa première réaction laisse craindre le pire ("Nouvelle règle à la maison : on baise jusqu'à ce que je sois enceinte"), l'épicière va vite reprendre son sang froid, jusqu'à accepter à demi-mot de fermer les yeux sur la relation extra-conjugale de son mari. Elle veille également à ne pas impliquer les autres membres de la famille dans l'histoire, et à ne pas compromettre la réputation de Ian. Ce dernier garde d'ailleurs son job : " La mauvaise nouvelle, c'est que tu as mis les mains dans le caleçon de mon mari. Mais ça aurait pu être pire : t'aurais pu les mettre dans la caisse."    

Son impulsivité doublée d'un sens de la justice font d'Yvonne un personnage intéressant à observer ; elle est l'humain tel qu'on l'aime et tel qu'il nous agace. L'humain qui hurle, qui cogne, celui-là même qui rassure et qui sait faire preuve de tact. Il n'en fallait pas plus pour qu'elle accède au rang de Roux Cool !  

Yvonne tente de comprendre les moeurs de son mari . 
Or, Yvonne n'est-elle pas victime de son humanité bien cachée mais omniprésente dans ses actes ? Le fait est qu'elle a beau s'armer de battes de baseball et pousser de hauts cris, elle demeure coincée dans la catégorie des gens honnêtes qui se font souvent avoir. Debbie vole régulièrement des cassettes vidéos, Ian et Kash ne mettent pas fin à leur relation même après sa découverte. Quant aux clientes dont elle prend parfois la défense par pure solidarité féminine, il faut bien reconnaître qu'elles sont rarement aussi innocente que l'enfant qui vient de naître !

Kash a beau la tromper pile sous son nez, il est le seul à reconnaître sa valeur et semble l'aimer réellement : "Elle n'est peut-être pas parfaite, mais nous non plus", dit-il à Ian dans l'épisode "spécial Noël" qui ouvre la saison 2. Il est aussi le seul à être en mesure de la tempérer lorsqu'elle s'énerve.


Kash Karib
   
Quelques répliques d'Yvonne (et encore, ce n'est que la VF ! )

S1E5, lorsque elle prend des jeunes en flagrant délit de vol de pelles : "Et toi, tronche acnéïque, c'est une pelle sous ta veste, ou t'es juste content de me voir ?"

S1E5 
Kash : "_ Qu'est-ce que tu as dit aux enfants ?
Yvonne _ Un truc du genre : papa est allé en enfer dans un cercueil... papa aime les bites en chaleur... Comme si j'allais en parler aux enfants !"

S2E0 (épisode spécial Noël)

L'accueil qu'elle réserve aux militaires armés chargés de retirer de la vente son stock de viande à cause de l'intoxication alimentaire : " eh, p'tite bite, tu m'impressionnes pas avec ton jouet !"

Lorsque Debbie vient s'acheter des serviettes :
"Debbie, ne t'excuse jamais d'être irritable. Quand tu sentiras la colère grandir en toi, apprends à l'apprivoiser, sinon tu vas devenir dingue ! Eh toi là bas ! Fiche le camp !

"Faites la queue comme tout le monde ou allez vous faire foutre !"

Liliane, un autre personnage secondaire : "_Je ne veux pas de ce paquet, il y en a qui sont cassés !
(Elle broie le paquet contre le comptoir.)
Yvonne : _ Faits maison !"

S3E4 
Yvonne : "_T'es vraiment qu'un pauvre connard !
Kev : _ Ah moi aussi je suis content de te voir, Yvonne.
Yvonne : _ Véronica m'a tout raconté. Je vais te dire, tout ce que tu mérites, c'est qu'on t'arrache les couilles !


S3E5 Sa réaction face à Carl, qui veut apprendre à Chloé comment faire pousser du cannabis : "C'est pas avec ça que tu vas te défoncer !"

S4E2 
Carol : "_ Ma fille a été incarcérée !
Yvonne : _ A mon avis, elle le mérite plus que Nelson Mandela !"





vendredi 15 juillet 2011

Avec Robert, au bar.



Gertrude la serveuse était cuite à point à cette heure de la nuit. Son regard luisant du midi au soir prenait à l'approche de la fermeture du bar un reflet lourd de fièvre. Elle devenait alors moins patiente avec les clients, surtout lorsqu'ils s'alourdissaient d'alcool, moins loquace encore que d'ordinaire. Peut-être voulait-elle simplement faire sa mégère afin d'écarter tout risque d'engager avec eux des conversations qui auraient pu, et elle le savait d'expérience, s'éterniser jusqu'au petit matin.




« Elle, elle n'aime pas son boulot, ça se sent! » Disait souvent Robert, qui aimait bien pronostiquer sur la vie des gens. Il lisait un peu trop de bouquins grouillant de héros opprimés qui ne se sentaient jamais à leur place, et pouvait déceler dans n'importe qui des traces de frustration d'origines diverses.

« Il lui tarde de sortir de ce trou. ».

