dimanche 8 mars 2026

[THEATRE - SPECTACLES] Du charbon dans les veines. Jean-Philippe Daguerre (2024). Edouard Deloignon grandira plus tard. Edouard Deloignon (2024)

Plonger dans la fiction pour oublier la réalité, le temps de quelques heures... 


Du charbon dans les veines (2024)  

Jean Philippe Daguerre 

Actuellement au Théâtre du Palais Royal à Paris.




J'ai jamais été trop branchée théâtre, mais il faut reconnaître qu'on y passe parfois de très bons moments. Ce fut le cas cet après-midi, au Théâtre du Palais Royal, lors de la représentation de Du Charbon dans les Veines de Jean-Philippe Daguerre. 

1958, à Noeux-les-Mines, dans le Pas-de-Calais. "Grâce" à la pension qu'on lui verse parce qu'il est atteint de silicose, Sosthène vient de s'acheter une télé : il va pouvoir suivre les matchs de la Coupe du Monde de Football avec sa femme, son fils Pierre, son vieil ami Barek et Vlad, le fils de ce dernier. 

Comme leurs pères, Pierre et Vlad travaillent à la mine. L'un est un beau gosse virtuose de l'accordéon_il prépare un concours, l'autre végète dans son ombre et semble préférer la compagnie des pigeons voyageurs de sa défunte mère aux gens... Et comme leurs pères également, ils sont les meilleurs amis du monde.

La vie se passe ainsi tranquillement, avec ses joies et ses difficultés, jusqu'à ce que l'arrivée au village de la jeune Leila, elle aussi fille de mineur, vienne tout chambouler... 

Ce n'est pas souvent que le bar d'un coron devient le décor d'une pièce de théâtre.. Il fallait oser. Au delà de peindre une époque, de mettre sur le devant de la scène une frange de la population délaissée et méprisée, Du charbon dans les veines soulève des questions actuelles et/ou universelles : pourquoi les travailleurs immigrés sont-ils toujours mis sur la touche ? Que devient l'amitié entre deux potes quand une fille s'en mêle ? comment communiquer avec son père lorsqu'on est muré dans la tristesse et la colère ? Jusqu'où ira l'équipe de France ? Les personnages, en dépit de l'émotion et de l'humour qu'ils dégagent, vont devoir (se) creuser (la tête) pour trouver les réponses... 

Jean-Philippe Daguerre _qui incarne ici le médecin de famille - jazzman, rompt parfois avec l'unité de lieu et arrive à "dupliquer" la scène à l'aide de jeux de lumière. C'est peut-être une technique courante, mais comme je vais jamais au théâtre, ça m'a semblé un peu magique (et efficace) !      

Comme vous l'avez compris, j'en ai pris plein les yeux _et visiblement y a pas que moi, vu que la pièce a gagné 5 Molières. 


Edouard Deloignon grandira plus tard

Théâtre Fontaine - Paris 

Le 13/02/2026 


Rire de tout et en toutes circonstances, c'est le parti pris par l'humoriste Edouard Deloignon, que vous connaissez sûrement déjà s'il vous arrive de zoner sur Sqool, la chaîne dédiée à l'éducation (oui ça existe) pour laquelle il a donné une interview, ou si vous êtes sur les réseaux (plus probablement). Ou encore si vous êtes normand comme lui ! 

Dans son spectacle, ce roux cool raconte un parcours pro pas toujours simple, évoque la maladie d'un parent et la perplexité qu'on peut ressentir à voir ses potes devenir parents à l'aube de la trentaine... alors qu'on n'a pas envie de se séparer de son âme d'enfant. Rien de très fun à première vue, et pourtant on rit pendant 1h30 : en effet, l'artiste arrive de faire de ses épreuves et de ses peurs la matière première de blagues parfois bien cyniques. C'est en soi un talent auquel s'ajoute celui de l'improvisation : tout au long du one man show, Edouard Deloignon n'hésite pas à interagir avec un public qui lui livre en connaissance de cause des anecdotes WTF sur lesquelles il va pouvoir surfer avec brio.  

Voilà, je pense que ce type gagne à être encore plus connu, d'autant que, comme beaucoup de gens qui ont galéré, il n'a pas l'air d'avoir trop pris le melon. 


Un garçon d'Italie (2016)

Adaptation au théâtre par Mathieu Touzé d'un roman du même titre, écrit par Philippe Besson.

Luca mène une double vie, partageant son cœur entre Anna, la copine "officielle", et Léo, un prostitué rencontré à la gare de Florence. Il aime sincèrement les deux, qui bien entendu, ne se connaissent pas, et fait se son mieux pour jouer sur les deux tableaux en prenant soin de ne blesser personne. 

Mais la mort soudaine de Luca, retrouvé noyé, va rebattre les cartes : s'agit-il d'un accident ? d'un meurtre ? d'un suicide ? Une autopsie est faite, une enquête est ouverte. Tandis qu'Anna, confrontée à l'organisation des obsèques, a le sentiment qu'on lui cache quelque chose, Léo apprend la mort de son amant en lisant la rubrique nécrologique d'un journal...

Dans cette pièce, les trois personnages du triangle amoureux se répondent sans décor et (presque) sans accessoires, se croisent parfois dans la lumière ou dans l'ombre. On aurait pu s'y ennuyer si la présence des trois acteurs n'avaient pas suffi à maintenir notre attention : Anna (Chloé Angevin), la jeune femme va de colère en déconvenues en essayant de toujours rester digne. Léo (Yuming Hey) souffre en silence, mis sur la touche d'office : ce n'est pas avec ses clients sucés à l'arrache aux toilettes qu'il pourra partager sa tristesse. Mathieu Touzé incarne avec succès Luca, jeune homme de bonne famille, solaire, entier, toujours aussi sûr de lui _ mais mort. D'ailleurs, les tourments intérieurs qui animent son âme et les non-dits qui rattrapent son entourage nous font presque oublier qu'on est aussi là pour comprendre comment il est mort. 

La pièce est sortie en 2016 ; elle est rejouée au théâtre 14 à Paris, depuis le 3 mars, et jusqu'au 29. Aux mêmes dates se joue Vous parler de mon fils, une pièce des mêmes auteurs (P. Besson, adapté par M. Touzé) qui parle du harcèlement scolaire : allez-y, on y sera vite. 



mardi 3 mars 2026

[ROMANS POLICIERS] Les Disparues de la Saint-Jean. Laurent Cabrol (2004) / La tête la première. Sarah Bouzereau (2012)

Deux livres qui parlent à leur manière des drames sordides qui se jouent dans l'ombre, à l'abri des regards, derrière des portes fermées à clefs, et qui ne finissent jamais par être percés à jour, à moins que le hasard ne s'en mêle ! 

Les Disparues de la Saint-Jean 

Laurent Cabrol (çui-là de Téléshopping)

De Borée, 2004 




1960, dans le Tarn. 

En faisant le rapprochement entre trois disparitions de jeunes filles survenues le soir de la Saint-Jean, à quelques années d'intervalle, le journaliste Justin Gilles vient de jeter un pavé dans la mare. Personne dans le Sidobre, d'où étaient originaires les victimes, n'avait jamais envisagé l'hypothèse d'un tueur en série. Ni les familles, ni les enquêteurs... et c'est là que le bât blesse. C'est pour cette raison que le localier de La Montagne Noire, riche de ses archives, tente d'attirer l'attention sur ces affaires non résolues. 

Le dossier est pris en charge par le juge Fontaine, et l'enquête est relancée par le capitaine Beau, deux hommes impactés par des épreuves difficiles ; les soupçons se portent rapidement sur le jeune Christophe Solal, un berger solitaire et taciturne qui vit à l'écart du village avec sa mère Madeleine, une femme endurcie par la perte de son mari. Très vite, il passe aux aveux et se retrouve incarcéré en l'attente de son procès. 

Mais Justin Gilles n'est pas convaincu : c'est presque trop facile, tous les éléments ne "collent" pas. Et si le berger était innocent ? 

Les Disparues de la Saint-Jean est à la fois un roman policier et un roman régional ; l'enquête m'a bien plu dans le sens où on voit à quel point le parcours d'une personne peut influer sur son discernement, sur l'interprétation qu'elle donne aux faits, sur les décisions qu'elle prend... Le personnage du journaliste "lanceur d'alerte" Justin Gilles est bien réussi, toujours où il faut quand il faut, sans jamais être trop intrusif. 

Généralement, je ne suis pas très lectrice des romans de terroir, je trouve qu'ils entrent dans la vie rurale et dans les techniques agricoles avec de trop gros sabots (ahah). Mais c'est ce qui fait leur charme et leur utilité _qui en parlerait sinon ? 

Je suis tombée sur celui-là lorsque j'ai passé quelques semaines chez mes parents au mois d'avril, à la mort de ma sœur. Il traînait au milieu des affaires de mon arrière grand-mère, à qui les gens offraient systématiquement des histoires du monde paysan, lorsqu'ils venaient la voir chez nous. 

Les Disparues de la Saint-Jean a été assez prenant pour réussir à m'extraire de la dure réalité pendant quelques heures, signe qu'il mérite d'être recommandé !  


La tête la première 

Sarah Bouzereau 

Editions Thot, 2012 



Perdu en pleine campagne provençale, le Hameau des Rosiers recense un nombre particulièrement élevé de morts "accidentelles" ces derniers mois : Arnaud, un jeune avocat fraîchement installé avec sa femme Juliette.. Hector, un papy dont la veuve semble bien pressée de mettre les voiles... Gaspard, Mireille, Jacques.. tous employés au Petit Gourmand, le restaurant du coin, et tous dans la force de l'âge... 

L'ex-commissaire Alain Ratiniez _il vient de prendre sa retraite_ est fort intrigué par les événements ; il se rapproche de Juliette et de sa voisine Yvette (la veuve d'Hector), constatant qu'elles s'entendent bien, afin d'en savoir plus. Mais il doit bien reconnaître que ses entrevues avec les deux femmes endeuillées n'ont souvent ni queue ni tête ; mêmes les longueurs parcourues inlassablement à la piscine municipale, pourtant propices à la réflexion, sont d'aucun secours à ce nageur aguerri... 

Ce premier roman de Sarah Bouzereau, comédienne, nous entraîne plus dans la psychologie des habitants de petits villages que dans une véritable enquête policière _même si au final, tout s'emboîte bien ! Sec, efficace, construit autour du personnage un peu "femme fatale" de Juliette, avec des petites touches d'humour noir, il se lit vite et me paraît accessible dès la fin du collège. J'ai pas trop accroché au délire fantastique autour d'une photo ancienne qui vient s'incruster sans trop d'intérêt dans l'histoire, mais pourquoi pas ! Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis sentie dans l'ambiance de la série P'tit Quinquin de Bruno Dumont.