« Sans doute »

Haussant les épaules, je pensai à part moi qu'il y avait pire dans la vie que servir des monacos et des cafés dans ce petit bar de campagne, et qu'à bien y réfléchir ç'aurait bien pu être ça, le bonheur. Mais Robert voyait en Gertrude une princesse romantique déchue au coeur meurtri et à l'estomac ulcéré par la rage, et c'est sans doute pour cela qu'il l'aimait bien, au-delà même de son allure fort attrayante. 

Pourtant, cela n'était pas peu dire. La serveuse ne se contentait pas d'avoir une longue chevelure cuivrée et bouclée, ni même d'imposer à tous sa poitrine digne de la Castafiore, non : elle avait aussi un classe naturelle dans sa manière de mouvoir sa silhouette immense et massive, et de projeter son regard noir loin devant elle. Sa taille et ses bras étaient un peu gras, juste ce qu'il faut pour avoir envie d'y mettre les doigts. Or de mémoire de boutonneux, aucune main baladeuse n'y avait encore trouvé son compte, car elle arborait naturellement cet air hautain qui nous rappelait bien vite qu'on n'avait pas gardé les vaches ensembles, et que ce n'était pas demain la veille qu'on risquerait de se croiser à l'abattoir.



Elle passa près de nous, après avoir soulevé d'une poigne assurée un plateau de verres vides, tout en replaçant non sans adresse sur son épaule une bretelle de sa robe, qu'un bourrelet musculeux avait rudement décalée. Ni un coeur à prendre, ni un cul à prendre : c'était l'évidence-même.

« Tu penses que son mec est gros, ou bien maigre? »

Déstabilisé par la question de Robert, je haussai une nouvelle fois les épaules. Que pouvait-il bien se passer dans la tête de ce particulier? En sa compagnie, j'en venais à me demander ce qu'il en était de la mienne, de tête.

« En tous cas, c'est un motard. A coup sûr. »

Cela ne voulait rien dire, cependant cette dernière prophétie parut le satisfaire, pour la simple raison que je l'affirmais avec quelque peu d'assurance. Robert était petit et maigre, et s'était sans doute imaginé quelques secondes pris entre les seins de Gertrude. Je m'en réjouis : c'était là un premier pas sur la première marche de l'escalier du premier étage de ses multiples tiraillements sentimentaux! 

C'était sans compter que le gars était du genre à être capable de se casser la gueule dès la première marche :

« Tu penses qu'elle et son mec s'enfilent des trucs bizarres, genre des crucifix et tout? 

Je soupirai, m'efforçant de rester calme.

« Non mais tout de suite, Robert. Je sais bien que ce que tu as vu lors de la soirée, c'était difficile voire choquant pour toi. A ta place, je sais franchement pas ce que je ferais. Tu pourras pas l'oublier, parce que c'était chaud, quand même, de tomber sans être prévenu sur la fille que tu dragues en train d'enfoncer un bout de bois dans le cul d'un autre mec. Il ne faut pas que ça te hante pour autant, et que tu penses à ça à chaque fois que tu croises un fille bien, sinon comment veux-tu que tu t'en sortes?


"Ta gueule, je sais comment ça s'est passé, pas la peine que tu me le rappelles.

    Il prenait un air faussement détaché.

    - Ce sera long d'oublier, mais ça vaut le coup d'être patient.


    - J'ai pas envie d'oublier ; c'est le meilleur moyen de se laisser endormir et de retomber dans le même panneau. »



    Google Fight est formel!



    C'était devenu impossible pour nous d'avoir une conversation poussée à ce sujet ; il campait sur ses positions. Il n'y avait qu'à attendre que le temps fasse son effet.

    - Bon, je vais demander à Gertrude ce qu'elle compte faire avec son mec, ce soir » Fis-je sur le ton de l'humour, en lui envoyant un clin d'oeil. Il me retourna un demi-sourire grivois, tandis que je commandais à la serveuse un litre de bière.

    - Vous allez être propres.

    Gertrude commentait rarement les consommations des gens, car à vrai dire elle encaissait sans vraiment prendre garde à qui elle servait quoi. Mais depuis plus d'un an, Robert et moi venions régulièrement ici, et il faut bien reconnaître qu'on avait l'habitude d'être sages. Sa remarque, teintée de son amabilité notoire, me gonfla le coeur l'espace de quelques secondes. J'eus envie de lui expliquer qu'on était en train de gérer une situation de crise, ce soir-là. Que Robert, en temps normal, n'était pas déprimé, écœuré de tout, que son crâne n'était pas peuplé de pensées meurtrières. Qu'en temps normal, Robert se foutait d'être petit et d'avoir une tête de fouine, qu'il se contentait d'enquiller les kilomètres sur sa mobylette, le vent dans la chemise et le sourire aux lèvres. Mais je n'en fis rien : quel sens les problèmes de Robert pouvaient-ils prendre à ses yeux?

    « Lui, là bas, il est majeur, au moins?

    Les mains prises par je ne sais quoi derrière le comptoir, elle désignait Robert en donnant des coups de menton répétés.

    _ Oui. Lui demandez pas sa carte d'identité, ça le vexerait. »

    Elle me toisa de son œil fatigué et suspicieux.